CONTROVERSES

 

 

 

         LEAUTAUD ou CELINE pour Pierre PERRET ?

 " La bête est revenue ! " Pierre Perret, lui, l'a vue. Il en a fait un nouveau disque qui en porte le titre. Il consacre même une chanson à " Ferdinand ", pour discréditer Céline dans les livres de classe. C'est lui-même qui l'a dit. Des refrains tout à fait méchants. Et très bêtes. Au refrain : " Le racisme chez toi polluait le talent, Tu étais pas un bien joli monsieur... " Sur fond d'accordéon ! Tout de même, Georges Brassens, le maître de Pierre Perret, avait plus de classe que son épigone quand il écrivait : " Je n'admire pas forcément des gens admirables (...) mais le plus grand écrivain du siècle pour moi c'est Céline. "
  Ce que Pierre Perret ne dit plus dans ses interviews, c'est qu'il aimait bien Céline lui aussi, l'avait même beaucoup lu, pas seulement celui du Voyage et de Mort à crédit, mais aussi celui de Guignol's band et de Casse-Pipe, jusqu'à s'en être inspiré comme San Antonio ou Alphonse Boudard qui eux, ont honnêtement reconnu leur dette. Il le disait à la radio en 1967 et au restaurant du Port Salut, où il chantait rue Saint-Jacques.

 Pierre Perret maintenant préfère Léautaud à Céline, lui a consacré un petit livre, et s'enorgueillit de l'avoir fréquenté. Le Journal de Léautaud, tenu minutieusement chaque jour, ne contient pas le nom de Pierre Perret, mais, en 1954, le chanteur aurait rendu visite à l'ermite de Fontenay... On a le droit de préférer Léautaud à Céline, surtout au Céline des pamphlets, mais quel Léautaud préfère-t-on ?
 Dans son Journal littéraire, destiné à la publication de son vivant, Paul Léautaud se demandait le 11 septembre 1940 s'il fallait préférer " la victoire de l'Allemagne, dont l'influence amènerait certainement une réorganisation politique, sociale et morale de la France, avec une diminution presque certaine de liberté, surtout pour nous les écrivains - ou la victoire des Juifs, qui n'en pulluleraient que de plus belle et n'en occuperaient que de plus belle tous les postes dirigeants... " Tel quel !

 Le 30 novembre 1940, après l'épisode du Massilia, Léautaud note, en nommant Daladier, Jean Zay, Mandel, Campinchi et Marcel Bloch : " Ces gens-là, y compris Blum, auraient dû être envoyés au poteau quinze jours après l'entrée des Allemands en France. En Russie, en Allemagne, même en Italie peut-être, cela n'aurait pas traîné. "
 Le 18 février 1941, Léautaud écrivait encore : " on aurait dû fusiller, sans jugement, les faits suffisaient, les Daladier, Reynaud, Mandel et consorts, canailles et incapables réunis. Cela eût été un grand réconfort pour le pays et donné à entendre aux autres d'avoir à se tenir tranquilles. L'intérêt de la France, c'est la collaboration, l'entente, l'accord avec l'Allemagne. "
 
 Jamais Céline n'a été aussi loin, ni dans ses lettres ni dans ses pamphlets. Ces extraits, qui valent plus d'une page des Bagatelles et des Beaux draps en imprécations ou supputations, ont-ils été retenus dans l'édition des extraits du Journal de Léautaud qui vient de paraître ?
 Pierre Perret n'a pas eu de scrupules à composer une longue préface pour l'ouvrage.
 (Eric Mazet, Ecrits de Paris, février 1999, n° 607, p. 38-40).