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 CELINE, DE L'AUTRE COTE DE LA VIE.

  Bien que le sentiment de reconnaissance n'étrangle pas plus Céline aujourd'hui qu'hier, il n'a tout de même pas oublié certains articles parus dans Carrefour en 1952, où Roger parlait de lui comme d'un " bouc émissaire d'un grand nombre de gens " et, encore moins, du cri provocateur du même Nimier : " Donnez le Nobel à Céline ! " qui avait fait sursauter, en octobre 56, les paisibles lecteurs des Nouvelles littéraires.

  L'ardeur qu'a mis Nimier à préparer la sortie d'Un château l'autre parviendra même à impressionner Chardonne qui, dans le passé, lui avait donné ce conseil : " Ne lisez pas Céline. Vous ne buvez que de l'excellent cognac. Inutile de vous adonner à cette vodka. On en boit quand on veut s'enivrer ou en mangeant des steacks tartares. "

  A présent, au contraire, il défaille d'admiration : " Votre lancement de Céline sera mémorable. C'est un tremblement de terre. " Chardonne n'a pas changé d'opinion sur l'auteur du Voyage - dont il n'a vraisemblablement jamais lu une ligne -, mais il admire l'exploit de Nimier qui, avec la complicité amoureuse de Madeleine Chapsal, a réussi à décrocher ce " scoop " : une longue et explosive interview de Céline dans L'Express qui se veut être la voix de la France progressive.

  On a du mal aujourd'hui, si l'on n'a pas vécu cette période, à imaginer le raffut qu'a pu produire cette interview, dans le Landerneau journalistico-politico-littéraire. On s'en fera néanmoins une idée si l'on sait qu'au cours des années qui précédèrent, un Albert Béguin, " grande conscience chrétienne ", traitait Céline de " chien servile, gluant de bave rageuse ", un André Breton l'accusait de " faire appel à ce qu'il y a de plus bas au monde ", un Roger Vailland regrettait de ne pas l'avoir exécuté en 1944, un Pierre Hervé, dans L'Humanité, l'accusait, le plus sérieusement du monde, d'avoir été un " agent de la Gestapo ", et qu'un journaliste comme Bernard Lecache qui, plus tard, se taillera une réputation dans la défense des Droits de l'Homme et de la Laïcité, menaçait, tranquillement : " Qu'il revienne, Céline ! Nous l'attendrons à la gare ! "
 (Christian Millau, Editions de Fallois, BC n°196 mars 1999).