BIOGRAPHIE

 

 

- " Qu'est-ce que vous vous voulez savoir ?... Ma jeunesse ? Mais ça n'intéresse personne... ça a si peu d'importance. Ce n'est rien, ma jeunesse, ça n'existe plus... Vous feriez mieux de demander à d'autres... ça leur ferait plaisir de parler d'eux... Ils ont une carrière à faire, ils y croient... l'Académie... Moi, aujourd'hui on ne m'aime pas... Et puis c'est triste, ma jeunesse... Vos lecteurs, ils veulent des choses gaies, le monde est bien assez moche comme ça... Alors, inventez, c'est pas moi qui vous contredirai... "
  (Entretien avec Claude Bonnefoy, 1961).

 

          1894

       Mai

A 16 h, le 27 mai, naissance de Louis Ferdinand Auguste Destouches au 11 Rampe du pont à Courbevoie, de Fernand Auguste Destouches né en 1865 au Havre, et de Marguerite " Céline " Guillou, née en 1868 à Paris, mariés le 13 juillet 1893 à Asnières.

 Le petit Louis-Ferdinand descend par la branche paternelle, de petits nobliaux installés entre la Bretagne et la Normandie depuis le Moyen Age. Les Destouches possèdent même un blason, " d'azur à la rose d'or, accompagné de trois feuilles de chêne d'argent ", avec pour devise : " Plus d'honneur que d'honneurs. "

- Le 28, Fernand Destouches déclare à la mairie de Courbevoie la naissance de son fils en se faisant accompagner de deux témoins, Victor Terrier, négociant au café « La Glaneuse » et Abraham Lévy, employé du précédent, 17 rue de Paris. Le même jour, ce lundi, Louis, Ferdinand était baptisé par l'abbé Piquemal en l'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Courbevoie en présence de Céline Guillou, sa grand-mère, et de Louis Guillou son oncle et parrain.

 

- Le 30 mai, Louis Destouches, « Petit Louis », est placé à Voisines, dans l’Yonne, à onze kilomètres de Sens, chez Julien Bouland, cousin de Fernand, dont la femme, Justine Bouland, nourrice recommandée par le Dr Courtois, venait d’avoir un fils, Auguste. Puis ce sera Puteaux à partir du printemps 1895.
 
La raison de cette séparation était sans doute la mode à l’époque de placer les enfants en nourrice, au bon air. La version de Céline sera autre : « madame Destouches serait tombée malade et aurait craché le sang. » (Lettre à Paraz, Gala des vaches, p.137).

 

 La mère tient un magasin de modes, d'antiquités et de lingerie à Paris, au coin des rues de Provence et Lafayette ; le père est rédacteur, correspondancier depuis 1890 à la compagnie d'assurance Le Phénix à Paris. (La fameuse " Coccinelle " de Mort à crédit).

Il faut s'arrêter ici sur deux silhouettes singulières qui marquèrent durablement Céline. D'abord celle du grand-père, Auguste Destouches, né en 1835 et mort précocement en 1874. Auguste Destouches, c'était la réussite de la famille, l'intellectuel qui avait bien tourné. Brillant élève du collège du Havre, secrétaire particulier du préfet d'Ille-et-Vilaine, il rédigeait les discours de celui-ci et écrivait des poèmes et feuilletons dans les gazettes locales. Reçu à l'agrégation, il devint par la suite professeur au lycée du Havre. A sa mort, il laissa cinq orphelins, dont le père de Louis.
 
  Dans sa préface à Guignol's band, Céline écrit : " Faut que je vous avoue mon grand-père, Auguste Destouches par son nom, qu'en faisait lui de la rhétorique, qu'était même professeur pour ça au lycée du Havre et brillant vers 1855.
 C'est dire que je me méfie atroce ! Si j'ai l'inclinaison innée ! Je possède tous ses écrits de grand-père, ses liasses, ses brouillons, des pleins tiroirs ! Ah ! redoutables ! Il faisait les discours du préfet, je vous assure dans un sacré style ! Si il l'avait l'adjectif sûr ! s'il la piquait bien la fleurette ! Jamais un faux pas ! Mousse et pampre ! Fils des Gracques ! La sentence et tout ! En vers comme en prose ! Il remportait toutes les médailles de l'Académie française.
 Je les conserve avec émotion . C'est mon ancêtre ! Si je la connais un peu la langue et pas d'hier comme tant et tant ! je le dis tout de suite ! Dans les finesses !

 A son grand-père s'oppose sa grand-mère maternelle, Céline Guillou, que l'enfant, lui, avait connue. Né à Paris mais d'origine bretonne, son mari avait été soudeur de cuivre. Veuve, elle tint une boutique d'antiquités spécialisée dans la porcelaine et la dentelle anciennes. D'origine fort modeste, marchande à la toilette puis propriétaire de son petit fonds de commerce, elle finit par placer son capital dans l'achat de plusieurs pavillons à Asnières. On se souvient de Mort à crédit et de l'image improbable et atroce que Céline en a donnée avec ses maisons et ses locataires...
 Il adorait sa grand-mère et voulut se rapprocher d'elle encore en s'appropriant son prénom - Céline. 

 

                     1895

 Le père, Fernand Destouches : élève médiocre au lycée Condorcet, il n'avait même pas tenté de passer la seconde partie de son baccalauréat. Il n'a donc jamais été le licencié ès lettres que Céline se plaisait à évoquer. Engagé volontaire pour cinq ans dans l'armée, il n'en sortit que pour s'engager, en 1890, dans une autre administration  - Le Phénix - dont il ne devait franchir là aussi que laborieusement les premiers grades.
  Lorsqu'il se maria avec Marguerite Guillou le 13 juillet 1893 à Asnières, Fernand Destouches, qui se targuait de ses origines intellectuelles et bourgeoises, voire nobles, ne possédait quasiment rien. Son épouse, en revanche, n'avait pas de ces prétentions sociales, mais sa dot lui assurait une petite sécurité. Elle lui permit de racheter le bail de cette boutique de lingerie de Courbevoie dont la clientèle était en train de péricliter.

 François Gibault note bien : " Il y avait donc entre l'homme et la femme qui allait devenir le père et la mère de Louis-Ferdinand Céline, une origine bretonne commune, mais une grande dissemblance de mentalité et d'éducation. Louis en ressentit les effets pendant toute son enfance et sa jeunesse. "
 
Et c'est peut-être à ce déséquilibre social que Céline dut, par la suite, son perpétuel déclassement : ce regard féroce et lucide qu'il jeta, de l'extérieur, sur les conformismes de tous les milieux qu'il lui arriva de côtoyer, et cette impossibilité d'adopter durablement les conventions d'aucun d'entre eux.

- Louis en nourrice à Puteaux à partir du printemps.

-  Eugène Paul : naissance le 2 juillet 1895, 96 rue Lepic, dans un milieu simple, mère bretonne ménagère et brodeuse, père plombier musicien dans les cabarets rarement au foyer qui meurt en 1910.