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                                                                    ETONNEMENTS

 

 

 

      AUDIARD ET CELINE.

  " Mort à crédit est le seul film à faire depuis dix ans si on veut réveiller le cinéma qui est en train de devenir la maison de campagne de la télévision ", annonça sentencieusement Audiard.
  Les choses s'emballèrent. Michel aussi. Une date de début de tournage fut même annoncée : 15 mars 1968.
 " Je garderai le plus possible des dialogues de Céline, promit l'initiateur du projet. Des pages entières de description seront dites par un commentateur tandis que défileront les images. Je tournerai en couleurs dans Paris et dans la périphérie. Beaucoup de paysages de nuit. C'est formidable la nuit à Paris. Dans mon film, comme dans le roman, il y aura du délire. "

   Il était aux anges, le Michel. Enfin, il allait pouvoir réaliser l'un de ses rêves et rendre hommage à ce Céline qu'il vénérait. Hélas, mille fois hélas, tout ce qui touchait à cet écrivain brûlait comme du soufre. Cette future œuvre, dont Audiard imaginait les plans principaux, ne put se faire. La production hésita, les acteurs furent réclamés par d'autres contrats, le scénario tardait à paraître, tout se liguait contre cette Mort à crédit.
  Déçu, aigri, Michel jeta l'éponge. Ce nouvel échec sonna le glas de la transposition à l'écran de l'œuvre de Céline. Le voyage restait inachevé, le crédit non recouvert...

  Quelques jours avant la sortie de son film Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques, Michel concrétisa un rêve d'enfant. Une folie. Il acheta une librairie rue des Grands Augustins. La Mandragore, autrefois spécialisée dans la littérature fantastique. Oh, pas une immense bâtisse, sorte de supermarché du livre où le papier se vend à la tonne et non à l'attrait, mais une petite boutique surmontée d'un appartement à peine plus grand.
  Nul dessein mercantile mais une fantaisie de bibliophile. La preuve : il voua entièrement ce lieu au culte de Céline ! Lucette Almanzor lui confia des exemplaires numérotés ainsi que des éditions originales et, pièces rares, des manuscrits.
  Audiard caressa l'envie de coupler une activité d'éditeur à ses nouvelles fonctions, publiant des inédits de son auteur fétiche. Mais face au peu d'engouement que suscita ce vœu, il renonça, l'âme blessée. Céline continuait d'être maudit et Audiard de l'aimer.
  (Philippe Durant, Michel Audiard, La vie d'un expert, préface de Jean-Paul Belmondo, Dreamland éd. 2001, dans BC n°223).