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                                                        ÉCRİVAİNS   

 

 

 

* Metin ARDITI (écrivain suisse, homme d'affaires et mécène passionné de musique): " Mettons les choses au point : je suis juif. J'ai beau être laïque, non pratiquant, non croyant, la moindre remarque antisémite me blesse. Même si elle vient d'un crétin. J'aurais aimé pouvoir écrire : " D'ailleurs, ils le sont tous, les antisémites. Des crétins. Du premier au dernier... " Le problème, c'est qu'ils ne le sont pas. (...) Dans le débat à propos de Céline, ceux qui ont fini par avoir sa peau ont tout mélangé. Céline était un auteur sulfureux ? Souvent ignoble ? Evidemment. Fallait-il le boycotter ? Surtout pas ! Au contraire ! C'était même la raison de s'y arrêter. D'explorer l'œuvre. Le " Voyage ", mais aussi les textes nauséabonds.

  Ce qui fait de Céline un auteur de première importance, c'est son talent immense, mais aussi cette rage, précisément. Cette incapacité à aimer. Un Céline plus lisse nous ferait moins peur. Mais alors il serait plus éloigné de nous. C'est le vrai Céline qui nous aide à appréhender la vraie vie. C'est ce Céline qui nous permet de saisir la condition humaine dans tout son paradoxe. (...) Quel pourcentage de Céline je porte en moi ? Trois pourcent ? Dix ? Vingt ? Trente-cinq ? Je parle de sa haine. Pas de son talent. De sa haine de l'autre. Celle qui rend si malheureux. "
 (Pour Céline, Le Monde, 7 février 2011, le Petit Célinien). 

 

 

 

 

 

 

 * Hannah ARENDT (née Johanna ARENDT, philosophe allemande naturalisée américaine 1906-1975): " André Gide se dit publiquement ravi dans les pages de la NRF, non qu'il voulut tuer les Juifs de France, mais parce qu'il appréciait l'aveu brutal d'un tel désir, ainsi que la contradiction fascinante entre la brutalité de Céline et la politesse hypocrite dont tous les milieux respectables entouraient la question juive. Le désir de démasquer l'hypocrisie était irrésistible parmi l'élite : on peut en juger en voyant qu'un tel plaisir ne pouvait même pas être gâté par la très réelle persécution des Juifs par Hitler, laquelle était en plein essor au moment où Céline écrivait. Pourtant, cette réaction était due à l'aversion pour le philosémitisme des libéraux, bien plus qu'à la haine des Juifs. " ( Le système totalitaire, Points-Seuil, p.59.)

  Il s'agirait selon Hannah ARENDT, pour Céline, de faite tomber le masque à une société hypocrite à l'égard des Juifs. Céline jouerait en quelque sorte le rôle du bouffon. Avec cynisme, il dit : voilà ce que vous pensez vraiment sans l'avouer avec votre absurde philosémitisme. Je dis ce que vous n'osez pas dire, pour vous mettre le nez dans votre bêtise, pour montrer jusqu'où peut aller ce siècle dans le ridicule. Par ses pamphlets grotesques, Céline décrirait ainsi ce qui à ses yeux caractérise notre époque : le ridicule.
 ( paris4philo.org ).

 

 

 

 

 

 * Olivier BARDOLLE (critique, essayiste, dirige la maison d'édition " L'éditeur "): " Vous qui admirez tel ou tel auteur à succès, gardez-vous de l'approcher, vous pourriez en souffrir cruellement. En général, en littérature, comme en tout autre domaine, les stars sont infréquentables et vous décevront à coup sûr. Qu'en est-il de nos stars littéraires ? Houellebecq, notre nouveau Goncourt, est-il de bonne compagnie pour le quidam qui tenterait de l'approcher ? Ce sont les œuvres qu'il faut fréquenter, et non l'auteur. Celui-ci est supposé avoir mis le meilleur de lui-même dans les textes, il n'est donc pas surprenant qu'il apparaisse dans la vie comme inférieur à l'idée que l'on se fait de lui.

  C'est là la grande désillusion pour le lecteur transi, derrière le créateur, il y a l'homme et l'homme est comme tous les hommes, petit, mesquin, et parfois même ignoble. Surtout lorsque l'on a affaire à ce que l'on appelle un génie. Il suffit de penser à Céline pour percevoir l'écart qui existe entre le chef -d'œuvre et le bonhomme qui, très péniblement lui a donné forme. Souvenez-vous du rêve d'Icare qui voulait s'approcher du soleil et s'est brûlé les ailes. Regardez-les de loin, à bonne distance, et repaissez-vous tranquillement de leurs livres, soyez vampires, l'essentiel est dans le texte. Rien que le texte, toujours le texte, lui seul résiste au temps. C'est d'ailleurs ce phénomène qui explique la gloire posthume, les auteurs morts ne nous cassent plus les pieds, on peut enfin les admirer tout à son aise. "
 (Tenez-vous à l'écart des monstres sacrés, Service littéraire n° 36, décembre 2010).

 

 

 

 

 

 

 * Albert BEGUIN (écrivain, critique et éditeur suisse, 1901-1957) : " Je tiens le Voyage au bout de la Nuit pour l'un des quelques livres indispensables de notre temps, parce que c'est un livre vrai, comme il n'y en a pas beaucoup. À mon sens, cela n'a rien à voir avec le procès Céline, dont je ne sais pas grand-chose et qui ne sera pas tranché selon le talent de l'accusé, je suppose. Il n'est pas inutile d'ajouter qu'après le Voyage, Céline n'a plus écrit une ligne valable. Tout le reste est divagation d'un cerveau malade ou ignoble explosion de bassesse.

  Tout antisémitisme est répugnant, mais celui de Céline, gluant de bave rageuse est digne d'un chien servile. Aussi être cet écrivain et finir par aboyer : telle est la vraie tragédie de cet homme, à quoi sa condamnation ou son acquittement ne changeront rien, ni les contre jappements de ses ennemis, ni les lamentos de ses laudateurs, apologistes et correspondants. "
 (Le Petit Célinien, 12 sept. 2014).

 

 

 

 

 

 

* Frédéric BEIGBEDER (écrivain, critique littéraire, réalisateur et animateur de télévision) : " Jusqu'en 2014, le roman de Sigmaringen était celui de Louis-Ferdinand Céline, D'un château l'autre (1957). Une autojustification ubuesque où le docteur Destouches ridiculisait ce huis clos grotesque de collabos en fuite, kidnappés et enfermés pendant huit mois à partir de septembre 1944 par Hitler dans un château allemand de 383 chambres. L'immense prosateur musical tentait de dédramatiser Sigmaringen en décrivant une foire d'impuissants et de mythomanes.
  Tourner en dérision " Sieg-maringen " (il en modifiait volontairement l'orthographe pour y inclure le salut nazi) était le moyen que Céline avait trouvé pour se disculper, en faisant passer la clique de fascistes français pour des branquignols écervelés. En cela il rejoignait la thèse défendue par le général de Gaulle et François Mitterrand : la France de Vichy n'était qu'une parenthèse minable ; ce n'était pas la République mais une farce censée protéger les Français contre l'occupant allemand. Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac a mis fin à cette légende en reconnaissant la responsabilité de la France dans les massacres d'enfants juifs.

 Cinquante-sept ans après Céline, que pouvait ajouter Pierre Assouline ? La distance. Né en 1953 à Casablanca, il a passé sa vie à tenter de comprendre cette période trouble de notre Histoire, publiant des essais sur Combelle, Jardin et Girardet. Dans Lutecia il avait déjà utilisé les règles de la tragédie antique (unité de temps, de lieu et d'action). Sigmaringen est moins lyrique que D'un château l'autre, mais plus documenté. C'est le Club Med du pire, observé par un G.O. en col cassé. Personne à sauver : Luchaire, Pétain, Déat, Darnand, Laval, Bonnard, Rebatet, Céline, le panier de crabes n'ira pas au Panthéon. La guerre est perdue, les Russes sont derrière, les Américains devant, l'Allemagne sous les bombes. La tuerie continuera jusqu'en avril 1945. Sigmaringen est un lieu tellement romanesque qu'on est surpris que si peu de romanciers s'y soient confrontés. On se demande bien ce que Modiano aurait fait d'un cloaque pareil : Château triste ? Pierre Assouline y plaque une histoire d'amour entre un majordome allemand et une intendante française. On lui préfère l'hommage à L'Humeur vagabonde de Blondin ( " Un jour, nous avons recommencé à prendre des trains qui partent "), et le choix de la décence plutôt que de la démence.
 Vu de 2014, l'année 1944 paraît si surréaliste et cependant si proche... Le " devoir de mémoire " est une expression idiote ; disons que nous n'avons pas droit à l'amnésie.
 (D'un Sigmaringen l'autre, Le Figaro Magazine, Le feuilleton de Frédéric Beigbeder, 28 février et 1er mars 2014).

 

 

 

 

 

* Alain de BENOIST (intellectuel, philosophe, principal représentant de la " Nouvelle Droite "): " Céline n'a pas dit toute la vérité, mais il ne s'en est guère éloigné. Dans L'école des cadavres, il avait écrit: " La haine contre les allemands est une haine contre nature, c'est une inversion, c'est notre poison mortel, on nous l'injecte tous les jours à doses de plus en plus tragiques ". Lui-même n'avait cependant guère d'affinités avec les Allemands, lesquels le lui ont bien rendu.

  Sous le IIIème Reich, son œuvre est restée largement ignorée outre-Rhin. La seule appréciation " officielle " que l'on connaisse sur l'ensemble de son œuvre est celle de Bernhard Payr, qui lui est hostile. L'opinion favorable à Céline que l'on trouve chez Karl Epting émane d'un milieu francophile très marginal. La même gêne pour rapporter le contenu de ses livres à l'idéologie alors en vigueur en Allemagne se constate d'ailleurs aussi bien chez Epting que chez Payr. Les seules marques d'intérêt qui ont pu lui être témoignées en Allemagne résultent uniquement de l'antisémitisme dont il a été crédité, en partie sur la base d'une traduction " arrangée " de Bagatelles. Quant à l'interdiction prononcée contre ses romans, elle ne saurait être contestée. "
  (Céline et l'Allemagne 1933-1945, BC n°83, juillet 1989).

 

 

 

 

 

* Alberto BEVILACQUA (écrivain, réalisateur et scénariste italien): " Dans Il Messagero (30 déc.1983) a paru un entretien de l'écrivain Alberto BEVILACQUA avec Salvatore Taverna, sous le titre " Teneri cari oggetti " A la question " Vous avez connu Céline. Quelle est l'impression que vous gardez de votre rencontre avec l'écrivain ? " BEVILACQUA répond ceci: " Je connus Céline par l'intermédiaire de la Piaf qui avait, à sa façon, mis en musique la Chanson des Gardes Suisses par laquelle s'ouvre Voyage au bout de la nuit. Je conserve dans mes archives, sur bande magnétique, une longue interview qu'il m'accorda et qui demeure inédite... (...) J'ai également un journal relatant mes rencontres avec lui, à Parme. Un jour, je le retrouverai. Pour l'instant, je vous livre un passage de cette interview très exclusive:

 " Quand on a découvert mon génie, on a cherché à me blesser à mort, jusqu'à me faire devenir fou. Moi, persécuteur des Juifs ? Mais, non. On voulait une image de moi parfaitement en accord avec leur haine. Et moi, grâce à quelques pamphlets, je la leur ai donnée. Vous êtes servis, messieurs. Que vous êtes monotones ! Dans votre monotonie de merde, ma vengeance est là. Je vous ai trompés. Voilà mon chef -d'œuvre que je n'ai pas écrit. La culture européenne agonisait et moi, je l'ai poussée au moins à une réaction vitale: de la haine contre moi. "

 " La Piaf rapprochait Céline de Marcel Cerdan. Elle disait: il y a encore autre chose sous ces poings... Paroles et poings cachaient de profondes blessures mortelles ". Authentique tout ceci ? Il reste à BEVILACQUA à dissiper les doutes... "
  (BC n°20, avril 1984).

 

 

 

 

 

 

 * Isabelle BUNISSET (journaliste, critique littéraire à Sud -Ouest et chroniqueur viticole pour Figaro Magazine) : " Villa Maïtou, 25 ter, route des Gardes, Meudon, 30 juin 1961, 16 heures : Il me faut encore repousser ses avances ".
  C'est la première phrase du premier roman de la journaliste Isabelle BUNISSET, Vers la mort, qui paraît le 13 janvier 2016 aux Editions Flammarion. Sous des airs de biographie romancée, ce livre situe son histoire le 30 juin 1961, dans la mansarde de Meudon de Louis-Ferdinand Céline sur le point de mourir.

  Mettant un point final à Rigodon, son roman testament, il évoque son parcours littéraire, ses déconvenues et sa déchéance.
 (Livres Hebdo, 27 décembre 2015).

 

 

 

 

 

 

 * Jean CASSOU (écrivain, résistant, 1897-1986) : " Le 12 décembre 1932, Jean CASSOU, qui n'était pas encore militant communiste, écrivait un article de seize pages sur Voyage au bout de la nuit, dithyrambique, l'un des plus pertinent : " La chance n'a pas encore été chassée de l'univers. [...] Il arrive encore des miracles. [...] Céline est un dramaturge de première ordre et qui excelle dans le monologue. [...] Il a crée une langue parlée [...] non comme celle de Ramuz... [...] Pas d'entracte : un bourdonnement sans fin dans l'oreille du lecteur, [...] la rumeur même de la vie, terrible comme le bruit de l'océan. [...] Céline a le sens de l'infini. [...] L'ardeur déployée par les hommes pour s'exploiter mutuellement, [...] c'est cela que chante le poème de Céline avec un entrain qu'on ne trouve que dans les meilleures épopées, dans les plus vénérables trésors des littératures. Une bonne humeur, un lyrisme, un sens de l'absurde, une nouveauté, une ingénuité admirable. Comme Panurge déjà cité, comme le subtil Ulysse, comme Charlie Chaplin, le héros de Céline cherche à s'échapper aux engranges de cette formidable machine. " (Année Céline 2003).

 Sur le point d'être imprimé, pour on ne sait quelle revue, l'article ne fut pas publié, on ne sait pourquoi. Jean CASSOU, d'origine espagnole, après une jeunesse vagabonde, devient secrétaire de Pierre Louÿs en 1919, puis rédacteur au ministère de l'Instruction publique et inspecteur des Monuments historiques. Publie son premier roman en 1925. Il présidera en 1934 le premier meeting des intellectuels antifascistes ; en 1936, prendra la direction de la revue d'extrême gauche Europe et deviendra chargé des Beaux-Arts au ministère de l'Education nationale (cabinet de Jean Zay). Arrêté par Vichy en 1941, résistant dans le Tarn en 1943, il sera membre du C.N.E. en 1944. Wladimir Jankélévitch était son beau-frère.
  En mars 1946, dans une lettre à Lucette, Céline le comptera dans le " petit cercle d'écrivains communistes super-haineux " avec Aragon. "
 (Spécial Céline, n°12, 2014, p.14).

 

 

 

 

 

* François CAVANNA (écrivain, dessinateur humoristique, journaliste) : " Dans un petit inventaire sommaire et non limitatif des bienfaits auxquels nous pouvons dès aujourd'hui nous attendre en cas de prise de pouvoir par le Front national, à l'entrée Littérature " : " La France a produit deux écrivains sublimes : Louis-Ferdinand Céline et Philippe Bouvard. Tout le reste peut être brûlé. "
(La Vie en rose, Charlie-Hebdo, 29 novembre 1995).

 

 

 

 

 

 

 * Jean CLAIR (conservateur général du patrimoine, écrivain, essayiste, historien de l'art français, académicien depuis mai 2008) : " Relisant Les Beaux Quartiers, j'ai mieux compris pourquoi Aragon, que j'avais tant aimé, a fini par m'être aussi peu supportable. Le ton suffisant, la faconde, le don des pirouettes verbales, toutes ces élégances trop françaises. Mais, surtout cette façon à lui de revendiquer, comme un privilège, d'être le seul gardien de la classe ouvrière. On songe à Garance, répondant à Montray, qui lui demande qu'on l'aime : " Etre aimé, mon ami ? Mais alors, les pauvres, qu'est-ce qui leur restera aux pauvres ? " de ce grand bourgeois à la parole aisée, à l'assurance naturelle, à la certitude affichée, au jugement si prompt, on finit par redouter, si quelqu'un venait à le contredire, le ton soudain qui deviendrait cassant. 

 [...] Céline, à l'autre bord, du fond de ses banlieues déglinguées, confessait sa misère et hurlait sa peine. Peine de classe inexpiable, insondable, en laquelle je me retrouvais mieux. Sans doute savait-il lui ce dont il parlait. Qui d'autre que lui avait su parler de " la haine qui vient du fond, qui vient de la jeunesse, cette pitié pudique, bravasse et juronnante du toubib de quartier, qui remplaçait la superbe bavarde du soi-disant " Paysan de Paris ". La vie des champs, ici, c'était les banlieues, la zone, tout ce qui restait des fortifs, là où Rousseau allait herboriser, du côté des Lilas et de Romainville.
  Chez Céline aussi, pourtant, je soupçonnais la complaisance. Courbevoie, Clichy-la-Garenne et Bezons, les grosses chaussures qui blessent les pieds, les humiliations quotidiennes, la violence, les mots orduriers et les terrains vagues, les dispensaires où poireautaient des pauvres, plus pauvres encore de ne pas savoir dire ce qui les afflige, je savais ça par cœur.

  Mais Céline savait trop, disait trop, criait trop fort. Ce n'était pas non plus la façon de parler de la misère que j'avais connue, et qui resterait sobre. Et puis, cette manie d'aller chercher un bouc émissaire, et de vitupérer comme un dément...
  La vérité, c'est que de la misère, on ne peut rien dire. Elle laisse sans voix. Il faut passer outre, se taire, faire comme si ça n'avait pas eu lieu. On revient de la misère comme on revient de la guerre, absent, mutique : ceux qui sont allés au front ou dans les camps ne parlent pas. Ou bien longtemps après, quand la douleur s'est dissipée, laisse-t-elle enfin passer, non ce qu'elle a été, mais le souvenir confus de ce qu'elle fut. C'est le moment où l'on ne se souvient même plus que l'on ne se souvient plus. Je n'ai jamais été tout à fait rassuré. "
 (Jean Clair, Journal atrabilaire, Gallimard, 2006, in Petit Célinien, 13 nov. 2013).


 

 

 

 

 

 * Michel CREPU (écrivain, critique littéraire, journaliste): " Au sujet des maudits pamphlets, il est, hélas, inexact de dire qu'ils sont moins bons que le reste : le génie langagier de Céline y éclate partout, ce serait trop beau d'avoir un Céline antisémite mauvais écrivain, et un Céline " correct " version populo, écrivain génial. Si Céline est le plus grand du XXe siècle avec Proust, ce n'est pas malgré son délire antisémite, d'une nature toute différente que celui d'un Brasillach ou d'un Drieu, des " militants " comparés à l'auteur de Rigodon, tout à fait d'un autre registre, mais parce que l'extrême charge de lucidité dont son texte est porteur n'est pas détachable de son point aveugle. Céline n'est pas tantôt abject, tantôt sublime. Il est les deux d'un même mouvement.

  On a en même temps la lucidité implacable sur la vérité nihiliste de notre temps et son aveuglement sur cette même vérité nihiliste. Choisir l'un contre l'autre pour des raisons de prudence idéologique, c'est perdre les deux. C'est, à la lettre, ne rien comprendre à rien. A cet égard, la volte-face ministérielle, toute préoccupée qu'elle soit d'éviter la polémique, ne fait qu'en alimenter une autre, bien plus forte et décisive. Certes, il est plus facile d'applaudir aux indignations de M. Hessel qui, coiffé de son bonnet phrygien, caracole de télévision en télévision, sa détestation d'Israël sous le bras. Or lire Céline, le lire vraiment à fond, c'est entrer dans l'intelligence de la boîte noire d'un siècle dont nous sommes les héritiers aveugles. Voilà qui pourrait être l'objet d'une commémoration et non d'une absurde " célébration nationale ". Se refuser à ce travail, car c'est un vrai travail, c'est choisir que l'aveuglement continue. "
  (Céline, boîte noire du XXe siècle, Tribune publiée dans Libération le 27 janvier 2011, Revue des Deux Mondes, juin 2011).

 

 

 

 

 

* Robert de SAINT-JEAN (écrivain et journaliste, compagnon de l'écrivain américain d'expression française Julien Green, 1901-1987) : " 22 février 1933. Hier, après dîner, vu Céline chez Daniel Halévy. Bâti comme un « compagnon », lourdes pattes, la tête très grosse comme Bardamu, avec un front volumineux et des cheveux en désordre, des yeux clairs, très bleus, petits et pleins de méditation, des yeux « sérieux » d'homme qui a couru beaucoup de dangers, pris des responsabilités, etc., des yeux de marin (il est breton) ou de psychiatre (il est docteur). Simplicité apparente. Complet marron, sportif. Il sait l'anglais, dit-il, admire l'Angleterre, Shakespeare bien entendu...
 Dans un coin, Madeleine, qui a entendu qu'on parlait « d'une Renaissance », soupire :
- Depuis des mois je suis hantée par cette idée de Renaissance !
 

  Lucien Daudet est là aussi, muet devant « l'ouvrier des lettres » qui est devenu l'homme du jour. Céline voit beaucoup de communistes à Clichy, nous dit-il, et il constate que les membres du parti, en général, ne comprennent rien aux théories marxistes même si on les leur traduit par un : « La maison du riche est à toi, prends-la. » Ils ne se laissent mener que par leurs passions. A la mairie, livres de Marx jamais lus ; La Garçonne usée et noircie, au contraire. Des files de quémandeurs. Besoin du peuple français de demander des faveurs, des miettes, des privilèges, même à un député communiste. Byzantinisme des décrets de Moscou. Au fond l'U.R.S.S. reste lointaine, n'est ni aimée ni comprise. Céline croit que la révolution russe n'est pas pour l'usage externe et que, sans cela, plusieurs pays d'Europe centrale, où sévissent chômage et misère, seraient déjà passés au communisme.
 (Robert de Saint-Jean (1901-1987) Journal d'un journaliste, Grasset, 1974, in Le Petit Célinien, 3 oct. 2014).

 

 

 

 

 

 

* Philippe d'HUGUES (critique de cinéma)  Avec D'un château l'autre il réussissait enfin, en 1957, l'opération tant attendue. Le sujet se prêtait à un lancement à grand fracas: Sigmaringen, le Maréchal et ses ministres en détention forcée, les réfugiés de la collaboration et parmi eux, Céline, Lili, sa femme, son ami Le Vigan, sans oublier le chat Bébert. Ce fut l'apothéose attendue avec tout le tintamarre prévisible. Polémiques, critiques acerbes ou enthousiastes, entretiens télévisés à Lectures pour tous, avec Louis Pauwels, avec d'autres encore, rien n'y manqua.

  Chaque fois Céline en rajoutait dans la dérision et le sarcasme, pour la plus grande joie des badauds qui applaudissaient. Céline avait retrouvé la place, prépondérante et scandaleuse à la fois, qu'il occupait à la veille de la guerre. Il la conserverait jusqu'à sa mort et sa réputation post mortem ne ferait que la confirmer et l'amplifier jusqu'à en faire l'autre grand du XXe siècle avec Proust."
  (
Chronique buissonnière des années 50, Ed. de Fallois, 2008).

 

 

 

 

 

* Pierre DUCROZET (écrivain français qui après avoir passé sept ans à Barcelone vit entre Berlin et Paris) : " En réalité, vous aviez raison, ce visage ne me dit rien que ne dise sa plume. Je crois parler de son nez, j'évoque sa virgule. Cela étant dit, une interrogation demeure. A nouveau, comme souvent à propos de Céline, on se demande, et on a raison parfois de se demander : comment un tel homme, bilieux, ratiocineur, petit et si terriblement français, comment un tel homme a-t-il pu, depuis sa bicoque sordide de Meudon, révolutionner l'ensemble de la littérature, la pousser jusque dans ses ultimes retranchements ?... Magie de l'art. Mystère et bouche cousue. Pourtant, ce qui devrait passer pour un paradoxe n'en est pas un. Céline lui-même l'explique dans ses Entretiens avec le Professeur Y : seul le " rendu émotif " compte, le style et ce qui coule là-derrière. Dès lors, on le sait, le plus infâme salaud peut devenir un diable d'écrivain, s'il voit, s'il sent, et s'il sait traduire ses émotions en mots neufs, tranchants, vibrants dans l'air. Or de l'émotion, il en avait à revendre, le père Ferdinand, des pelletées, des wagons entiers, biseautés à merveille, lancés à toute vibure sur des rails crées de toutes pièces, entièrement neufs, comme il tente de l'expliquer à l'incontinent Professeur Y.
   Il faut lire cet exceptionnel ouvrage dans lequel Céline fait preuve, en plus d'un immense humour, d'un discernement remarquable quant à son œuvre, son génie, son invention - petite, toute petite, trois fois rien, " l'émotion du parlé dans l'écrit ", mais d'une ampleur insensée dont il a lui-même saisi toute la portée.

   Et comment saisir cette émotion si fugace ? Grâce au style, bien sûr - ah bon, et quel style ?... Ah ! ah ! Monsieur est intéressé... Et bien celui qu'on lui connaît, seulement à l'état d'ébauche dans Voyage au bout de la nuit et qui va prendre sa véritable dimension dans les romans suivants : cette musique si particulière, syncopée, comme rythmée par un canon, cette symphonie écumeuse, éructante, lyrique à souhait, portée par un fabuleux éclat de rire et un cœur prêt à se rompre...
 L'émotion dont parle Céline, c'est la fièvre. L'art, ce n'est pas autre chose, une fièvre tenace, la musique du sang. Céline est un ultra-sensible, et comme tous les sensibles, il souffre, il voit double, il déforme le réel pour pouvoir le supporter. Il a les nerfs à vif, sa plume tressaute, mais son génie - le revoilà celui-là - est de ne pas faire dérailler ce " métro émotif ", de garder la mesure, de faire danser le feu dans sa paume en l'attisant, jusqu'à l'embouchure, jusqu'au silence. "
 (Spécial Céline n°15, Pierre Ducrozet, Le métro émotif, Relecture, hiver 2014).

 

 

 

 

 

* René-Louis DOYON (libraire, conseiller littéraire chez Denoël, 1885-1966): " Mais il devait me montrer qu'il n'était pas indifférent à mes intentions et qu'il appréciait ma critique en m'adressant la lettre étonnante qu'on va lire et dans quoi il se trouve tout entier avec son exaltation et sa vive sensibilité.

 - " Meudon, le 25 juin 1960, / Mon cher DOYON, / Avec votre lettre si admirablement probante je vais parfaire mon dossier pour candidature aux deux Nobel à la fois, la Paix et le Roman. / A moi enfin j'aurai la vieillesse enviée, respectée, réparatrice de tant d'années miteuses, tragiques...  Grâce à vous tout va s'arranger... encore peut-être un peu de piston ? établir quelques " listes ". / Votre ami, touché. / Céline. "

    J'avoue avoir été touché et surpris par ces mots.(...) Je regrette de n'avoir pas une dernière fois salué le héros de 1914, le voyageur si riche de souvenirs, l'observateur attentif, le cœur pitoyable aux souffrances humaines, le grand Louis-Ferdinand Céline, mais je ne manquerai jamais de lui rendre hommage. "
  (
Les Livrets du Mandarin, oct.1963, dans le BC n°100, janvier 1991). 

 

 

 

 

 

* Claude DUNETON (écrivain, romancier, chroniqueur au Figaro Littéraire, 1935-2012) : " Je dirais plus, je soupçonne Céline de s'être régalé en compagnie d'un tel énergumène, et de l'avoir pris pour répétiteur. Après tout Destouches avait fréquenté le grand monde, la faculté de médecine, les ingénieurs de Ford, les paperassiers de la Société des Nations. Il savait l'anglais, il était devenu un crack. Louis-Ferdinand Céline avait besoin de réviser un bon coup, de se remettre dans l'ambiance et la chaleur du " bas " langage.

    Tandis que le copain Gen-Paul était resté brut de décoffrage, la gueule en coin, pas la langue dans sa poche... Il se rinçait l'oreille Céline, je crois bien, il faisait son miel de la jactance immaculée de l'autre - il le vampirisait en douceur ! Avec lui, il répétait sa fameuse, sa géniale " petite musique ", si juste, si vibrante dans l'utilisation du langage... D'un langage vrai, solide, absolument pas " inventé ! "
 (La mort du français. Extrait).

 

 

 

 

 

 * Jean DUTOURD (romancier, académicien): " Je crois que Céline sera aussi démodé dans trente ans qu'est démodé aujourd'hui le style artiste des frères Goncourt. "
  (Paris-Match, 22 avril 1993).

 

 

 


 

 

* Alexandre DUVAL-STALLA (avocat, écrivain, maître de conférences en histoire et philosophie politique): " L'affaire est entendue. Céline est un grand écrivain, mais c'est un sale type emmuré dans son antisémitisme. Abattons l'homme pour mieux abattre ses livres. Aseptisons cette éructation obscène et dérangeante contre les mensonges d'un monde qui nous ont pourtant conduits aux massacres. Que triomphent les principes moraux de Kant sur les réalités politiques de Machiavel. Place au monde merveilleux des romans à l'eau de rose. Autorisons-nous néanmoins quelques réactionnaires convenables érigés en intellectuels. Comme le frisson du bourgeois qui s'encanaille. Mais pas Céline. Trop monstrueux. Trop juste. Trop cruellement vrai. Et de faire de Céline le bouc émissaire des atrocités d'un siècle dont il a dénoncé le chaos.

  Ce qui dérange chez Céline ? La révélation du mal, de l'odieux, de l'atroce qui déchire le voile d'innocence d'une humanité qui se cache derrière elle-même pour éviter de s'avouer telle qu'elle est. Certes, il y eut des héros. Ils l'ont été, peut-être et sûrement, parce qu'ils n'étaient pas dupes. Entre les hypocrisies morales des uns et les mensonges obscènes des autres, ils ont choisi l'action. (...) Certains livres nous apprennent à devenir des héros. Le Voyage sûrement. Car Céline, plein de ses démons, nous fait plus réfléchir et agir que la bonne conscience morale , les bons sentiments et les romans qui finissent bien. Bref, de la littérature avec du bruit, du sang, des larmes, du caractère. Et non des états d'âme transformés en best-sellers. Lire Céline, c'est se confronter à soi-même sans mensonge. Là est son génie. " (Voyage au bout du génie, Transfuge n° 49, mai 2011).

 

 

 

 

 

 * Öyvind FAHLSTRÖM (peintre, écrivain et poète suédois 1928-1976. Céline lui accorda un entretien un an avant sa mort):  " Meudon est une sorte de Hagalund français. Meudon descend vers les bras de la Seine et sur un énorme complexe industriel. Les maisons de l'endroit sont de style Louis XIV, ce sont de grands pavillons en pierre de taille avec des toits à la Mansart. " (...) c'est le troisième pavillon... celui d'où vient le vacarme... ma femme - Lucette Almanzor... vous êtes de... - ma femme enseigne la danse... ", avait dit Céline au téléphone, c'était exactement ce qu'il avait dit, un bruit sourd, lourd et monotone de pieds et de tambourins me conduisit à l'écrivain.

  Céline, massif, large et voûté, le volume du personnage est amplifié par une veste de laine doublée, un gilet, un châle, de grosses chaussettes et des pantoufles en peau. Le salon aux meubles recouverts de tissus à fleurs est encombré de vieilles couvertures, d'édredons, de robes de chambre. Il fait froid et ça sent le chat dans l'air confiné de la chambre sans aération. Céline se déplace lourdement et avec difficultés. Un vieil aigle empaillé usé, un lion mité - oui, mais pas un objet de musée, un lion estampillé et pas endommagé par un séjour en cage. Ses yeux sont creusés, le regard est sombre et perçant ; le front est haut, le menton lourd, les dents serrées. Sa voix est douce, c'est inattendu, mélodieuse même.

  Une politesse toute accomplie et qui ne cherche pas à cacher un certain dédain et la méfiance. Céline se lance immédiatement sur ma nationalité : " Vous qui êtes suédois... racontez à vos compatriotes que Marianne von Rosen... a suivi pendant trois ans les cours de ... bien sûr vous ne connaissez pas son nom... Marianne von Rosen est devenue célèbre dans le monde entier mais elle n'a jamais reconnu cela : que c'est à ma femme qu'elle doit ce qu'elle est devenue. "
  (Expressen, Mort de Céline - un Ezra Pound français : génie et démence, 5 juillet 1961).

 

 

 

 

 

* Alain FINKIELKRAUT (écrivain, philosophe): " Répondant à la question - " La position politique de Heidegger discrédite-t-elle son œuvre ? (le Figaro, 29 oct.1990) " - Alain FINKIELKRAUT se lamente parce qu'à une question semblable concernant Céline, les intellectuels répondent différemment. Et de conclure: " Pourquoi faire ainsi deux poids, deux mesures, sinon pour perpétuer à l'ombre de la Shoah la vieille et imbécile querelle du style français contre la lourdeur allemande ? " Il fallait y penser et sachons gré à ce grand philosophe d'y avoir songé pour nous. "
 ( B.C. n° 99, décembre 1990
).

 * Il nous faut assumer l'héritage contradictoire de Céline. Jamais un lycée de France ne doit porter le nom de Céline, mais je ne suis pas sûr qu'un tel écrivain ne doive pas faire l'objet de commémoration. Je suis surtout très inquiet des conséquences de cette décision, car cela va accréditer l'idée que le " lobby juif " fait la pluie et le beau temps en France. "
  (Autres réactions, BC n° 327, février 2011).

 

 

 

 

 

* Marc FUMAROLI (historien, essayiste et académicien) : " Pour moi, il y a un Céline d'avant et un Céline d'après. Après, je veux dire après le cataclysme qui a fait du picaro imprécateur du " Voyage " le proscrit et le témoin de " Rigodon ". Avant, c'est le prophétique " Voyage ", suivi d'un " Mort à crédit " déjà menacé de maniérisme, et de pamphlets frappés de logorrhée. Après, c'est la fantastique trilogie des années 1950-1965, " D'un château l'autre ", " Nord ", " Rigodon ". Ce triptyque hausse Céline, quoique simple sous-fifre dans le camp des bourreaux vaincus et condamné au plus indéfendable des points de vue, dans le peloton de tête des plus grands témoins littéraires du désastre, un Chateaubriand dans l'éternité, et un Robert Antelme, un Primo Levi, un Victor Klemperer, un Vassili Grossman de son propre temps et dans l'autre camp.

 Le témoin volubile qui parle dans le triptyque célinien n'est ni centurion ni Judas, mais un Pierrot extralucide, Ferdine, en voyage à l'épicentre du séisme historique avec sa Colombine, Lili ; son chat Bébert et leur comparse La Vigue. La petite troupe égarée suit, dans un ancien château forestier des Hohenzollern, le vainqueur de Verdun assigné à résidence par ses ex-vaincus. Elle fuit l'avance alliée dans Baden-Baden et Berlin bombardées, puis à Zornhof, un manoir féodal du Brandebourg. Chassée de nouveau par l'avance russe, elle emprunte alors d'invraisemblables derniers trains en partance pour le Danemark, le but de cet étrange tourisme aux Enfers. "
   (Céline en Sganarelle, Le Point n°2017, 12 mai 2011).

 

 

 


 

 

 

 * Matthieu GALEY (critique littéraire et théâtral, écrivain, 1934-1986) : " On peut faire semblant de l'ignorer, mais on ne peut pas l'oublier, ce Céline. Après lui, toute œuvre " traditionnelle " vous a un petit air d'Ancien Régime qui ne pardonne pas. [...] L'artiste travaille sans filet. Céline est un joueur qui remet sur la table, à chaque fois, tous ses gains : quitte ou double.

 [...] Fini Voyage au bout de la nuit. Je suinte de tristesse, l'humanité entière me dégoûte et moi-même avec, mais quel bouquin !
 Ce qui m'étonne le plus, cachées parmi les points de suspension, c'est d'y trouver soudain des envolées à la Chateaubriand, pleines, compactes, comme des gemmes dans une gangue d'argot. "
 (Journal intégral 1953-1986, Robert Laffont, 2017).

 

 

 


 

 

* Xavier GRALL (poète, écrivain, journaliste breton, 1930-1981) : " A Trévignon, devant les barques qui se dandinent et tirent sur l'ancre, dans le bruissement du clapot, dans cette musique grise qui semble lever des profondes entrailles du sable et des algues, oui, l'on retrouve la seule tendresse durable de Louis-Ferdinand Céline. La mer ! Toujours la mer ! A elle ses plus belles pages, à elle ses féeries, à elle ses dingueries les plus tendres. Il détestait la terre.

 Comme beaucoup de médecins, ces fouailleurs pessimistes des sanies et des vices, c'est à l'océan qu'il demandait l'espoir et la consolation. " Sur la mer que j'aimais comme si elle eut dû me laver d'une souillure ", avait déjà dit Jean-Arthur Rimbaud, cet autre bourlingueur. Idem de Céline ".
 (Céline blues, Le Monde, 3-4 octobre 1976, dans le Petit Célinien, 8 déc. 2011). 

 

 

 

 

 

* Cécile GUILBERT (essayiste, critique et écrivain): " (...) Aussi, parallèlement aux lettres préfigurant son drôlissime Entretien avec le Professeur Y dans lequel il définit sa méthode et son style à travers les célèbres images du " métro " émotif et du langage semblable au " bâton " préalablement tordu pour paraître " droit " quand il est plongé dans l'eau, c'est une prodigieuse révélation que de l'entendre, dès 1947, comparer son labeur à celui d'un archéologue de l'impalpable :

 - " Tout est déjà dans l'air il me semble. J'ai ainsi vingt châteaux en l'air où je n'aurai jamais le temps d'aller. (...) Quand je m'approche de ces châteaux il faut que je les libère, les extirpe d'une sorte de gangue de brume et de fatras... que je burine, pioche, creuse, déblaye toute la gangue, la sorte de coton dur qui les emmaillote. (...) Je ne crée rien à vrai dire. Tout est fait hors de soi - dans les ondes je pense... "
  (Le Monde des Livres, 17 déc. 2009).

 

 



 

 

* Jacques HENRIC (critique, essayiste et romancier): s'insurge à la suite du refus opposé au classement de la maison de Céline à Meudon - " Cessons l'hypocrisie: reconnaissez, vertueuse citoyenne DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles), et faites-le savoir haut et fort, qu'en France comme aux Etats-Unis, on ignore les œuvres pour ne porter désormais qu'un jugement moral sur le seul comportement idéologico-politique des écrivains et des artistes. Or, c'est très exactement cela le phénomène du " politiquement correct "...

 (...) Donc, que la très officielle DRAC en convienne... Puis-je signaler à notre implacable justicière quelques-uns de ces trublions no-correct ayant tenu, eux aussi, des propos plus que " douteux " (insultes aux femmes, à la démocratie, apologie de la peine de mort, racisme, antisémitisme...) Déboulonnons les plaques: out Balzac, Baudelaire, Claudel, Giraudoux, Flaubert, Ronsard, Châteaubriant, Voltaire, Huysmans, Degas, Aragon, Artaud, Genet, Eluard, Miller, Jouhandeau, Picasso, Blanchot, Sartre... Elle a du pain sur la planche, notre incorruptible DRAC ! "
  (Art Press, juillet-août 1992).
 

 

 

 

 

 

* Jean-Louis HOUDEBINE (universitaire, traducteur, écrivain, jazzman): " Dans les pamphlets l'emportement du langage hyperbolise les expressions, mais Céline demeure un écrivain et ne rentre pas dans l'action. Les pamphlets sont littéraires et les questions esthétiques mobilisent tout autant Céline que son antisémitisme. Ses positions esthétiques l'éloignent radicalement de l'extrême droite : Céline est coincé entre l'académisme de Je suis partout et l'académisme de Vaillant-Couturier. Il faut se poser la question : quel est l'enjeu esthétique de Bagatelles ? L'autre question est : peut-on parler de " comique " à propos des pamphlets ?

  L'antisémitisme ne peut pas faire rire. Le mot " jubilation " correspond plus justement : jubilation atroce comme dans l'injure ou l'insulte. Il y a une poésie de l'abjection dans la verbalisation de la haine. Ceci amène au problème de la littérature et de la négativité. La haine de Céline est parfaitement insoutenable, mais comment aurait-il pu écrire ailleurs sans la même haine ? Dans les pamphlets la transposition est proche du degré zéro. "
  (Université Paris VI, 16 oct. 1993, BC, janvier1994).

 

 

 

 

 

* Alphonse JUILLAND : " ... Ce fut le coup de foudre: en quelques courtes semaines je dévorai tous les textes de l'ostracisé que je pus dénicher au " marché noir " du livre. Car Céline, toujours sous inculpation de collaboration et toujours à l'index, ne se vendait plus ou pas en librairie. "

   Décidant d'étudier son style, ses néologismes, ses inventions verbales pour en révéler le génie au public, il demanda à Pierre Monnier (l'éditeur Frédéric Chambriand), de porter à Céline quelques questions écrites avec trois tablettes de chocolat suisse acquises, comme les livres au marché noir...

 La réponse vint : " Pour ce jeune homme qui veut étudier mes livres, diantre, ils sont là ! Qu'il s'y plonge. De ma part dîtes-lui que lorsqu'il aura fini son étude je la lirai et lui donnerai mon avis, et pas de cadeau, modeste, mais aller engager des correspondances. Hum ! Pouh ! Non, vielle expérience, et le temps ! Je me suis crevé, vous savez de fatigue sur mon tapin ! Toutes les amabilités tournent au mal... Faites au mieux ".
  ( Les Verbes de Céline, tome 1, Anma Libri 1985).

 

 

 

 

 

 * Pierre LAINÉ (universitaire, auteur, éditeur): Céline est un " précieux ", tout à l'opposé de l'image que les béotiens ont de lui. Utilisant les ressources du langage populaire et d'une ponctuation débridée, il est parvenu à créer un instrument à la mesure de son univers baroque. Sa force, c'est d'allier le tragique au comique, atteignant des sommets dans l'évocation de la débâcle allemande ou la retraite des Français collaborationnistes dans le Bade-Wurtemberg.

  Dans ce Qui suis-je ? Céline, Pierre LAINÉ nous donne à voir un Céline peu commun - entre débâcles, tendresse et sortilèges. Si ce célinien émérite fait preuve de lucidité, le regard qu'il porte sur l'écrivain est pétri de compréhension et d'humanisme. Une belle introduction à une œuvre qui, en dépit des apparences, reste encore largement méconnue. - " Persuadé que Céline est devenu acariâtre parce qu'il s'est brûlé à ses passions, c'était un lutteur seul contre tous, Pierre LAINÉ, après l'avoir enseigné, le défend désormais avec sa plume. "
  (Ouest-France) - (Présentation de Qui suis-je ? Céline, Pardès, 2005).

 

 

 

 

 

 * Michel LEBRUN (né Cade, critique, traducteur, scénariste, auteur de romans policiers, 1930-1996): " J'ai découvert Céline quand j'avais quinze ans. J'ai lu à la suite Voyage, Mort à crédit. Je fus émerveillé. J'ai lu ensuite Henry Miller.

   Je me suis rendu compte de tout ce que Miller devait à Céline qui a influencé beaucoup d'écrivains de polars. Pour moi Céline est le plus grand romancier français. Point final. "
(Alfred Eibel, Michel Lebrun, dans Spécial Céline n°8, E. Mazet).

 

 

 

 

 

 

* Michel LECUREUR (enseignant, écrivain, rédacteur en chef des Cahiers Marcel Aymé) : " Sensible à ce qui est vrai. Voilà bien le maître-mot, celui qui définit aussi le mieux l'auteur de La jument verte, du Chemin des écoliers, de Clarambard, et de tant de chefs- d'œuvre où le merveilleux, par les voies les plus imprévues et les plus cocasses, le dispute au réalisme le plus minutieusement saugrenu. Plus encore qu'un très grand écrivain, Marcel Aymé est poète de son temps et rejoint les sources les plus fécondes de notre littérature.

 Michel LECUREUR souligne encore avec raison qu'il fut un ami sans faille, et d'une générosité qui le situe bien au-delà des considérations partisanes et sectaires qui restent l'horrible plaie de notre époque. Cela, en dépit de ses convictions communistes, un honnête homme comme le cinéaste Louis Daquin, parmi bien d'autres, l'avait parfaitement compris. On connaît la fidélité de Marcel Aymé à ses camarades de la Butte et à Céline en particulier. Fidélité d'autant plus remarquable qu'il arriva à Céline, accablé de ressentiments et d'amertume, de se montrer parfois injuste envers lui. En dépit de quoi Marcel Aymé ne cessa jamais de le soutenir. "
  (BC n°84, août 1989).



 


 

 

 

 * Jérôme LEROY (professeur de français, se consacre à la littérature, auteur de romans de nouvelles et de poèmes): " On ne dit pas, monsieur Delanoë " Excellent écrivain mais parfait salaud ", à la limite on dit : " Excellent écrivain ET parfait salaud " parce qu'il n'y a pas de lien de cause à effet entre la correction politique et le talent littéraire. Sinon ma bibliothèque serait aux trois-quarts vide et il est hors de question que je me passe de Bloy, de Barbey, de Villiers de l'Isle Adam, de Toulet, de Drieu, de Brasillach, de Cocteau, de Jouhandeau, de Perret et de Céline comme de l'autre côté, je n'ai pas envie non plus de me passer de Hourra l'Oural d'Aragon et de son ode surréaliste au Guépéou : " Vive le Guépéou contre le pape et les poux ! " Il y a longtemps, en plus que les grands céliniens ont réglé ce problème des pamphlets quand ils veulent montrer la portée de cette œuvre majeure qui reçoit aujourd'hui les postillons d'indignés qui n'ont décidément que ça à faire. Ils prennent tout, dans sa globalité, ils n'éludent pas.

    Les pamphlets sont la part maudite d'une œuvre, le bloc d'abîme qu'il ne faut pas refuser de contempler. Et Philippe Muray fut un des premiers à envisager Céline de cette manière, comme une totalité scandaleuse. Exclure ministériellement Céline de ces commémorations non seulement est une belle lâcheté politique mais aussi un contresens littéraire. C'est presque pire. Et comme Céline l'antisémite l'écrit dans une lettre à son ami juif Elie Faure, le grand historien de l'art : " Je ne vois dans le réel qu'une effroyable, cosmique, fastidieuse méchanceté - une pullulation de dingues rabâcheurs de haine, de menaces, de slogans énormément ennuyeux. C'est ça une décadence ? " Oui, la Ferdine, c'est ça, une décadence... "
   (Céline contre les robots. Voyage au bout de la bêtise, Causeur, 22 janvier 2011, www.causeur.fr). 

 

 

 

 

 

 

* Bernard HENRI-LEVY (romancier, essayiste): " Pierre Monnier écrit à propos de Bernard HENRI-LEVY : " Je l'ai vu un jour à la télévision. Il disait des livres de Céline qu'ils étaient des appels au meurtre. Les seuls titres indiquent au contraire qu'ils sont des livres de paix et de sauvegarde des vies humaines : Bagatelles pour un massacre, paru avec une bande : " Pour bien rire dans les tranchées ", et l'Ecole des cadavres. Céline se dressait de toutes ses forces contre le meurtre à venir. BHL est, paraît-il, un grand philosophe. Il sait tout. Maintenant il va apprendre à lire. "
 (Minute, 3 oct. 1990
).

*... Se trouvait les 21 et 22 avril 1991 à l'université de Boston, aux Etats-Unis, à l'invitation du B'nai B'rith, une organisation maçonnique exclusivement juive. Il y a prononcé une conférence sur l'antisémitisme et l'intolérance de Céline.
 (BC, juillet 1991

 * ... et aussi à propos des " Lettres des années noires " Bernard Henri-Levy avoue : " Odieux, certes. Nauséabond. Mais cette évidence, pourtant, qui ne s'impose que chez les plus grands et reste, probablement, d'ailleurs, leur seule vraie marque distinctive : une langue qui, même là, dans ces textes hâtifs et, je le répète, odieux, est comme une pierre de touche, ou un aimant à l'envers - l'écrivain parle et, du seul fait qu'il parle, voici que s'affolent et se détraquent toutes les boussoles littéraires du moment. Céline comme un chaos. Encore, et toujours, l'énigme nommée Céline. "
  ( Le Point, 4 février 1995)

 

 

 

 

 

 * Jonathan LITTELL (écrivain franco-américain, son roman Les Bienveillantes écrit en français lui vaut, à 39 ans, le Goncourt 2006 et le Grand Prix de l'Académie française 2006) : " Si le personnage principal des Bienveillantes de Jonathan LITTELL ne faisait pas la rencontre de Céline, il serait sans doute superflu de revenir sur ce roman. Mais il se trouve qu'au début des années trente, Maximilien Aue, futur officier nazi, accompagne Céline à un concert d'une pianiste légendaire: Marcelle Meyer (1897-1958). Quelques années plus tard, Lucien Rebatet l'emmène à plusieurs reprises chez l'écrivain. Et leur ami commun, Henri Poulain, secrétaire de rédaction de Je suis partout, lui récite dans le métro des passages entiers de l'Ecole des cadavres. Pas moins.

    Pour conclure, relevons l'ironie du sort qui a voulu que le Prix Goncourt ait été attribué à LITTELL alors qu'il échappa, comme on sait, à Céline. Mieux : LITTELL a également décroché le Grand Prix de l'Académie française. Un hebdomadaire satirique en a fait des gorges chaudes, le français du jeune Américain laissant fortement à désirer. Il ne faut, en effet, pas être grand clerc pour constater que le roman est truffé de fautes de style, de barbarismes, de solécismes et surtout d'anglicismes. Mauvaise traduction ou mauvaise relecture de Gallimard ? "
  (Marc Laudelout, le Petit Célinien, 29 juin 2010).

 

 

 

 

 

 * Jean-Philippe MARTEL (professeur, écrivain, enseignant en littérature à l'Université de Sherbrooke Canada, fondateur du blogue critique " Littéraires après tout ") : " Le livre qui m'a ouvert la plus grande porte vers le monde est Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline. D'abord, je l'ai lu pour la première fois à un âge où on est particulièrement impressionnable. Ensuite, non seulement son personnage principal part à la découverte du monde, mais il le fait de telle manière qu'il entrevoit ses mécanismes et fonctionnements les plus durs, les plus inhumains, en même temps que ses plus grandes beautés, ses solidarités les plus étonnantes.

 " On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté ", écrit-il, et la leçon, près d'un siècle plus tard, vaut toujours. "
 (Dans les livres, le monde ", La Presse, 6 août 2014, in Rétrospective 2014, www.lepetitcelinien.com).

 

 

 

 

 

* Eric MAZET (enseignant, critique littéraire): " A l'âge où le cœur se forme, mes leçons de morale, je les ai prises chez Pascal, Voltaire et Camus - et pour la vie entière. Mes leçons sur la vie et les rêves des hommes, je les prends chez Céline, dans sa musique, son rire et sa nostalgie.

   Aucune actualité politique, aucune élection de canton ou de mairie n'influera sur ma lecture littéraire, mon plaisir esthétique. Qu'ai-je à faire des politologues paralogiques ? Bafouilleux charlatans ! Céline a tout fait pour écarter, offusquer les amateurs, les benêts et les confesseux de tous bords. Il est irrécupérable, seul, inépuisable aussi. "
  (B.C, novembre 2002).

 * " Céline ferait-il encore peur ? Tous les journaux copient son style, et taisent le nom de leur modèle. Sa langue est celle du XXème siècle. Mais journalistes et écrivains n'ont pas compris que Céline est poète avant tout. Point prosateur, ni argotique ou populiste. L'apparence de son " style oral " prête à beaucoup de confusion. Ce n'est pas du " langage parlé ", c'en est " le souvenir ".

 Ne capte pas " l'émotion " qui veut en ouvrant. Plus vite que les exégètes cependant, les acteurs ont imposé au fil des ans une image nouvelle du poète. Le monstre avait du génie ! Une âme, une langue. "
 (BC n°165, juin 1996).

 

 

 


 

* Christian MILLAU (écrivain, journaliste et critique gastronomique): " Et Gaston Gallimard ? Ah certes non, il ne nous referait pas le coup de publier presque en même temps D'un château l'autre de M. Céline et La semaine sainte de M. Aragon. Encore des drôles de cocos, ces deux là... Le premier certifiant que les Juifs sont " le produit d'un croisement entre les nègres et les barbares asiates " et le second, se torchant le cul avec le drapeau tricolore. Ah quel dommage que M. Stavisky ne soit plus des nôtres et qu'on l'ait suicidé d'un coup de révolver tiré à bout portant ! Je me souviens avoir fait marrer Céline en lui montrant une interview dans laquelle le roi des escrocs avait déclaré : " Notre littérature est trop faisandée. J'ai eu entre les mains un livre de Céline. Cela m' écœure. Hélas, on méprise des auteurs comme René Bazin ou Clément Vautel ! Il serait utile de fonder un prix de littérature honnête, saine et bien française. "

  Au fait, pourquoi ne pas fonder et inscrire Stavisky à titre posthume président d'honneur des Amis des lois mémorielles (Pleven, Gayssot, Génocide arménien, Taubira, Lellouche et Perben) ? A son programme pourrait s'inscrire d'urgence un épouillage attentif de l'œuvre de M. Raspail. Lui-même leur facilite gentiment la tâche en relevant dans son propre roman pas moins de 87 motifs à poursuites judiciaires. Quand ils en auront terminé, je leur soumettrai mon journal. Quand par exemple, je suggère la lecture de Mein Kampf dans les collèges, il doit bien y avoir quelque part un article de loi permettant de me fourrer au trou. Rien de bien compliqué si l'on sait que contrairement à une idée répandue, ce n'est pas le délit de " négation " mais de " contestations " qui est puni de prison par la loi et, oh merveille, laissé à la seule appréciation des juges ! "
  (Tous en taule ! Molière, Baudelaire, Céline, Aragon..., Service Littéraire n° 39, mars 2011).

 

 

 

 

 

 

* Jean MOLINO (professeur à l'Université Aix-Marseille I, essayiste) : " Pourquoi est-il nécessaire, quand il est question de Céline, de prendre des précautions, comme si l'on voulait justifier, vingt-cinq ans après sa mort, le délire de persécution dans lequel il s'enfermait, comme Jean-Jacques, et qui ne manquait pas de fondement dans la réalité ? Il est de mode, depuis quelque temps, de reparler de Vertu ; voilà qui me fait passer dans les vertèbres comme un frisson de guillotine, mais heureusement les chantres actuels de la Bonté et des Bons Sentiments sont trop douillets pour penser à autre chose qu'à l'ordre moral des médias, publics ou privés. Mais quel rapport entre la politique, les idées morales et religieuses et la littérature ? Céline aurait-il mérité d'être condamné à mort et, autant que je sache, il ne l'a pas été et il a été amnistié de sa condamnation à un an de prison et 50 000 F d'amende, est-ce que cela ôterait le poids d'un fétu de paille à son génie ?

 Pourquoi être toujours obligé de déclarer - sous la pression des moralistes de gauche, qui ne le cèdent en rien aux moralistes de droite - qu'on se désolidarise de ses idées ? Pour le dire franchement, on s'en fout de ses idées et ce n'est ni à cause ni pour ses idées qu'on le lit, mais parce que c'est - on le voit déjà mais on le comprendra de plus en plus et ce sera un des étonnements de nos successeurs de constater qu'on n'a pas voulu s'en apercevoir plus tôt - un des plus grands, le plus grand sans doute depuis Proust, et peut-être le seul qui ait une stature plus qu'hexagonale. Comme elles sont loin les mesquines discussions sur la signification politique, idéologique, sur la grossièreté et les provocations, sur le pessimisme ou la valeur révolutionnaire du Voyage au bout de la nuit ou de Mort à crédit ! Les chefs -d'œuvre sont là et c'est tant pis pour ceux qui ne savent pas les reconnaître. "
  (Commentaires n°44, hiver 1988-1989, Lettre à mon cousin sur le roman français depuis la guerre, BC n°84, août 1989).

 

 

 

 

 

 

   * Pierre MONNIER : "... En arrivant près de la maison, j'aperçois Louis-Ferdinand dans sa houppelande. Il est debout devant le seuil et regarde Lucette sauter à la corde comme un boxeur à l'entraînement. Il fait bien froid. Ferdinand a sur lui cinq chandails, plus une sorte de cape très longue de berger montagnard. Pour se promener autour de la maison, il met de vieilles  bottes et se sert d'une canne. Je le regarde. Il est à quelques mètres, découpé sur le ciel, avec son grand front et ses cheveux longs. Il sourit: " Vous voyez où cela mène de faire l'artiste. " ... Nous avons essayé de mettre au point un plan pour faire repartir ses livres et tenter de briser le mur du silence. On va voir ce que cela va donner. Demain, je reprends le train pour Paris. "

 * " Quand on connaît bien Céline et son œuvre, on ne peut que se moquer des irritations comiques auxquelles se laissent aller ses détracteurs dont on devine très bien les motivations. Politiquement acquis aux pouvoirs que Céline avait combattus avant la guerre (...) Céline, qui sait en quoi s'en tenir, voit en eux des " râleurs et dénigreurs aux maigres couillettes... " 
   (Le Libre Journal, 28 juillet 1994).


 

 

 

 


 

* Marc-Edouard NABE (écrivain): " Céline, c'est mon père... Ou mon grand-père plutôt. D'ailleurs, mon père et mon grand-père lisaient Céline. Je suis une filiation de célinien. Ça toujours été chez nous le maître à penser... Il a appris à vivre à trois générations. Le jour où, vers quatorze ans, j'ai découvert " Rigodon "... Je suis resté pétrifié, je suis rentré dans l'univers célinien avec une euphorie, une passion invraisemblable (...) La voie écrite, le souffle, la sonorité de la phrase du Cuirassier a tout emporté sur son passage, je suis parti sur ces rails là pour toujours, touché à la vie à la mort ".
 (Au régal des vermines, p. 162).

  * " Un écrivain en marge, hors de la file indienne, complaisant, don-quichottesque, lyrique jusque dans la grossièreté; de quoi le discréditer dans le monde prudent et même lâche de l'édition parisienne. Mais un écrivain de race, entre Bloy et Céline, le naturel de l'instinct dyonisien et la force d'une intelligence nietzchéenne. "
 ( Pol Vandromme, BC, sept. 1991).

 

 

 

 

 

 

* Maurice NADEAU (professeur, écrivain, critique littéraire): " Que le Voyage ait été (et soit) " un bouquin sensationnel ", puisque tout le monde l'a reconnu à l'époque: Raymond Queneau, mais aussi Aragon, qui s'occupa de le faire traduire en russe, Léon Daudet, qui fit, à son propos, dans " l'Action Française ", un raffut de tous les diables, Sartre, qui devait se souvenir suffisamment de Céline pour mettre une de ses phrases en exergue à " La Nausée "...  Quant à nous autres, jeunes, nous eûmes le souffle coupé; nous n'avions encore rien lu qui, dans notre expérience de la vie et de la littérature, nous parût plus fort et plus vrai... "
  ( L'Express, 6 juillet 1961).  

* " Pierre Assouline : - Croyez-vous que la littérature puisse tout se permettre ? "  - " Je le crois, hélas. Pour Céline, que j'aime beaucoup, et pour les autres aussi. J'ai été le premier à publier Sade ouvertement dans une petite maison. Le livre a aussitôt été saisi dans le silence le plus total. Je ne nie pas que certains aspects de son œuvre soient révulsants. Mais cela relevait d'une bonne hygiène des lettres que ses textes soient écrits et publiés. Les gens ont du mal à comprendre cela, de même qu'ils ne conçoivent pas que l'antisémitisme de Céline me fasse rire.
  La puissance comique des pamphlets ! C'est tellement grotesque qu'on ne peut pas prendre ça au sérieux. Et puis Mort à crédit, que l'on dit à tort moins fort que le Voyage au bout de la nuit c'est magnifique. L'écriture sublime tout. Il ne faut jamais prendre les choses au pied de la lettre. "
  (Entretien avec Pierre Assouline, Lire, nov. 1997, L'Année Céline 1997).
 
 

 

 

 

 

 

 

 * Eric NAULLEAU (animateur de télévision, éditeur, écrivain, traducteur, critique littéraire): " C'est anormal, et même scandaleux, qu'un lobby communautaire - aussi estimable et honorable soit-il par ailleurs - dicte le comportement de l'Etat français via le Ministre de la Culture. "
  (Autres réactions, BC n° 327, février 2011).

 

 

 


 

 

 

 * Benjamin PERET (écrivain surréaliste, 1899-1959) : " Cher Camarade, L'intérêt soudain que Le Libertaire porte au nommé Céline me surprend profondément. Je ne peux pas oublier, en effet, que Céline a joué, avant et pendant la guerre, un rôle tout à fait néfaste. Toute son œuvre constitue une véritable provocation à la délation et, de ce fait, devient indéfendable à quelque point de vue qu'on se place car la poésie ne passe pas quoi qu'en disent ses thuriféraires par la bassesse et l'ordure. Or, l'œuvre de Céline se situe tout entière dans un égout où, par définition, la poésie est absente. Et l'on voudrait en soulever la plaque pour nous faire respirer les émanations méphitiques qui s'en dégagent ! Non, qu'il reste au Danemark où il ne risque rien s'il n'ose pas se présenter devant un tribunal dont il n'a guère à attendre qu'une condamnation de principe.

   C'est toute une campagne de « blanchiment » des éléments fascistes et antisémites qui se développe sous nos yeux. Hier, Georges Claude était remis en circulation. Demain ce seront Béraud, Céline, Maurras, Pétain et compagnie. Quand toute cette racaille tiendra de nouveau le haut du pavé, qu'auront gagné les anarchistes et révolutionnaires en général ? Pas de donquichottisme ! Réservons notre solidarité – et celle-ci totale – pour les victimes de notre capitalisme, de Franco, Staline et autres dictateurs qui souillent aujourd'hui la surface du globe. "
 (Le Petit Célinien, 12 sept. 2014).

 

 

 

 

 

 

* Philippe PICHON (commandant de police, écrivain): " On se demanderait alors si, dans le Voyage, Céline était Bardamu ou ses autres personnages. La bonne réponse, sans doute, est : l'écrivain n'est aucun d'eux, mais tous à la fois. Cela paraît quelque peu tarte à la crème, cependant la relation entre Céline et ses personnages est essentielle pour comprendre son œuvre. Un personnage n'est pas son auteur, mais une figure possible de sa personnalité, une potentialité qu'il a plus ou moins développée dans la réalité. Ce qu'il pourrait être et qu'il n'est pas.

    En faisant le portrait de Bardamu, à la fois assumé et refusé, Céline met en jeu le raciste en lui. Au lieu de montrer un méchant raciste, il laisse s'exprimer, prendre corps une part malsaine de lui-même. Il la met en jeu, ce qui signifie qu'il la met en doute, en question, qu'il la soumet à l'analyse. Il fait son travail de romancier. "
  (BC n°272, février 2006).


 

 

 

 

 

* Irina RADTCHENKO (traductrice littéraire russe 1951-2005): " Le 10 septembre dernier, vers sept heures du matin, Irina  VSEVOLODOVNA RADTCHENKO, traductrice littéraire russe de renom, est morte. Une grande tempête s'élève de la nuit...C'était une douce et gentille et fidèle amie. En 1991, cette philologue ayant obtenu une maîtrise à l'Université de Moscou, propose à la prestigieuse revue littérature international de traduire Voyage au bout de la nuit. Cette initiative survient donc bien après la piètre édition soviétique de 1934 orchestrée par Elsa Triolet et ces très longues années durant lesquelles Céline fut complètement boycotté en URSS. Net refus de dirigeants dogmatiques. Irina n'acceptera pas ce signe négatif du destin.

   Sa compréhension de Céline était fine et subtile. Elle savait qu'il fondait son écriture sur l'Emotion, accusant la clarté française de l'avoir tuée. " L'irrationalisme et l'émotivité de Céline doivent trouver un écho dans la " mystérieuse " âme russe " disait  Irina. La difficulté, selon son expérience de traductrice, provient du foisonnement des néologismes. Autre problème : le russe non conventionnel est très riche mais aussi beaucoup plus brutal que le français parlé. Assurément Irina RADTCHENKO a réussi le pari de rendre présent en Russie, dans toute sa diversité langagière, un auteur qui fut l'un des plus originaux du XXe siècle. Nous n'oublierons pas davantage la profonde émotion qu'elle disait ressentir en traduisant Céline, tâche exaltante dont elle ne sortait pas indemne. "
 (Arina Istratova, Bulletin célinien, janvier 2002). 

 

 

 

 

 

 

* Maël RENOUARD (agrégé de philosophie, enseignant à l'Université, traducteur, essayiste) : " La présence même de ces chemins indiqués dans le ciel est une faveur des dieux. C'est Thétis, divinité de la mer, qui apporte avec elle le principe de l'orientation, poros, grâce auquel les marins peuvent sur l'océan s'ouvrir un passage à travers des voies différenciées. " Il vous a donné les étoiles pour guides dans les ténèbres de la terre et de la mer ", est-il dit de Dieu dans le Coran
 (sourate VI, 97).

 Mais qu'arrive-t-il si les repères célestes sont absents de la nuit ? Ce que chante la " Chanson des gardes " de 93, placée en exergue au Voyage, c'est le désarroi d'une orientation qui ne peut se fonder sur aucune étoile. Notre vie est un voyage Dans l'hiver et dans la Nuit, Nous cherchons notre passage Dans le Ciel où rien ne luit. La nuit étoilée n'est plus la nuit-chaos ; elle est la nuit navigable. En un sens elle n'est plus strictement la nuit. Le Voyage sera donc une traversée au cœur de la vraie nuit, la nuit désorientée où le navire aveugle cherche en vain son cap, broyé dans un tohu-bohu de tempêtes. "
  (Rafiots de Céline, Le Polygraphe n° 27, 2003).

 

 

 

 

 

* Jean RIGAUD (enseignant, essayiste, romancier, photographe, 1924-2005): " (...) L'antisémitisme appelle la vulgarité. On peut penser que certaines pages des pamphlets ont été écrites par Robinson. Il y eut plus coupable que Céline ou que Voltaire à l'égard des Juifs. Erasme, parangon de l'intellectuel indépendant, s'est laissé aller à écrire : " il était chrétien de haïr les Juifs, puisque tant de bons chrétiens le faisaient " (John Hale, La civilisation de l'Europe à la Renaissance, Perrin, 1998, p.176). Cet homme libre entre tous ralliait un courant de pensée, entraîné par la vague, cédant la plume au petit " suiveur " médiocre qui était également en lui.

 (...) Ma préférence va à la trilogie. Prodigieux travail de styliste. L'expressionnisme célinien atteint tout naturellement une dimension cosmique, pas seulement historique, le tout appuyé sur une multitude de détails vrais pour composer une fresque où tout est faux naturellement, mais vrai au plus profond des choses. Par delà les apparences, Céline touche au cœur du drame du monde. Tout cela sous le masque d'une simple chronique. Bien sûr, c'est l'Allemagne en 44-45, mais c'est aussi tellement plus. Le génie ! "
  (Conférence, Faculté d'Aix-en-Provence, 1970, Spécial Céline n°8, E. Mazet).

 

 

 

 

 

* Alain ROBBE-GRILLET (romancier et cinéaste): " Céline est ce qu'on devrait appeler un écrivain de gauche, bien qu'il ait été d'extrême droite. Il portait en tout cas l'esprit d'une révolution, on ne peut pas en dire autant de beaucoup de bons esprits de gauche de la même époque qui, au contraire, faisaient de la littérature qu'on peut appeler " de droite ". Ces mots de " droite " et " gauche ", je les mets entre guillemets parce qu'aujourd'hui ils commencent à disparaître, mais pendant toute mon enfance et mon adolescence, ils ont vraiment joué un rôle.

  J'ai connu Céline très tôt, alors que je lisais encore peu, parce qu'il était d'extrême droite. Mes parents étaient d'extrême droite, alors on lisait les chroniques de Brasillach dans l'Action française, où l'on parlait de Céline. On n'y parlait jamais d'André Breton. Céline avait la chance d'être antisémite, donc on pouvait en parler à la maison. Et il se trouve que c'est quand même le grand écrivain révolutionnaire."
  (
Préface à une vie d'écrivain, France-Culture-Le Seuil, coll. Fiction et Cie, 2005).
 

 

 

 

 

 

 

* Jean ROMAIN (de son vrai nom ROMAIN PUTALLAZ, romancier, philosophe, essayiste suisse): " Louis-Ferdinand Céline est décédé en 1961, la même année que d'autres grands écrivains. Fallait-il apposer son nom en 2011 sur une plaquette éditée par le Ministère français de la culture et qui célèbre les reconnaissances nationales ? Un écrivain de grand talent et un pauvre homme aigri : les deux visages de Céline qui n'en forment peut-être qu'un seul. (...) " Le voyage au bout de la nuit ", au style si révolutionnaire, est un roman étudié dans nos collèges. Là, rien de médiocre. Céline est même édité dans " La Pléiade ", la prestigieuse collection de Gallimard. Ce qu'on reconnaît en lui c'est le romancier et non pas l'homme.

  Sans ces romans, il n'y aurait pas de mémoire de Céline. Personne ne lit en classe Brasillach ni Drieu La Rochelle ! Lorsqu'on rencontre leurs noms, ce n'est pas les écrivains qu'on met en avant mais leur action de collabos. Le Céline romancier est d'une tout autre trempe. C'est de lui qu'il faut se souvenir, et de lui seul. L'écrivain rachète-t-il l'homme ? On aimerait bien, sauf que les pamphlets sont aussi ceux d'un écrivain. Cinquante après sa mort, les avis sont toujours tranchés. L'homme dérange. Scandaleux, sulfureux, Céline le restera, et on peut se dire, lui qui tenait les critiques et les célébrations officielles pour de la roupie de sansonnet, on peut se dire que l'œuvre romanesque sait se défendre seule. " (LeNouvelliste.ch, 2 février 2011, dans le Petit Célinien).

 

 

 

 

 

* Frédéric SAENEN (enseignant, critique littéraire de nationalité belge): " Surprendre Céline, dans son pavillon de la Route des Gardes, c'est entrer de plain-pied dans la mythologie troglodytique et clochardisée de la Littérature. Chaque portrait a fixé un mot, un grognement, un soupir, le bond d'un chat, un geste, pour une postérité ambiguë et subversive. L'intimité participe d'un rituel et l'acte de repousser une porte grillagée ou d'amener un vieux carton aux ordures y prend une dimension cosmique.

 (...) Car ce à quoi il nous est donné d'assister, c'est à la mise en scène, tantôt narquoise, tantôt dépitée, d'une grandeur chancelante. La fatigue de ce qui fut l'énergie même. Un effondrement figé. Ici, la base et le sommet se rejoignent, le calme englobe les fulminations. Toute vêtue de noir et blanc, l'éternité fait ses pointes. "
  (B.C. janvier 2007)

 

 

 

 

 

* James SALTER de son vrai nom James A. Horowitz ( romancier, écrivain, scénariste 1925-2015, au panthéon de la littérature américaine avec Hemingway ou Norman Mailer) : " Céline... c'est un écrivain époustouflant. Et un cas dérangeant. Les Français ont été à deux doigts de le faire exécuter. Nous parlons donc d'un douteux personnage qui est à présent considéré, à juste raison je crois, comme un des deux plus grands écrivains du XXe siècle. Même son dernier (sic) livre, D'un château l'autre, est formidable. Il a dû être écrit dans les circonstances les plus éprouvantes qu'on puisse imaginer. Quand vous lisez quelque chose de bon, l'idée de regarder la télévision, d'aller au cinéma, ou même de lire le journal, perd tout intérêt. Ce que vous lisez exerce une séduction trop forte. Céline possède cette qualité.

  Profondément idéaliste, il éprouvait une grande sympathie pour l'homme ordinaire et son honnêteté est des plus convaincantes. Il était aussi fanatiquement antisémite mais il avait inventé un style nouveau, une atteinte au langage, des éclats d'écriture brûlants qui ne reculent ni devant la vulgarité ni l'argot des rues, l'obscénité et l'invective. (...) Amer et misanthrope, nihiliste, pareil à une danse de mort où se mêlent l'idéalisme et un cynisme extrême. Impossible d'échapper à ce style, et son audace le rendait étrangement libérateur, son emphase bizarrement comique. "
  (James Salter, Salter par Salter, Editions de l'Olivier, 2016, in B.C. n°393, février 2017)

 

 

 

 

 

* Michel SCHNEIDER (écrivain, énarque, haut fonctionnaire et psychanalyste) : " Je ne me donnerai pas le ridicule de juger du style de Céline, me contentant d'analyser de quoi il est fait. Jean-Pierre Richard l'a montré : il s'agit d'un style oral, au premier sens du terme, inapte à la rétention excrétoire, et qui se moque du dégoût comme du bon goût. Les mots sont plus crachés que remâchés, vomis que travaillés au gueuloir de Flaubert. La nausée y tient la même place que la diarrhée chez Littell. Style oral, vraiment ? Rien de plus écrit - je ne dirai pas de mieux écrit - que ce style parlé : personne n'a jamais parlé comme Bardamu. Le style de Céline est comme le style selon Céline.

 (...) Il n'est pas question de nier les beautés de cette écriture, mais de voir le fond abject sur lequel elles s'enlèvent pour y retomber aussitôt. Déjà présent dans le " Voyage " et " Mort à crédit " (il faut reconnaître le génie des titres), ce style haché de haine de soi et des autres (les pauvres, surtout) ne fera qu'empirer dans la trilogie de la fin. C'est à sa densité émotionnelle que Céline, méprisant Proust, croit reconnaître un grand style. Exécrée, l'humanité, exécrée, la langue, c'est logique, mais on n'est pas obligé d'aimer. "
  (Les mots sont crachés, Le Point n° 2017, 12 mai 2011).

 

 

 

 

 

* François SENTEIN (écrivain, journaliste, enseignant 1920-2010): " Ce qui me gêne au fond, dans les livres de Louis-Ferdinand Céline, c'est qu'ils manquent de violence. - Comment ? - Oui, de violence. Vous l'avez regardé, au moins en photo : cet homme-là est un malin. Son style est tout en malices. L'œil toujours en coin ; mais parfois la bouche se tord ; alors, fini de rire, on est saisi par sa puissance qui ne cesse pas un instant d'être littéraire et, lorsqu'on en sort, on s'aperçoit que, pendant ce temps, lui ne perdait pas le nord une seconde.

   Il sait merveilleusement faire mousser les histoires. On prend ça pour la bave d'un enragé. Mais il fait des bulles, Céline. Il en remplit d'énormes bouquins, avec des points de suspension, pour l'effet. Il s'applique à la poésie la plus ponctuée. Il ne cesse de faire un effort de poésie. " (Guignol's band de L.F. Céline, L'Echo des Etudiants, 30 avril 1944, BC n°237, déc.2002).

  A cette époque, un an avant la parution de D'un château l'autre, les journalistes ne se bousculaient pas à Meudon. Evoquer de telle façon, en 1944, l'art poétique célinien n'était assurément pas chose courante. "

 

 

 

 

 

 * Alain SERGENT (Sous le nom d'Alain SERGENT, Alain MAHE est un écrivain libertaire, 1908-1982) : " Pour bien connaître, en tant qu'ancien prisonnier politique, la mentalité des « juges républicains », je trouve que Céline a parfaitement raison de ne pas rentrer tant qu'il courra un risque, sachant sans doute trop bien ce que couvre le mot de justice. Les principes n'ont rien à voir en l'occurrence, c'est une simple question de rapport de forces sur le plan politique. On a envoyé Brasillach au poteau parce que Russes et Américains vivaient à ce moment leur lune de miel, aujourd'hui on le condamnerait à quelques années de prison. Dans une situation nouvelle, la plupart des « juges » seront prêts à condamner ceux qu'ils servent aujourd'hui, et à filer doux devant un Doriot quelconque.

  Il faut croire, d'ailleurs, que ce phénomène n'est pas nouveau puisque La Fontaine disait : « Suivant que vous serez puissant ou misérable... » Il reste que votre enquête est des plus édifiantes, car elle oblige chacun à prendre position. En outre, elle devient un élément du rapport de forces dont j'ai parlé en incitant pas mal de gens à réfléchir. "
 (Le Petit Célinien, 12 sept. 2014).

 

 

 

 

 

 

* Philippe SOLLERS : " Céline... Grandiose. Admirable. Un des grands regrets de ma vie est que nous lui avions téléphoné et qu'il nous avait proposé d'aller le voir. J'aurais dû sauter dans un taxi ! Ce qu'il est intéressant de souligner, c'est que le tabou sur Céline est en cours de décomposition.

Que n'ai-je pas entendu lorsque j'ai préfacé les lettres à la NRF de Céline en 1991 ! Il faut publier une autre Pléiade pour les lettres de Céline, épistolier de génie. A quoi comparer sa correspondance en intensité, en électricité, en verve ? A celle de Voltaire. De Voltaire à Céline, le français est vivant. Pour ceux qui souhaitaient définitivement enterrer Céline, c'est raté. " 
(
Magazine des Livres n°9, 2008)

 

 

 

 

 

* Alain SORAL (de son nom BONNET de SORAL, essayiste, journaliste et réalisateur) : " Louis-Ferdinand Céline est un auteur violemment anti -sémite. Mais aussi violemment génial. Que fait-on ? On va l'interdire ? On va supprimer toutes les rues et places à son nom ? On va brûler ses œuvres en place publique ? Bernanos est antisémite. Il faut lacérer " Sous le soleil de Satan " ? Voltaire bat tous les records. Il est au Panthéon. Va-t-on le tirer du Panthéon par les pieds ? Interdire l'entrée avec des barricades ? (...) Frédéric Mitterrand, l'homme qui trouve que Ben Ali n'est pas un dictateur, le défenseur de Polanski, sacrifie Céline, un des plus grands écrivains français, à une pression que les juifs même, les juifs sensés, trouvent intolérables. Pression de Serge Klarsfeld pour Céline. Pression du Crif pour Hessel. Les deux étant très proches.

  Esther Benbassa, directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études accuse : " Le Crif terrorise certains Juifs et tous les non-Juifs. Il fait régner sa loi à l'intérieur de la communauté juive, bannissant l'un, qui n'obéit pas à ses injonctions, l'autre, qui publie un livre non conforme, un troisième encore qui ose critiquer la politique d'Israël. Alors que tous les Juifs sont loin de se reconnaître en lui, le Crif ne s'en considère pas moins comme leur porte-parole et aussi comme leur directeur de conscience. Mais le Crif fait aussi la loi à l'extérieur de la communauté, accusant qui ils veulent d'antisémitisme, suscitant des procès contre tel journaliste, contre tel intellectuel, contre tel militant. Le Crif, en un mot, terrorise psychologiquement certains Juifs et tous les non-Juifs au nom de la défense d'Israël. " Bien nous sommes informés. Nous redoutions le nouvel Ordre Mondial. Nous avons le Nouvel Ordre Français. Pour nous entraîner. "
  (Veut-on nous rendre antisémites ? , egaliteetreconciliation.fr, 26 janvier 2011).

 

 

 

 

 

 

* Raphaël SORIN (éditeur, critique littéraire): " - On fait comment pour passer de la lecture des structuralistes à celles des Mémoires d'un fasciste ? - Tout cela n'est pas contradictoire. A partir du moment où on s'intéresse. Rebatet, je l'ai lu très tôt. Les Décombres, j'ai trouvé çà hideux et fascinant. Ma mère m'avait raconté beaucoup de choses sur la guerre et l'Occupation. Elle avait failli y passer. Elle a été dénoncée par un passeur comme juive... Si on veut comprendre cette période, il faut tout lire, tout comprendre. Et il y a quand même des témoins.

   Tout est publiable, à condition de le présenter comme il faut. On va sans doute - c'est tombé dans le domaine public - rééditer Mein kampf. Je suis pour. J'ai toujours milité pour la réédition des pamphlets de Céline. Parce que quand on se démerde, quand on est malin (ou qu'on a de l'argent) on achète les éditions originales ou les éditions pirates. "
  (Surlering.com , 29 mars 2010).

 

 

 


 

 

 * Pierre-André TAGUIEFF (philosophe, politologue): " A travers le cas Céline, on peut observer comment l'un des principaux mythes politiques modernes, celui de la conspiration des Illuminati, des " judéo-maçons " ou des " Sages de Sion ", est passé à la littérature.

    Le grand récit conspirationniste moderne, mythe d'accusation qui prétend offrir une clef de l'histoire (" Les Juifs mènent le monde "), illustre le délire d'interprétation qui est ordinairement donné pour l'une des caractéristiques de la paranoïa. "
   (
Philippe Roussin, Céline et la littérature, Gallimard, 2005).

 [...] De nouvelles sources des pamphlets et l'usage de plusieurs faux antisémites, ses contacts internationaux avec des réseaux nazis ou pronazis, à commencer par le Welt-Dienst, l'agence de propagande qui soutenait et fournissait en matériaux divers les professionnels français de l'antisémitisme, tels que Coston, Darquier ou Petit, documentaliste de Céline pour ses pamphlets. Ou ses liens avec le leader pronazi canadien Adrien Arcand, et son coup de pouce au négationnisme naissant.
 (Céline, la race, le Juif, Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff, Fayard, 2017).

 

 

 

 

 

 

 * Pierre-Aimé TOUCHARD (administrateur de théâtre, écrivain, homme de télévision 1903-1987): " Ce Bardamu qui explique sa peur, qui ne s'en fait plus un panache, qui est sans cesse en quête d'une beauté plus grande, qui s'éduque lui-même, qui éduque le malheureux Pistil, comme il est différent de celui que nous connaissions d'après le Voyage. Sans doute, il a perdu de sa hideuse grandeur. Sans doute, il n'est plus qu'un pauvre être, mais nous sentons qu'on peut l'aimer, et quand la petite Janine, au dernier acte, veut le forcer à accepter son amour, et qu'il refuse, par peur d'aimer vraiment, lui qui prétend n'aimer que par peur de mourir, sa misère est si criante, si immense sa solitude, que l'on découvre en soi un attachement insoupçonné, une pitié soudain jaillissante qui voudrait pouvoir s'exprimer et convaincre - et en même temps, et pour la première fois aussi, une vraie colère, violente et rageuse contre cet imbécile dont la lâcheté fait la misère.

  Et dès lors on ne peut plus douter que le Bardamu du Voyage ne soit qu'une attitude. Et l'on serait tenté d'en remercier Céline. Mais lui-même, n'a-t-il pas voulu signifier nettement qu'il se détachait de son héros, en le faisant viser par Janine, en fin de pièce ? Relisez les quelques lignes de préface qu'il a écrites pour l'Eglise : " Nous n'avons pas changé grand' chose en la donnant hier à l'imprimeur... Tout de même... Cette petite Janine qui se résignait alors, nous l'avons fait revenir... avec un révolver... Trois lignes, tout à la fin... Vous verrez... Elle va brutaliser notre comédie... Pourquoi ? Est-ce là tout ce que nous avons appris en dix ans ? Mais vous-même ? "
 (
Céline et Bardamu, Les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).
 

 

 

 

 

 

* Jean-Marie TURPIN (petit fils de Louis-Ferdinand Céline, écrivain, théologien, philosophe): " Lorsqu'il était en prison au Danemark, ma mère m'a demandé de lui écrire, j'avais alors une dizaine d'années. Nous avons eu une correspondance suivie et très gentille pendant plusieurs années. Dans mon adolescence, ma mère s'est débrouillée pour que j'aie accès à tous ses écrits. J'ai tout lu. (...) J'étais avec un copain mais il est resté dehors. Je suis rentré dans la maison sans sonner. Je suis tomber directement sur Céline, surpris de me voir.

   Il n'avait pas beaucoup de temps pour me recevoir, il était malade, submergé par la presse qui s'intéressait de nouveau à lui. Il n'avait pas envie d'accorder d'interview, il souhaitait terminer son œuvre. J'ai débarqué là-dedans ! Il m'a interrogé sur mes études, a été surpris que j'aie lu son œuvre et a vérifié mes connaissances en me posant des questions. L'entretien a été drôle et caustique. Céline avait un humour fracassant, une ironie féroce. C'était un grand-père comme je le rêvais. Malheureusement l'entretien fut bref et il me demanda de revenir le voir avec le baccalauréat en poche. Il devait mourir quelques mois après. "
  (In Bertrand Arbogast, J. M. Turpin termine son prochain livre à Armenonville, La République du Centre, L'Année Céline 1995, Du Lérot).

 

 

 

 

                                                         

 

                                                                          

 

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