AUTRES ECRITS M-Z

 

 

 

 

Simone MITTRE (secrétaire et maîtresse de Fernand de Brinon qu'elle suivit à Sigmaringen): " Lorsqu'il arriva à Sigmaringen, Céline s'installa avec sa femme dans une minuscule chambre sans confort, un carreau de sa fenêtre cassé, il faisait un froid glacial. C'est dans cette chambre et sur son propre lit qu'il recevait les malades, les examinait, les soignait. Il régnait une grande misère. Certains d'entre eux qui couchaient sous des tentes ou dans le hall de la gare avaient la gale. Céline soignait chacun sans distinction . Indépendant par nature, il ne faisait que ce que son cœur lui dictait, ne pensant ni à son intérêt, ni à ce que l'on pourrait en dire. La nuit, si on le faisait appeler, il partait sous une neige épaisse, souvent très loin, à pied bien entendu, sans même le secours d'une lampe électrique. Il allait pourtant, il allait toujours, ne demandant jamais un centime, ni aux uns, ni aux autres.

      Et puis un jour d'avril 45 je crois, ou mars, éternellement inquiet, mal à l'aise ici comme ailleurs, Céline décida de partir pour le Danemark emmenant sa femme, Le Vigan et Bébert. Je ne le revis qu'à Meudon, 12 ans plus tard. Il était méconnaissable, infiniment triste, vieilli, usé, squelettique. Nous étions émus l'un et l'autre. Nous parlâmes longtemps, nous avions tant de choses à nous dire ! Quoique bien las il tint à me raccompagner jusqu'à la porte de son jardin. Nous nous embrassâmes. Je ne devais plus le revoir. "
 (Simone MITTRE, L'Herne n°5, 1965).