ETONNEMENTS

 

 

          

  

                Arthur PAULY, 16 ANS : IL POSTULE à L'ACADEMIE FRANÇAISE.

  Plus original, François Gibault invitera à Meudon Arthur PAULY, un jeune homme de seize ans (en 2013), alors élève en seconde, qui avait eu le culot monstre de se présenter à l'Académie française, à l'élection du deuxième fauteuil, celui d'Hector Bianciotti. Aussi improbable que cela puisse paraître, la candidature du jeune impétrant avait été retenue par Mme Hélène Carrère d'Encausse, le secrétaire perpétuel de l'Académie, et il réussira même l'exploit d'être reçu par quelques " immortels " qui seront épatés par les connaissances littéraires et historiques du jeune homme.

  Le 12 décembre 2013, le jour de l'élection, les immortels doivent départager Catherine Clément, Yves-Denis Laporte, Dany Laferrière, Jean-Claude Perrier, Georges Tayar et Arthur PAULY, qui obtient une voix, celle de Jean-Marie Rouart, apparemment séduit par l'adolescent, au grand dam de certains académiciens, qui s'étaient offusqués de ce gâchis. Finalement, c'est l'écrivain haïtien Dany Laferrière qui sera élu au deuxième fauteuil à une écrasante majorité ; les académiciens ayant probablement jugé que seize ans, c'est un peu jeune pour l'immortalité... Cet échec ne démontera pas le jeune homme, lycéen à... Meudon.

 Passant régulièrement devant le portail du 25 ter, et ne masquant pas son admiration pour l'auteur de Voyage au bout de la nuit, Arthur PAULY écrivit une lettre à François Gibault lui demandant de pouvoir rendre visite à Lucette. Amusé par la démarche du jeune homme, le célèbre avocat souhaite au préalable le rencontrer : " je ne peux évidemment pas vous présenter Mme Destouches sans vous connaître au moins un peu. "
 Le 31 mai 2014, la rencontre " autour d'un Coca-Cola " se déroula dans de bonnes conditions, et le dimanche qui suivit, Arthur PAULY reçut le coup de fil tant espéré : " Arthur, c'est François Gibault ; prends tes affaires : je monte, je t'emmène ! " La persévérance finit toujours par payer...

 Le jeune Rastignac relatera cette mémorable rencontre : " Nous entendons d'abord les sifflements du perroquet Toto, deuxième du nom, qui s'agite dans sa cage contre la fenêtre. A côté, il y a une spatule en bois clair, usée, rongée, pleine d'échardes, pour calmer l'animal lorsqu'il chante trop fort. Au bout de la spatule, une main, puis un bras et, au bout de ce bras, Mme Destouches. J'ai cru voir un enfant. Une petite fille dans une chaise longue, oui. Des cheveux très fins, brillants, et les yeux qui pétillent là-dessous. On se serre la main. Les doigts se tordent, comme broyés par l'âge. L'épaule gauche échappe au gilet rose qui l'enveloppe. " Intimidé, le jeune Arthur restera silencieux, " en observation " face à la vieille dame et quelques fidèles réunis.

  Ce soir-là, c'est la finale de Roland-Garros entre Nadal et Djokovic. Lucette " s'extasie devant la beauté des joueurs qui ne sont pas mal fichus ". Au moment de se séparer, le jeune homme offre un livre gentiment coquin à Lucette avec une douce dédicace : " Alors j'emplis mes yeux, dans un dernier regard ; je grave tout dans ma mémoire, jusqu'au saladier vide posé sur la table basse. Soudain, elle a ce geste comme une signature portée au bas du souvenir. Lucette Almanzor, épouse Destouches, sans se redresser, m'a jeté un baiser, du bout des lèvres, d'un grand geste aérien, que j'ai reçu au creux de ma main, tenue serrée le temps du voyage pour qu'il ne s'envole pas. Je me suis rappelé que cette petite bonne femme, avec ses cheveux d'ange et son gilet rose avait connu Céline ; qu'il lui avait beaucoup fait l'amour, entre ces mêmes murs, où nous nous tenions aujourd'hui ; et que, cinquante ans après, elle m'envoyait un baiser, à moi, le petit rien du tout. "

  S'il est permis de douter de cette dernière affirmation, nul doute que le jeune Arthur a été, comme bon nombre de visiteurs venus à Meudon, subjugué par le charme de Lucette...
 (David Alliot, Madame Céline , Tallandier, janvier 2018, p.330).