MEDIAS ARTISTES

 

 

 

 

 

 * Hugues AUFRAY (auteur-compositeur-interprète, guitariste et sculpteur) : " Un autre jour, c'est Hugues AUFRAY qui téléphone à Frédéric Vitoux pour solliciter une visite auprès de Lucette. Ce dernier en parle à son amie, qui accepte avec enthousiasme.

 C'est ainsi que l'interprète de Dis-moi, Céline, accompagné par Frédéric Vitoux a pu prendre la route de Meudon et rencontrer la veuve de son écrivain favori.
 (David Alliot, Madame Céline, Tallandier, janvier 2018, p.312).

 

 

 

 

         

Carla BRUNI (Carla,Gilberta Bruni Tedeschi, mannequin, auteur, compositrice, interprète, mariée au président de la République Nicolas Sarkozy) : Dans un livre consacré au couple présidentiel, on découvre qu'il y a quelques années : " Carla BRUNI rendit visite à Meudon chez Lucette Destouches en compagnie de son ami d'alors, Patrick Besson, et de François Gibault.
 (Carla et Nicolas, Ed. Scali 2008).

 * Philippe Vecchi, dans sa rubrique de l'Obs Télé de la semaine, nous rapporte les propos de Carla BRUNI (Sarkozy) parus dans VSD. L'épouse présidentielle y parlait de Louis-Ferdinand Céline. Elle indiquait que Céline " était dans la poésie " et comparable à Houellebecq, car ces deux là donnent " dans le romantisme et la douceur " au point d'aboutir à quelque chose de " presque intolérable de beauté. "
 (Lyon 6 sept. 2008, blog de Jean-Yves Sécheresse).

 * " Autre visiteur célèbre, qui prit le chemin du 25 ter, Mme Carla BRUNI - pas encore Sarkozy - qui se rend à Meudon dans la voiture du célèbre avocat pour dîner avec Lucette. François Gibault et quelques amis sont témoins de cette effusion : " Les deux femmes qui se sont jetées dans les bras l'une de l'autre, comme de vieilles amies, et ne se sont pas quittées de la soirée, jacassant comme des pies. "
 (Interview de J.F. Stévenin dans Télérama H.S. 2011, in David Alliot, Mme Céline, Tallandier, janvier 2018, p.327).

 

 

 

 

 

Johnny HALLYDAY (de son vrai nom Jean-Philippe Smet, chanteur, compositeur, acteur, 1943-2017) : " Marc-Edouard Nabe relatera la rencontre entre Lucette et Johnny HALLYDAY, l'idole des jeunes, ainsi que celle de Bernard-Henri Lévy - ce qui est plus surprenant - lors d'un cocktail, au théâtre des Amandiers, qui faisait suite à la première de l'Eglise.
 (Madame Céline, David Alliot, Tallandier, janvier 2018, p.311).

 * " Un soir du 15 juin, on était derrière la maison, tout en haut du terrain, avec les chiens. Nous y parvenaient les effluves sonores de Johnny HALLYDAY, qui sonnait ses 50 ans dans un méga-concert au parc des Princes. Elle : " Pour jouer Céline au cinéma, il serait bien, lui... votre ami le chanteur. Il a le même genre d'allure un peu... western et le regard... Clint Eastwood ne serait pas mal non plus. Des anges nous effleurent dans le ciel de Meudon avec le grand Johnny pas loin, qui rugit jusqu'à nous. "
 (Interview de J.F. Stévenin, Télérama H-S, 2011, in Madame Céline, D. Alliot, janvier 2018, p.314).

 

 

 

 

Françoise HARDY (chanteuse, auteur compositeur interprète) : " Le style et l'univers de Céline me causèrent un choc indicible. Je dévorai Mort à crédit et Voyage au bout de la nuit qui, étrangement, me firent penser à Jacques Dutronc, avec lequel ma relation venait de commencer. Comme si ces deux êtres hors normes appartenaient plus ou moins à la même famille.
 La misanthropie de l'auteur ou son besoin irrépressible de provoquer, de transgresser, de choquer, évoquaient-ils l'homme de ma vie ? Pas seulement.

 Depuis, j'ai lu beaucoup de choses sur le sulfureux et néanmoins génial Céline, j'ai même dîné avec sa veuve dans leur maison de Meudon, mais à l'âge où l'on préfère la relecture des chefs-d'œuvre qui ont ponctué l'existence à la découverte des auteurs contemporains que leur prolificité rend suspects, je n'ai jamais pu relire les livres évoqués, dont l'univers trop noir m'indispose. "
 (Avis non autorisés, Equateurs, 2015, dans BC n°374, mai 2015).

 

 

 

 

Judith MAGRE (de son vrai nom Simone Dupuis, actrice de cinéma et comédienne de théâtre, Molière de la Comédienne en 2000 et 2006) : " C'étaient des cours tout à fait merveilleux parce que Lucette était elle-même... Enfin, je dis, avait été, puisqu'elle ne pratiquait plus en tant que danseuse... Mais elle avait le physique type de la danseuse, les proportions, le cou, le joli visage, les pommettes hautes... Elle était tout à fait magnifique et absolument immaculée, d'une netteté, d'une beauté, enfin... Au-delà de la propreté, c'était assez hallucinant de voir ces deux personnages qui vivaient ensemble...

 C'est Marcel Aymé, qui était un grand ami, qui m'avait fait d'abord lire le Voyage au bout de la nuit, ça a été un choc, un éblouissement, ensuite Mort à crédit, re- éblouissement, peut-être encore plus fort. Et un jour Marcel Aymé m'a dit : " On va aller chez Céline... " J'étais extrêmement impressionnée... Donc j'ai le souvenir de cette maison ou de ce jardin avec plein d'animaux, avec les chats... Il y avait toujours Bébert, il y avait les chiens, et puis Céline !

 Alors là, c'était impressionnant... D'abord, il avait un visage absolument magnifique, des yeux extraordinaires. Il était ... mais c'était au-delà de la saleté, il avait du noir dans toutes les rides du visage... Il avait une sorte de veste en peau lainée, qui tenait debout tellement elle était crasseuse, un pantalon... Enfin c'était inimaginable...
 Un jour est arrivée une petite chienne tout à fait ravissante et Céline ne pouvait pas la garder, c'était une chienne trouvée, il y avait déjà d'autres chiens, et pour des histoires de chiennes déjà en chaleur, de mâles qui se... Enfin bon, sexuellement, ça ne pouvait pas aller. Une nouvelle petite chienne ne pouvait pas arriver chez Céline. Et il m'a dit : " il faut que vous la preniez ! " Il aurait pu me l'imposer et j'aurais pu la donner à quelqu'un d'autre, mais en même temps c'était une sorte de cadeau qu'il me faisait, enfin... qu'il m'imposait. Et j'ai été très heureuse avec cette chienne... "
 (Témoignage de Judith Magre, dans Céline à Meudon, documentaire Nicolas Crapanne, 2009, in D'un Céline l'autre, D. Alliot, Robert Laffont, 2011, p.952).  

 

 

 

 

Jean-Pierre MARIELLE (acteur français 1932-2019) : " Ah Céline ! Son Voyage au bout de la nuit. C'est tellement immense, magistral... Que vous dire d'intelligent par rapport à tant d'intelligence ! Pour moi, c'est LE sommet. On a rarement écrit quelque chose d'aussi extraordinaire. Comme il existe de grands peintres qui ont complètement influencé l'art moderne avec une toile majeure, Céline a influencé toute la littérature actuelle avec son Voyage au bout de la nuit. Je trouve son œuvre brillante et révolutionnaire. Depuis on ne peut plus écrire comme avant. Toute la littérature contemporaine lui est redevable.

 Prenez un mec comme Michel Houellebecq, l'auteur des Particules élémentaires, ou quelqu'un comme Marie Darrieussecq, l'auteur de Truismes, dont le nouveau roman White, vient de paraître : ce sont des enfants de Céline. Tout ce qui se veut impertinent et novateur aujourd'hui doit tout à Céline ! Donc revenons à la source. Relisons Céline. "
 (BC, déc. 2003).
 

 * " Oui, il est à part. Séria, comme Blier, est un auteur, un poète. (Il déclame une réplique des Galettes..." Ah, tu sens la pisse toi, pas l'eau bénite. " C'est beau comme du Céline, non ? C'est du Mort à crédit !
 D'ailleurs, savez-vous que ma première épouse prenait des leçons de danse à Meudon, chez Lucette Almanzor ? Je l'y accompagnais, elle y allait avec sa sœur.
 
 Lorsqu'elles sonnaient à la porte, Céline apparaissait et disait : " Aaaaah, mes jeunes fiiiiilles. " C'était très joli. Elles étaient ravissantes, alors il était content. Je n'ai jamais osé lui parler ! Mais je l'ai vu, c'est déjà beaucoup. "
 (Le Figaro Magazine, 20 novembre 2010).

 

 

 

 

MOULOUDJI (Marcel, André Mouloudji, chanteur, auteur-compositeur, interprète, 1922-1994) : " Ni Bruant, ni Céline ne sont affectés par ce renouvellement. On redécouvre périodiquement le propriétaire terrien de Courtenay. Quant à Céline, on n'a pas fini d'en parler, Bruant ? Il a en commun avec Céline le patriotisme, l'amour de la France. Tous deux beaux, assez grands, yeux de miroirs à femelles, vont se livrer à une féroce critique de leur temps, chacun à sa manière. Un dernier point les rapproche : l'antisémitisme. Et cependant, l'essentiel de leur œuvre, Voyage au bout de la nuit et Dans la rue, respire la tendresse, l'espoir devant cet univers féroce. Bruant se moque du bourgeois et plaint davantage les chiens, les chevaux, les clochards, les prostituées, les pauvres. Même point de vue chez Céline. Nous ne sommes pas loin de Chaplin et de Kafka... "
 (Bruant, Chansons d'aujourd'hui, 1972).

 * " J'ai lu à la radio un passage de Mort à crédit à l'époque où Céline était interdit de radio, en 1954. Je suis passé de l'univers de Sartre à celui de Céline, sans doute parce que le second était plus musical et plus proche de mon expérience de la vie, malgré les étiquettes. "
 (A l'auteur, Meudon, 8 décembre 1993, Spécial Céline n° 8, Eric Mazet).

 * " Autre décès qui affecte Lucette, celui du chanteur MOULOUDJI, le 14 juin 1994, qui était un familier de Meudon :
 " Lucette l'aimait tendrement et c'était aussi le cas de tous les habitants du petit cercle. Immense vedette, très populaire, il était l'auteur de chansons qui lui ressemblaient, poétiques et simples, françaises. Puis l'homme a été emporté d'un coup, comme un arbre subitement couché par la tempête. "
 Bien entendu, Lucette sera présente à l'enterrement à l'église Saint-Roch, celle où Céline avait fait sa communion.
 (François Gibault, Libera me, dans Madame Céline, D. Alliot, Tallandier, janvier 2018, p.318).

 

 

 

 

Jean ROCHEFORT (acteur, réalisateur, 1930-2017) : " A l'occasion de la sortie de son livre, Ce genre de choses chez Stock, Nicolas Ungemuth a rencontré Jean ROCHEFORT pour le Figaro Magazine. Un retour sur la carrière de l'acteur, son enfance, ses rencontres et son intérêt pour la littérature, et pour Céline en particulier... Extrait.
 Dans votre bibliothèque figure tout Céline en éditions originales (y compris les pamphlets, ndlr). On ne vous savez pas célinien...
 Je le suis très violemment. Je l'ai découvert dans les années 50, à son retour du Danemark. De plus, j'étais amoureux d'une jeune femme qui prenait des leçons de danse avec sa femme, chez lui, à Meudon. Je l'y accompagnais en voiture toutes les semaines, et je le voyais qui me guettait, méfiant, dans son jardin. La découverte de ses livres a été un choc extraordinaire : lire Céline, c'est voir la vie autrement.

 La littérature est-elle importante pour vous ?
 Oui. Je lis beaucoup plus maintenant que lorsque j'avais le pensum des scénarios à lire, ce qui représentait beaucoup de temps perdu. Je suis aujourd'hui très attiré par la non-fiction, comme les Mémoires de Casanova qui m'ont passionné. Mais il y a aussi la musique, essentiellement le jazz et la musique baroque. "
 (Le Figaro Magazine, propos recueillis par Nicolas Ungemuth, 18 oct. 2013, Le Petit Célinien, 19 oct. 2013).

 

 

 

 

 


 * Pascal SEVRAN (de son vrai nom Jean-Claude Jouhaud, animateur, producteur de télévision, parolier, chanteur et écrivain, 1945-2008) : " Autre amateur de chanson française venu à Meudon, Pascal SEVRAN qui passe la tête dans la maison et en reste pétrifié.
 
   La cause de cette attitude est due à sa peur panique des chats. Comme le rappelle Marie-Ange : " Il a fallu évacuer les animaux, c'était la chasse aux chats. "
 (Conversation David Alliot, Lucette Destouches, Sergine Le Bannier et Marie-Ange, Meudon, 21 mai 2011).

 

 

 

 

 

 Michel SIMON ( né Joseph Simon, acteur suisse, 1895-1975) : " Avec Michel SIMON le dialogue n'était pas triste, on s'en doute. Lucette les laissait souvent bavarder entre hommes. D'ailleurs, elle avait ses cours de danse dans la salle du haut. Que se racontaient ces deux compères ? Des histoires d'animaux, souvent. Chacun avait un perroquet et lui apprenait des mots rarement employés dans les salons. Ou des histoires salaces, peut-être... En tout cas, le rire, pour ne pas dire le ricanement de Michel, résonne encore dans ses oreilles. Leurs points communs étaient nombreux. Entre autres, ils ne se lassaient pas de railler Sartre, traité de " méchant pitre " et, plus généralement, de dénigrer les " raisonneurs ", les " intellectuels " en appuyant bien sur les syllabes.
 
 Céline disait : " J'ai pas d'idées, moi ! aucune ! et je trouve rien de plus vulgaire, de plus commun, de plus dégoûtant que les idées ! Les bibliothèques en sont pleines ! et les terrasses de café ! tous les impuissants regorgent d'idées ! " L'acteur applaudissait gaiement l'artiste. "
 (Francis Puyalte, Le Figaro, 30 décembre 1992).

 * " - Pour l'enregistrement d'extraits du Voyage au bout de la nuit, vous avez rencontré Céline ?
  - Nous nous étions rencontrés souvent avec Céline. Nous avions des discussions passionnantes. Parfois nous étions d'accord. Pourtant, lors de l'enregistrement il se fâcha. Il y avait une phrase : " Bête comme un chien. " Je lui fis remarquer que ce n'était pas exact et méchant pour nos amis les chiens. Je lui proposai de dire : " Stupide comme un âne. " Il s'est mis en colère, il faillit ficher le camp. Céline, c'était cela... "
 (Jacqueline Vandel, Le Figaro littéraire, 14 mai 1964).

 

 

 

 

  Jean-François STEVENIN

Comment la rencontrez-vous ?

 Un soir je sors du cinéma Saint-André-des-Arts, à minuit. Une voiture s'arrête pile : Fabrice Luchini ! On passe deux heures à discuter debout dans la rue, on a embrayé sur Céline. Il m'apprend qu'il est en train de lire du Céline au théâtre et s'emballe : " Il faut ab-so-lu-ment que tu rencontres Mme Céline ! C'est ma dernière dimanche en matinée ! Je vous mets deux places au balcon et ensuite on rentrera à Meudon avec elle, on mangera des petits gâteaux ! " Quand le dimanche arrive, je trouve une bonne raison pour ne pas y aller... Trop d'émotions d'avance...
  Une autre fois, un copain me dépanne de sa moto (de collection !) pour aller visiter en banlieue une amie qui vient d'accoucher. Au retour l'envie me prend, pour la première fois, d'aller renifler la légendaire route des Gardes et peut-être d'apercevoir la maison du " Maîîître "... Ah c'est bien gardé ! La route est en travaux, barrée. Et retournée sur toute la longueur par les pelleteuses ! Je risque doucement la moto-bijou... et finis par dénicher le portail bleu... J'ai le cœur qui bat, mais je ne risque pas de sonner. Je me souviens encore de la pancarte " chien méchant " avec la photo d'un chien gentil sous plastique pour la protéger de la pluie !

  Encore cent ans passent... Mai 1991. Jackie Berroyer débarque sur mon bateau, à la Bastille, et me présente son ami, le sulfureux Marc-Edouard Nabe. Je n'aime pas trop son nom pseudonyme, ni son petit air de fin Brasillach. Mais la soirée vire bien et, à un moment, nous voilà partis tous les trois sur Louis-Ferdinand Céline, et là, ça vibre à l'unisson joyeux ! Marc-Edouard connaît bien Mme Destouches et décrète soudain qu'il serait vraiment dommage qu'on ne se rencontre pas. On n'a qu'une vie. Il est très sérieux. La " fée " donnera son feu vert et une date précise pour... trois mois plus tard, en septembre !...
  La date approche. Mon fils Robinson (10 ans) est au courant. Je suis avec lui, au Portugal, où il joue dans son deuxième film. Il pressent que je vais rester et me coince : " Papa, j'ai l'impression que Mme Céline c'est important pour toi. Tu vas quand même pas t'arranger pour louper l'avion ? "...
 ... On est arrivés bien à l'heure avec Marc-Edouard et Berroyer et des gamelles d'un gros couscous acheté au resto d'en bas, histoire de nous occuper les mains. En fin de soirée, elle m'a demandé, à propos de mon envie cinématographique du livre : " Pourquoi Nord ? " J'ai bredouillé trois ou quatre trucs sur le stylisé... ça a été le début d'une belle route ensemble.

 Elle est devenue un personnage essentiel dans votre vie ?

 Absolument. Ça a commencé léger, c'était : " Stévenin, vous êtes libre mardi prochain ? Venez donc dîner. Il y aura les Untel et Untel... " Le fin cercle très fermé des amis de longue date. J'étais tout fier !... Maître François Gibault - son très fidèle cerbère, avocat, ami et biographe de Céline -, c'était un peu le tôlier, à Meudon. Il m'a bien accueilli, au début. Mais je l'ai vite appelé Gibolin, comme dans les Deschiens ! On était si différent en tout, Lucette s'amusait de nos taquineries infantiles. Les trois chiens qui faisaient le tour des invités mettaient vite tout le monde d'accord.
  Avec Lucette on n'a pas tardé à se voir de plus en plus souvent. Et à vadrouiller. C'était une expo rare de bols chinois au Bon Marché, un pot de chocolat à une terrasse de l'île Saint-Louis, où elle était née. Elle me racontait quand elle était petite, moi pareil. Tous les deux, on est enfants uniques. Comme Louis. Ça nous a sans doute rapprochés... Le centre commercial de Vélizy nous plaisait bien aussi. Elle est venue sur le bateau à Bastille.
  Des mois ont passé, et quelques années... On a voyagé. Souvent c'était Dieppe, avec nos chiens. Et avec Céline, toujours si présent. Et encore plus à Dieppe, pour plein de raisons... C'est là qu'on est allés au cinéma voir Love Streams, de John Cassavetes. Après, on a cavalé pour rentrer. Il y avait un reportage sur Robert Le Vigan en Amérique du Sud. Elle ne l'avait pas revu depuis l'Allemagne en flammes ! Sa télé était toute floue, j'en enrage encore. Mais on percevait quand même la Vigue et des bribes de sa voix, " Oh le cochon ! Il s'est déguisé en Louis, avec cette houppelande, il l'imite !... "

  Lucette avait un cormoran attitré, avec une seule patte, qui débarquait dès notre arrivée. Elle l'appelait Jonathan. Une fois nous sommes partis à Menton, où il lui restait de sa mère une chambre de bonne, là où ils avaient atterri avec Louis après l'interminable galère danoise. J'en passe bien sûr et des meilleures, qui n'en finiraient pas... Ah, le Jura aussi. Chez moi dans ma tanière bricolée depuis le tournage de mon film Passe-montagne. Le lac gelé à moins 20 avec la neige qui frise en diamants, Lucette campée au milieu, tout en noir avec une chapka.
  Avec Lucette, c'était toujours joyeux et très canin ! On se racontait nos vies jusqu'à point d'heure, bien gourmands tous les deux de ces instants privilégiés... Marc-Edouard en a fait un " roman ", publié dans la collection Blanche chez Gallimard : Lucette. Ça raconte bien et mieux. Il l'a commencé sur le bateau, le jour historique pour moi, où avec Claire et les enfants on a plié Bastille pour aller s'amarrer à une place précaire que j'avais trouvée vraiment par hasard (?!...) juste dans la courbe de Meudon !... face aux usines Renault et pile en bas de la ruelle aux Bœufs, où Céline boquillait vers ses malades fauchés et ses visions de Charon en furie à grands coups de ses rames vengeresses de je ne sais plus quel livre ! Il faudrait demander à Luchini. C'est trop mimi, non ?
 
(Propos recueillis par Guillemette Odicino, Télérama H-S, Céline, juin 2011).