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PERSONNAGES M-Z

 

 

 

 

* VIRGINIA.

 Moi, je m'en fais plus !... puisque c'est la mode !... tant pis... d'une façon... d'une autre... je reste assis... je reprends du thé... la petite me verse... Ah ! qu'elle est belle !... qu'elle est jolie !... quel sourire !... Tout ça pour moi !... là tous les deux !... Il est drôle l'oncle... je réfléchis!... Ah ! quelle petite espiègle mutine... elle est malicieuse  sûrement ! Je voudrais lui reparler du mercure... ça me tracasse... et puis je n'ose pas... Elle reste plus en place... elle bondit, pirouette en lutin... dans la pièce tout autour de moi... Quels jolis cheveux !... quel or !... quelle gamine !... Si je dis un mot, elle me regarde... elle se moque un petit peu... je vois... une malice dans ses yeux bleus !...

 [...] Quels bleus reflets clairs et puis mauves... ses yeux me prennent tout... C'est vite fait ! j'oublie... je ne vois plus rien... elle est trop agréable fleur oui une fleur... je respire... bleuet !... je suis ensorcelé... tant pis !... Une fillette !... les jupes courtes... les cheveux blonds éparpillés... Ah ! que c'est beau !... C'est adorable !... Ah ! je me tranquillise !... merde tant pis !... Je devrais pas... Il nous laisse seuls l'autre biscornu !... Puisqu'on est là tous les deux !... Ah! je me repose bien dans le fauteuil... ça me fait un bien effrayant... Je palpite !... Ah ! quelle est belle cette petite fille... ah ! que je l'adore !... Quel âge elle a ? Je lui demande là chiche !... Puis non ! j'ose pas !... je prends encore du thé... je mange rien toujours pour la discrétion... C'est affreux de mâcher sous son regard... là mastiquer, baver, sous ses beaux yeux adorables... je pourrais jamais... j'en mourrais ah !... ah ! la délicatesse d'un coup !... je ne peux plus, pendu pour pendu !... j'aurais pas mangé !... je serais mort délicat !... tout de ferveur pour VIRGINIA !... C'est bien son nom VIRGINIA ?... Je lui demande alors... j'ose !...
 - VIRGINIA ?...
 - Yes ! Yes !... une fauvette !  

 [...] Seulement pour reprendre encore du thé... Je me remplissais de thé... C'est elle qui m'a fait bouger... venir à la persienne... Elle voulait me faire voir une chose... là dans la persienne... dans le lierre... Ah ! oui ! je vois dans la lumière... dans l'interstice... le tout petit œil du moineau... Ah ! il guettait bien lui... couii !... coui !... Comme c'était c'est vrai extraordinaire ! un gros moineau ébouriffé et hardi en somme comme elle !... il attendait... il épiait... il nous jetait son petit œil rond à travers la fente... minuscule œil tête d'épingle... tout noir luisant et couic couic !...
 - Il attend aussi...
 Ah ! c'était pour moi la réflexion... Elle rit.

 Ah ! je le vois toujours ce piaf... C'est elle qui me l'a fait voir... Ah ! il reste pas grand-chose, quand on réfléchit, de toute une vie désagréable à se souvenir, je veux dire des choses aimables à se rappeler... c'est infime en somme... les occasions fourmillent pas... Chacun peut se rendre compte. Moi le petit piaf-là c'est quelque chose que je retiens encore...
 Quand je vois une persienne, du lierre, je pense toujours à ce petit œil... 
 (Le pont de Londres, Folio, 1978, p.35).