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                                                            RECONNAISSANCE

 

 

DEUX POIDS et DEUX MESURES !

 Dans le Figaro Magazine du samedi 10 mai 1997, accolé à l'article signé François Taillandier : " Aragon aux cent visages ", figure un articulet intitulé " Le Moulin ", portant les initiales F.N. Nous y apprenons que le sauvetage du moulin de Villeneuve (la dernière demeure de Louis et Elsa) fut entrepris dès 1985. Il ne fut possible que grâce à la générosité de Jean Ristat, exécuteur testamentaire d'Aragon, et à la collaboration des éditions Gallimard, du ministère de la Culture, de la BN, du Parti communiste, des Bâtiments de France, des collectivités de la région, du village de Saint-Amoult.

 Une association 1901 fut fondée, qui devait préparer une fondation Elsa Triolet-Aragon. Elle travaille depuis douze ans sous la présidence d'Edmonde Charles-Roux, et son conseil d'administration compte ou a compté Pierre Seghers, Antoine Vitez, Roland Leroy et Jack Ralite, Jean d'Ormesson et Jean Dutourd, Jean Levaillant et André Still. "

 Or, tâchons de ne point oublier, la dernière demeure de Céline, l'un des plus grands écrivains français (et occidental du XXème siècle, d'après de nombreuses personnalités littéraires étrangères de plusieurs pays), n'a même pas été inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, malgré l'intervention du vice-premier Ministre, chargé de la Culture, de l'Education et de la Communication : Monsieur Jack Lang. Il est donc permis de s'étonner que la mémoire du couple le plus célèbre de la Littérature française de ce siècle (pardon à Monsieur " l'agité du bocal " et à sa compagne !), durant ce même temps, ait été si somptueusement honorée par d'aussi illustres écrivains, journalistes, hommes politiques de ce pays, et aussi copieusement financée par des organismes nationaux de premier plan.

  Est-ce parce que Louis Aragon, ce monument de la littérature de notre pays, s'est plu dans l'un de ses livres, Traité de style, à écrire " J'ai bien l'honneur, chez moi, dans ce livre, à cette place, de dire très consciemment : je conchie l'armée française dans sa totalité ", " Tout ce qui est français me répugne à proportion que c'est français ", " Je suis revenu d'URSS et je n'étais plus le même homme (...) l'homme que j'ai été m'apparaît comme un homme des ténèbres. " " J'appelle la terreur soviétique du fond de mes poumons ", " Je chante la Guépéou nécessaire à la France " ?

  Est-ce pour cette raison que cet écrivain est porté au pinacle ? Pourquoi donc, après un tel parcours, une vie exemplaire aussi sublime, ce chantre de la Guépéou ne repose-t-il pas au Panthéon, aux côtés de Malraux, ce " Saint Bernard de la croisade anti -fasciste ", ou bien figure au fronton de notre Littérature, tout proche de Sartre pour lequel " qui n'est pas communiste n'est qu'un chien. "

  D'autre part, comment se fait-il que l'illustre maison Gallimard, l'un des phares de l'édition française qui a vaillamment participé à cet immense feu d'artifice financier et publicitaire, ait oublié le jugement sévère porté par son grand patron Gaston Gallimard sur l'écrivain Aragon : " Il n'a aucune personnalité, il a toujours suivi quelqu'un : Drieu, Breton ou (petit sourire) Staline ", et son épouse Elsa pour la bonne et juste cause.

  Et pendant ce temps-là, Louis-Ferdinand Céline, qui les dépasse tous d'une tête, une vraie celle-là, continue d'être diabolisé et occulté autant qu'il est possible de l'être. Etonnamment, il garde une solide avance dans l'illustre édition en parchemin.

  Cette fin de siècle lamentable aura eu tout de même le mérite de nous éclairer tous les jours sur " les vraies valeurs. " En effet, tous les hommes en bonnes places, nous répètent à longueur de jour et de profession de foi, que les leurs ne sont pas les mêmes que celles d'un grand nombre de leurs concitoyens, tout en se gardant bien entendu, de les énumérer et nous en donner le détail.

 A la page 94, dans l'article qui précède, de François Taillandier, " Aragon aux cent visages ", ce journaliste s'est plu, en revanche, à ressasser et à ânonner après mille autres : " Céline antisémite. " C'est vrai, il était farouchement contre les fauteurs de guerre. Mais au juste, devons-nous comprendre (dans le langage de ces champions de l'amalgame), qu'il y aurait entre celui-ci et ceux-là, un rapport de cause à effet ? Ou bien une opposition irréductible ?

  Le grand homme de Monsieur Taillandier l'avait pourtant averti : " J'ai gâché ma vie. " Mais, au milieu de ce concert de louanges et de complicités, il n'a pas dû entendre, ou comprendre ce qu'il lui disait.

  Amis de la Littérature, puisque vos médias vous incitent depuis soixante ans à ne pas apprécier, à ne pas aimer Céline, ne pensez-vous pas que c'est précisément une raison bien suffisante pour le lire, et ce entièrement ? Puis, si vous le pouvez, oubliez le. " 

                                                                                                                                     Jacques CARLON.

  (BC n°178, juillet-août 1997).