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  Marc VIDAL (librairie Les Oies sauvages, Pontault-Combault) : " Céline est un grand écrivain parce que, et du reste, je m'en fous. Ce qui m'a toujours intéressé dans Céline, depuis 15 ans que je le lis et le relis, c'est le bonheur de lecture, au gré des formules, des trouvailles. Comme dans Brantôme. Mais ce que je lui dois surtout, et qui me fait penser qu'il est le génie littéraire du XXe siècle français, c'est l'ampleur de la leçon qu'il nous donne, pour nous apprendre à rayer le mot " espoir " de notre vocabulaire. Céline, c'est la redécouverte du tragique au quotidien, du tragique de gouttière, pas de théâtre. Ce que certains saisissent après lecture de dizaines de livres d'histoire, la lecture du Voyage, de Mort à crédit ou de Mea culpa le donne après quelques heures de lecture. Comprendre toute la chiennerie des hommes, toute la saleté des âmes, toute la vacherie du monde, c'est un beau cadeau. Céline nous apprend dans quelle sale banlieue on vit, peuplée de sales bignoles et de faux-culs toujours prêts à se reconvertir en bourreaux, à vous vendre ou à vous bouffer, pourvu que ce soit sans risque.

 Et ses détracteurs ne s'y sont pas trompés : son antisémitisme est un accident historique et reste un prétexte. Ce qu'on lui reproche, c'est de nous ouvrir les yeux sur la crasse de l'espèce humaine, sur la duplicité des régimes, des religions et des politiques. Un célinien qui vote, c'est un peu comme un chrétien qui va au bordel, c'est obscène et c'est humain, et ce n'est pas logique. Céline n'est pas un romancier, c'est le philosophe le plus percutant du siècle. C'est pourquoi il y aura toujours des sous-flics et des bonnes âmes pour vouloir l'interdire, pour pouvoir croire en paix (à n'importe quoi, à Dieu, à Diable, à la démocratie, au peuple, à l'économie, au roulement à billes universel) ou rouler les autres.

 Lire Céline, c'est vouloir mourir les yeux ouverts. "
  (Dans le Bulletin célinien n°145 d'oct. 1994).