ECRIVAINS

 

 

 

       

Eric NEIRYNCK (écrivain belge) : " La grille était ouverte, j'ai d'abord hésité, mais un chat ressemblant furieusement à Bébert est venu à moi comme m'invitant à entrer. Perturbant et merveilleux à la fois. L'impression très prétentieuse d'être attendu. Unique. En même temps, je ne peux m'empêcher de me dire que de son vivant le Maître des lieux m'aurait fait fuir en m'envoyant ses chiens. Pas question de venir voir la bête. Dehors les voyeurs... passez votre chemin ! [...] A la fenêtre du rez-de-chaussée du pavillon, une jolie jeune femme s'affaire. Le ciel est dégagé, le temps s'est arrêté, le moment est parfait. Elle m'aperçoit, en même temps je n'ai pas cherchéà me cacher. Je me sens mal à l'aise, juste l'envie de prendre mes jambes à mon cou et de cavaler. Surprise. De la main, elle me fait signe de venir à la porte. Adorable auxiliaire de vie de Lucy, qui d'un sourire m'a fait sentir que j'étais le bienvenu.

 J'en profite pour lui demander si Mme Destouches est là. Elle me répond par l'affirmative. J'ose alors la question : " Accepterait-elle de me recevoir ? " Malheureusement, vu son âge Lucette ne voulait plus voir, ni être vue, par personne, excepté les intimes, et encore. Derniers souhaits d'une vieille dame que je respectai sans broncher. Quand sur le point de partir, un sublime " merci " surgit d'une voix lointaine. Un simple petit mot qui me remplit de bonheur. Elle n'avait pas voulu de moi chez elle, mais elle avait pris la peine de me saluer. Merci Madame, ce " merci " je ne l'oublierai jamais. "
 (Eric Neirynck, Louis-Ferdinand Céline, Duetto, 2016, in Spécial Céline n° 23, printemps 2017, p.42).