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Le
prolo à cotte bleue. |
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Le malheur en tout ceci
c'est qu'il n'y a pas de "
peuple " au sens touchant où
vous l'entendez, il n'y a
que les exploiteurs et les
exploités, et chaque
exploité ne demande qu'à
devenir exploiteur. Il ne
comprend pas autre chose. Le
prolétariat héroïque
égalitaire n'existe pas.
C'est un songe creux, une
faribole, d'où l'inutilité
absolue, écœurante de toutes
ces imageries imbéciles : le
prolétaire à cotte bleue, le
héros de demain - et le
méchant capitaliste repu à
chaîne d'or. Ils sont aussi
fumiers l'un que l'autre.
Le prolétaire est un
bourgeois qui n'a pas
réussi. Rien de touchant à
cela : une larmoyerie
gâteuse et fourbe. C'est
tout - Un prétexte à
congrès, à prébende, à
paranoïsmes !
(Lettre à Elie Faure, 2 mars 1935).
Comme vous voyez, j'ai tout
prévu !
Que voulez-vous ? Le
peuple, il a un préjugé,
maintenant, en bloc contre
tout ça. Il ne croit plus à
grand'chose, dans le genre.
Chat échaudé ! Il se méfie
atroce, il a pas tort...
[...] Toute la question, c'est de leur donner du positif, aux prolétaires
des temps qui courent. Ils
sont devenus pires que saint
Thomas, tous, sous
le rapport de la méfiance.
Ils veulent toucher. Pas des
discours. De la viande. Pas
de bavardage, pas de vagues
salades. Du substantiel, du
consistant. On ne les a plus
avec des bulles !
[...] L'Egalitarisme ou la mort ! Les Prolétaires d'un côté, les bourgeois
de l'autre, ils ont au fond
qu'une seule idée : devenir
riches, ou le rester
; l'envers vaut l'endroit,
c'est pareil. Les uns
envieux, les autres avares ;
mais tous cupides également
; |
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Ouvriers étudiants unis nous
vaincrons |
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Fielleux, haineux, la gueule
de travers, au caca, malades
autant les uns que les
autres de la même honteuse
maladie : de l'argent,
qu'ils ont ou qu'ils n'ont
pas. Ils en crèveront si on
les laisse tels qu'ils sont.
Déjà, ils ne peuvent plus se supporter. Ils peuvent plus même se regarder,
les uns les autres. Tant ils
se dégoûtent !
Je ne connais qu'un remède : pas de discours, faut opérer ça d'un seul
coup, |
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inciser l'abcès à fond, que
ça dégorge ! Qu'on n'en
parle plus.
Tout partager ! L'argent, les ronds ! Ouvrir Pognon ! Vider le bas de
laine ! Le coffre-fort,
ses tripes d'or au soleil
! Le grand nettoyage par le
vide ! La grande justice
devant le pèze ! Je décrète
salaire national maximum 100
francs par jour, 150 francs
pour les ménages, 25 en sus,
à partir du troisième môme.
Comme vous voyez, j'ai tout prévu !
(Cahiers de la NRF, Céline et l'actualité 1933-1961, Gallimard, janvier
2003,
p.208).
Alors
?... Irrécupérable ! |
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Depuis la guerre, il ne croit plus aux hommes, à ce qu'ils disent.
En 1916, dans une lettre à Simone Saintu, il confie : " Ne
croyez pas que je
professe une haine
quelconque pour mes
semblables, j'aime au
contraire les voir, les
entendre, mais je fais mon
possible pour échapper à
leur emprise.
"
Changera-t-il de caractère ?
On l'imagine mal admirer
sincèrement un " guide " ou
un " chef ". |
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Ses
idées sur l'éducation des
enfants vont à l'encontre de
l'embrigadement. On a même
parlé d'un Céline
soixante-huitard. " Nous
sommes recouvert
d'immondices civilisés
", écrit-il en 1933 à
Evelyne Pollet. Anarchiste
alors ?
Comme Jules Vallès qu'il admirait ? Communard ? Comme Lucien Descaves,
dédicataire de Mort
à crédit ?
Céline aimait l'ordre et la paix, se méfiait trop de toute association,
pour être un militant
anarchiste de gauche.
Anarchiste de droite par
individualisme ?
Mais c'est oublier son idéal de " communisme Labiche ", sa compassion
pour les malades et les
pauvres. Anarchiste rêvant à
un ordre idéal,
comme beaucoup
d'anarchistes... Donc
irrécupérable.
(Propos d'Eric Mazet dans
Joseph Vebret, Céline
l'Infréquentable, Jean Picollec,
mai 2011, p.151).
Repeindre leur devanture...
(pour
obtenir 20 voix de plus...)
A ELIE
FAURE.
[Fin mai
1933.]
Très cher ami,
Il
ne faut plus commettre les
fautes de 71. Crever pour le
peuple oui - quand on voudra
- où on voudra, mais pas
pour cette tourbe haineuse,
mesquine
pluridivisée, inconsciente,
vaine, patriotarde
alcoolique et
fainéante mentalement
jusqu'au délire. Le mur des
fédérés doit être un exemple
non de ce qu'il faut faire
mais de ce qu'il ne FAUT
PLUS FAIRE. Assez de
sacrifices vains, de siècles
de prison, de martyrs
gratuits. Ce n'est plus du
sublime, c'est du
masochisme.
Il n'y a personne à gauche
voilà la vérité. La pensée
socialiste, le PLAISIR
socialiste n'est pas né. On
parle de lui, c'est tout.
S'il y avait un plaisir de gauche il y aurait un corps . Si nous
devenons fascistes, tant
pis. Ce peuple l'aura voulu.
IL LE VEUT. Il aime la
trique. |
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Agités
socialistes S.F.I.O. |
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Je ne suis pas aigri. Je
suis lucide. Tous ces agités
socialisants se trémoussent
dans le vide à moins que
roublards (la majorité) ils
ne cherchent en vous que de
nouvelles idées pour
repeindre leur devanture.
Je
les connais, ami, je
les connais bien et je les
méprise encore plus que je
les connais.
Ils pourvoiraient n'importe quelle tuerie pour obtenir 20 voix de plus. Ah
! les putrides histrions !
Il se peut qu'ils jouent un
rôle mais ce doit être celui
de l'asticot sur le cadavre
du capital.
Utile certes, indispensable, mais dans la partie la plus hideuse du
cadavre. |
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Nous sommes tous en fait
absolument dépendants de
notre Société. C'est elle
qui décide notre destin.
Pourrie, agonisante est la
nôtre.
J'aime mieux ma pourriture
à moi, mes ferments à moi
que ceux de tel ou tel
communiste.
Je me trouve
orgueilleusement plus
subtil, plus corrodant.
Hâter cette
décomposition voici l'œuvre.
Et qu'on n'en parle plus !
Parade de morts. |
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Qu'importe après tout la
guitare ou le tympanon. Les
individus délabrés, sanieux
qui prétendent rénover par
leur plume notre époque
irrémédiablement close, me
dégoûtent et me fatiguent.
Le pus leur sort par tous
les orifices et les voici
qui ne parlent que du
printemps prochain ! Nous ne
sommes pas faits pour sentir
ces choses-là ! A nous la
mort camarade ! Individuelle
!
Bien affectueusement
L F Destouches
(Lettres, Gallimard, Pléiade, 33-54, p. 373, 2009).
La
grande prétention au
bonheur, voilà l'énorme
imposture ! C'est elle qui
complique toute la vie ! Qui
rend les gens si
venimeux, crapules,
imbuvables ! Y a pas de
bonheur dans l'existence, y
a que des malheurs plus ou
moins grands, plus ou moins
tardifs, éclatants, secrets,
différés, sournois...
(Mea culpa, Denoël et
Steele, Gallimard, 1936).
La misanthropie célinienne
[...]
Et le résultat n'est pas
triste. Cet homme
interchangeable,
indifférencié de l'espèce,
bref, l'Homme sans masque et
sans musique, - " a
le goût des fausses valeurs,
il est singe. Il est
corrompu... Il est fainéant
d'âme... Il n'aime que ce
qui est cher ! ou à défaut
ce qui lui semble tel ! Il
vénère la force. Il méprise
le faible. Il est crâneur,
il est vain ! Il soutient
toujours le faisan. Visuel
avant tout, faut que ça se
voye. Il va au néon comme la
mouche."
La misanthropie célinienne, née de la guerre, trouve alors son
apogée. La misanthropie est
bien, avec l'humour noir, la
seule critique possible dans
un monde qui, plaçant
l'Homme sur un piédestal, a
voulu rendre la critique et
la révolte impossibles.
Semmelweis n'était pas ce petit homme; il était au contraire la cible
des petits hommes. |
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S'adressait-il à Céline ?
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Un autre grand misanthrope,
Jonathan Swift, déclare
très clairement :
- " J'ai
toujours détesté toutes les
nations, professions
ou communautés, et je ne
puis aimer que les
individus. J'abhorre et je
hais surtout l'animal qui
porte le nom d'homme, bien
que j'aime de tout mon cœur
Jean, Pierre, Thomas,
La misanthropie célinienne etc..." |
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Les individus réels contre
leur ombre communautaire,
telle sera aussi l'attitude
constante de Céline dont on
connaît la générosité et
l'amitié prodiguées envers
ses malades et diverses
relations, n'en excluant ni
juifs ni résistants pendant
l'Occupation.
(Extrait d'Alain Ajax, Céline au bout du communisme, BC n°301).
Le peuple des malades, des
clients...
Avec mon diplôme, je
pouvais m'établir n'importe
où, ça c'était vrai... Mais
ce ne serait autre part, ni
plus agréable, ni pire... Un
peu meilleur l'endroit
dans les débuts, forcément,
parce qu'il faut toujours un
peu de temps pour que
les gens arrivent à vous
connaître, et pour qu'ils se
mettent en train et
trouvent le truc pour vous
nuire. Tant qu'ils
cherchent encore l'endroit
par où c'est le plus facile
de vous faire du mal, on a
un peu de tranquillité, mais
dès qu'ils ont trouvé le
joint, alors ça redevient du
pareil au même partout. |
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En
somme, c'est le petit délai
où on est inconnu dans
chaque endroit nouveau
qu'est le plus agréable.
Après, c'est la même vacherie qui recommence. C'est leur nature. Le tout
c'est de ne pas attendre
trop longtemps qu'ils aient
bien appris votre faiblesse
les copains. Il faut écraser
les punaises avant
qu'elles aient retrouvé
leurs fentes. Pas vrai ?
Quant aux malades, aux clients, je n'avais point d'illusion sur
leur compte... |
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La plaque du docteur
Destouches |
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Cabinet de Céline, St
Germain-en-Laye, 1939 |
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Ils
ne seraient dans un autre
quartier ni moins rapaces,
ni moins bouchés, ni
moins lâches que ceux d'ici.
Le même pinard, le même
cinéma, les mêmes
ragots sportifs, la même
soumission enthousiaste aux
besoins naturels, de la
gueule et du cul, en
referaient là-bas comme ici
la même horde lourde,
bouseuse, titubante, d'un
bobard à l'autre, hâblarde
toujours, trafiqueuse,
malveillante, agressive
entre deux paniques.
(Voyage au bout de la nuit, Poche, 1968, p. 344). |
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La
masse ne lit qu'aux
cabinets... |
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" Vous êtes tellement abruti
Professeur Y que faut tout
vous expliquer !... je vais
vous mettre les points sur
les i ! Ecoutez bien ce que
je vous annonce : les
écrivains d'aujourd'hui ne
savent pas encore que le
cinéma existe !... et que le
cinéma a rendu leur façon
d'écrire ridicule
et inutile... péroreuse et
vaine !...
[...] - Que reste-t-il au
romancier, alors, selon vous
?
- Toute la masse des débiles
mentaux... |
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Moment pensif de la lecture |
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la masse amorphe... celle
qui lit même pas le
journal... qui va à peine au
cinéma...
- Celle-là peut lire le
roman chromo ?...
- Et comment !... surtout
tenez, aux cabinets !... là
elle a un moment pensif !...
qu'elle est bien forcée
d'occuper !...
- Ça fait combien de lecteur
cette masse ?
- Oh ! 70... 80 p. 100 d'une
population normale.
- Dites donc, une sacrée
clientèle !... Ça
le rend rêveur... "
(Entretiens avec le Professeur Y, Folio, 1995, p.23).
***
- C'est pas vrai ! La race,
ce que t'appelles comme ça,
c'est seulement ce grand
ramassis de miteux dans mon
genre, chassieux, puceux,
transis, qui ont échoué ici
poursuivis par la faim, la
peste, les tumeurs et le
froid, venus vaincus des
quatre coins du monde.
Ils ne pouvaient pas aller
plus loin à cause de la mer.
C'est ça la France.
Le peuple des malades, des clients... La masse ne lit qu'aux
cabinets... et puis c'est ça
les Français.
(Voyage au bout de la nuit,
Folio,1968, p.13).
***
La nouveauté... le soldat
gratuit...
(les
premiers couillons voteurs
et drapeautiques)
Ah ! camarade ! Ce monde
n'est je vous l'assure
qu'une immense entreprise à
se foutre du monde ! Vous
êtes jeune. Que ces minutes
sagaces vous comptent pour
des années ! Ecoutez-moi
bien, camarade, et ne le
laissez plus passer sans
bien vous pénétrer de son
importance, ce signe capital
dont resplendissent toutes
les hypocrisies meurtrières
de notre Société :
L'attendrissement sur le
sort, sur la condition du
miteux... " Je vous le
dis, petits bonhommes,
couillons de la vie, battus,
rançonnés, transpirants
de toujours, je vous
préviens, quand les grands
de ce monde se mettent à
vous aimer, c'est qu'ils
vont vous tourner en
saucissons de bataille...
C'est le signe...Il est
infaillible.
Les philosophes, ce sont
eux, notez-le encore pendant
que nous y sommes, qui ont
commencé par raconter des
histoires au bon peuple...
Lui qui ne connaissait que
le catéchisme ! Ils se sont
mis, proclamèrent-ils, à
l'éduquer... |
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Naissance de la souveraineté
du peuple : Valmy, 20 sept.
1792. |
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Ah ! ils en avaient des vérités à lui révéler ! et des belles ! Et des pas
fatiguées ! Qui brillaient !
Qu'on en restait tout ébloui
! C'est ça ! qu'il a
commencé par dire, le bon
peuple, c'est bien ça !
C'est tout à fait ça !
Mourons tous pour ça ! Il ne demande jamais qu'à mourir le peuple ! Il est
ainsi.
" Vive
Diderot ! " qu'ils
ont gueulé et puis " Bravo Voltaire
! " En voilà au
moins des philosophes ! |
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Et ce fut le premier départ
des premiers bataillons
d'émancipés frénétiques !
Des premiers couillons
voteurs et drapeautiques
qu'emmena le Dumouriez
se faire trouer dans les
Flandres ! Pour lui-même
Dumouriez, venu trop tard à
ce petit jeu idéaliste,
entièrement inédit,
préférant somme toute le
pognon, il
déserta.
Ce fut notre dernier
mercenaire... Le soldat
gratuit ça c'était
du nouveau... Tellement
nouveau que Goethe, tout
Goethe qu'il était, arrivant
à Valmy en |
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Voltaire, Rousseau et
Diderot |
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reçut plein la vue. Devant
ces cohortes loqueteuses et
passionnées qui venaient se
faire étripailler
spontanément par le roi de
Prusse pour la défense de
l'inédite fiction
patriotique, Goethe eut le
sentiment qu'il avait encore
bien des choses à
apprendre.
" De
ce jour, clama-t-il,
magnifiquement, selon les
habitudes de son génie,
commence une époque nouvelle
! "
Mais du fond du jardin, on l'appela Princhard. Le médecin chef le
faisait demander d'urgence
par son infirmier de
service.
-
J'y vais, qu'il
a répondu Princhard, et
n'eut que le temps juste de
me passer le
brouillon du discours qu'il
venait ainsi d'essayer sur
moi. Un truc de cabotin.
(Voyage au bout de la nuit, Livre de Poche, Gallimard, 1952, p. 73).
Il faut verser l'or à
foison, à boisseaux, à
tonnes, pour soulever le
peuple.
Le
damné il est pas commode
faut qu'on l'éclaire et
bougrement, pour qu'il
s'élance aux barricades,
qu'il commence à faire le
fou. Il préfère lui la vie
de famille, l'autobus et le
meeting baveux. Au fond il
aime pas les histoires. Il
est conservateur fini, il
est de la terre, né Bidasse,
faut pas l'oublier.
Voter ça devrait bien suffire voilà ce qu'il pense intimement. Il tient
pas aux sacrifices, aux
piscines de sang. Il y tient
même pas du tout. Il faut
pour ça qu'on l'enfurie,
qu'on le picadorise à mort.
C'est un tintouin du
tonnerre. Il est gueulard
mais pacifique. Plus
mendigot que fracasseur.
Il veut bien encore des
violences mais si c'est les
autres qui dérouillent. Il
est comme toute l'armée
française il veut défiler
triomphant. Il veut
sa voiture, son bois de
rose, sa Retraite de
vieillard à trente ans, tout
des raisons pour pas mourir.
La pêche à la ligne. Qui dit mieux ? Il veut pas mourir du tout. Les
gardes civiques ça tue très
bien ! Ils vous ont de
ces mitrailleuses ! Sagesse
d'abord ! |
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à
Versailles à Versailles. |
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A
quoi bon changer
l'ordre social pour que
les autres se régalent et
qu'on soye soi morts et
martyrs ?
Victoire ? C'est vite dit ! Mais pas d'omelette sans casser d'œufs !
Et pas de bonnes victoires
pour les morts !
Chacun réfléchit forcément
!...
Quelles garanties ? Chacun se demande " in petto "... Est-ce bien sérieux
? Va-t-on mourir pour le
confort ?
Que les autres crèvent si ça
leur chante !
On verra bien comment ça
tourne... |
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C'est là le hic, le point
sensible, le "
ne-pas-se-mouiller " paysan,
c'est là qu'il faut pousser
au crime ! à plein orchestre
! que l'or entre en transe
et comment ! La vieille
Bastille et ses neuf tours,
serait toujours au
poste, altière, hautaine,
formidable, et ne gênerait
vraiment personne, pas plus
que Fresnes ou l'île de Ré,
si les Banques, les démons
de Londres, n'avaient
pas fait le nécessaire,
enflammé la viande saoule à
temps, déchaîné l'émeute,
le carnage, soulevé
l'ouragan des ragots, les
torrents de bave
conventionnels, l'ébullition
de la frime au sang.
L'arrière-petit-fils de Louis XIV serait encore à l'Elysée,
Marie-Antoinette révérée par
tous les enfants des écoles,
patronne de l'élevage des
agneaux, si Pitt avait pas
insurgé les petits
scribouilleux de l'époque,
pourri la noblesse à gaga,
versé les ronds à pleines
hottes, soudoyé la cour et
les champs, les mères
abbesses et les bourreaux...
Sans or les idées ne sont
rien. Il faut verser l'or à
foison, à boisseaux, à
tonnes, pour soulever le
peuple. |
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Qui n'en a
pas n'insurge personne. Pas
plus aujourd'hui qu'autrefois.
Tout d'abord
un commanditaire !
C'est la condition du spectacle ! Et point petit cave chichiteux ! quelque
hagard effaré comparse
! Pouah ! Quelle horreur !
Quelle insolence ! Non !
Tel répondant colossal ! Le plus coûteux des opéras ! Y songez-vous ?
L'Opéra des insurrections !
Avec Déluges ! Chœurs
symphoniques ! Oh l la ! la
! Si ça vous entraîne !
Tâtez-vous avant d'y toucher
! |
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Les têtes au bout des
piques... |
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Vous
en avez ? Z'en avez pas ?
Quelle est votre banque ?
Vous êtes raide ?
Alors taisez-vous ! Caltez ! emmerdez personne ! Vous êtes qu'un
petit impertinent ! un petit
garçon mal embouti ! Allez
donc apprendre la musique !
Ça vous disciplinera
l'esprit ! On n'insurge
qu'avec des espèces et pas
du semblant ! des
pichenettes ! Non ! Non !
Des trombes ! Cyclones de
pèze ! Guillotine est fille
de Guichet.
(Les Beaux draps, Ecrits polémiques, Ed. 8, 2017, p. 547). |
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