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                                                            PERSONNAGES

 

 

 

* La VIOLETTE.

 Celle qui racontait le mieux, c'était la VIOLETTE, une déjà vioque, une fille du Nord, toujours en cheveux, triple chignon en escalade et les longues épingles " papillon ", une rouquine, elle devait bien avoir quarante piges... Toujours avec une jupe noire courte, moulante, un minuscule tablier rose, et de hautes bottines blanches à lacets et talons " bobines "... Moi, elle m'avait à la bonne... On prenait tous des hoquets rien qu'à l'écouter... tellement qu'elle mimait parfaitement... Elle en avait toujours des neuves... Elle voulait aussi que je l'encule... Elle m'appelait son " transbordeur " à la façon que je la bourrais... Elle parlait toujours de son Rouen ! elle y avait passé douze années dans la même maison, presque sans sortir... Quand on descendait à la cave, je lui allumais la bougie... Elle me recousait mes boutons... c'est un travail que j'abhorrais !... Je m'en faisais sauter beaucoup... à cause des efforts du trafic en poussant la voiture à bras... Je pouvais pas les supporter... Elle voulait me payer des chaussettes... elle voulait que je devienne coquet... Y avait longtemps que j'en mettais plus... des Pereires non plus, faut être juste... En quittant le Palais-Royal, elle remontait sur la Villette... tout le long ruban à pompes... C'était les clients de cinq heures... Là, elle gagnait encore pas mal... Elle voulait plus être enfermée... De temps en temps, malgré tout, elle passait un mois à l'Hospice... Elle m'envoyait une carte postale... Elle se rappliquait en vitesse ! Je connaissais ses coups aux carreaux... Je l'ai eue en bonne amitié pendant près de deux ans... jusqu'à ce qu'on parte des Galeries... Sur la fin elle était jalouse, elle avait des bouffées de chaleur... Elle devenait mauvais caractère...

  (...) La VIOLETTE elle m'a bien prévenu... - Tu te forces ! T'es con ! T'en auras pas la reconnaissance !... Si tu te crèves... qui donc va te rambiner ?... C'est pas ton dabe à coup sûr !... Paye-moi donc une menthe, mon petit pote !... Je vais te chanter la " Fille à Mostaganem "... Tu vas voir comme tu vas m'aimer !... Dans ce cas-là elle relevait sa jupe par devant et par derrière... Comme elle portait pas de pantalons, ça faisait vraiment la danse du ventre... Elle se donnait comme ça en plein vent... au beau milieu de la Galerie... Les autres grognasses elles rappliquaient... et puis avec presque toujours trois ou quatre clients chacune... Des pilons, des paumes-quéquettes, des voyeurs fauchés... " Vas-y, Mélise ! Pisse pas de travers ! " Elle se la saccadait bien la fente... Elle se faisait tremblocher la moule !... Les autres, ils tapaient dans leurs mains, c'était une vraie frénésie, la danse tunisienne... Toujours ça ramenait plein de curieux. Après ça, je lui payais sa menthe... On finissait aux " Emeutes "...
  Son coin à la VIOLETTE, c'était plutôt vers la balance, derrière le plus gros des piliers, dans la Galerie d'Orléans... Elle prenait pas deux minutes pour tirer un jus... Si elle piquait un vrai cave, elle l'embarquait au " Pélican " à deux pas... en face du Louvre... C'était quarante sous la chambre... Elle aimait bien son Pernod sec... On lui faisait rechanter sa chanson : L'Orient Féerique est venu... / S'asseoir sous ma ten-en-te... / Il avait le cul tout nu... / Un œil dans le bas-ven-en-tre...
  Ça faisait pas bouillir ma marmite... Souvent elle collait... lancée dans les commérages... Quand je voulais la faire trisser, j'avais qu'un moyen.
 - Rentre !... que je lui faisais... Rentre, la môme ! Tu vas m'aider pour les ficelles.
 - Attends que j'en suce encore un autre !... Attends-moi mon petit rossignol... Il faut bien que je fasse ma soirée...
 Je pouvais jamais compter dessus !... Elle cherchait tout de suite une esquive... Elle se dégonflait immédiatement... A part le recousage des boutons qu'était sa manie, j'ai jamais pu rien en tirer pour des vrais boulots... Elle défaillait à l'instant même... C'était un moyen magique.
 (Mort à crédit, Gallimard, 1990, p.457, 510).