ANALYSES

 

 

                   

                       POURQUOI CELINE SIGNE CELINE.

 Depuis peu, çà et là on lit que Louis Destouches aurait pris le pseudonyme de Céline pour rendre hommage à sa grand-mère maternelle, Céline Guillou, née Lesjean, parce que, dans Mort à crédit publié en 1936, Caroline, le personnage de la grand-mère, apprend à lire au jeune Ferdinand et que celui-ci éprouve pour elle un respect assez rare. Or, que ce soit en 1934 auprès de la journaliste Lucie Porquerol ou en 1960 auprès du professeur Henri Mondor, Céline a toujours affirmé qu'il avait pris pour pseudonyme " le prénom de sa mère " pour préserver l'anonymat de sa pratique médicale.

 L'écrivain affirmera aussi qu'il avait voulu réunir ses parents et lui-même sur la couverture du Voyage au bout de la nuit. Comment ? Sur ses papiers militaires et sur l'acte de naissance de son fils, M. Destouches père, bien qu'il se fît appeler Fernand par sa femme, portait comme prénoms Ferdinand et Auguste. Ferdinand fut donc donné comme second prénom à son fils. La mère de Louis, elle, s'appelait Marguerite, Louise, Céline Guillou.
  Comment réunir son père et sa mère dans son œuvre ? En signant Louis-Ferdinand Guillou ? Louis-Ferdinand Marguerite ? Chez les écrivains, le nom de Guillou était déjà pris par Louis Guilloux, auteur de La maison du peuple (1927), et le prénom Marguerite par Victor Marguerite, auteur de La Garçonne (1922). Restait donc à prendre pour pseudonyme le troisième prénom de sa mère, Céline, un prénom populaire qui allait devenir un sacré nom de guerre. Les premières dédicaces sur les exemplaires de luxe du Voyage seront signées " Louis Céline ". Bien peu, pourtant, auront le privilège d'appeler l'écrivain par son véritable prénom, Louis, un " prénom de cocher ", comme l'écrira Céline à sa fille, mais un prénom qu'il aurait bien aimé transmettre à un petit-fils. Pourtant aucun de ses descendants, jusqu'à présent, ne s'appelle Louis, Ferdinand ou Céline.

 Ressac de l'œuvre ultime ? Dans Rigodon, où les ruines de Hambourg évoquent celles de Pompéi, Céline découvre un bas-relief qui nous renvoie au trio de Mort à crédit : " Un homme, une femme et un enfant... l'enfant au milieu... ils se tiennent encore par la main... et un petit chien à côté. "
 (Eric Mazet, Lire, Hors-Série n°7, 26 juin 2008).