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                                                                                 CÉLINE  ET  LES  JOURNALISTES

 

 

                                    

 

 

* Jacques ABOUCAYA (journaliste, écrivain, spécialiste d'Albert Paraz): " Il n'est que temps de tordre le cou à la légende tenace qui le réduit à n'être, au mieux, qu'un disciple du Docteur Destouches, au pire, un  "sous-Céline" que l'on ne saurait évaluer qu'à l'aune de son illustre ami. Sans doute a-t-il lui-même contribué à cette vision singulièrement réductrice en se plaçant délibérément dans l'orbe - et dans l'ombre - de celui qu'il considérait, non sans raison, comme un géant de la littérature universelle.

   En réalité, la carrière littéraire d'Albert Paraz ne débute pas avec leur rencontre et d'autres influences sont perceptibles qui ne doivent rien à l'auteur du Voyage. C'est vrai pour les idées, c'est vrai surtout pour le style. Il suffit d'ouvrir n'importe quelle page de n'importe quel livre, de Bitru au Menuet du haricot pour se rendre compte que ni le lexique, ni la syntaxe, ni le rythme ne rappellent, sinon par accident, la prose célinienne. " (Paraz le rebelle, l'Age d'Homme, 2002).

 

 

 

 

 * Giano ACCAME (journaliste et écrivain italien 1928-2009): " Dans le grand dialogue entre les idées de notre temps Céline se trouve souvent classé comme un appendice anarchique, libertaire et pacifiste, du fascisme, aile plébéienne extrême d'une révolte contre l'acceptation fataliste du sens de l'histoire. Lui, au contraire, a toujours protesté de sa solitude et de son indépendance. Il faut donc lui donner acte de ceci: qu'il n'y a pas eu au monde de plus mauvais propagandiste. Il est difficile de trouver une oeuvre qui, comme la sienne, montre une indifférence aussi totale aux exigences contingentes et pratiques d'un parti quelconque. Son pessimisme et sa tendance à l'exagération font de lui un écrivain qu'aucun mouvement politique ne pourra jamais raisonnablement utiliser.

   Céline a écrit pour soi et pour les hommes, sans rechercher d'intermédiaires: son cri d'alarme ne peut servir à personne comme règle d'action organisée, parce qu'il ne peut être pris à la lettre et parce qu'il n'y a aucun parti qui soit disposé à donner sa carte à Cassandre. Cependant on peut dire qu'il a survécu vraiment dans la mesure où il n'a pas été utilisable et c'est pourquoi il ne fut pas brûlé lors du tragique bilan de 1945. Le jour où nous serons vraiment contraints de constater qu'il n'y a plus rien à faire, nous pourrons bien accompagner l'agonie de l'Europe avec le grotesque viatique qu'il nous a laissé : " Que notre gaîté s'éteigne et les dieux-mêmes seront contrits...Las ! Les cieux seront lors plus lourds...Nous voulons vivre sans connaître...Nous voulons bien mourir de rire...le plus frivolement...si possible..."
 (Céline prophète de la décadence occidentale, L'Herne n°3, 1963).

 

 

 

 

 

* Georges ALTMAN (journaliste et résistant communiste 1901-1960): " Copenhague, ce 27 octobre 1947, / Tu quoique Altman ? Non ! Tu es trop, malgré tout, grand seigneur, pour en arriver là...Tu es de ma famille. Laisse aux merdeux morgans et autres crapules triolettes ou cassoutes les tâches abjectes. Tu sais parfaitement ce qu'il en est. Qu'il n'y a jamais eu d'écrit qu'un seul roman communiste d'âme, le mien, en Russie en France et ailleurs et vous traînez au cul cette bande de mafrins pouilleux branlés ?

   Pas un seul capable de rédiger une affiche ! Ah Trotsky ne s'y était pas trompé, ni Barbusse, ni toi ! Hystérie ? Alors renie Flaubert ! Et cent autres ! Allons, entre nous, qu'on ne te surprenne ! Je te serre les mains ! / L.-F. Céline. "
 
(Lettres 2009, p.972).

 

 

 

 

 

 * Paul AMAR (journaliste): " Duel sur la Cinq. Dans l'émission " Revu et corrigé " de Paul AMAR. Excédant son rôle d'animateur celui-ci prend à partie Eric Zemmour, auteur de Petit frère (Ed. Denoël), dans lequel il entend dénoncer " l'angélisme antiraciste ", en s'inspirant d'un fait divers : le meurtre d'un disc-jockey d'origine juive par un ami d'enfance d'origine arabe. Présent sur le plateau l'avocat de la famille de la victime reproche vivement à Zemmour d'avoir sali la mémoire de celle-ci. L'auteur a beau jeu de répondre que, s'il a pris ce drame comme point de départ, ses personnages sont de pure fiction. Il relève aussi que nombreux sont les écrivains qui se sont basés sur un fait divers : Flaubert (Madame Bovary), Balzac (Une ténébreuse affaire), Stendhal (Le rouge et le noir), etc. Paul AMAR s'en prend alors à l'écriture de Zemmour. Lequel a voulu reproduire le langage de ce milieu... AMAR compare la " violence " du style célinien à celle de l'écriture de Zemmour qui réplique :

-... Mais Céline est un des plus grands écrivains du XXe siècle, vous êtes flatteur !
- Un antisémite !... Ah ? Quand je cite Céline, je vous flatte ? Bravo !, s'exclame AMAR.
 A Zemmour indiquant qu'il ne faut pas confondre qualité littéraire et idéologie, Paul AMAR répond que " l'écriture révèle l'homme " et que, tant qu'à citer des écrivains, Zemmour pourrait aussi mentionner Sartre dont on se demande ce qu'il vient faire ici. Il est clair que Paul AMAR ne considère pas Céline comme un écrivain véritable, l'étiquette " antisémite " prévalant sur tout autre considération.
  (Marc Laudelout, BC n°294, février 2008).

 

 

 

 

 

* Henri AMOUROUX (journaliste, historien, romancier 1920-2007): " François Mitterrand est assez bon historien pour savoir que, sauf dans l'imaginaire, ces fractures - 1789, 1848, 1871, 1936 - n'avaient pas durablement amélioré " la vie des gens sans moyens qui n'est qu'un long refus dans un long délire. "
 (Voyage au bout de la nuit). (Nuancé ! Les Français jugent l'ère Mitterrand, Figaro Magazine, 25 février 1995, dans L'Année Céline 1995).

 


 

 

 

* Roger ASCOT (né Roger ASKOLOVITCH, journaliste, écrivain): " Dans le quatrième tome du Dictionnaire de la politique française, Henry Coston cite cette prise de position, pour le moins radicale, de Roger ASCOT, rédacteur en chef de L'Arche, la revue du Fond social juif que préside le baron Guy de Rotschild : " Peu importe son talent. Céline participe de Vichy, d'Hitler et d'Auschwitz. Comme tel, le mieux qui puisse arriver à sa mémoire, c'est qu'on l'oublie. Et qu'on se garde bien de cette tentation esthético -fasciste, que dénonce Saül Friedlander dans Reflets du nazisme qui consisterait à sauver le bon, le moins mauvais Céline de la perdition. "

    Voilà une vision assez particulière de la liberté d'expression dont se réclame, par ailleurs, cette publication. "
  (BC n°6, février 1983). 
 

 

 

 

 

 

* Pierre AUDIAT (journaliste, rédacteur en chef de Paris-Midi 1892-1961): " C'est dans cette force continue d'invective que réside, à mon sens, la puissance, rare, de Louis-Ferdinand Céline. Il est à la portée de tout le monde de lancer un : " Crève donc société ! " qui fasse son petit effet, mais le dire en six cent vingt-six pages, le dire avec un renouvellement incessant d'images et de violences, voilà qui n'est pas commun. Au temps où les cochers de fiacre étaient des virtuoses en injures, un dessinateur célèbre représenta  un académicien écoutant, émerveillé, un automédon en colère forger tout un lexique de néologismes expressifs. C'est un peu la même impression que nous avons en lisant Louis-Ferdinand Céline. Il injurie l'univers avec une verve qui force l'admiration ; il ne faut pas s'arrêter aux gros mots, il faut contempler ce torrent qui, pendant des heures, charrie de la boue et des cadavres.

   Par contre le livre risque de plaire aux simples et aux raffinés. Aux simples qui se trouvent de plain-pied avec l'auteur et qui parlent sa langue : la concierge de M. Louis-Ferdinand Céline fit compliment de son ouvrage à l'auteur en lui disant : " C'est un livre, M'sieur Céline, qu'est intéressant partout qu'on le commence. " Aux raffinés parce qu'ils se sentent en présence d'une force sauvage à laquelle ils aspirent  ou qu'ils regrettent comme quelque chose d'inaccessible. Ils éprouvent devant ce livre la même nostalgie que celle qui s'empare d'un galant homme, lorsqu'il voit une belle brute arriver à ses fins auprès d'une femme convoitée. M. Louis-Ferdinand Céline a violenté la littérature ; bien d'autres écrivains voudraient faire comme lui, mais ils n'osent - ou ils ne peuvent. "
 
(L'amour, qui s'est mué en désespoir, Les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).

 


 

 

 

 

 * Jean AUDOUIN (journaliste, fondateur de Innovapresse): " Au risque d'introduire une fausse note, de conduire à une interprétation politique de notre attitude, osons citer l'écrivain maudit, Louis-Ferdinand Céline, qui écrivait : " de la vie il faut tout dire, crier, hurler avant d'avoir le droit de se taire. " (Atonie chérie, Brut de com', hiver 1995, dans L'Année Céline 1995).

 

 

 

 

 

 * Jean AUGUY (journaliste, éditeur et militant nationaliste) : " Contrairement à ce que l'on croit généralement, Céline n'a jamais été un auteur très prisé par la droite traditionnelle, son style étant trop novateur pour ce courant de pensée qui lui a toujours préféré des écrivains au style plus classique, de Barrès à Montherlant en passant par Brasillach, Chardonne, Béraud et d'autres.

 Jean AUGUY, directeur de Diffusion de la pensée française, a lui, le mérite et la franchise de le reconnaître dans un de ses derniers catalogues : Je n'ai jamais aimé Céline. Mon père possédait ses œuvres dans sa bibliothèque et il m'a toujours été impossible d'en lire plus de trois ou quatre pages. Mais en tant que libraire je dois reconnaître que ses œuvres sont régulièrement demandées, surtout par nos correspondants qui s'intéressent à la littérature. "
 (BC n°120, sept. 1992).

 

 

 

 

 

* Aimée BARANCY (journaliste, poète, nouvelliste, musicienne 1891-1984): " Chère Baba, / je suis bien heureux d'avoir de vos nouvelles mais vous vous débattez je le vois au milieu d'abominables ennuis ! Quel courage et quel esprit fringant vous avez ! Jeanne d'Arc n'avait pas le quart de votre résistance. Vous voilà lancée chez Fayard. Je ne sais rien pour mon film. Je suis trop pris par mon travail actuel que je dois finir en septembre - (si les révolutions le permettent !) Je ne sais rien des divers équipages. Tout est possible. Ils sont peut-être déjà revenus d'Océanie. Nous saurons tout cela bientôt - au Pont de la Concorde. / Bien affectueusement à vous. / mes amitiés à Eliane et Denizoff. / Louis F Destouches. "
 (
A Aimée Barancy, Badgastein, le 21 juillet 1935, Lettres Pléiade, 2009).

 

 

 

 

 

 * Jacqueline BAUDRIER (née Jacqueline, Hélène VIBERT, journaliste ancien PDG de Radio-France, 1922-2009) : " Inter-Actualités de 19h15 / Actualités littéraires, maintenant. / Il nous faut vous rappeler une nouvelle que nous avons longuement annoncée et commentée dans " Actualités de midi 30 ". Cette nouvelle, c'est la mort de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline. /  Pierre Le Roizic, l'enterrement de Louis-Ferdinand Céline a eu lieu au cimetière de Meudon et on a appris seulement aujourd'hui, au moment même où avait lieu cet enterrement de la manière la plus discrète, que Louis-Ferdinand Céline était mort depuis samedi. Ses amis qui le veillaient avaient caché la nouvelle jusqu'au dernier moment.

  Pierre Le Roizic : Si sa vie fut, en effet, très mouvementée, sa mort et son enterrement se passèrent, pour ainsi dire, à la sauvette et rarement un écrivain de talent aussi reconnu fut aussi détesté par son époque et il faut bien dire qu'il avait donné tellement de gages de son génie démoniaque que l'on demeure confondu par certains témoignages dont nous ne mettons pas en doute la sincérité et qui représentent Louis-Ferdinand Céline sous les traits d'un bon apôtre vivant chichement dans sa petite maison de Meudon où il soignait les pauvres avec un dévouement et un désintéressement dont il est peu d'exemples, paraît-il.
  C'est ce personnage plein de contradictions et d'exubérance allant parfois jusqu'à la vulgarité qui disparaît ou plutôt qui fait une sortie discrète par la petite porte, presque honteux. Voilà d'ailleurs comment il définissait son métier d'écrivain : " Ecrire comme je le fais ça a l'air de rien mais c'est d'une difficulté qu'on n'imagine pas. C'est horrible, c'est terrible, c'est surhumain. C'est un truc qui vous tue le bonhomme. "

 Jacqueline BAUDRIER : Je vous rappelle qu'à midi 30, nous avons consacré toute notre page littéraire à évoquer l'œuvre de Louis-Ferdinand Céline - une œuvre qu'on ne peut pas passer sous silence parce qu'elle a vraiment apporté quelque chose de neuf dans le roman contemporain, que nous nous sommes beaucoup plu naturellement à tâcher, à évoquer cette œuvre que la personnalité de l'homme qui était, vous le savez, tellement critiquée pour certaines prises de position politiques. "
  (Transcription : Marc Laudelout et Jean-Pierre Latterner, BC n° 344).

 

 

 

 

 

 * Bruno BAYON (journaliste, écrivain): " Je me demande même parfois si la seule littérature digne de ce nom n'est pas celle qui est capable de vous atteindre physiquement. Les livres qui sont susceptibles de vous faire pleurer, vous étourdir, vous couper le souffle.

    Qui vous produisent l'effet intolérable, comparable à la sensation ressentie lorsqu'on a un morceau de papier d'aluminium coincé entre les dents. Ça irrite. Je pense à la description de la traversée de la Manche dans Mort à crédit de Céline, où tout le monde se dégueule dessus, qui m'a rendu malade. "
 (Télérama, 19 août 1992).

 

 

 

 

 

* Serge de BEKETCH (journaliste, créateur du Libre Journal) : " J'avais 15 ans quand j'ai tenté de lire Céline, D'un château l'autre, résultat: néant. On m'expliqua plus tard que ce livre comme Guignol's band ne faisait pas réellement partie de l'œuvre de Céline. C'étaient des livres de la fin. Dix ans plus tard, j'essayai de lire Voyage au bout de la nuit. Même résultat. On m'expliqua plus tard que comme Mort à crédit ce livre était un livre du commencement, le cri d'un débutant maladroit qui hurle de voir le monde se déliter autour de lui.

 Je tentai donc de me jeter dans Les beaux draps puis dans Bagatelles puis dans l'Ecole des cadavres. Cela me parut légèrement excessif. On m'expliqua que c'était le délire d'un écorché vif. Je rangeai donc Céline dans un coin de la bibliothèque. Récemment j'ai ouvert Les beaux draps. Ouiche ! Quelle affaire ! Puis Bagatelles, mazette !... Au fond, pour lire Céline, il faut avoir le gosier fait, comme on dit pour le bon vin, c'est une affaire d'âge. " (Minute, 3 oct. 1990, Mûrir Céline).

 

 

 

 

 

 * François BERGER (journaliste à " Présent ", quotidien de la presse nationale et chrétienne): " Le plus misérable angle d'attaque des anti-céliniens, c'est lorsqu'ils cherchent à mettre en cause sa " petite musique ", prétextant que, pour Céline, cette " petite musique " de l'écriture n'aurait été - à les lire - qu'un moyen pour faire passer ses messages de haine, etc. Air connu ! Monnier nuance tout cela, corrige, démontre, explique. Ce qui est terrible, cependant, c'est d'être encore obligé de batailler sur ces terrains-là. Alors qu'à l'aube du XXIe siècle, le débat devrait d'abord et avant tout porter sur l'écriture si particulière de Céline. Peut-on imaginer une mise en cause de la poésie de François Villon, en raison de ses actes, de ses moeurs, de sa vie, du contexte historique, que sais-je encore ?

   Il est symptomatique qu'au-delà d'une place que l'on croyait définitivement acquise dans la littérature, Céline soit encore attaqué en tant qu'écrivain, non pour son écriture, mais pour tout un ensemble d'éléments extérieurs à cette écriture, jugés politiquement incorrects, suffisants, à en croire ces pions de la littérature conformiste, pour disqualifier Ferdinand, l'expulser des manuels de littérature. D'où la colère de Pierre Monnier. Sa rage devant la bêtise à front de taureau. "
 (Pierre Monnier et Céline face aux " Têtes molles ", Présent, 31 oct. 1998, dans BC n° 194).

 

 

 

 

 

* Francis BERGERON (journaliste, essayiste): " Francis BERGERON choisit cette phrase prononcée par Céline en 1958 dans un entretien avec Jacques Chancel : " Tous ceux qui m'ont volé sont, au moins, commandeurs de la Légion d'honneur. Autrefois, on pendait les voleurs aux croix. Aujourd'hui, on pend des croix aux voleurs. "

  Francis BERGERON attribue hâtivement la paternité de ce mot à Céline. Comme nous l'apprend un abonné helvète, cette phrase est extraite d'un quatrain d'un certain Maurevert publié en 1938 dans le Crapouillot consacré à la Légion d'honneur: " Les temps étaient doux autrefois / On mettait les voleurs en croix / Aujourd'hui les temps sont meilleurs / Et l'on met les croix aux voleurs. "
  (Guide des Citations de l'Homme de Droite, éditions du Trident, 1990 - paru dans le BC n° 90).

 

 

 

 

 

 * Emmanuel BERL (1892-1976, journaliste, historien et essayiste): " - Vous avez connu Céline ?
- Je l'ai vu à Marianne. Je l'ai vu à la NRF. Je l'aimais bien. Il m'avait écrit une lettre, quand j'ai publié Pavé de Paris. Je ne sais plus ce que j'avais écrit au sujet de l'ordre biologique. J'étais très sensible à l'histoire de l'anémie de la France à la suite de la saignée de 1914, et il m'avait écrit : " Tu ne seras pas pendu. Tu seras Führer à Jérusalem. Je t'en donne ma parole. " Signé Céline. Je regrette d'avoir perdu ce certificat, mais il m'a été pris par les Allemands. Céline est venu ici, chez moi. Là, je me rappelle vraiment d'un Céline me disant : " Tu comprends mon pote - l'écriture continuait dans la parole, elle était artificielle dans les deux cas -, mon père ne vendait plus rien passage Choiseul, parce que personne ne vendait plus rien passage Choiseul, vu que personne n'y passait. Alors, il disait que c'était la faute aux jésuites et aux juifs. Crois-tu qu'il était con ! " Je l'entends encore me dire ça. Deux ans après, il publiait Bagatelles pour un massacre.

 
- Et vos rapports ont cessé après Bagatelles pour un massacre ?
- Ah oui ! Remarquez, contrairement à beaucoup, je trouve ça assez innocent. Il dit que tout espèce d'individu, qui a été au lycée, est par là même juif ! Que pour lui, les prototypes du juif, c'est Mallarmé et Racine. Alors, comme on ne sait plus très bien ce que cela veut dire... Il est très violent, mais on ne sait plus très bien contre quoi, parce que, finalement, était juif quiconque ne parlait pas l'argot. Tout académicien, etc. "
 (Emmanuel Berl, Interrogatoire par Patrick Modiano, Paris, Gallimard, 1976, p. 126).

 

 

 

 

 

* Patrick BESSON: " ...On a oublié que les œuvres sont plus fortes que les vivants, les morts et le temps. L'art pénètre partout, comme l'eau pendant une inondation. Il ne faut pas reprocher à certains éditeurs de publier Brasillach, Rebatet ou Alphonse de Châteaubriant. Ils sont simplement victimes d'un dégât des eaux et il reste à espérer pour eux qu'ils ont une bonne assurance.

     Cela dit, il est cocasse d'entendre certains critiques se plaindre de la promotion qu'on fait à ces gens politiquement douteux, alors que c'est Camus et pas Drieu la Rochelle qu'on étudie à l'école, que Sartre est en Pléiade tandis que Chardonne n'est même plus dans le Livre de Poche, que le nom de Céline est imprononçable dans tous les dîners où il n'y a pas Sollers, qu'on ne peut pas dire que Brasillach a écrit un magnifique " Corneille " sans passer pour un nazi, que Léon Daudet a dû attendre un demi-siècle avant qu'on puisse relire la totalité de ses pamphlets et que c'est seulement trente-cinq ans après la mort de Guitry qu'on trouve ses œuvres en prose dans les librairies. "
 (Paris-Match, 4 mars 1993).

 

 

 

 

 

* Maurice BOURDET (journaliste radiophonique, résistant 1902-1944): " L'idée maîtresse de M. Céline est, je persiste à le croire, très éloignée de toutes les intentions qu'on lui a, sans doute, un peu trop généreusement prêtées. Ce voyage " imaginaire ", tel qu'il l'annonce dans sa préface, apparaît, au contraire, comme une somme d'impressions intensément ressenties aux diverses étapes de la vie de l'auteur. Qu'on ne s'y trompe pas ! le docteur Destouches risque bien souvent son nez dans les histoires de son pseudonyme Céline. Il y a même, tout au long du livre, un certain sentiment de la farce dans le tragique et le sang, qui découvre vite le carabin.

   D'autre part, quand M. Céline prend un ton plus sérieux, celui qu'il doit avoir dans ses consultations, il note des choses de ce genre auxquelles on ne peut que souscrire : " Le véritable savant met vingt bonnes années en moyenne, à effectuer la grande découverte, celle qui consiste à se convaincre que le délire des uns ne fait pas le bonheur des autres et que chacun, ici-bas, se trouve indisposé par la marotte du voisin " ou " le délire scientifique, plus raisonné et plus froid que les autres, est, en même temps, le moins tolérable de tous ". Ainsi, le Voyage au bout de la nuit oscille-t-il sans cesse entre un constant désir de délivrer le subconscient, et une forme très stricte de la raison, qui ne peut qu'enchanter un chercheur, fût-il comme M. Céline, égaré dans le plus noir pessimisme. "
 (
Le Miroir du monde, 21 janvier 1933, 70 critiques de Voyage...Imec Ed. 1993)

 


 

 

 

 * François BOUSQUET (journaliste, éditeur, écrivain, directeur du Choc du mois) : " Il n'aura guère eu de prédécesseurs - en dehors de Rabelais, on peut ajouter Villon, Vallès, Darien ou Barbusse - et encore moins d'héritiers. Il procède d'une tradition qui n'a pas été conservée dans les bibliothèques. C'est l'héritage immense, littérairement en jachère, de la culture faubourienne, plébéienne, boutiquière : les petits -bourgeois. " C'est la petite bourgeoisie en France qu'est la classe sérieuse, pas mystique, mais consciencieuse ", écrivait-il dans L'Ecole des cadavres.

  Il aura, mieux que nul autre, incarné le génie libertaire et populaire de la capitale, des Halles aux abattoirs de la Villette, des passages parisiens aux faubourgs des grandes rues, la verve inimitable des écorcheurs et des commères. Gavroche, mais sans le sentimentalisme des Misérables. Un paria, comme les hors -caste en Inde, devenu intouchable, en dépit des polémiques récurrentes que sa personne suscite, tant son génie d'écrivain n'a pas d'équivalent depuis que l'homme est homme et qu'il écrit. "
 (Le Spectacle du monde, juin 2011, dans BC février 2012).

 

 


 

 

* André BRISSAUD (écrivain, journaliste, historien) : " Il y a l'oeuvre et il y a l'homme. L'oeuvre on l'a. Elle survivra toute seule aux critiques pelliculeux et cornichons qui se torturent le foie pour secréter le maximum de bile. L'homme, ce sera plus ardu. L'homme avec son secret. Même ses rares amis se heurtaient à cette âme farouche. Le regard seul trahissait parfois l'immense générosité. Il y avait aussi son sourire.

 On a accusé Céline de mépriser l'homme... Ses ennemis qui l'ont vilipendé, craché, interdit, traqué, spolié, enfermé, ont mal lu ses livres, aveuglés par leur fureur haineuse. Ils n'ont pas connu l'homme. On a fait de Céline un loup enragé, un infâme collabo, un pornographe, un scatologue, un anticlérical, un antisémite, un antimilitariste, un antibourgeois, un anticonformiste, un anticommuniste, un anti n'importe quoi. Parce qu'il a tout fait voler en éclats, aussi bien les formes classiques de la littérature que le langage conventionnel et la syntaxe sclérosée, on a hurlé au sacrilège et on l'a condamné.

  Mais qu'on relise les livres de Céline ! On verra que cette poésie frénétique - souvent sarcastique - cet irrespect total, cette fresque digne de l'Apocalypse, cette violence verbale parfois irritante, ne sont que les produits d'une générosité incomprise, bafouée, d'une sensibilité immense et d'une pitié impatiente. Je ne m'étendrai pas sur l'œuvre. Elle est là, solide, puissante, indestructible. Rappelez-vous Normance : " Ils achèteront plus tard mes livres, beaucoup plus tard, quand je serai mort pour étudier ce que furent les premiers séismes de la fin, et de la vacherie du tronc des hommes, et les explosions des fonds d'âme... Ils savaient pas, ils sauront ! "
 (L'Herne, 1963)
.

 

 

 

 

 * François BUSNEL (Journaliste, critique, producteur, animateur d'émissions culturelles) : " Céline a mis les mots sur des échasses. Il a allumé les feux de la provocation et fait parler la poudre du scandale.

  Et son œuvre, intimement liée à sa vie, est une prodigieuse métamorphose du réel. "
  (Lire hors-série 7, 2007, E. Mazet, Spécial Céline n°7).

 

 

 

 

 

* LE CANARD ENCHAÎNE (journal satirique du mercredi): " Alméras signale dans (Je suis le bouc. Céline et l'antisémitisme, Ed. Denoël), que la critique la plus positive de l'Eglise et de son fameux acte III a précisément paru dans l'hebdomadaire satirique. Il reproduit l'éloge paru en septembre 1933 : " Laconique, amer et toujours anarchisant, le Dr Bardamu développe d'acte en acte des théories passablement subversives. Et la scène de la S.D.N. réalisée dans le genre bouffe est un véritable régal. La pièce dit-on ne sera pas jouée. C'est regrettable. "

 Qu'un hebdomadaire de gauche ait pu si vivement apprécier une pièce dont l'acte III constitue indéniablement une satire antisémite peut surprendre aujourd'hui, en effet...(...) Cela n'empêche pas Céline d'être présent à sa façon dans chaque numéro. Ainsi dans celui du 15 nov. 2000: deux titres attirent l'attention : " D'une Busherie l'autre " (en page 7) et " Massacre pour une bagatelle " (en page 6)... N'attendez tout de même pas que l'hebdomadaire du mercredi fasse acte de repentance. Les donneurs de leçons n'apprécient guère qu'on leur en prodigue... "
  (B.C. décembre 2000)

 

 

 

 

 

* Hebdomadaire CARREFOUR (a paru du 26 août à mai 1986, proche des gaullistes au moment de sa parution): " Mon Cher Vieux, / Le plus dégueulasse (s'il peut y avoir !) de ces bourriques de CARREFOUR est qu'ils sont venus de la part du Pasteur de Copenhague non en journaliste oh ! non ! non ! en amis du Pasteur et dans le but strict d'envoyer des photos à la mère de Lucette à Nice ! et pas du tout pour un article ! Mouchards, espions, provocateurs, saloperies - Ils nous l'ont fait aux affligés par nos conditions... Ils ont d'ailleurs campé chez Mikkelsen. On leur a servi le café (notre ration du mois) parfaitement abjects.

   Oh tu sais y avait les mêmes couples à Sigmaringen...Camelots - mouchards, photographes, indicateurs - voleurs - trop lâches pour être maquereaux - trop moches pour être putains. Le tout en auto plus ou moins volée, papiers plus ou moins faux, plus ou moins repris de justice, représentants, collaborateurs, maquisards - communistes... C'est une véritable " espèce " - " Homo équivoquius ". Ils vont par deux. Ceux-là avaient même une petite sœur, en plus. Donc vieux : démenti absolu. formel - toujours. / NON NON NON Sur ma tombe ma seule épitaphe / NON / Ton vieux / LFC. "
 (Lettre à Albert Paraz du 22 sept.1949, Lettres Pléiade 2010).

 

 

 

 

 * Jacques CELLARD (journaliste, grammairien): " Mes lectures sont surtout des relectures, il est si rare de trouver un livre récent qui mérite d'être relu - la plupart ne méritent même pas d'être lus ! Je relis toujours les trois mêmes écrivains : Saint-Simon, Proust et Céline.

  Pourquoi ces trois-là ? Parce qu'ils appartiennent à la même étoile, celle des tueurs. (...) D'ailleurs un écrivain n'est jamais tout à fait grand que quand il est méchant ! (...) Céline, c'est inutile de commenter : Céline est le même, tranquillement et cruellement assassin."
 (Minute, 4 septembre 1996, dans L'Année Céline 1996, Du Lérot).

 

 

 

 

 

 * François  CERESA (journaliste et écrivain): " Dans la potée célinienne, ils ont tous mis leur grain de sel. Les journalistes, les hommes politiques, le ministre de la culture, et même ce pauvre Delanoë. Céline ? Le cinquantième anniversaire de sa mort ? Ah, pas bien, pas question de commémorations, c'était un salaud... Tout le monde donne son avis. C'est une maladie, ça, l'avis de tout le monde. Sans compter les commémorations. On commémore à tort, à travers. N'importe qui, n'importe quoi. Pourvu qu'on commémore. Là où il est , il s'en bat les joyeuses, sa majesté Destouches. Cela ne l'empêche pas d'être un grand écrivain. Le grand écrivain.

  L'année Céline, c'est tous les ans. Et ça, les autres, ils l'ont en travers. Ils auraient préféré un gentil ramollo du bulbe, bien pensant, propre sur lui, faussement rebelle, avec des idées plein la tête, des mots aimables pour les uns, pour les autres, une sauce bobo comme il faut, avec de l'indignation bien calibrée, digne d'un bon petit repentant de commerce. Indignez-vous, que diable ! Allez, pour mieux éluder Céline, ce choléra, ce tétanos, ce pourri d'antisémite, lisez-donc Brami. Emile Brami. Son " Céline à rebours " vient d'être réédité (Archipoche, 474 p, 8,50 euros). Entre " l'impatience et la colère ", comme disait Jean-Louis Bory, pas de place pour la commémoration. Brami joue les Huysmans. On retrouve un Céline génial et pitoyable. Sa marque de fabrique. "
  (Sa majesté Destouches, Edito, Service Littéraire n° 39, mars 2011).

 

 

 

 

 

 * François CHALAIS (journaliste): " Le 14 avril 1944, François CHALAIS (il signait alors François-Charles BAUER son véritable nom) déplorait, dans les colonnes de l'hebdomadaire Je suis partout, que Céline n'eût pas encore fait l'objet d'études.

  Cinquante ans plus tard, dans le mensuel ferroviaire Grandes lignes (septembre 1994), il déplore que Céline (et d'autres écrivains réprouvés) soient à ce point sous les feux de l'actualité éditoriale : " C'est à qui, en effet, accordera le plus grand crédit et le talent le plus considérable à des écrivains qui mériteraient davantage l'oubli que l'on accorde aux péchés difficiles à pardonner ". Et d'ajouter: " Au sommet de la réhabilitation en fanfare nul ne parade plus désormais que Louis-Ferdinand Céline ". Dont acte. On renoncera à mettre d'accord l'auteur de ces lignes parues en 1994 avec le collaborateur de Je suis partout en 1944. "
 (B.C. novembre 1994).

 

 

 

 

 

 * Jacques CHANCEL: " Le deuxième tome des Cahiers Céline que Gallimard vient de publier et que je parcours ce soir. J'y retrouve des extraits du long entretien que j'eus avec lui, un peu de cette "confidence" donnée il y a seize ans à Télémagazine et à Paris-Presse. Oui, un peu... car j'ai gardé l'essentiel, des pages et des pages cachées quelque part et que je réunirai - qui sait ? - un jour.

 Elles livrent, ces pages, une autre image du personnage, mais c'est encore trop tôt, il dit tant de choses et il y a tant de noms déshonorés là, qui sont comblés d'honneurs ailleurs... "
 (Le temps d'un regard, p.26,1957).

 

 

 

 

 

 * Madeleine CHAPSAL ( Ecrivain, journaliste, participa à la création de L'Express avec son mari J.J. Servan Schreiber ) : " Je n'ai vu Céline qu'une fois, dans sa maison de Meudon, dans le cadre que tout le monde connaît et a décrit, et il m'a donné cet entretien d'une traite, sans qu'il y ait eu un réel contact entre nous.

    Tout ce que je puis dire, c'est que j'ai été éblouie par sa virtuosité, sa maîtrise verbale - il n'y a pratiquement pas eu un mot à changer quand j'ai transféré son discours de l'oral à l'écrit - un peu étonnée aussi de ce qui pouvait apparaître comme un " délire ", c'est-à-dire une répétition de certains thèmes, une insistance à voir arriver le cataclysme et à se mettre lui-même comme à l'écart des autres - tout le reste du monde étant des " autres ".
  (
Voyage au bout de la haine...avec Louis-Ferdinand Céline, L'Express,14 juin 1957).

 * En décorant Madeleine CHAPSAL de l'Ordre national du mérite, mercredi soir, le président de la République a rappelé que la romancière avait réalisé un grand entretien avec Louis-Ferdinand Céline pour L'Express. En ajoutant d'un air de défi à l'adresse des amis des promus du jour, et des ministres qui se pressaient dans la salle des fêtes de l'Elysée : " S'il est encore permis de nos jours de parler de Céline sans créer de polémique ! " (Le Figaro, 1 oct. 2011).

 

 

 

 

* CHARLIE HEBDO (hebdomadaire satirique): " Une maison d'édition de Tel-Aviv, Am Oved, a décidé de publier le Voyage au bout de la nuit de Céline pour la simple et bonne raison que c'est une œuvre exceptionnelle. Et même si Céline était par ailleurs une véritable ordure, on ne peut pas lui retirer ça : il a écrit de bons bouquins, tant qu'il n'y parlait pas des Juifs. Mais les réacs locaux ne retiennent que la moitié de l'histoire : " Céline ne doit pas être imprimé en Israël puisqu'il fut l'un des plus féroces antisémites pendant la période nazie. Un point c'est tout ", déclare l'historien israélien Zeev Stemhell (spécialiste de la droite et de l'antisémitisme en Europe).

   Ce disant, Stemhell ne se rend pas compte qu'il fait passer ses compatriotes pour des arriérés toujours bloqués sur l'Holocauste, qui n'écoutent pas Wagner, ne lisent pas Nietzche (non pas qu'il fût antisémite, mais sa sœur, elle l'était) et encore moins Céline. Alors que les Israéliens ont autre chose à foutre en ce moment, avec leurs copains palestiniens. Alors que, de toute façon, l'antisémitisme de Céline (totalement absent du Voyage au bout de la nuit, notez bien) ne risque pas de faire des émules chez les Israéliens, ou alors ils sont vraiment très crétins. "
 (Charlie Hebdo, 2 février 1994, dans le BC n°139, avril 1994).

 

 

 

 

 

 * Journal COMBAT (quotidien clandestin lié à la résistance crée fin 1941): " A " COMBAT ", / Hé diable ! Monsieur, je parie bien les Dardanelles que ce Jean-foutre des Investias n'a jamais lu un seul de mes livres ! (...) La " nullité littéraire Céline " leur apprend puisqu'ils ne savent rien, même de ce qui les concerne, ils bavent sous eux !) que le Voyage au bout de la nuit a été lancé par un article de Georges Altman dans le Monde communiste, d'Henri Barbusse, en 1934.

 Les articles de Daudet, Descaves, Ajalbert, ne sont venus " qu'ensuite ". (...) De telles crétineries découragent la polémique, on comprend que la parole soit de plus en plus à la bombe, à la mine, au déluge ! / Je vous prie de croire, Monsieur, à mes sentiments très distingués. / LF Céline. " (Lettres 2009, à Combat, 26 ou 27 juillet 1947).

 

 

 

 

 

 * Lucien COMBELLE (journaliste, écrivain) : " Mon cher Combelle, imaginez-vous que si Lecache revenait au pouvoir il vous réserverait de charmants échos dans le Droit de Vivre ? C'est pourtant ce que vous faites - position inversée - pour Giraudoux dans votre journal... Giraudoux le mieux payé des pousse-au-crime de l'immonde propagande Continental - Mandel, le plus fétide-enjuivé-grimacier-confiseur-farceur-imposteur-nul-prébendier-lèche-cul des chiots littéraires 39 - Vous n'êtes pas difficile...

  Ni les uns ni les autres ne semblez avoir décidément le sens, l'instinct primitif, le réflexe de défense immédiat, absolu, contre l'ennemi - qui lui ne vous oublie pas, ne vous prendra jamais pour un autre... Mangouste ! Admirable mangouste ! Admirable petit fauve ! jamais dégénéré, qui n'a jamais, ne prendra jamais la vipère pour un verre de lampe ! la vessie pour la lanterne ! Mots pourris ! Mangouste ! Combelle ! Mangouste ! Assez de mots ! / L F Céline. "
 (Lettres 2009, à Lucien Combelle, juin 1942).

 

 

 

 

 * Henry COSTON (journaliste, éditeur, essayiste et militant d'extrême droite) : " D'une connaissance l'autre. Enfin j'ai eu rendez-vous avec Henry COSTON, éditeur de son Dictionnaire de la politique française en quatre volumes. Lui, il avait fini par expliquer ces années agitées comme un kaléidoscope d'affiliation politique ; le jugement politique a été déformé par la crainte du bolchévisme ou le désir de la paix. A mon avis il aurait fallu ajouter l'élément du racisme qui persiste dans toute société et qui, comme la peste, réapparaît à certaines époques comme celles de Dreyfus ou d'Hitler. De toute façon, a t-il continué, beaucoup d'intellectuels ont opté pour l'idéal communiste ou l'idéal fasciste. L'histoire allait approuver les uns, punir les autres. Il n'empêche que les deux étaient en quête d'une société meilleure. COSTON a mentionné comme exemple Pierre-Antoine Cousteau, frère de l'océanographe Jacques, qui s'était d'abord lié avec la gauche pour devenir après une volte-face remarquable membre de l'équipe de Je suis Partout.

 Et puis le cas Céline. Il s'était exprimé clairement dans ses pamphlets mais sans jamais se lier à un parti, à un mouvement. Il conservait férocement son indépendance et assumait la responsabilité de ses passions. COSTON lui a rendu visite en 1937, lors de la publication de Bagatelles. Son appartement était, comme il a dit, " un lieu sordide, rempli de meubles délabrés et très désordonné ". COSTON croyait à ce moment, comme Céline, que les Juifs poussaient la France à la guerre ; pour un pacifiste, l'ennemi c'était les Juifs. Mais il croyait aussi que Pierre Laval - qu'il interviewa pendant l'Occupation - était motivé par sa crainte du communisme. Dans ce cas néanmoins, il a condamné Laval pour son manque d'honnêteté et de scrupules. " Laval aimait la France a-t-il dit, comme le fermier aime sa vache. Il la trayait pour son propre bénéfice. "
 (Stanford Luce, Miami University, BC n° 72, août 1988).

 

 

 

 

 * Michel COURNOT (journaliste, écrivain, critique cinématographique et réalisateur 1922-2007):  " Guérisseur français, Céline a inventé Hitler, la prose à décollage vertical, la querelle sino-soviétique et le dialogue à cyclotrons. N'ayant pu empêcher son disciple Henry Miller de piquer la bombe atomique aux Allemands qui n'osaient pas s'en servir, Céline se retrouva dans le mauvais gang et fut déporté à Vitebsk par le patriote Ludwig Aragon.

   Il n'en profita pas pour s'embourgeoiser, comme Giono et Montherlant. Ecrivain plutôt libéral, Céline a surtout écrit l'œuvre complète de Jean-Paul Sartre, excepté Les Mots qui sont un posthume de Flaubert enfant. Ayant découvert que la littérature est, au vingtième siècle, une survivance, Céline fit le mort, disparut. Il est aujourd'hui, par pure méchanceté, pilote dans l'aviation nord-vietnamienne, à bord d'un sabre supersonique offert par son rédempteur, M. Jean Paulhan. " (Enquête " Que faire avec Céline ? ", Le Nouvel Observateur, 25 fév.1965).

 * L'Eglise, " ratée ", ça non ! Sûrement pas ! Sur tous les faits qu'il met en jeu, la guerre, les colonies, la vie new-yorkaise, la danse, les organismes internationaux (sa description de la SDN anticipe l'ONU), le prolétariat des faubourgs de Paris, la médecine, la maladie, Céline a un regard qui n'appartient qu'à lui. Une telle attention aussi à toutes les souffrances d'autrui qu'il n'est pas possible, écoutant L'Eglise, de se dire que douze ans plus tard, Céline allait basculer dans le racisme.

  Il n'est pas surprenant que l'antiraciste auteur de Réflexions sur la question juive, Jean-Paul Sartre, ait inscrit, en exergue de son plus beau roman, La Nausée, une phrase de L'Eglise : " C'est un garçon sans importance collective, c'est tout juste un individu. " La phrase est prononcée, dans la pièce, à propos de Bardamu-Céline, par le docteur Rajchman. "
  (Le Monde, 5 octobre 1992).

  

 

 

 

 * Jean DANIEL (né Jean Daniel BENSAÏD, journaliste, écrivain fondateur du Nouvel Observateur en 1964) : " ... sans doute, j'éprouvais un malaise lorsque, à propos des écrivains qui avaient collaboré avec le nazisme, on mettait sur le même plan Céline et Rebatet dont l'immense talent ne fait pas de doute, et Drieu La Rochelle et Brasillach, qui sont des écrivains mineurs. "
 (Le Figaro, 4 mai 1992).

 * "... Si je me félicite de ce que chaque soir, depuis des semaines, Fabrice Luchini joue à guichets fermés en récitant Céline, c'est que, sans qu'il l'ai voulu, sa dévotion exclusive pour le Voyage fait tomber dans la trappe ce qui suit. Le docteur Destouches meurt avec Bardamu. Plus de bagatelles et plus de massacres. Plus rien n'existe que le Voyage. La célébration de son auteur par Luchini devient ainsi un meurtre transfigurateur. Céline sauvé par Luchini ? Oui, par amputation. "
  (Le Nouvel Observateur, 2-8 août 2001).

 

 

 


 

* Georges de CAUNES (journaliste, acteur, réalisateur  et producteur, 1919-2004) : Jeune journaliste à la Radiodiffusion française rentrant de l'expédition polaire française en compagnie de Paul-Emile Victor sur la banquise du Groenland ; il décide, sur le chemin du retour, en juillet 1948, de rencontrer Céline au Danemark...
 
  " Le lendemain de ma visite au ministre des Affaires étrangères, par l'entremise de Marie Laurencin et du peintre Gen Paul, je rends visite à maître Micheksen (sic), avocat de Céline pour qui je dépose une lettre, le priant de me recevoir le lendemain (...) La réponse se fait attendre, et ce n'est que la veille de mon départ que, prenant le train pour Korsor où il réside, à deux heures de Copenhague, je rencontre l'écrivain exilé.

 
... En fait d'interview, j'en suis réduit à écouter un long et véhément monologue où l'écrivain, à ma première allusion au Voyage, se répand en invectives sur le compte de Gallimard : " Le Voyage au bout de la nuit est tombé dans le bidet de mon éditeur ! Aragon et Elsa ont traduit le Voyage en 36 sur demande des Soviets, et cela leur a bien profité. On me faisait alors de grosses avances, on voulait que je remplace Barbusse ! Maintenant on trafique le Voyage en douce. Pendant la guerre, quand je gagnais un million avec mes livres, je versais six cent mille francs d'impôts à M. Pétain, mais depuis cinq ans je n'ai plus gagné un sou ! Mon éditeur est une putain qui trait mes livres comme des vaches ! "

 Puis Céline se désigne lui-même et se lamente : " Mes ennuis m'ennuient ! J'ai cinquante-cinq ans et 75 % d'invalidité de guerre, celle de 14. J'ai même eu la Croix ! Seulement j'ai un article 75 au cul et on en profite pour me dépouiller ! " Il me montre un carnet d'autobus, dérisoire : " Pour moi, d'ici à Paris, il y a trois heures d'avion et quinze ans à Fresnes ! Et pourtant il n'y a rien dans l'acte d'accusation ! J'ai juste demandé que les youpins ne nous égratignent pas ! "
  Je l'interroge sur ses espoirs en une amnistie : " Je ne crois pas à l'amnistie. La France, nation légère et dure, n'est pas le pays de l'amnistie, disait Voltaire. Et puis de quoi ça aurait l'air, un grand-père en prison ? Est-ce un exemple pour les petits-enfants ? Je suis hors la loi et pourtant je révère foutre Dieu énormément la IVe République que je ne connais pas ! Moi, je suis pour la légalité ! Vive les gendarmes ! l'ordre ! la méthode ! Vive celui qui me rendra mes droits d'auteur et une place au Père-Lachaise où est ma pauvre mère ! " 

  Céline attendait la visite imminente d'un professeur américain de littérature comparée, universitaire d'origine juive. " Il me compare à Dreyfus ! me lançait Céline, brandissant l'une de ses lettres. Voici ce qu'il m'écrit : " Je ne vois pas pourquoi, moi, je ne défendrais pas un Aryen ! "
  Deux jours après ma visite, le professeur Milton Hindus, de l'université de Brandeis (sic), venait passer trois semaines auprès de l'écrivain (...) "
 La suite du texte permet de dater la rencontre entre de CAUNES et Céline au 15 juillet 1948. Les premières notes publiées de Hindus de ses entretiens avec Céline sont du 20 juillet.
 
 (L'Année Céline 1998, p.105, et Imarra, Aventures groenlandaises, Ed. Hoëbeke, 1999).

 



 

 

 * DELFEIL de TON (de son vrai nom Henri Roussel, journaliste, un des premiers rédacteurs de Hara-Kiri): " Toute la haine raciale n'est qu'un truc à élections ". C'est de qui ? De Céline. Dans une lettre à Thibaudet de 1933. Relu le " Voyage ". Au bout de la nuit, bien sûr. Sans doute pour la dernière fois. Trop jeune, le " Voyage ", t'y comprends pas grand-chose. Trop vieux, c'est pas supportable. La mort à toutes les pages. La citation sur les incitateurs à haine raciale se trouve dans les " appendices " de l'édition de la Pléiade, page 1009. Edition avec remarquable apparat critique, comme ils disent à la Sorbonne.

   Des fois, ils se plantent. " J'ai attiré la fille Henrouille dans un coin et je lui ai posé franchement le marché en main parce que je voyais bien que le seul homme là-dedans capable de les sortir c'était encore cézigue, finalement. " Appel de note à " cézigue ". On y court. " L'usage argotique, écrit l'apparat critique, voudrait ici mézigue et non pas cézigue." Où qu'ils ont été chercher ça ? On sent que la Sorbonne, s'ils faisaient la grammaire d'argot qui les démange, elle serait pleine de conneries comme l'autre. "
  (Chronique hebdomadaire du Nouvel Observateur, 27 avril 1984, dans BC n°24, août 1984).

 * " Fervent lecteur de Céline, DELFEIL de TON considère que la grandeur de celui-ci n'a nul besoin d'être célébrée : " Nous célébrons Céline à chaque fois que nous le lisons. Pour certains, c'est tous les jours et il n'a nul besoin d'autres célébrations. " Et de conclure, suite à toute cette polémique : " Vous savez quoi, Céline ? Il se marre. "
  (Le Nouvel Observateur, 27 janvier-2 février 2011, dans BC n°328). 

 

 

 

 

* Stéphane DENIS (journaliste et écrivain): " Tous ses contemporains ont été frappés par la nouveauté de ce style, mais le style de Céline pouvait, par sa nouveauté même, se démoder, ou plutôt ne plus produire le même effet. Or il a survécu puisque D'un château l'autre, publié après la guerre et l'insuccès des Féeries, trouva un large public. Le problème avec Céline, ce sont les céliniens.

    Agenouillés dans la chapelle, ils se placent sous le lumignon du proscrit, espérant pour les uns qu'un peu de lumière rejaillisse sur leurs œuvres, leur donnant, comme au presbytère et au jardin, du mystère et de l'éclat ; et pour les autres rester en prière sans être dérangés par les ploucs. Sur ce point Céline leur a montré la marche à suivre, qui n'aimait lire personne, sauf Paul Morand et Barbusse , et aussi Vallès. (...) C'est Louise de Vilmorin, qui dit en 1969 à François Truffaut : " Céline c'est grand, c'est courageux, c'est audacieux, c'est compromettant. " Il est aussi compromettant de le dire : si on aime Céline, on aime tout Céline. "
 (Le Figaro Magazine, 23 octobre 2004).

 

 

 

 

 

* Gaston DERYCKE : " (...) Si j'avais aujourd'hui un garçon de vingt ans, je lui ferais lire ces livres et notamment Mea culpa et Bagatelles, qui lui diraient ce que sont les juifs, ce qu'est le bolchévisme, avec une éloquence beaucoup plus persuasive que tous les prêches de la propagande. Et je n'aurais pas peur, pour lui, du langage de Céline.

   D'abord, quelle que soit sa violence, je la crois plus profondément SAINE que le style chantourné de M. Giraudoux, plus tonique que le sirop de sucre de MM. les littérateurs de salon ou d'Académie. Et puis, ce n'est tout de même pas parce qu'on aime Racine ou Hugo qu'on se met à parler en alexandrins... "
  (L'Assaut, 18 juin 1944, dans BC n°17, janvier 1984).

 

 

 

 

 

* Charles DESHAYES (journaliste lyonnais): " / ... Se mêler d'antisémitisme, même en chuchotant, c'est sûrement se précipiter dans les pires supplices... et pour quels résultats ? J'en suis le piteux témoignage ! Et puis notre civilisation est juive du tout au tout. Il crèvera avec nous, nous crèverons avec lui. Il n'y a entre nous que de sales querelles de famille. Les Racistes hitlériens étaient de damnés farceurs. Vivent les juifs ! Jamais assez : vivent les juifs ! Telle est mon atroce expérience. Fumiers pour fumiers, les aryens ne les valent pas. Si j'avais à revivre.

  Et puis vraiment tout ceci est dépassé !... La question jaune et noire se pose et commande TOUT, écrase tout - et la question mécanique - le progrès matériel - l'énorme fornication d'Asie + l'hygiène + l'avion - emportent tout. Il ne reste plus que des babillages, des byzantinismes quasi gâteux(...) / LF Céline. "
  (Lettres 2009, à Charles Deshayes, 12 août 1947).

 

 

 

 

* Christophe DONNER né Quiniou (journaliste, écrivain, chroniqueur hippique à France-Soir): " Depuis hier soir, ma femme s'est prise de passion pour Louis-Ferdinand Céline. Je lui avais pourtant recommandé Mort à crédit, il y a quelques années, mais ça n'a pas pris. Et là, sans crier gare, hier soir, la voilà ti pas qu'elle s'installe au lit avec mon Pléiade. Voyage au bout de la nuit l'enchante. Et page 55, comme de juste, elle s'écrie : " Oh, il parle des courses ". Je fais le malin, l'air de dire, bien sûr que Céline parle des courses, tous les écrivains un peu déniaisés parlent des courses. Comme si je connaissais le passage par cœur.

  Mais à la relecture, je me rends compte de l'importance des courses dans l'œuvre et dans la vie de Céline (...) C'est bien à Longchamp, pendant la guerre, et grâce aux courses que Céline a séduit Lola, la jeune infirmière américaine... " Cet endroit devait être bien joli avant la guerre, remarquait Lola. Elégant ?... Racontez-moi, Ferdinand ! Les courses ici ?... Etait-ce comme chez nous à New-York ?... " - " A vrai dire, je n'y étais jamais allé, moi, aux courses, avant la guerre, mais j'inventais... Les robes... les élégantes... Les coupés étincelants... le départ... Les trompes allègres et volontaires... le saut de la rivière, le Président de la République... La fièvre ondulante des enjeux, etc. "
 (cheval.blog.lemonde.fr, 12 oct. 2009).

 

 

 

 

 

 * Jean DRAULT (né Alfred Gendrot, journaliste et écrivain, directeur de La France au Travail 1866-1951): " Mon cher Jean DRAULT, / Je me suis jeté sur votre ouvrage, vous le pensez bien, et l'ai lu tout d'un trait ; la synthèse en est magnifique ; la plume, de maître ; le fond, admirable. Votre ouvrage devrait être au programme des écoles, obligatoire.

  Les Droits et les Devoirs de l'Aryen, tout y est. Peut-être vous trouverais-je encore bien indulgent pour la chrétienté que je mets sur le même plan que la juiverie, tel est mon extrémisme. Mais ce n'est pas mon opinion. Votre livre est une Somme. / Et bien affectueusement. / L.-F. Céline. "
 (Lettre du 26 mars 1942, Lettres, Pléiade 2010).

 

 

 

 

 

 

 * Claude DUBOIS (journaliste, écrivain): " Ce véritable titi parisien, né  rue Rambuteau, il y a 63 ans, a passé toute son enfance rue du Plâtre, dans le 4ième arrondissement. Comme souvent dans ses livres sur Paris la figure de Céline n'en est pas absente. On sait que Claude DUBOIS est l'auteur de la première anthologie célinienne et qu'il a maintes fois évoqué le Paris de Céline et de ses amis (Gen Paul, Henri Mahé etc...) dans ses chroniques du Figaro. Le livre de Claude DUBOIS fourmille d'intéressantes observations.
" Chez Céline, la vulgarité engendre souvent le comique, cet autre trait français. (...) Nyctalope, le regard de Céline sonde jusqu'aux tréfonds des ténèbres. En définitive, l'instinct comique, c'est l'instinct de vérité. De ce point de vue, Céline est un vrai titi de Paname, un gavroche : ses histoires ne sont pas gaies, mais sa faconde fait rire. "
 (
Je me souviens de Paris, Visages, façons, histoires et historiettes du Paris populaire, Ed. Parigramme, 2007, dans le BC n°293).

 

 

 

 

 

*Jean-Emmanuel DUCOIN (journaliste, essayiste, rédacteur au journal communiste l'Humanité): " Maudit. Concevoir la dualité. Sachant qu'il publia Bagatelles dès 1937 et l'Ecole des cadavres en 1938, donc très tôt, l'antisémitisme de Céline discrédite-t-il l'homme ou l'écrivain ? Les deux ? Et que faire face au talent, à l'ingéniosité, à l'inventivité, quand ils éclatent ainsi dans tous les écrits, absolument tous - et c'est bien l'un des problèmes intellectuels insurmontables. (...) Exemple scabreux : a-t-on le droit de suggérer que les pages consacrées à la Russie dans Bagatelles figureraient probablement dans toutes les anthologies de la littérature si elles n'appartenaient pas à un livre " maudit " ?

   (...) Nous pouvons porter une absolue et radicale admiration à certaines œuvres de l'écrivain - mais exclure l'homme des panthéons républicains relève d'un principe moral et éthique. Sauf à considérer que la littérature est plus importante que la Shoah : qui osera soutenir semblable thèse ? La culture, la littérature, la poésie, l'art devraient être polémiques par essence, presque par fonction. Le Voyage, Mort à crédit, D'un château l'autre ou Rigodon prodiguent le feu d'un incendie esthétique et suscitent des désastres et des perditions. Brûlés nous sommes. Céline disait : " Je ne vois dans le réel qu'une effroyable, cosmique, fastidieuse méchanceté - une pullulation de dingues rabâcheurs de haine, de menaces, de slogans énormément ennuyeux. C'est ça une décadence ? " De quelle époque et de qui parlait-il ? "
 ( larouetournehuma.blogspot.com, 29 janvier 2011).

 

 

 

 

 

* Pierre DUMAYET (journaliste): - " Vous ne croyez pas à votre violence... Vous ne la concevez pas ? Vous ne l'imaginez pas ?

  - L. F. Céline : " Je ne me vois pas du tout violent. (...) Je sentais une guerre venir et je dénonçais les motifs de la guerre et les suites. Je me suis occupé beaucoup des explorations polaires, particulièrement au Groenland, avec des meutes de chiens. Et ce qui compte, n'est-ce pas dans l'attelage, c'est le guide. Le guide est généralement une chienne particulièrement fine qui sait à 25 ou 30 mètres dire qu'il y a une crevasse.

   Or, on ne la voit pas sous la neige, n'est-ce pas la crevasse. Alors nous dirons qu'elle est violente parce qu'elle avertit tout le traîneau qui va descendre 60, 70 mètres dans un trou... Eh bien ça évidemment j'ai peut-être la finesse d'une chienne de traîneau. Pas plus. "
 (Lectures pour tous, 17 juillet 1957).
 

 

 

 

 

* Valérie DUPONCHELLE (grand reporter au Figaro, spécialiste des Arts): " L'intérêt de Céline pour le cinéma était plus financier qu'artistique ", souligne Henri Godard, l'universitaire de la Sorbonne (littérature du XXIe siècle) qui a édité les quatre tomes de la Pléiade entre 1974 et 1994. - " Chacun des cinq manuscrits qui composent les Ballets sans musique, sans personne, sans rien, édités en 1948 avec les illustrations d'Eliane Bonabel, a eu un destin complexe comme l'œuvre de Céline ", souligne Jean-Paul Louis, éditeur-imprimeur des Editions du Lérot
 
 (Lettres à Marie Canavaggia, 3 volumes, 1995).

*  - " Les originaux des trois ballets, Naissance d'une fée, Voyou Paul, Brave Virginie et Van Bagaden, écrits contemporains de Secrets dans l'île, mais publiés en 1937 dans Bagatelles pour un massacre, semblent perdus. J'ai vu une fois le manuscrit de Foudres et flèches (1949) que Céline a écrit en deux parties à Copenhague. Après de longues hésitations, il l'a donné à sa secrétaire Marie Canavaggia. Du texte qui le précède, Scandale aux abysses, on ne connaît que des tapuscrits corrigés et les épreuves typographiques de Denoël, projet abandonné en juin 1944, publié finalement en 1948. "
  (Le Figaro, 24 nov. 2000).

 

 

 

 

 

* Jérôme DUPUIS (journaliste à " L'Express "): " Audiard multiplie les déclarations. Il annonce Belmondo dans le rôle de Bardamu. Révèle qu'il va confier la réalisation à Fellini. Puis sort un nouveau nom de sa casquette : " Le mois dernier je dînais avec Serge Leone. Au dessert il me dit - je voudrais tourner le Voyage... " Audiard-Leone : quel tandem ! Bardamu " westernisé " par l'auteur d'Il était une fois dans l'Ouest ? La boue des tranchées, la moiteur africaine, les bas-fonds new-yorkais, les gros plans sur la joue mal rasée de Robinson... " J'ai souvent pensé en faire un film. Mais je ne savais pas s'il était raisonnable de toucher à un tel chef -d'œuvre. J'étouffe d'un sentiment de pudeur ", tempérera Leone, avant de déclarer forfait. Il aurait pourtant fait une heureuse : Lucette, qui rêvait de voir Clint Eastwood incarner Bardamu-Céline !

   Mais plus Audiard parle, moins il avance. Le Voyage est un rêve et on ne tourne pas un rêve. D'autres grands noms des sixties se mettent alors sur les rangs : Claude Berri, Pialat, Malle, Godard - qui fera lire un long passage de Guignol's band à Belmondo dans Pierrot le fou -, Milos Forman, le producteur Jean-Pierre Rassam - qui déjeune avec Lucette... Plus récemment François Dupeyron achète les droits et s'enferme neuf mois pour écrire un scénario. En 2007, Yann Moix travaille à une adaptation de la partie américaine, transposée aux temps du 11 Septembre. Las ! après avoir retourné le roman dans tous les sens, réalisateurs, producteurs et adaptateurs jettent tous l'éponge. Alors, le Voyage, projet maudit ? Ou... impossible ? "
  (Je laisse rien au cinéma, Lire Hors-série n° 13, 2011).

 

 

 

 

 

* Marcel ESPIAU (journaliste, critique littéraire): " Mon cher Espiau, / Bien grand merci pour votre petit article du Temps. Je vous connais et demeure votre très grand obligé pour le courage admirable avec lequel vous avez défendu mon premier livre, au temps où la ligue des Parfaits-Pensants me passait déjà le lasso.

 (...) Je sais vous le savez plus de choses qu'il semble à première vue. Mr Worms est après tout le maître actuel absolu de la France, et de tous ses partis - et de tous les néo-députés. Comment faire plaisir à Mr Worms ? Tel est le devoir strictement conformiste de tout Français actuel qui veut être sûr de son rutabaga du lendemain, qu'il soit des Trusts ou non. De Rotchild à Worms avons-nous gagné ? Voilà une question passionnante - Enfin à peine. Parle-t-on de ceci au Rassemblement Populaire ? Qu'en pense votre patron ? / A vous bien amicalement et toujours dévoué. / LF Céline. "
 (Lettres 2009, à Marcel Espiau, mars 1941
).

 

 

 

 

 

* Frédéric FERNEY (journaliste, essayiste et écrivain, critique au Point): " De ces lettres, je retiens aussi celle-ci, écrite aux Editions de la NRF peu avant le 14 avril 1932: " Monsieur, / Je vous remets mon manuscrit du " Voyage au bout de la nuit " (5 ans de boulot). Je vous serais particulièrement obligé de me faire savoir le plus tôt possible si vous êtes désireux de l'éditer... Il s'agit d'une manière de symphonie littéraire, émotive, plutôt que d'un roman. L'écueil du genre, c'est l'ennui. Je ne crois pas que mon machin soit ennuyeux. Au point de vue émotif, ce récit est assez voisin de ce qu'on obtient ou devrait obtenir avec de la musique...

  C'est de la grande fresque, du populisme lyrique, du communisme avec une âme, coquin donc, vivant... 700 pages de voyages à travers le monde, les hommes et la nuit, et l'amour, l'amour surtout que je traque, abîme et qui ressort de là, pénible, dégonflé, vaincu... Du crime, du délire, du dostoïevskysme, il y a de tout dans mon machin, pour s'instruire et pour s'amuser ". Et il conclut : " C'est du pain pour un siècle entier de littérature. C'est le prix Goncourt 1932 dans un fauteuil pour l'Heureux éditeur qui saura retenir cette œuvre sans pareille, ce moment capital de la nature humaine... " (Les points de suspension sont de Céline). Orgueil et dérision. "
 (Céline, un cloaque pétri d'azur, blog nov. 2009).

 

 

 

 

  * Jean FERRE (journaliste 1929-2006): Evoquant sa première visite à Meudon : " Céline était aux prises avec un intrus, un admirateur qui souhaitait obtenir une dédicace. Visiblement, Céline hésitait. L'autre, bonne bouille éplorée présentait un vieil exemplaire de Voyage au bout de la nuit, en insistant - " il est bien sale " - opposait Céline. Le brave homme crut bon d'argumenter : " je l'ai acheté l'année même de sa publication, il date de 1932. J'en garde la nostalgie... "

        Alors Céline écrivit rageusement sur la page poussiéreuse : " Nostalgie, piège à cons... " Et Jean FERRE concluait ironiquement : " Vous comprenez que je ne puisse plus entendre parler de nostalgie sans qu'une voix intérieure n'articule les trois mots suivants. " 

 

 

 

 

 

* Pierre FOGLIA (journaliste d'opinion québécoise): " Que Louis-Ferdinand soit hélas antisémite ne fait aucun doute. Ce n'est contesté par personne ; 12 millions d'articles ont été écrits sur le sujet. Alors qu'un ministre de la Culture s'en avise soudainement, comme on s'avise d'avoir oublié le lait sur le feu, est complètement ridicule. Ce ministre a évidemment cédé aux pressions - celles de Sarkosy, celles de l'avocat juif Serge Klarsfeld, grand chasseur de nazis, président de l'Association  des enfants des déportés juifs français... et père d'Arno Klarsfeld, proche de Sarkosy. Chaque polémique autour de l'antisémitisme de Céline repose la même question : peut-on être un grand écrivain et un parfait salaud ? Personnellement, je ne trouve pas du tout que ce soit une énigme. On peut être n'importe quoi et un parfait salaud en même temps. Voulez-vous dire que vous ne lirez plus jamais un auteur qui a déjà pogné le cul d'un petit garçon, qui a déjà fait le salut hitlérien, qui a approuvé les goulags de Staline, qui a battu sa femme ? Alors vous ne lirez plus Aragon, Sartre, Cioran, Gide, Tolstoï ? Qui allez-vous lire ? Sollers le maoïste ?

   Lisez Céline. Pour le texte et pour la musique. Ne lisez pas que Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit. Lisez le sublime début D'un château l'autre. Lisez Guignol's band ; lisez le dernier Féerie pour une autre fois. Ne lisez pas Bagatelles pour un massacre, c'est là-dedans qu'il est honteusement antisémite, mais moi je vais quand même vous lire un passage de Bagatelles, parce que c'est dans Bagatelles, écrit avant 1940, qu'il annonce les téléréalités des années 2000 dans ces quelques lignes prophétiques... - " Comment le plus infime crétin, le canard le plus rebutant, la plus désespérante donzelle peuvent-ils se muer en dieux et déesses ? Recueillir plus d'âmes en un jour que Jésus-Christ en 2000 ans ? C'est que la foule à genoux a le goût du faux, de l'or et de la merde, plus insignifiante est l'idole plus elle a de chances de conquérir le cœur de la foule... " Foule , tu peux bien haïr Louis-Ferdinand. Sache qu'il te hait aussi, depuis longtemps. "
  (Cyberpresse.ca, La littérature et la haine, 27 janvier 2011, site du Petit Célinien).

 

 

 

 

 

 * David FONTAINE (journaliste au Canard enchaîné, [doctorant sur le sujet] " Théorie et pratique de la langue chez Céline ", Université Paris IV) : " Réfute Henri Godard qui affirme que Céline s'est " soigneusement tenu à l'écart de toute collaboration officielle ". Et de mentionner le voyage de médecine à Berlin en 1942 et sa présence à Sigmaringen en... 1944. FONTAINE signale aussi que " les chercheurs spécialistes de l'écrivain ne réclamaient aucun hommage officiel ".

  A l'appui de cette affirmation, il cite André Derval, responsable du Fonds Céline à l'IMEC et secrétaire de la SEC : " Après ce qu'il a écrit ou fait avant et pendant la guerre, Céline n'a pas sa place dans les commémorations officielles... "
 (BC n°328, zizanie chez les céliniens, M.L.)

 


 

 

 

 * Jean FONTENOY (journaliste, écrivain nationaliste 1899-1945): " Collabora à L'Emancipation nationale, à L'Insurgé, à Je suis partout de 1937 à 1940. Il fut l'organisateur, avec Fernand de Brinon, de la rencontre Laval-Abetz en juillet 1940, pour devenir une des figures majeures de la presse collaborationniste. Il fonda La Vie nationale, puis l'hebdomadaire Révolution nationale.

  Le 27 août 1940, Céline lui adressa une lettre en réaction à un article stigmatisant " le gouvernement de la défaite ", qui rappelle les thèmes développés dans Les Beaux draps : " Ce peuple clos, racorni, sans folie, grimacier, sans cœur, tourne en rond sans sa raison d'être : chier toujours de plus gros colombins. La France n'est plus qu'un énorme concours de vidanges (...) ". Ce texte fut repris dans La Vie nationale en deuxième page le 31 août 1940. Un brouillon de lettre datable du 29 septembre 1941 atteste de relations plus suivies sous l'Occupation. FONTENOY donna un compte-rendu élogieux de Guignol's band dans Révolution nationale le 13 mai 1944, dont Céline remercia Lucien Combelle. "
  (Gaël Richard, Dictionnaire des personnages, Du Lérot 2008).

 

 

 

 

* Remo FORLANI (journaliste, critique de cinéma): " Le théâtre se porte plutôt bien mais il n'intéresse plus qu'une élite et surtout, il est depuis plusieurs années quasiment interdit de séjour à la télé. Que fait-elle pour le théâtre ? Elle filme une fois par an des gens talentueux remettant des statuettes à d'autres gens talentueux parce qu'ils ont écrit, mis en scène ou interprété des pièces qui ne passeront jamais à la télé.

   A quand et sur quelle chaîne l'Eglise de Céline, Mortadella, La servante maîtresse de Goldoni, Temps contre temps... ? Suffirait d'une soirée théâtrale par mois pour que les molières de l'année y passent tous. Bonne idée, non ? "
 (Bonne soirée, 21 avril 1993, dans B.C. n° 132, sept. 1993).

 

 

 

 

 

* Max-Pol FOUCHET (journaliste, écrivain, homme de télévision 1913-1980): " (...) Giono et Céline ouvrent une école de bonté. De bonté désespérée. Solitude de la pitié. Les cœurs de ces deux hommes connaissent la sympathie et l'amour. Dans une lettre qu'il m'écrivait Giono nommait la sympathie " le sel du monde ". Mais la bonté est douloureuse et Giono et Céline souffrent. Ayant la souffrance, ils ont la profondeur et leurs œuvres sont lourdes de signification. Ce sont des manuels d'amour.

    Il faut lire Solitude de la pitié. Et puis cet admirable passage du Voyage: le sergent Alcide se dessèche sous le soleil tropical pour pouvoir nourrir une petite nièce de France. Et Céline se lève dans la nuit, écrasé par cet héroïsme inconscient, pour voir si le sergent est fait comme les autres hommes et si aucun signe distinctif ne le marque. Mais le visage est là, quelconque, commun, sans plus et Céline dit : " Ce ne serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants ".
 (Mensuel Non ! avril 1933, BC n°319, mai 2010).

 

 

 

 

 * Bruno FRAPPAT (journaliste, directeur et éditorialiste au journal La Croix): " La guerre dont, en 1930, il explique à un correspondant: " Je ne m'en remettrai pas " et qui lui a mis dans la mémoire " mille pages de cauchemars en réserve ". Comme si la guerre lui avait appris la vie en même temps que la mort, l'ouvrant à l'horreur définitive de l'humaine condition. Comme il l'écrira en 1934 à Elie Faure, c'est de cette terrible expérience que vient sa seule conviction (elle est négative): " Je suis anarchiste depuis toujours (...) je ne crois pas aux hommes. " Et de là qu'il tirera aussi un " pacifisme " si virulent qu'il l'aveuglera face au nazisme.

   Et tout le reste s'ensuivrait. L'antisémitisme forcené, maladif, pathologique, ignoble qui le hantera, même un peu atténué après la Seconde Guerre mondiale. Un antisémitisme à plusieurs entrées, si l'on ose dire, y compris autobiographiques. Nommé dans un dispensaire médical à Clichy, il finira par démissionner au bout de dix ans, après la nomination d'un médecin chef juif, le docteur Ichok, un Lituanien. Guerre mondiale, conflit privé: " Ils sont aux commandes partout. " Aucune culpabilité pour les horreurs répandues dans ses pamphlets réédités en 1941 et 1943. Pas un mot de compassion, jusqu'à sa mort. Pas une ligne de regret, de remords, de reconnaissance d'une erreur sauf d'avoir cru au " pacifisme " des hitlériens. " (Voyage au bout de Céline, La Croix, 26 nov.2009).

 

 

 

 

 

* Camille-Marie GALIC (nom de plume de Marie-Luce WACQUEZ, journaliste nationaliste, directrice de Rivarol) : " Je sens que ce que je vais écrire va me valoir un cartel des amis Moudenc et Angelelli, mais tant pis, il faut que je dise une bonne fois pour toutes ce que j'ai sur le cœur : Céline me débecte. Il est pour moi la quintessence du faiseur de gauche. Oui, de gauche les jérémiades continuelles, la main sur le cœur, bien crispée sur le portefeuille, le côté " On ne m'a pas compris, je n'ai jamais voulu cela " (du Jean Daniel craché), et cette détermination d'apparaître partout et toujours comme l'agneau du sacrifice, la victime expiatoire. " Le salaud, Monsieur le Juge, c'est pas moi, c'est les autres. "

    (...) Mais que penser de l'anathème qu'il avait lancé cette fois contre des martyrs authentiques ? - " Je ne suis ni Laval ni Brasillach. Je suis le patriote à L'ETAT PUR. " Un patriote qui avait tout de même participé à maintes reprises, chez le Dr Epting, directeur de l'Institut allemand, aux agapes si aigrement reprochées aux autres commensaux, et qu'il avait flétri en 1939, dans L'Ecole des cadavres. " La victoire démocratique, la victoire des juifs : une autre victoire comme 18, et c'est la fin, la ruée de mille ghettos du monde sur ce qui reste de l'empire franc. " Ce qui n'était, sans doute, pas mal vu, mais valait largement certains articles ou libelles que mille autres payèrent de leur vie car ils ne s'étaient pas attirés l'indulgence de l'intelligentsia en foutant en l'air la langue française. "
  (BC n° 42, février 1986).

 

 

 

 

 

 

 * Jean GALTIER-BOISSIERE (journaliste, polémiste, écrivain 1891-1966): ... L'extraordinaire lancement, le dédouanement subit de Céline, écrivain maudit, a stupéfié Paris. C'est l'Express (pourtant à direction israélite), qui attacha le grelot: Jours de France et Match emboîtèrent le pas, consacrant de nombreuses pages à l'ancien antisémite prophète de malheur, au fameux réprouvé brusquement pardonné ! S'agissait-il d'une orchestration - au tarif de la publicité - signée Gallimard lequel, un tantinet masochiste, veut bien se faire insulter à longueur de colonne pourvu que çà rapporte gros, ou bien les diverses feuilles, flairant un immense succès de librairie, ont-elles simplement misé sur l'intérêt journalistique d'une sensationnelle actualité littéraire ? Je l'ignore...

  Mais le retournement de tendance a été si impétueux que même les impératives consignes de silence du Figaro littéraire se trouvèrent emportées et qu'André Rousseaux, abandonnant pour une fois Simone Weil et le Père Teilhard de Chardin, eut licence de déverser des flots de bile sur le vieux "cheval de retour", au nom des résistants en peau de lapin (j'appelle ainsi les plaisantins qui croient fermement avoir sauvé la France en ciselant pendant quatre ans des quatrains vengeurs contre Goering et Goebbels, qu'ils publiaient en serrant les fesses, sous de faux noms dans des libelles ultra -confidentiels). Et le Rousseaux d'écrire, littéralement écœuré: " L'Histoire ne repasse pas les plats, dit Céline, mais il y a des banquets littéraires où l'on repasse les vomissures. Nous sommes servis. "

 

 * C'est un grand bonhomme qui disparaît, le plus puissant et le plus original de notre époque, n'en déplaise à certains cuistres distributeurs de certificats de bonne conduite. La plupart des courriéristes qui font habituellement suivre leurs articles nécrologiques de la mention : " le défunt était Grand officier de la Légion d'Honneur ", ont omis de rappeler que ce poilu de 1914 avait été décoré de la médaille militaire pour fait d'arme ; et aussi qu'il avait tiré un an de prison à Copenhague dans des conditions abominables.

  Marqué par une jeunesse difficile, Céline fut vraiment un enfant de malheur. Et la guigne le suivit lorsqu'il se lança à trente-six ans dans la carrière littéraire : alors que le prix Goncourt lui paraissait assuré pour son Voyage au bout de la nuit, une trahison de dernière heure le priva de sa couronne de papier, attribuée à un médiocre dont tout le monde a oublié le nom.

  La vie de Céline, traqué par des ennemis implacables, fut terriblement agitée. Je possède de lui des lettres déchirantes qu'il m'envoyait de son exil au Danemark. C'était un persécuté délirant mais aussi un grand cœur et un écrivain apocalyptique. "
  (Le Petit Crapouillot, août 1961, dans BC n°102, mars 1991).

 

 

 

 

 

 * Franz-Olivier GIESBERT: " On a aujourd'hui un certain sentiment de vide, pas seulement en France, car la crise actuelle n'est pas seulement française, c'est une crise morale, une crise d'identité que traversent tous les pays occidentaux... finalement la social-démocratie n'est plus un modèle, le communisme s'est effondré, l'ultra - libéralisme on n'y croit plus beaucoup, il ya donc une espèce de crise d'idéologie qui se double à mon avis d'une crise culturelle. Où sont aujourd'hui les grands écrivains, les grands artistes, les grands metteurs en scène ? Où sont passés Hemingway, Céline, Proust, Thomas Mann ? "
  (L'Optimiste, n°7 1er trimestre 1994).

 * Edouard Balladur est un grand lecteur, qui peut vous parler de Julien Green pendant des heures. Récemment, il m'a appelé chez moi, à 7h45 du matin, il m'a dit incidemment qu'il avait profité d'une insomnie pour relire D'un château l'autre de Céline. C'est tout lui : cet homme est un littéraire. " (Le Figaro, dans B.C. n° 142, 1994).

 

 

 

 

 

 * Jean-Edern HALLIER (écrivain, polémiste, pamphlétaire, journaliste, 1936-1997) : " Dans l'Idiot international (novembre), Jean-Edern HALLIER publie sur deux grandes pages son Dictionnaire de la littérature française. Céline y a sa place. Extrait : " La désinfection, c'est le thème de toute son œuvre, à commencer par sa thèse de médecine sur l'asepsie chez Semmelweis, méthode préventive contre la putréfaction - comme le montre ensuite ses pamphlets, L'Ecole des cadavres ou Les beaux draps. Avec Bagatelles pour un massacre, après avoir fait un stage dans l'immondice des hôpitaux russes, c'est un carabin pathétique, enfermé dans une salle de dissection.

  Il aurait pu être serbe, pour la purification ethnique. Il aurait pu être turc, pour le génocide arménien, américain pour l'indien, anglais pour l'Irlandais, espagnol pour l'Inca, bavarois pour la Shoa. Heureusement, il n'était que breton, c'est-à-dire doux rêveur ménager qui voyait des araignées au plafond et aussi des termites dans toutes les paperasses de l'état civil universel (v. sa pièce de théâtre, L'Eglise) "
  (BC n°137, fév. 1994).

 * Dans l'hebdomadaire " L'Idiot international " (18 octobre 1989), que dirige Jean-Edern HALLIER, un extrait des Beaux draps a été reproduit sous la mention " interdit ". La réaction de Lucette Destouches fut publiée le 25 : " Je tiens, Monsieur, à vous faire part de ma profonde irritation à la suite de la parution dans le dernier numéro de votre hebdomadaire, d'un extrait des Beaux draps. Vous n'ignorez sûrement pas que mon mari, Louis-Ferdinand Céline, s'est toujours opposé à de nouvelles éditions des pamphlets après les abominations de la dernière guerre mondiale et ses désastreuses conséquences. Il avait à une certaine époque ses raisons pour les écrire et en d'autres ses raisons pour en interdire la réédition. Comme je crois discerner en vous une certaine admiration pour l'œuvre de mon mari, je vous serais reconnaissante, à l'avenir, de respecter sa volonté comme je la respecte moi-même. Croyez, Monsieur, malgré ma vive protestation, à mes meilleurs sentiments. "

  * " Voltaire ou Beaumarchais, Hugo ou Zola n'aurait jamais bénéficié de l'invraisemblable réseau de complicités journalistiques de BHL pour lancer son opération. Comme disait Céline dans ses Entretiens avec le Professeur Y : " Comme le chien va à la merde, la presse va au faux avec un flair infaillible ".
 
(Le Quotidien de Paris, 1er juin 1994). 

 

 

 

 

 

* Nira HAREL (journaliste, éditrice israélienne, directrice de Am Oved) : " Nous avons décidé d'agir selon un critère qui a déjà été fixé par la rédaction, lors de débats semblables dans le passé : nous sommes une maison d'édition et pas un tribunal. Nous ne disqualifions pas les hommes, seulement de mauvais livres. Nous étions conscients de l'antisémitisme de l'auteur, mais en raison de notre vive estime pour le livre et malgré notre répulsion pour l'auteur, nous avons décidé de publier son livre.

   Cela ne signifie pas que nous voulons mettre un trait sur le passé, au contraire, nous publions nombre de livres d'auteurs qui évoquent le souvenir de la Shoa, simplement, nous ne faisons pas le lien entre le roman et les prises de position de l'auteur. Notre discours est littéraire, un point c'est tout. " (Haaretz, Jérusalem, supplément hebdomadaire, 28 janvier 1994, dans le BC n°139, avril 1994).

 

 

 

 

 * Karin HATKER (journaliste à La Toison d'Or, hebdomadaire politique, artistique et littéraire patronné par Léon Degrelle chef du mouvement rexiste) : " A Sigmaringen... J'avais retrouvé une journaliste parisienne de mes amies. Je m'enquis auprès d'elle pour savoir s'il était exact que l'écrivain Louis-Ferdinand Céline officiait en tant que médecin de la colonie française. Elle me répondit avec malice : " Personne ne connaît Céline, mais demandez donc à voir le Monsieur-au-chat. Tentez l'expérience ! " (...) Il est là, vêtu comme tout le monde d'une canadienne et, il n'y a que lui. Il porte un sac de toile fermé par une tirette autour du cou d'un gros chat. L'animal fixe les alentours d'un œil jaune et inquiet. Il mange toute la ration de viande de Céline... Céline parle : " Je ne peux pas travailler. Il me faut au moins une table et une chaise. J'ai un lit et un lavabo. J'ai besoin de me sentir à l'aise, et je ne peux pas me sentir à l'aise dans un pays où je ne suis pas venu de plein gré. Je suis venu ici parce que les terroristes m'ont foutu la mitraillette au c... "

    Madame Céline s'installe aux côtés de l'écrivain. Elle a cet étrange profil courbe immortalisé par Pisanello dans son portrait de Cécile de Gonzague, les cheveux sont roulés autour du front trop vaste. Elle ouvre son sac à provisions, et en sort du beurre pour, parcimonieusement, améliorer les " stammessen ". Céline parle : " Je suis un poète, moi, j'travaille pas pour le bout de gras... J'écris quand j'ai quelque chose à dire. Je n'ai pas besoin de me répéter, il y en a assez qui me répètent... " Louis-Ferdinand Céline se lève d'un geste lent, ménageant son bras mutilé au cours de cette guerre qui devait être " la der des der... " Il enfile ses gants pendus par une ficelle autour du cou. Je le vois s'éloigner dans la neige, épaules courbes et lasses, portant le chat soigneusement emballé dans son sac de toile. La neige fraîche garde la trace des pas qui se perdent vers la grand-rue... "
  (
texte retrouvé par un collectionneur et publié à 100 ex. par les Ed. Au Bon Larron, 24 avril 1992, dans une plaquette intitulée : Céline, Degrelle et quelques autres à Sigmaringen, Année Céline 1992). 

 

 

 

 

 

 * Jean HEROLD-PAQUIS (journaliste radiophoniste connu pour ses chroniques pro-allemandes sur Radio-Paris sous Vichy, 1912-1945): " Bien Chère Amie, / Mardi. Je reçois à l'instant la fin des PAQUIS... Evidemment le bougre m'a toujours détesté et était jaloux comme tous. C'était un petit cabot délirant d'être monté si haut. Il a été vite puni.(...) Je ne dois rien à personne - J'ai fait à Sigmaringen de la médecine dans des conditions que je crois très héroïques - il y a mille témoins - (ceux de PAQUIS) sauf les chiens enragés comme lui.

    D'ailleurs il n'était pas là, il était au Lac de Constance à se saoûler  et jouer aux cartes. Ragots de petit fou de micro, furieux après vingt tentatives pour sauver sa peau d'avoir fini par perdre. Idiot en tout - Tous ces gens ont pris des traites sur ma personne d'autorité et sur mes intentions. (...) Je n'ai pas de compte à rendre à PAQUIS ni à personne. Aurais-je dû comme Darquier de Pellepoix - faire rendre le Juif ? monter un journal comme Lesca ? etc, etc... et Chateaubriant, autre farceur ? - De toute cette effroyable histoire je me sors la tête absolument haute - et vivant, de nature à rétablir bien des vérités, et botter encore bien des fesses - même celles du fantôme PAQUIS - / Bien affectueusement. "
 (
Lettre à Marie Canavaggia, lundi, 29 et 30 octobre 1945, Lettres Pléiade,2009). 

 

 

 

 

 * Gérard HOLTZ (journaliste sportif, comédien) : " En 2001, invité du Journal télévisé de 13 h sur France 2 présenté par Gérard HOLTZ, Fabrice Luchini vient parler de son spectacle sur Céline.
  Il est invité le jour où le manuscrit du Voyage au bout de la nuit est mis en vente aux enchères. Luchini peut rêver de l'acheter mais pas s'il dépasse 4 millions (de francs). Au final les enchères ont atteint la somme de 11 millions de francs, soit 1 676 000 euros.
  Dans le fil de l'interview Gérard HOLTZ est troublé au point d'en oublier ses propres questions.
 (youtube, 1 nov. 2011).

 



 

 

* Madeleine JACOB (1896- 1985, journaliste à Libération puis à l'Humanité, ses articles vindicatifs lui valurent beaucoup de haine. A couvert le procès de Céline au Danemark) : " (...) J'ai pas recherché... croyez-le... les circonstances !... aucun plaisir ! je trouverais un soir Madeleine JACOB en plein cancer envahissant du ligament large, j'admets, je suppose... je serais pas comme Caron !... sûrement non !... à l'éventrer, écarteler, et la suspendre par sa tumeur à un croc... non ! qu'elle se vide complètement, en lapine pourrie... non !...

 Sans aucune coquetterie putaine, " à la Schweitzer " ou " l'abbé " non ! je peux dire et le prouver, je suis le charitable en personne ! même envers le plus pire rageur haineux... le plus pustuleux, tétanique... que même avec des pincettes, par exemple Madeleine, vous vous trouvez mal, qu'elle existe !... syncope de hideur ! moi là qui vous cause, vous me verrez vaincre mes sentiments ! peloter, mignoter la Madeleine ! me comporter le vif aimant ! ardent ! comme s'il s'agissait de l'abbé Pierre ! ou de l'autre apôtre... " Tropic-Harmonica-Digest ! "
 (D'Un château l'autre, Gallimard, folio, p.148).

 

 

 

 

 

* Michel De JAEGHERE (journaliste et écrivain): " En dépit du scandale, et de la malédiction qui le frappe depuis 1945, on a désormais renoncé à contester l'ampleur de son génie littéraire. Il s'impose aux plus réticents. Céline ne s'est pas contenté, en inventant un style, de faire entrer la langue parlée dans le langage écrit, la gouaille populaire dans le corps de la narration. Il en a démultiplié l'expressivité, la drôlerie, la puissance émotive par une inventivité prodigieuse dans le choix du vocabulaire, la multiplication des métaphores, une prédisposition de carabin à transposer le langage du corps dans le roman. Il a imprimé à la phrase un rythme étourdissant, comme pour la rendre capable d'exprimer l'accélération du siècle.

    Inventé un système d'assonances, de voltes et de ruptures de ton qui donnent à sa prose une musique inimitable. Fouillé le tréfonds des âmes et mis en scène le vertige de la condition humaine avec une intensité sans exemple. Donné naissance à une profusion de personnages picaresques dont les silhouettes, les mille voix particulières font de son œuvre romanesque un immense opéra. Accumulé, au fil des pages, un nombre impressionnant d'observations, de notations sur les ridicules et les impostures de la vie sociale, les aléas de l'histoire, les trahisons de la vie, le vieillissement des êtres, dont la justesse saisit le lecteur de stupeur et d'admiration. Fait sourdre au cœur des ténèbres un humour dévastateur qui le maintient dans un état de jubilation permanente. "
  (Editorial, Le Figaro Hors-Série, mars 2011
).

 

 

 

 

 

* Claude JAMET (journaliste, romancier 1910-1993): " Tous les autres, ils ont tous l'air d'être en papier. Papier de luxe, bien entendu. Ils sont exquis, infiniment subtils et précieux ; mais ce sont tous des écrivains de plume - vous comprenez ? - tandis que Céline, seul est à poil ! Leur affaire est dans leur stylo ; entre leur cervelle, grise, leur stylo, noir, et la page, blanche.

     Tandis que Céline, à la rigueur, pourrait se passer de tous ces accessoires. Il a ses tripes, son sang, son cœur, une bouche - et nous, nous avons des oreilles. Les autres sont des esprits, qui écrivent. Lui, c'est une bouche qui parle. Une bouche d'égout, si vous voulez. Une bouche de nuit, et de flamme, béante, comme un cratère en perpétuelle éruption. Le plus haut parleur, le pick-up forcené ! La plus grande gueule du siècle vingt. "
 (La céline comédie, Images mêlées, L'Elan, 1947).

 

 

 

 

 

* Serge JULY: " Sartre était le parrain de Libération. Je suis de la génération élevée dans l'existentialisme, mais pour le style du journal qui s'est démarqué de celui des autres journaux, il faut remonter à Céline, car c'est lui qui a écrit pour le peuple, qui a écrit en langage parlé. C'est lui le premier, c'est lui la révolution. "

 

 

 

 

 

 

 * Jean-François KAHN Pour ou contre la réédition des pamphlets ?... " Pour. Le critère du " danger " invoqué par les apprentis-censeurs est le plus mauvais critère qui soit. Je constate qu'il est employé dans les pays totalitaires où l'on justifie l'interdiction de certains ouvrages en prétextant qu'ils menacent la société ou troublent la population. On doit pouvoir tout publier. "
  (BC, novembre 1984)
.

 * " Deux poids, deux mesures. Jean-François KAHN a écrit dans Les Nouvelles littéraires (24 avril 1980) : " Sartre s'est-il plus souvent trompé que Céline ? " Intéressante question. L'inconvénient, c'est que Sartre a eu des funérailles quasi nationales, tandis que Céline est mort en paria. Avoir été fasciste est-il en soi plus déshonorant qu'avoir été socialiste ou communiste ?

  Une chose est sûre : pour la renommée future, mieux vaut avoir été antisémite comme Brecht que comme Béraud. Mieux vaut avoir été commissaire bolchevik aux Beaux Arts dans la Russie de 1917, comme Marc Chagall, que sculpteur dans l'Allemagne de 1933. Mieux vaut avoir été Aragon, qui publia des hymnes à la Gestapo soviétique, ou Benjamin Péret qui, installé à Mexico, dénonça la poésie résistante. "
  (Alain de Benoist, Le Figaro-Magazine, 14 juin 1980, BC , mars 1996).

 

 

 

 

 

 

* Hans-Erich KAMINSKI (journaliste, écrivain 1899-1963): " Un mois après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, il gagne Paris, où il se lie avec les milieux anarchistes. En octobre 1936, il visite l'Espagne en pleine guerre civile avec Anita Garfunkle sa compagne, Arthur Lehning et l'anarchiste lithuanienne Emma Goldman. En 1940, KAMINSKI et sa compagne quittent la France défaite par le port de Marseille, gagnent Lisbonne où ils tentent sans succès de passer aux USA. En 1941, ils obtiennent , grâce à l'anarchiste argentin Diego Abad de Santillan les passeports nécessaires pour émigrer à Buenos-Aires. C'est là que meurt KAMINSKI en 1961 ou 1963 la date est incertaine.

    Si l'anarchiste KAMINSKI a pris Céline en haine en 1938, c'est à la suite de la publication de Mea culpa, dont on sous-estime l'impact auprès des sympathisants communistes et de Bagatelles pour un massacre, sorti de presse deux mois plus tôt. Céline dira en août 1947 à Milton Hindus : " C'était un juif polonais, un journaliste qui m'admirait. Il m'avait d'abord dédié quelque chose, comme Sartre d'ailleurs. Et puis, pendant la guerre civile espagnole, il m'a pris en haine. Mais son livre est ennuyeux. Aucun intérêt. Si quelqu'un m'attaquait de façon spirituelle , je l'inviterais à ma table, parce qu'il serait de ma famille... "
 (
www.thyssen.com
).

 

 

 

 

 

 * Jean-Paul KAUFMANN :  " Céline est l'exemple parfait de l'obsessionnel qui n'a rien compris mais qui a tout prévu. Avant lui il y a Proust. Lui, en revanche, a tellement tout compris qu'il a exténué le genre. Proust et Céline, les deux voitures piégées de notre littérature.

      Après eux, que faire ? Il y a ceux qui ramassent les débris pour tenter de reconstituer la forme disparue et ceux qui s'évertuent à rechercher l'origine de la déflagration. Mais quand sortirons-nous enfin de la commotion ? "
 (Lire, été 1997).

 

 

 

 

 

* Robert KEMP (journaliste, critique littéraire, critique dramatique, élu à l'Académie française, 1879-1959): " Il est difficile de discerner le véritable dessein de M. Céline. Sûrement, il n'a pas voulu faire une satire vengeresse du monde moderne. Son exagération, cette délectation qu'on lui devine à retourner, faire voir par-dessus par-dessous tout ce qu'il y a d'abject au monde, n'est pas d'un Juvénal. Juvénal souffrait... S'il fait rire, on le comparerait plutôt à Rabelais. Mais il s'ébroue dans toute cette misère avec une satisfaction lugubre ; il a la scatologie dégoûtée, et son vocabulaire n'est pas gai...

   Bardamu insulte de nobles choses. Pourtant je ne lui en veux pas. Presque pas. Il y a en lui une force qui l'entraîne, une force à demi aveugle. Son pessimisme ne lui laisse voir que le sale du monde ; tout le propre lui échappe. Pauvre Bardamu ! (...) Gênante, et peut-être haïssable, dans son ensemble, cette œuvre fourmille de traits admirables ! L'acuité de la vision, la raideur avec laquelle sont assenées les railleries, la saveur âcre des descriptions...On a presque envie de dire que M. Céline est un grand écrivain ! Il n'y a longtemps que le feu d'artifice du naturalisme est tiré. Mais on avait oublié le bouquet. Le voici. Maintenant, est-ce fini ? Oui ? Allons, tant mieux ! "
 (La Liberté, 28 nov.1932, 70 critiques de Voyage...Imec Ed. 1993).

 

 

 

 

 

* Guy KONOPNICKI (journaliste): Quoi que l'on en pense, la littérature demeure un enjeu majeur. Stéphane Zagdanski le prouve dans Mémoires (éd. Julliard). Irritant, prétentieux à l'excès, mais écrit tout de même ! Avec une manière d'imposture de la vérité : Zagdanski joue à l'écrivain-martyr, à cause de l'étrange accueil qui fut celui de son Céline seul.

    Zagdanski, seul écrivain juif découvrant la singularité de Louis-Ferdinand Céline ? Allons ! Nous sommes quelques- uns à partager cette contradiction insoutenable. Etre juif, né en France dans les années d'après-guerre, et savoir ce que la littérature contemporaine doit à Céline plus qu'à tout autre. "
 (Information juive, mai 1997).

 

 

 

 

 

 * Georges LAFFLY (journaliste, écrivain):" Céline, maudit et illustre, est en passe de devenir l'écrivain le plus célébré en même temps que le plus interdit : les quatre pamphlets ne sont pas réédités, mais on déniche partout inédits et lettres. Les études sur sa vie et son œuvre se multiplient. Hommage au génie, sans doute - mais d'autres génies sont moins assaillis par les projecteurs. Il faut compter avec les affinités entre cette œuvre et notre temps.

 A cause de son pessimisme. A cause de sa fascination pour les catastrophes. Céline montre l'homme écrasé par les lois et les machines, trompé par les autres hommes, menacé par les écroulements. Sa lumière est la lueur sulfureuse de l'Apocalypse. Il est difficile de ne pas être sensible à la fameuse " petite musique " de la phrase célinienne, et difficile de résister à ce torrent d'imprécations, de cris de colère, aux jérémiades de ce Jérémie... "
(Le Figaro-Magazine, 9 janvier 1988).

 

 

 

 

 

 * La GERBE (journal collaborationniste fondé en 1940 par l'écrivain Alphonse de Châteaubriant): " Au journal " La GERBE " / Je donnerais volontiers aux flammes toutes les cathédrales du monde si cela pouvait apaiser la Bête et faire signer la paix demain. Deux mille années de prières inutiles, je trouve que c'est beaucoup. Un peu d'action ! Demain l'on fera sans doute une architecture en trous ! Pas de flèches ! Les leçons de la guerre auront porté. Par terreur des bombes, nos descendants vivront sans doute dans le Tous à l'égout. / Ainsi soit-il ! "

  Céline répondait à une enquête de La GERBE " Les Elites françaises devant le saccage de la France ". Il s'agit de destructions causées par les troupes alliées qui libèrent la France: destruction de villes comme Caen, Lisieux, Bayeux qui possèdent des églises anciennes. "
 (Lettre du 22 juin 1944, Lettres, Pléiade 2010).

 

 

 

 

 

 * Philippe LANCON (grand reporter, critique, écrivain): " On ne lit pas les lettres de Céline pour les croire ou s'en indigner. On les écoute. Ce sont d'abord des expériences musicales, de petites notes rapides, joyeuses et surprenantes qui font descendre et monter les tristes portées de la condition humaine.

  Les romans sont des concertos, des symphonies : les lettres, c'est de la musique de chambre. "
 (Libération, 29 novembre 2007, dans Spécial Céline n°8, E. Mazet).

 

 

 

 

 

* Pierre LAZAREFF: " En juin 1967, l'émission télévisée " Bibliothèque de poche ", présentée par Michel Polac, interviewa ce grand patron de presse sur ses goûts littéraires. Sans détours, il dit son admiration pour l'auteur du Voyage au bout de la nuit qu'il eut le privilège de lire en manuscrit. - " Un auteur comme Céline, ce qu'il a pu faire dans sa vie, il a trop de génie pour que je m'en occupe. " - C'était, il est vrai, il y a plus de quarante ans. Autre époque... "
  (
BC, avril 1995).

 

 

 

 

* Morvan LEBESQUE (journaliste et essayiste breton, rédacteur en chef de Carrefour, 1911-1970): " Ma réponse, comme dit l'autre, sera brève. Je n'ai pas à connaître de la carrière politique de Louis-Ferdinand Céline, le domaine politique m'étant totalement étranger.

  Je considère Louis-Ferdinand Céline comme le plus grand romancier vivant avec Faulkner et le seul écrivain français de ce siècle qui ait comblé le fossé entre la littérature et le peuple. Je propose donc qu'on le fasse revenir en France avec les égards qui lui sont dus.
 (Le Libertaire, janvier 1950).

  


 

 

 

* François LEGER (journaliste et militant royaliste): " Il me semble que, lorsqu'on parle de Céline, on parle toujours trop vite des séquelles de ses blessures de guerre. On parle de son bras, on dit qu'il fut réformé à 70 % mais on oublie qu'il eut aussi  l'oreille interne bousillée et que ses nuits furent dès lors un martyre de boucan, de tintamarre, de cloches, de sifflements de trains qui se tamponnaient dans sa tête. Il le supporte.

   Il avait trouvé des positions dont il ne fallait pas qu'il bouge et tâchait de s'y tenir, mais en songeant à cette torture persistante, on comprend mieux l'horreur qui s'est emparée de lui lorsqu'à la fin des années trente, il découvrit qu'un complot monstrueux se nouait pour déclencher une seconde fois l'enfer sur notre monde et que ce complot n'était pas seulement très avancé Outre-Rhin, qu'il ne l'était pas moins ici. On s'indigne de ce que furent alors ses outrances mais elles jaillirent au spectacle du gouffre vers lequel notre peuple s'avançait comme un somnambule. Il y avait de quoi hurler pour tenter de le réveiller. Maurras l'a fait comme Céline. Ce fut un des honneurs de leurs vies. "
 (Aspects de la France, 15 oct.1987, dans BC n°64).

 

 

 

 

 

* Charles LESCA (journaliste franco-argentin, administrateur de Je suis Partout, 1871-1948): " Mon cher LESCA, / Décidément la presse est écœurante et les journaux dits de combat plus conformistes que tout le reste - Prudhommes d'avant-garde (ou d'avant-guerre) - pendant (ou perdant) la guerre, cocoriquistes - il suffit à présent qu'on embouche: Croisade ! pour les voir tous pompiers à mort ! mais nom de dieu ! Personne parmi vous n'aura donc le courage de secouer les mots d'ordre, les impératifs de censure ! Merde ! Personne n'osera hurler à l'escroquerie de cette Croisade pour laisser tous les juifs plus jamais en toutes les places pendant qu'on envoie les derniers Français aryens crever dans les steppes ! Rien n'est dit, rien n'est encore ébauché - !!! Quelle honte ! Vive Worms dans ce cas.

  Et puis ces chefs sur estrade. Allons enfants ! et qui se planquent n'est-ce point merveilleux sujet et merveilleux tirs et massacres ! mais ils sont tous devenus juifs aussi ficelles, aussi cabots, aussi lâches et vendus ! N'allez point croire surtout que je recherche des alibis = JE PARS DEMAIN (avec mes 75% d'invalidité) et sans grimace. (Après tout je suis le premier qui ait recommandé l' Armée franco-allemande) si les écuries sont nettoyées avant le départ - Après ?? on me l'a déjà joué deux fois - 14 - 39 - ! trois c'est trop ! / Con peut-être mais veule à ce point ! non ! / Publiez ma lettre si vous voulez - / LFC. "
 (Lettre avant le 23 juillet 1941, Lettres, Pléiade 2010).

 

 

 

 

 

* Jacques de LESDAIN (rédacteur en chef de L'Illustration , collaborateur épuré en 1944): " Je m'attendais à découvrir dans le nouvel ouvrage de Céline une prise de position nette et sans ambages sur les questions politiques et sociales actuelles. J'étais persuadé que l'homme qu'avaient troublé les possibilités, puis les probabilités, d'une guerre stupide, qui avait dénoncé l'œuvre nocive des Juifs et l'aboutissement monstrueux et sanglant dans lequel leurs criminelles manigances devaient nous culbuter, trouverait dans les tragiques circonstances de ces quatre dernières années le magnifique tremplin d'un élan vengeur et d'une revendication puissante des droits réels des communautés.

    Il ne m'était pas venu à l'idée qu'il pourrait écrire quelques centaines de pages bourrées de descriptions grossières, inlassablement répétées, sans que se fassent jour des revendications en accordance avec les angoisses que nous subissons. J'ai dû, cependant, me rendre à la réalité. Guignol's band n'est pas autre chose qu'un kaléidoscope d'images pénibles, souvent ordurières. C'est, si l'on préfère, une fresque tout au long de laquelle sont dessinés des voyous, des souteneurs, des filles, des proxénètes, des fous et des voleurs. Que vous commenciez le livre par le début ou par la fin, il n'a pas plus de sens, pas plus d'utilité. Un talent supérieur s'est appliqué à narrer pendant trois cent quarante-huit pages les aventures, imaginaires en général, mais parfois vraisemblables d'un monde d'arsouilles, de lamentables comparses de déchets d'humanité. "
 (
Il est heureux qu'il soit inimitable, A propos de Guignol's band, Aspects, Paris, 2 juin 1944, Les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).
 

 

 

 

 

 

* Paul LEVY (patron de presse, directeur de Aux Ecoutes, 1886-1959): " Je lui raconte que Céline est dans une situation désolante. Après avoir refusé son extradition, le gouvernement danois l'a emprisonné pendant dix-huit mois. Il est aujourd'hui malade et réfugié dans une chaumière qu'il chauffe avec de la tourbe... Je m'arrête et Paul LEVY, reste un instant silencieux... " Comment, dit-il enfin, peut-on faire tant de mal à cet homme ! Cet immense écrivain qui a le droit de tout dire ! Faites tous les échos que vous voudrez dans Aux Ecoutes et dites à Céline que je mets cent mille francs à sa disposition. "

  Céline, bien sûr, n'accepta pas l'argent, mais il fut ému par tant de courage et d'amitié : " Ce LEVY a plus d'honnêteté que les Aryens habituels, laquais et donneurs par destination. " Céline parlera plusieurs fois de ce qui le rapprochait de Paul LEVY : le privilège de l'âge, hélas... et le souvenir tragique de la guerre qu'ils n'auraient jamais voulu revoir. "
 (Pierre Monnier, La France, 20-26 nov. 1991).

 * " Céline est une personnalité puissante, qui a toujours eu besoin de se " ventiler ". A ce point de vue, on peut le rapprocher de Bernanos. Si on ne voit pas d'abord en lui l'écrivain, et j'ajouterai le poète, car il est un grand poète lyrique, on pourrait être tenté de le juger sévèrement.
  Mais malgré les apparences, Céline a toujours été et est encore au-dessus de la mêlée.
 Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.  Paul LEVY.
 (Réponse à une enquête sur le " procès Céline " organisée par Maurice Lemaître et lancée par Le Libertaire, numéros du 13 et du 20 janvier 1950, dans " C'est un Rêve ", n°9/n°10, Spécial Céline).  

 

 

 

 

 

* DROIT de VIVRE (journal de la LICRA): " Monsieur, / Résistant ? en effet et autrement que vous merdeux mouchard lâche ! Le 20 nov 1914 - médaillé militaire - mutilé de guerre 75 % - engagé volontaire non aux délateurs bourriques mais aux/font> Cuirassiers, et rengagé encore dans la marine en 39 ! malgré tout ! argousins ! Autre chose...où avez-vous lu, pourriture, une ligne de moi réclamant " l'assassinat massif des juifs " ??? Saloperie !

  J'ai demandé à ce que les juifs, certains juifs, ne nous poussent pas au massacre, à la catastrophe, à l'abattoir ! C'est bien différent, C'EST TOUT LE CONTRAIRE, et vous le savez. C'est vous qui poussez, qui avez toujours poussé les juifs, vos frères à l'abattoir, par vos provocations, les criminels sont chez vous, les traîtres sont chez vous. Et vous le savez aussi, parfaitement - dans votre hystérie - dans votre mensonge - dans votre jalousie. / L. F. Céline. "
  (
Lettres 2009, au " Droit de vivre ", le 20-2-1948).

 

 

 

 

 

* L'HUMANITE (journal communiste fondé en 1904 par le dirigeant socialiste Jean Jaurès): " Au Directeur de L'HUMANITE, / Moi ce qui me surprend Monsieur, c'est que Monsieur Maurice Thorez, déserteur à l'ennemi en temps de guerre ne se trouve pas encore au Panthéon. Ce qui me surprend aussi c'est que vous n'appreniez pas à vos lecteurs que Mr Aragon et Mme Triolet ont traduit dès 1934 le Voyage au bout de la nuit en russe sur l'ordre du gouvernement russe. Vous êtes mal décidé à la vérité.

   Vous pourriez encore leur apprendre que je suis engagé volontaire des deux guerres, médaillé militaire depuis Novembre 1914, mutilé de guerre 75%. C'est drôle, n'est-ce pas ? Ah vos lecteurs sont décidément très mal informés ! Je ne réponds pas au Bossu. Je ne réponds pas aux anonymes, je vous réponds à vous Monsieur le Directeur. Je ne vous traite de rien du tout sauf d'être un mauvais informateur. / L.F. Céline. / Rabatteur d'échafaud ? On vous l'a dit trop souvent ! de toutes parts ! des grossiers ! "
 (Lettre au Directeur de L'Humanité du 31 oct.1949, Lettres Pléiade 2010).

 

 

      

 

 

* Jean LUCHAIRE (journaliste, patron de presse, fusillé pour collaboration avec l'ennemi 1901-1946): " 4 rue Girardon / (28 février 1942) La Rue Bottin c'est la NRF et Cassou / Mon cher Confrère / Je suis enchanté des excellentes intentions des Nx Temps et me régale vous le pensez bien de ces résolutions racistes. Crouzet sera pendu avec moi si les choses tournent mal. Vous ne le serez pas encore. Vous n'êtes pas encore tout à fait perdu pour les Juifs, Jésuites, maçons, synarchistes, curés, anglais, protestants, tièdes, mous, antisémites vagues, dans le même bateau et sans fond et dans les eaux de Nantes !

    Tous ces gens pour moi se raccrochent à cette civilisation pourrie - et doivent disparaître. A nous le Racisme pour qq siècles au moins ! A propos d'espoirs radieux nous irons Almanzor et Gen Paul (votre) admirer votre très gracieuse Florence jeudi au pavillon Marsan mais de grâce ayez la bonté de lui demander qu'elle supprime la conférence - ! même de Lifar ! Nous voulons de la danse ! Seulement de la Danse ! Qu'on nous laisse les mots ! Vieillards nos pensums ! Quel feu follet plein de santé votre très gracieuse Florence ! / Heureux père ! LF Céline. / [J'avais fait pour elle un petit dessin animé]
 (Trois lettres de Céline à Jean LUCHAIRE retrouvée par A.Kaplan, Année Céline 1996, Du Lérot).

 

 

 

 

 

* Michel MARMIN (journaliste spécialisé dans le cinéma, l'art contemporain et la musique): " Voyage au bout de la nuit " a été accueilli comme un grand roman de gauche, célébré par Paul Nizan dans l'Humanité et cité en exergue par Jean-Paul Sartre dans La Nausée. Or, qui oserait soutenir en 2010 que Louis-Ferdinand Céline est un écrivain de gauche ? Et pas seulement à cause de ses pamphlets ! Le pessimisme foncier de Voyage au bout de la nuit, son effroi devant la modernité américaine, son pacifisme et son " antipatriotisme " même, sont incontestablement " de droite " plus que " de gauche ".

   Bernanos et Daudet ne s'y étaient finalement pas trompés. Si la grande littérature contemporaine (mettons, depuis le XIXe siècle) est en effet plutôt " de droite ", c'est parce qu'elle est beaucoup moins dogmatique que la littérature " de gauche " et que, s'intéressant plus aux destinées individuelles, donc à la liberté, qu'aux destins collectifs, elle est moins tentée d'expliquer la réalité avec une grille idéologique préfabriquée. " (Eléments, juillet-septembre 2010).

 

 

 

 

 * Gilles MARTIN-CHAUFFIER (journaliste, écrivain, résistant): " (...) C'est extraordinaire ce don de la France pour refuser de voir ce qui la dérange. François Mitterrand a longtemps fait son miel de cette myopie délibérée. Quand un comportement ne convient pas, on détourne le regard. Dans sa biographie de Françoise Giroud, Laure Adler évoque avec des larmes dans l'encre les lettres odieusement antisémites de la journaliste mais n'en cite aucune ! De quoi a-t-on peur ? Et de qui ? Songez à Céline, par exemple : Frédéric Mitterrand, qui a mis vingt-cinq ans à prendre ses distances avec Ben Ali et les plaisirs de sa cour, n'a pas mis vingt-quatre heures à le chasser des cérémonies officielles prévues en 2011.

   Tout cela est tellement bête. On sait bien que la morale interdit tout ce qui est bon. Si on ostracise Céline, c'est forcément sur lui que vont se jeter tous ceux qui n'aiment pas qu'on leur dicte leur  goût officiel. C'est-à-dire tous ceux qui font le charme de la vie en société et qui commencent à en avoir par-dessus la tête des vieilles disputes sur l'Occupation, des silences, des hypocrisies... Voyons notre inacceptable passé en face. Au procès de Laval, on n'a pas parlé de la Shoah, que de Gaulle évoque à peine dans ses " Mémoires de guerre ! "
  (Silence on commémore, Paris Match, du 3 au 9 février 2011).
 

 

 

 

 

 

* Renaud MATIGNON (journaliste, écrivain, critique littéraire 1935-1998): " C'est dans Le Pont de Londres que les mots se cassent, n'agissent plus. Après, c'est le Céline inarticulé, muré dans son cri comme dans le silence, étouffé par sa propre voix, qui s'acharne sur ces phrases comme un prisonnier sur les murs de sa cellule. Il peut bien nous émouvoir, il n'est plus capable de nous toucher. Rien n'est plus pathétique que cette œuvre qui laisse voir ainsi sa déchirure. Parce que rien n'est plus pathétique que destin, qui se contient tout entier. Ce qui est en jeu ici, ce n'est pas seulement le livre suivant. C'est le caractère même d'une œuvre, c'est une sensibilité, c'est une mort : de cette mécanique déréglée, tout s'ensuivra , jusqu'aux attitudes politiques, jusqu'aux contradictions, jusqu'à la solitude irrémédiable d'un esprit qui, acculé à sa propre négation , assume sa fatalité avec une rigueur , avec un courage exemplaire.

  Le style, c'est l'homme ? Davantage. Le style, ici, fait l'homme. Il commence par inventer, c'est le Voyage. A partir du Pont de Londres, il est figé, il précède l'œuvre. Il est inventé. Mais il se venge : il détermine, il conduit tout ce qui reste d'une œuvre , d'une vie même. Comme privé désormais de l'usage normal de la communication , Céline ne peut plus qu'enchérir sur sa propre malédiction , forcer, blasphémer, noircir, à mesure même de l'innocence de son rêve - douceur d'un visage, tendresse, rêve de paix, et d'une parole enfin reçue - qu'enferme à jamais la rigueur de cet univers où le cri et l'aphasie se rejoignent dans l'inaudible. "
(Le centre de l'œuvre, mais aussi la rupture, la faille, Mercure de France, juillet 1964, Les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).
 

 

 

 

 

 

* Thierry MAULNIER (journaliste, essayiste, critique littéraire et dramatique 1909-1988, nommé à l'Académie française en 1964): " Chers amis, / Bien malade et à la hâte toute ma gratitude pour votre intervention ! / La bête traquée que je suis (et ma femme) depuis 7 ans ne sait plus à quel diable on peut se vouer - de tôles en concentrations. / Des amis qui tombent du ciel c'est aussi du sacré miracle ! Y a pas que des bombes atomiques ! Merde ! Je voudrais y aller devant la Cour si j'ai la force encore ! Je loupe quelque chose. / Je me prive. / Bien votre ami. / LF. Céline. " (lettre du 15 février 1950, Lettres Pléiade 2010).

 

 

 

 

 
*
Yann MOIX (journaliste, écrivain): " Louis-Ferdinand qui ? Louis-Ferdinand Céline : le génie absolu. On pourra, jusqu'à la fin des fins, retourner la question dans tous les sens, sur sa saloperie, son ignominie, son ceci, son cela (" Je suis un vivant reproche "): le lire est toujours une déflagration. Dans la moindre de ses lettres, il explose. La moindre de ses remarques, de ses réflexions, le plus inconséquent de ses agacements embrasent tout.

... L'écriture (j'adore ce passage, monumental, fabuleux, tellement vrai, tout y est, tout est là, il a tout compris, tout !): " Je n'aime pas et je n'ai jamais aimé écrire. Je trouve d'abord la posture grotesque - Ce type accroupi comme sur un chiotte en train de se presser le ciboulot d'en faire sortir " ses chères pensées " - ! Quelle vanité ! Quelle stupidité ! Ignoble ! Rien que le mot écrire me fait me vomir, ce prétentieux vocable. " Il écrit - " à fesser ! Immonde ! "
 (Figaro littéraire, Lettres à A. Paraz, 21/5/09).

 

 

 

 

 

* Yvon MORANDAT (journaliste, résistant 1913-1972): " (...) Sur les conseils de Madame Chamfleury il occupa l'appartement de Céline 4, rue Girardon après son départ le 17 juin 1944, qu'il prit soin de faire vider dans un garde-meubles. Résistant, Compagnon de la Libération et membre du M.R.P., le journaliste habitait l'appartement en 1946 avec sa femme Monique (1920). A son retour du Danemark, Céline refusa la restitution des papiers et des meubles, arguant que les " définitifs manuscrits " avaient été pillés par les épurateurs, thème repris dans une lettre à Milton Hindus du 29 août 1947 : " MORANDAT [...] a jeté aux ordures mes manuscrits de trois romans que j'avais en train... la fin de Guignol's ! ".

  Les meubles, dont MORANDAT lui demandait de régler les frais de garde à compter du 31 décembre 1951, furent vendus après transaction. Dans la version C de Féerie, Céline attaque le colonel " Oui Yvon MORANDAT occupe mon local 4 rue Girardon - voilà un homme qui doit tout à Hitler - sans Hitler ce pignouf n'aurait jamais songé à venir faire des enfants dans mon lit... "
 (Du Danemark à Victor Carré). " (Le Petit Célinien n° 10, 2009).

 

 

 

 

 

 

* NICE-MATIN (mon quotidien durant 25 ans passés sous les cieux niçois. Ce cours Saleya et cette terrasse de café m'on permis, à moi aussi, en son temps, de découvrir ce qu'était  la socca...

   " Photo d'Alphonse Boudard, Louis Nucera et Pierre Monnier à une terrasse de café à Nice. Commentaire : " Quand trois écrivains se rencontrent sur le cours Saleya que font-ils ? Ils dégustent de la socca ! " Il est rappelé que Pierre Monnier a été " grand ami de Louis-Ferdinand Céline, de Prévert (sic, pour Paraz ?) et d'Arletty ".
 (L'Année Céline 1997).

 

 

 

 

 

 

* Paul NIZAN : (romancier, philosophe, journaliste, critique à L'Humanité, 1905-1940) " Cet énorme roman est une œuvre considérable, d'une force et d'une ampleur à laquelle ne nous habituent pas les nains si bien frisés de la littérature bourgeoise... Céline n'est pas parmi nous : impossible d'accepter sa profonde anarchie, son mépris, sa répulsion générale qui n'exceptent point le prolétariat. Cette révolte pure peut le mener n'importe où : parmi nous, contre nous ou nulle part. Il lui manque la révolution, l'explication vraie des misères qu'il dénonce, des cancers qu'il dénude, et l'espoir précis qui nous porte en avant.
  Mais nous reconnaissons son tableau sinistre du monde : il arrache tous les masques, tous les camouflages, il abat les décors des illusions, il accroît la conscience de la déchéance actuelle de l'homme. Nous verrons bien où ira cet homme qui n'est dupe de rien. "
 (L'Humanité, 9 décembre 1932).

 

 

 

 


 

* François NOURISSIER (journaliste, écrivain, académicien Goncourt 1977) : " Il faut entendre ces réserves, il va sans dire  " au niveau le plus élevé ". C'est un de nos plus grands écrivains que nous déplorons de ne retrouver ici que par éclairs. Car les éclairs existent. Ils ne sont pas, selon moi, dans les grandes scènes, les morceaux de bravoure sur lesquels la publicité du dos du livre attire notre attention, mais dans tel ou tel passage où le vrai Céline perce sous l'écrivain que ses propres tempêtes dévoyent et affolent.

   C'est ainsi, pour avoir envie de lire Le Pont de Londres, qu'on cherchera, par exemple aux pages 307, 308 et 309, un des plus beaux morceaux qui se puissent lire ici : le Céline fou, tendre, déchiré, presque rien - l'évocation d'un bistrot de marins et de voyous, des bateaux dans le port - mais une poésie truculente et désespérée dont l'écho, seulement l'écho, qui passe parfois sur ce livre, nous fait quand même un devoir de le lire. "
 (
Ce n'est plus toujours éblouissant, et c'est gratuit, Les Nouvelles littéraires, 9 avril 1964, Les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).

 

 

 

 

 

* Georges OLTRAMARE (journaliste, militant fasciste, né Charles Dieudonné 1896-1960): " Car, au fond, que cherchait-il sous un amas d'immondices ? La petite fleur bleue ? Poète irrité, s'il se complaît dans les imprécations ordurières, dans les transports de lyrisme alvin, s'il plonge dans la sanie et le pus, c'est pour mieux rêver de féeries, de voiles vaporeux et de ballets au clair de lune.

Relisez les dernières pages de Bagatelles pour un massacre : " C'est moi, l'empressé, le galant Ferdinand, le tourbillon des dames. Je me surpasse !... Je suis théâtre, orchestre, danseuses ! tous les " ensembles " à la fois... moi tout seul. Je fais l'œuf... je sautille, je jaillis hors de ma chaise ! Je personnifie toute la " Naissance d'une Fée "... Toute la joie, la tristesse, la mélancolie. Je suis partout !... J'imite les violons... l'orchestre... les vagues entraînantes "... Mais lorsque la Laideur provoque ce grand sensible, l'Obéron des nuits enchantées cède la place au polémiste vociférant pour qui l'Humanité est une foule d'étrons gonflés de l'orgueil imbécile de se croire tombés au champ d'honneur. "
 (Les souvenirs nous vengent, Genève, 1956).

 

 

 

 

 

* Jacques OVADIA (journaliste israélien, militant du Mossad, puis membre de l'Internationale situationniste): " La seconde fois que je l'ai vu, il se plaignait de violents maux de tête. Je ne sais pas pourquoi nous avons parlé de la guerre. Je n'ai pas voulu lui parler du conflit israélo-arabe. Je crois qu'il n'avait pas envie d'en parler. Mais il tenait à me revoir, j'ai perdu les lettres de cette période.

  Ce qui l'intéressait, c'était surtout les nouvelles d'Israël. Il en avait des échos assez justes. (...) Israël avait pour lui un très long chemin de sueur et de sang à accomplir avant de se retrouver libre. Il avait toujours en tête l'idée d'un homme libre (Ben Gourion), d'un homme très populaire et l'existence d'un Etat juif lui avait ouvert les yeux. "
 (Extrait de la revue universitaire israélienne Levant n°4, octobre 1991).

 

 

 

 

 

 * André PARINAUD (journaliste, écrivain 1924-2006): C'est dans La Parisienne que PARINAUD publia la première interview de Céline en 1953 après son retour d'exil. " Un chien aboie longuement et furieusement. Marcel Aymé et moi, nous stationnons devant une petite porte verte qui défend l'entrée d'un jardinet. Une pluie tenace, lente, pénétrante, a transformé les chemins en cloaques. Le paysage, lavé de toutes couleurs, gonflé d'eau, semble incapable de retenir le moindre éclat de la lumière qui descend, filtrée et déjà livide, du ciel gris... "  

 * " Comme on le dit d'un grand vin, quand on écoutait parler Céline, il avait son style en bouche. En l'écoutant, on le lisait, on le dégustait. On nous dit aujourd'hui que le verbe est dans nos gènes et on peut croire, en effet, que la littérature célinienne a jailli de son expression verbale. C'est en tout cas la première impression que j'ai éprouvée dès notre rencontre. "
 (B.C. sept. 2006)
.

 

 

 

 

 

* Paris-Match (magazine hebdomadaire d'actualités et d'images crée en 1949): " Monsieur, / Je sais bien que les lecteurs de Match ne tiennent pas absolument à connaître la vérité, ils veulent rigoler, cela leur suffit, et bougre je n'y vois aucun inconvénient. Seulement, je vous prierais de leur faire connaître quand même, car ce détail est très important, que je n'ai jamais rédigé la nuit dans un entresol de Montmartre des pamphlets d'un racisme véhément (romantisme grotesque). Ni la nuit ni le jour, tout simplement jamais.

    Votre bonne foi a été surprise, si j'ose dire ! Je ne demande jamais des nouvelles de Sartre, c'est une vermine que j'ai déjà naturalisée une fois pour toute, dans une lettre à l'Agité du Bocal que vous trouverez chez Paraz. / Salut et vive la prochaine. / L. F. Céline. "
 (lettre du Danemark, le 26 août 1949).

 

 

 

 

 

* Louis PAUWELS  (écrivain et journaliste, 1920-1997 : " C'est dès 1949 que PAUWELS correspond avec l'exilé et le défend dans l'hebdomadaire Carrefour. En janvier 1950, il prend position en faveur de l'écrivain dont le procès aura lieu le mois suivant devant la Cour de Justice : " Je crois savoir que Céline ne viendra pas. J'aurais aimé qu'il se présente devant ses " juges ". Il ne risque pas grand-chose. Ce sont les juges qui risquent. Ils s'exposent à un immense ridicule. Ils s'exposent aussi, ils continuent de s'exposer à notre dégoût depuis l'assassinat de Brasillach. Mais si Céline ne vient pas, c'est qu'il ne reconnaît pas à ces " juges " le droit d'agir au nom de la justice. En ce sens, il nous donne, encore une fois, un exemple et une leçon. "
 (BC n°283, février 2007).

 * " Vers l'âge de quinze ans, deux livres m'ont déniaisé. Voyage au bout de la nuit, de Céline, que m'avait déconseillé un ami, sous le prétexte que c'était mal écrit et scandaleux ! j'y ai entendu brusquement une musique nouvelle et j'ai été saisi pour toujours par la poésie anarcho -populaire de ce livre, que j'ai relu plus de vingt fois.  Les Jeunes Filles, de Montherlant, ont eu aussi sur moi une influence considérable (...) Ces deux livres sont venus à moi au même moment, plus ou moins mystérieusement. J'ai le sentiment qu'ils m'ont choisi. La grande aventure de ma vie, ce sont les livres. "
 (Lire, été 1996).

 

 

 

 

 

 * Henri PHILIPPON (Journaliste à L'Intransigeant avant-guerre ) : " Henri PHILIPPON devint d'août à octobre 1940 l'un des trois secrétaires de rédaction, avec Henri Coston et Paul Albert, de La France au Travail, " grand quotidien d'information au service du peuple français ", qui parut de juin 1940 à mai 1941 sous la direction de Jean Drault, puis de Charles Dieudonné. Y écrivaient Jean Fontenay, Urbain Gohier, Eugène Schueller, Titaÿna et George Montandon.
  Montmartrois, habitué de l'atelier de Gen Paul, Henri PHILIPPON rencontre Daragnès, et tente de résoudre le conflit qui oppose Céline aux Editions Denoël. Il effectue deux voyages au Danemark, en novembre 1947 et en janvier 1948, servant d'intermédiaire entre l'écrivain et les éditions Fasquelle. Entre 1947 et 1948, il reçoit de Céline une vingtaine de lettres et sa " Réponse aux accusations... "

  Employé aux Editions de L'Elan où Albert Paraz publie son Gala des vaches, contenant le pamphlet de Céline contre Sartre, PHILIPPON propose au jeune imprimeur Pierre Lanauve de Tartas de réaliser A l'agité du bocal en plaquette et signe le bon à tirer. L'écrivain se brouille avec PHILIPPON en décembre 1948 quand il imagine avoir des droits sur ce pamphlet. Depuis la mort de Denoël, Céline voulait disposer de toutes ses publications comme bon lui semblait. "
 (Eric Mazet et Pierre Pécastaing, Images d'exil, Du Lérot, 2004, p.241).

 

 

 

 

 

* Bernard PIVOT: Commentant la sortie des Lettres à la N.R.F. : " Parfois, Gaston Gallimard trouve que Céline y va un peu fort et lui reproche, toujours avec courtoisie, son ingratitude, ses suspicions, ses foucades, ses diatribes injustifiées . - " En attendant votre prochaine engueulade, croyez-moi tout de même votre... "

  (...) " A propos de Sagan, alors que Céline avait dû se plaindre une nouvelle fois du peu d'empressement du public à acheter ses livres, Roger Nimier lui avait répondu : - " Nous sommes loin de Sagan, bien par votre faute, vous n'avez que des accidents de guerre et pas d'accidents de voiture. "
 (Lire, nov. 1991)
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 * Patrick POIVRE D'ARVOR : Rediffusion : Une maison, un écrivain. Série documentaire proposée par Patrick POIVRE D'ARVOR. Le reclus de Meudon (2011).

Un épisode écrit et réalisé par François Caillat, diffusé la première fois sur France 5 le dimanche 24 juillet 2011 et rediffusé ce vendredi 7 juin 2013, 20 h. Durée 26 mn.

 (Le Petit Célinien, lepetitcelinien.com, 7 juin 2013).

 

 

 

 

* Michel POLAC : " Je vous signale que j'ai consacré déjà plusieurs émissions depuis 20 ans à Céline, que j'ai souvent parlé de Drieu La Rochelle, que j'aime beaucoup, mais ne comptez pas sur moi pour parler de Châteaubriand, Brasillach et Chak (sic), écrivains que j'apprécie fort peu et qui se sont déshonorés pendant l'occupation sans l'excuse du génie. "
 (
Lettre en réponse à une demande de réalisation d'émission télévisée de Franck Peyrot pour le Club Alphonse de Châteaubriand, 1984).

 

 

 

 

 

* Elisabeth PORQUEROL : (Journaliste, romancière, critique littéraire) " C'est du langage-torrent : ça oui ; c'est du Parler. Certes, Céline a secoué l'Ecrit comme un prunier. Vingt ans avant les mass-media, il a senti l'antigutenberg. Il s'est servi des mots en visuel. Céline, ça ne se lit pas, ça vous saute aux yeux, c'est du cinéma écrit ; et en surimpression: la voix. Une étrange voix, qui monte et qui descend, aiguë et profonde, sourde, lointaine et pleine de sanglots ou de hurlements, la voix de la souffrance, de l'amour et de la honte, la voix humaine.

   Céline est un moraliste et, parmi les grands moralistes français, l'un des plus indignés. La secousse qu'il a provoquée est loin d'être apaisée, si l'on en croit notre ami Jean-Louis Bory : " Le fantôme de Céline commence seulement à tirer les pieds des dormeurs. Céline commence seulement à vivre. Et tout le monde tremble... " Tant mieux. "
  (Elisabeth Porquerol, La Guilde, Lausanne, février 1973).

 

 

 

 

 * Françis PUYALTE (journaliste a travaillé pour Paris-Jour, l'Aurore et le Figaro. A la retraite. Cela lui confère la liberté de dénoncer sans fard ce qu'il nomme l'Inquisition médiatique) : Ca a débuté comme ça. Moi, j'avais rien dit, seulement sonné. Roxane est arrivée la première, au galop du fond du jardin, tous crocs dehors. Dans son sillage, Fun se prenait pour un loup. Feindre la hargne est une vieille habitude de la maison. Il ne faut pas s'y laisser prendre. Quelques caresses et on copine. Tout de même, on n'entre pas dans l'univers célinien comme à la Sainte Chapelle. Rien n'a changé au fond, route des Gardes à Meudon. Si, quelque trente années sont passées. On n'y voit plus Michel Simon, Arletty, marcel Aymé, Blondin ou Nimier. Et on n'y garde plus qu'un souvenir, mais si passionné, si compromettant, toujours en éruption... Encore un journaliste, un voyeur, un dévot en extase, un célinomane à deux doigts de l'overdose. On n'en finira donc jamais avec le scandale. Avec ce brasier. Le feu de l'enfer. Lucette est fatiguée de tout ça. La candeur, la douceur, la grâce, encore et toujours confrontés à cette lave en fusion : Louis-Ferdinand Céline, son mari. Et on trouve des gens pour dire : " Ce sera pareil en l'an 3000. " la maison de style louis-philippard perchée sur les hauteurs de Meudon sera ou ne sera pas classée comme " lieu de mémoire ". Peu importe. Désormais, Lucette s'en moque. Elle y tenait seulement pour les animaux, les compagnons du malheur, tous enterrés là, Bébert le chat, Toto le perroquet, Bessy la chienne, et tant d'autres... A présent, elle n'attend plus que le repos éternel. "
 (Les souvenirs de la femme de Céline, BC n°127, avril 1993).
 

 


 

 

 

* Charles RICKARD (journaliste, préfet, écrivain de la vie politique) : " J'avais reçu un pneumatique... Céline annulait notre rendez-vous. Il ne voulait plus voir de journalistes. (...) Venant d'un homme que je plaçais si haut, ses propos sur la jeunesse me paraissait injustes, blessants. " Vous écrivez, Céline que j'admire, vous écrivez que la jeunesse, au sens romantique du mot, n'existe pas. Je ne vois en fait de jeunesse qu'une mobilisation d'ardeurs apéritives, sportives, spectaculaires, automobiles, mais rien de neuf. " Bourrage de crâne six jours sur sept, le ciné, le stade ou les filles et, au bout de quelques années de ce régime, le diplôme qui vous marque au coin comme une méchante pièce de cent sous pur nickel, tel est le sort des étudiants, devez-vous penser. Le plus beau, c'est que tout en jouant son destin, la nouvelle génération n'en continue pas moins à rire, à rire, quitte à se faire taxer de légèreté ou d'inconscience ou d'inconvenance par tous ceux qui n'ont pas connu cet état d'esprit quand ils étaient jeunes parce que précisément cet état d'esprit n'existait pas encore. "
 (Lettre ouverte à L. F. Céline, Oui, la jeunesse, janvier 1934).

 

 

 

 

 

* Jean-Marie ROUART (journaliste, romancier, académicien depuis 1997) : " Là où il est, il y a quelqu'un qui a dû bien s'amuser du tohu-bohu qu'il a provoqué, c'est Céline. Le grand vociférateur d'apocalypse, massacreur d'idées reçues et ange exterminateur des grandeurs d'établissement a dû se payer une bonne tranche de rigolade à l'idée que la République allait le commémorer, à l'instar de Victor Hugo ou de Paul Valéry et des grandes figures humanistes qu'il exécrait. D'où vient le malentendu ? De ce que nous considérons que les œuvres de l'esprit enrichissent forcément le patrimoine de l'humanité et qu'elles devraient être, par essence, bénéfiques à la société. Outre ses pamphlets antisémites qui font de lui un Rabelais de l'abjection, il appartient à cette catégorie d'écrivains de talent, comme Brasillach ou Drieu La Rochelle, qui sont l'incarnation de la défaite de la pensée française devant les séductions barbares et délétères du nazisme. Ce qu'ils ont trahi, plus que leur patrie, c'est un idéal qu'à travers les avatars les plus divers les écrivains n'ont cesser d'illustrer. Cette infamie inguérissable, l'Etat ne doit pas l'absoudre. On ne peut exonérer les écrivains de leurs crimes au nom du génie.

Pour autant, cela ne signifie pas qu'on doive les bannir des bibliothèques ou des programmes scolaires. La littérature n'est ni un cours d'instruction civique ni une chaire pour l'édification des familles. Il faut lui laisser la liberté d'être subversive, dérangeante, provocante et même abjecte. Le cardinal de Bernis disait : " Je préfère le paradis pour son climat, mais l'enfer pour ses fréquentations. " Je comprends qu'on puisse aller se brûler avec l'œuvre sulfureuse de Céline, et même au milieu de ses vociférations obscènes. Mais que l'Etat, de son côté, ne se suicide pas en se mêlant de célébrer un écrivain qui appelle au meurtre de la civilisation. "
 (Devoir d'insolence, Paris-Match du 3 au 9 février 2011).
 

 

 

 

 

 

* André ROUSSEAUX (journaliste, critique littéraire au Figaro) : " Cher confrère, / Mais non ! J'écris comme je parle, sans procédé, je vous prie de le croire. Je me donne du mal pour rendre le " parlé " en " écrit ", parce que le papier retient mal la parole, mais c'est tout. Point de tic ! Point de genre en cela !
 Une langue c'est comme le reste, ça meurt tout le temps, ça doit mourir. Il faut s'y résigner, la langue des romans habituels est morte, syntaxe morte, tout mort. Les miens mourront  aussi, bientôt sans doute, mais ils auront eu la petite supériorité sur tant d'autres, ils auront pendant un an, un mois, un jour, VECU. Tout est là. Le reste n'est que grossière, imbécile, gâteuse vantardise. / Votre ami. / Céline. "

 (Lettres 2009, à André Rousseaux, 24 mai 1936).

 

 

 


 

 

* Eugène SACCOMANO : " Eugène SACCOMANO, c'est beaucoup plus qu'une voix, c'est un divin babil par la magie duquel l'audition d'un match de football à la radio devient un plaisir rare et précieux. Eugène SACCOMANO c'est beaucoup plus qu'un journaliste, c'est le dernier lyrique, un moderne troubadour qui tient le commentaire sportif pour un des beaux-arts. On savait son inspiration dopé à la lecture de Louis-Ferdinand Céline. Admirateur zélé du romancier, il eut même l'élégance d'inviter sa veuve Lucette Destouches dans la tribune de presse du Parc des Princes lors d'une finale de la Coupe de France. Les céliniens intégristes retranchés dans leurs cénacles, derrière leur érudition, leurs reliques et leur passion exclusive s'en indigneront ou en souriront: SACCOMANO publie aujourd'hui un roman dont Céline est l'un des personnages principaux... "
  (Sébastien Lapaque, Le Figaro, 16 septembre 1999).

 * " J'ai commencé à le lire à l'armée. Le Voyage m'a passionné. Et Céline, fasciné. A la fois l'écrivain et la vie fantasque du personnage. Même dans ses pamphlets, épouvantables, il a un talent extraordinaire ! "
  (Médias, n° 28, printemps 2011, BC n°329).

 

 

 

 

 

* Léa SALAME (journaliste franco-libanaise) : " En marge de la commémoration du cinquantenaire de la mort de Le Corbusier dont certains découvrent aujourd'hui l'attrait pour le fascisme.

 " Ça me rappelle, en 2011, les cinquante ans de la mort de Céline : La France voulait le célébrer puis il y a eu une polémique qui disait : non, on ne va pas célébrer ce collabo. Il faut répéter que Le Corbusier était un immense urbaniste, qu'il faut célébrer ce qu'il a fait, sans nier sa part d'ombre.
 De la même façon, moi j'étais partisane de la célébration de l'immense écrivain qu'est Céline ! "
 (Léa Salamé, On n'est pas couché, France 2, 16 mai 2015, dans BC n°375, juin 2015).

 

 

 

 

 

 

* Claude SAMUEL (journaliste, critique musical, producteur de disques, homme de radio et de télévision ) : " Notre société mécanique et informatique a encore besoin de symboles. Mais pour ce qui est de Céline, dont nul ne met en cause la forme de l'écriture, ni l'influence dans le mouvement littéraire contemporain, c'est la présence dans la collection de la Pléiade (cinq volumes !) qui constitue le signe le plus tangible de sa trace - de même que le succès permanent des opéras de Wagner dans les grands théâtres du monde, et la persistance du culte rendu annuellement à Bayreuth, éclipsent les anathèmes lancés, par exemple, et malgré le combat raisonné de Daniel Barenboim, en Israël. l'antisémitisme de l'un comme de l'autre est avéré, non-exempt d'arrière-pensées : jalousies à l'égard de rivaux encombrants chez Wagner (Ah ! Meyerbeer...), anarchisme tout terrain chez Céline. Pas une excuse certes, mais un élément de compréhension.

Je lis, sous la signature de Jacob Katz, dans Wagner et la question juive : " Les acteurs d'une période historique donnée ne sont évidemment pas toujours en mesure de prévoir précisément les suites de leurs gestes, et on ne peut leur en imputer l'entière responsabilité " indulgence que la suite tempère : " Mais, même s'il n'est pas possible de connaître à l'avance les conséquences de nos actes, la simple supposition de ce qui pourrait en ressortir implique un certain degré de responsabilité morale. " Quant à Céline, il est désormais exclu de le " célébrer " ; nul doute que cette affaire mobilise quelques bataillons de nouveaux lecteurs. "
 (Céline, Natalie Dessay, Wagner, 24 janvier 2011, sur le blog de Claude Samuel).

 

 

 

 

 

* Claude SARRAUTE (journaliste et femme de lettre, fille de Nathalie Sarraute, épouse de Jean-François Revel) : " - Moi j'ai fait passer le langage parlé à travers l'écrit. D'un seul coup.
- Ce passage est ce que vous appelez votre " petite musique ", n'est-ce pas ?
- Je l'appelle " petite musique " parce que je suis modeste, mais c'est une transposition très dure à faire, c'est du travail. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais c'est calé. Pour faire un roman comme les miens, il faut écrire 80 000 pages à la main pour en tirer 800. Les gens disent en parlant de moi : " Il a l'éloquence naturelle... il écrit comme il parle... c'est les mots de tous les jours... ils sont presque en ordre... on les reconnaît. " Seulement voilà ! c'est " transposé ".

 C'est juste pas le mot qu'on attendait, pas la situation qu'on attendait. C'est transposé dans le domaine de la rêverie entre le vrai et le pas vrai, et le mot ainsi employé devient en même temps plus intime et plus exact que le mot tel qu'on l'emploie habituellement. On se fait son style. Il faut bien. Le métier c'est facile, ça s'apprend. Les outils tout faits ne tiennent pas dans les bonnes mains. Le style c'est pareil. Ça sert seulement à sortir de soi ce qu'on a envie de montrer. "
  (Interview avec Claude Sarraute, Le Monde, juin 1960).

* " Céline est un génie. Ses deux premiers livres sont géniaux. Je suis allée l'interviewer à Meudon. Il était génial. On oubliait alors les horreurs qu'il avait écrites ailleurs. Sa folie. Sans Céline, il n'y aurait pas eu Coluche. "
  (Réponse à Gérard Miller chez Laurent Ruquier, Spécial Céline n°8, E. Mazet).

 

 

 

 

 * Pierre SCIZE (né Michel-Joseph PIOT, journaliste, fait unique, il prit le nom d'un quai de Lyon où il flânait un jour, 1894-1956):  " Ceux qui n'aiment pas Céline ? Ah ! comme je les reconnais bien tous. C'est l'innombrable troupeau de ceux qui acceptent tout de cette vie, que rien ne révolte, qui composent avec toutes les saletés, pactisent avec toutes les injustices. Ce sont les quiets, les résignés, les tièdes - ce vomissement de Dieu ! - ce sont les satisfaits, les béats, les pourvus. Tout, ils acceptent tout d'une société marâtre, ils acceptent la guerre, la misère, le taudis, la sottise triomphante écrasant, de son ventre immonde, la face auguste du pauvre exposée aux crachats, l'enfance pourrie, la vieillesse déshonorée. Tout vous dis-je !

  J'ai voulu, pendant qu'il n'y a encore rien entre nous, lui tirer ici mon chapeau. Céline, vous pourrez bien désormais dire et faire tout ce que vous voudrez. Vous avez donné une voix au désespoir humain. Une voix qui ne se taira plus. Pour nous qui espérons quand même, ayant entendu votre cri, nous allons travailler - sans vous ? Tant pis. Tant pis pour vous ! - à donner à la Société des hommes un visage moins lugubre, un aspect moins sordide. Même si vous condamnez notre effort, je vous le dis : " Vous nous aurez aidé à l'entreprendre. "
(
Ceux qui n'aiment pas Céline, Moscou 10 septembre 1936, Les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).

 

 

 

 

 

 

* Alain Gérard SLAMA (journaliste) : " Nous avons été sidérés, pendant les grèves que nous venons de subir, d'entendre des intellectuels pleins de suffisance évoquer doctement " une crise de civilisation. Nous avions envie de leur lancer, sur le ton gouailleur de Céline : " Et la faillite des élites, dis, t'en causes pas ? " La faillite des pouvoirs, des experts, des professeurs, la faillite d'une génération qui, mentalement bloquée par le gigantisme cliquet du millénaire, a tout jugé obsolète, tout rejeté en bloc, l'Etat, la nation, les principes républicains, et qui s'est ôté ainsi les moyens de former des hommes libres et responsables. "
 (Le Figaro Madame, 6 janvier 1996).

 

 

 

 

 * Philippe TESSON (journaliste) : " On a assez dit que Céline est fait pour la voix, fait pour être dit, pour être chanté, un peu à la manière des chants religieux d'autrefois, qu'on psalmodiait dans les cryptes, des chants tragiques, des chants de mort. On sait tout aujourd'hui sur le soin particulier que l'écrivain apportait à la musique de son écriture. Cette musique a un vibrato très personnel, presque monotone, mélancolique, doux, fatigué, elle est au diapason exact de ce qu'elle veut dire. Le désespoir. Lorsque Jean-François Balmer ouvre son " récital " Céline sur la scène de L'Œuvre, c'est immédiatement cela qui vous frappe : la justesse de l'écho, la beauté de cette espèce de lamento qui ne va pas vous quitter durant une heure et demie. Il y a cela, et il y a la lumière, ou plutôt les ténèbres, ce clair-obscur, ces nuages sombres qui courent sur l'écran en fond de scène, ces ciels de cendre à la Mouchette, une pénombre de guerre, de misère, de mort. Une mise en images dramatique que l'on doit à Tristan Sebenne et à Nathalie Brun.

  Enfin et surtout, il y a l'acteur, Balmer, mis en scène par Françoise Petit. L'acteur comme animal physique : la silhouette accablée, le poids de la condition humaine sur les épaules. Et le visage, la gueule plutôt, cette étonnante grimace torturée, ce regard halluciné. C'est avec tout son corps, toute sa personne que joue et que souffre et que pleure Balmer. Impressionnant de vérité. Il dit le Voyage. Quelques extraits de la première moitié de l'ouvrage, tirés des quatre grands chapitres qui le constituent : " La Guerre ", " L'Afrique ", " L'Amérique ", " La Banlieue ". Les morceaux retenus sont autant de jalons qui mènent au bout de la nuit. Ils ne résument pas vraiment le livre - comment serait-ce possible en si peu de temps ? - mais s'articulent tous autour d'un même critère : la mort. C'est d'une noirceur terrible. " Un sacré spectacle ", comme dirait Céline. Admirable. "
 (Le Figaro-Magazine, 21 décembre 2012).

 

 

 

 

 

 * Bruno TESTA (journaliste et romancier ) : " Être jugé pour immoralité par l'auteur de La Mauvaise Vie, qui lui en revanche parade au ministère de la Culture et ne craint pas de défendre Polanski accusé de viol sur mineure, aurait certainement fait rire l'auteur du Voyage au bout de la nuit.

 Comme l'aurait fait rire d'avoir pour professeur de morale le Crif, lequel a approuvé l'opération israélienne " Plomb durci " en Palestine qui a tout de même fait 1 400 morts dont plus de la moitié de civils. "
 (BC n°328, mars 2011).

 

 

 

 

 

 

 * Nicolas UNGEMUTH (journaliste et critique littéraire. Spécialiste des sixties) : " Louis-Ferdinand Céline utilisait régulièrement une image pour définir son travail d'écrivain et son pétrissage de la langue : " Si vous prenez un bâton et si vous voulez le faire paraître droit dans l'eau, vous allez le courber d'abord, parce que la réfraction fait que si je mets ma canne dans l'eau, elle a l'air cassée. Il faut la casser avant. C'est un vrai travail. "

  Michel Laclos ne fait rien d'autre : il trouve une pensée bien tordue qui donnera, verticalement ou horizontalement, un mot tout droit ! "
 (Esprit tordu pour mots croisés. Article consacré au cruciverbiste Michel Laclos, source non indiquée, Suisse, dans L'Année Céline 2016, Du Lérot, éditeur, Les Usines Réunies, 1er juillet 2017).

 

 

 

 

 

 * Ole VINDING (journaliste, écrivain danois 1906-1985): " Huit ans après Marcel Proust, quelqu'un parvenait de nouveau à violenter la langue pure, classique, des mandarins. Toutes les règles apparaissaient enfreintes, les grammairiens s'arrachèrent les cheveux. Proust avait utilisé la langue pour exprimer l'intuition de la mémoire, Céline, lui, écrivait ce qu'avec fureur on considérait comme la boue du caniveau, mais qui, comme chacun peut le voir aujourd'hui, était le globule le plus rouge du sang qui donnait une nouvelle vie à un vieil organisme anémié.

    Céline était un être phénoménal. Ses dons étaient lumineux, sa mémoire éléphantesque, ses colères volcaniques et ses détresses insondables comme des gouffres. Ils ruinèrent sa santé, sa vie quotidienne, ses nuits, et finirent par le tuer. Chaque rencontre avec lui ébranlait le système nerveux; il forçait son visiteur à éprouver la plus poignante compassion jusqu'à l'épouvante la plus salée ou la plus cuisante indignation devant l'injustice, tant celle du monde que celle de Céline lui-même. Mais après, l'orage faisait place à une tranquillité d'esprit. On le quittait toujours dans un état chaotique, mais on pensait toujours à lui en parfaite sérénité. "
 (Exposé à la radio danoise, 26 juillet 1969, BC n°258, nov.2004).

 

 

 

 

 

* Louis-Albert ZBINDEN
: Ce journaliste suisse effectua, à Meudon, en juillet 1957, une interview de Céline qui fit, plus tard l'objet d'une réalisation discographique épuisée aujourd'hui :
" Peu après, on nous informait que Céline consentait à rencontrer la presse. Je soupçonne Nimier de l'avoir convaincu d'accepter cette corvée. Aucun journaliste ne l'escomptait. On nous offrit Céline sur un plateau. Nous nous précipitâmes... Assis face à face, je mis mon magnétoscope en marche et lui posai mes questions. Il se livra. Allai-je avoir une confession ? Ce fut un numéro. Céline était plus vrai dans le lyrisme que dans la sincérité. Je le mis sur les Juifs, il se défendit ; sur la politique, il attaqua. Il finit par sa mère, et c'est moi, la gorge nouée, qui ne pouvait plus dire un mot. "
 
(La Nouvelle Revue de Lausanne, septembre 1971). 

 

 

 

 

 

 * Eric ZEMMOUR (journaliste): Lors d'un entretien le journaliste Paul Amar avait reproché à Eric ZEMMOUR son style célinien et s'est déclaré scandalisé lorsque ZEMMOUR avait trouvé cela flatteur : " Concernant Céline, nous en revenons au statut de l'écrivain et de la littérature. Sartre disait " Que restera-t-il de nous ? Céline. Sartre ! C'est dire ! A mon sens, Céline est le plus grand écrivain du XXe siècle - j'ai longtemps hésité avec Proust et Aragon.

 Aujourd'hui, Céline est devenu une insulte suprême parce qu'il était antisémite. Puisqu'on ne peut pas me traiter de nazi, on me dit antisémite. C'est à la fois habile et grotesque. Je ne pensais pas qu'on me ferait ce coup-là. Apparemment, le fait d'être juif ne me protège pas de ce type d'attaque. Je trouve cela intéressant... "
  (Magazine des Livres n° 9, 2008).

* Dans quelques années, des voix contesteront la commémoration de Voltaire qui s'enrichit honteusement dans la traite triangulaire. L'esclavage n'est-il pas, lui aussi, un crime contre l'humanité ? Le même Voltaire n'était d'ailleurs pas avare de réflexions antisémites. Mais si l'auteur de Candide résiste à ses assauts, il ne manquera pas de bonnes âmes pour expliquer ce " deux poids, deux mesures " par la puissance inégalée du lobby juif. Messieurs Klarsfeld et Mitterrand auront bien travaillé. "
 (Autres réactions, BC n° 327, février 2011).

 

 

 

 

* Benny ZIFFER (critique littéraire du journal israélien Haaretz) : " La parution du Voyage au bout de la nuit est le sujet de discussion à la mode en ville, mais les gens ne savent pas qui est Céline. Ils parlent du roman comme s'il était antisémite alors qu'il ne l'est pas et qu'il a été publié bien avant la guerre. C'est un scandale artificiel.

Je pense que les jeunes d'aujourd'hui s'en moquent, ils en ont assez du climat lourd entourant l'Holocauste. "
(Libération, cité par P. Haski, 10 février 1994).