ECRIVAINS

 

 

 

 

 * Olivier BARDOLLE (critique, essayiste, dirige la maison d'édition " L'éditeur "): " Vous qui admirez tel ou tel auteur à succès, gardez-vous de l'approcher, vous pourriez en souffrir cruellement. En général, en littérature, comme en tout autre domaine, les stars sont infréquentables et vous décevront à coup sûr. Qu'en est-il de nos stars littéraires ? Houellebecq, notre nouveau Goncourt, est-il de bonne compagnie pour le quidam qui tenterait de l'approcher ? Ce sont les œuvres qu'il faut fréquenter, et non l'auteur. Celui-ci est supposé avoir mis le meilleur de lui-même dans les textes, il n'est donc pas surprenant qu'il apparaisse dans la vie comme inférieur à l'idée que l'on se fait de lui.

  C'est là la grande désillusion pour le lecteur transi, derrière le créateur, il y a l'homme et l'homme est comme tous les hommes, petit, mesquin, et parfois même ignoble. Surtout lorsque l'on a affaire à ce que l'on appelle un génie. Il suffit de penser à Céline pour percevoir l'écart qui existe entre le chef -d'œuvre et le bonhomme qui, très péniblement lui a donné forme. Souvenez-vous du rêve d'Icare qui voulait s'approcher du soleil et s'est brûlé les ailes. Regardez-les de loin, à bonne distance, et repaissez-vous tranquillement de leurs livres, soyez vampires, l'essentiel est dans le texte. Rien que le texte, toujours le texte, lui seul résiste au temps. C'est d'ailleurs ce phénomène qui explique la gloire posthume, les auteurs morts ne nous cassent plus les pieds, on peut enfin les admirer tout à son aise. "
 (Tenez-vous à l'écart des monstres sacrés, Service littéraire n° 36, décembre 2010).