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LA JUSTICE.

 

 

 

                        LETTRE à Louis PAUWELS (Le Libertaire)

 " Une lettre de L.-F. Céline était jointe à la réponse de Louis Pauwels, la voici :

         " Mon cher ami,

   Votre admirable article de " Carrefour " me parvient, avec quel retard ! Voilà enfin bien du courage !
  Il est dur de nos jours d'être simplement Français en France ! Quelle audace ! Quelle insolence ! J'ai dû partir, vous le voyez, pour me faire foutre en prison un peu partout !
  Et persécuté tant que ça peut ! Ah ! que ne suis-je un peu cousin de Joanovici ! Qu'au lieu de me faire étriper en 14 n'ai-je été pendant 4 ans vendre quelque chose aux gens d'en face ! On ne savait pas encore les façons de se retourner, on manquait d'intelligence. On me fait à vrai dire un procès d' " inintelligence avec l'ennemi " !
  Tenez, vous savez que la maison Denoël a été parfaitement acquittée en cour de justice, blanche comme neige... Maison intelligente... Directrice intelligente...
 C'est moi, pour les mêmes griefs, qu'on veut pendre ! Et ça ne va pas être long !
   Vous êtes sans doute intelligent, vous, vous êtes d'une autre génération... Vous comprenez !
      Votre bien amical.
                                                                                               L.-F. Céline.

  Pardonnez mon écriture. Je suis paralysé, couché, grelottant... (je trouve encore moyen d'avoir une crise de paludisme. Cameroun 1916 !) et vieux surtout. J'ai 300 ans au pouls de la vacherie humaine !
  Et c'est pas fini, m'assure-t-on ! "
 

  L'arrêt rendu par la 11e Chambre sous-section départementale de la Seine le 30 avril 1948 a ACQUITTÉ purement et simplement la Société d'Editions Denoël des poursuites exercées contre elle, la relevant des dépens.
  Peut-on établir un acte d'accusation avec des faits sur lesquels la juridiction compétente s'est déjà prononcée ? "
  (Céline et l'actualité 1933-1961, Cahiers de la NRF, Gallimard, janvier 2003, p.309)

 

 

 

 

                                                                                                                             ***

 

 

 

 

                    L' ARTICLE  75

 

           LIVRE TROISIEME  (1)
 
DES CRIMES, DES DELITS ET DES PUNITIONS.
                                                                                  
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                      TITRE PREMIER
  
Crimes et délits contre la chose publique.
 
 Chapitres 1er-II. - Loi décrétée le 15 février 1810,
           promulguée le 25 du même mois.
 Chapitres III. - Loi décrétée le 16 février 1810, promulguée le 26 du même mois.
                        
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                    CHAPITRE  PREMIER

 Crimes et délits contre la sûreté de l'Etat.

                  SECTION  PREMIERE
  Des crimes et délits contre la sûreté extérieure de l'Etat.
                   (Décr. -L. 29 juillet 1939.)

 Art. 75. Sera coupable de trahison et puni de mort :
 1e Tout Français qui portera les armes contre la France ;
 2e Tout Français qui entretiendra des intelligences avec une
 puissance étrangère, en vue de l'engager à entreprendre des hostilités
 contre la France, ou lui fournira les moyens, soit en facilitant la pénétration
 de forces étrangères sur le territoire français, soit en ébranlant la fidélité des
 armées de terre, de mer ou de l'air, soit de toute autre manière ;
 3e Tout Français qui livrera à une puissance étrangère ou à ses agents,
 soit des troupes françaises, soit des territoires, villes, forteresses, ouvrages,
 postes, magasins, arsenaux, matériels, munitions, vaisseaux, bâtiments ou
 appareils de navigation aérienne, appartenant à la France, ou à des pays sur
 lesquels s'exerce l'autorité de la France.
 4e Tout Français qui, en temps de guerre, provoquera des militaires ou
 des marins à passer au service d'une puissance étrangère, leur en facilitera
 les moyens ou fera des enrôlements pour une puissance en guerre avec la
 France.
 5e Tout Français qui, en temps de guerre, entretiendra des intelligences
 avec une puissance étrangère ou avec ses agents, en vue de faciliter les
 entreprises de cette puissance contre la France.
 Seront assimilés aux Français, au sens de la présente section, les indigènes
 des pays sur lesquels s'exerce l'autorité de la France ainsi que les militaires ou
 marins étrangers au service de la France.
  Sera assimilé au territoire français, au sens de la présente section, le
 territoire des pays sur lesquels s'exerce l'autorité de la France. - Pén. 76 s. 103 s.
                                    
  Ancien art. 75. - Tout Français qui aura porté les armes contre la France sera
  puni de mort.

  (1) Code pénal (éd. 1960), pp. 69-70.
                                                            
 
(Cahiers de la NRF, Céline et l'actualité 1933-1961, Gallimard, janvier 2003, p.348).

 

 

 

 

                                                                                                                                  ***
                                                                      



 

 

                   SUR L'AMNISTIE.

 " On en a beaucoup ri, entre intimes et à voix basse, dans les couloirs de la Télévision française. C'était juste après l'étonnante émission de Louis-Ferdinand Céline et l'histoire qui a fait tant rire ses amis est celle de son amnistie.
  La mésaventure n'est pas récente puisqu'elle remonte à six ans déjà, mais elle était restée secrète jusqu'ici et vaut la peine d'être révélée.
 
  A l'époque où elle débuta, en avril 1951, Céline était toujours réfugié au Danemark : la Cour de Justice l'avait condamné à un an de prison par contumace, à 50 000 francs d'amende et à la confiscation de ses biens. De biens, Céline n'en avait plus et il se moquait bien de les perdre. Tout ce qu'il voulait, c'était revenir à
Paris, mais le contumax était toujours suspendu au-dessus de sa tête...

  Sa chance fut d'avoir un avocat malin, à l'autorité convaincante. Me Tixier-Vignancour.
 Un matin donc, Me Tixier-Vignancour entre dans le bureau d'un officier supérieur du Tribunal militaire :
 - J'ai, lui dit-il, un de mes amis qui marie sa fille demain. Il a été condamné à la Libération. Et je serais si heureux de lui annoncer qu'il est amnistié...
 - Pourquoi a-t-il été condamné ?
 - Oh, une histoire de rien du tout : quelques petits articles sous l'Occupation. Et la preuve que ce n'était pas grave, c'est qu'il a eu seulement un an par contumace.
   L'officier acquiesce.
 - Qui est-ce ? demande-t-il.
 Et c'est là que Me Tixier-Vignancour a un trait de génie.
 - Oh ! son nom ne vous dira rien, assure-t-il. Il s'appelle Destouches.
 L'officier insiste.
 - Je vais faire descendre son dossier.
 
- Mais non, mon cher, proteste Me Tixier-Vignancour. Je suis pressé. Donnez-moi simplement un avis favorable et j'irai en discuter avec le président du Tribunal.
  L'officier hésite, mais l'avocat se porte garant du fait que son client inconnu est un médaillé militaire, grand blessé de la guerre 14-18. C'est là un titre valable à l'amnistie et l'officier s'exécute.

  Me Tixier-Vignancour, d'un pas pressé, se dirige alors vers le bureau du président du Tribunal militaire. Il commence à l'entretenir longuement du baccalauréat que son fils vient de passer, puis, presque distraitement :
 - J'ai une petite faveur à vous demander. Un de mes amis, qui marie sa fille, etc.
 Et l'avocat conclut sournoisement :
 - D'ailleurs, le commandant X... a donné son avis favorable à l'amnistie.
 - Je vais faire descendre le dossier, suggère le président.
 - Mais, mon cher président, coupe l'avocat, ce n'est pas la peine. Je suis si pressé et puisque le commandant a donné un avis favorable, c'est qu'il a ses raisons.
  Et le président signe l'amnistie de Louis-Ferdinand Destouches.
  Deux jours plus tard, quand la presse annonça que Céline était amnistié, ce fut un rude tohu-bohu au ministère de la Justice. Convoqué par le ministre, le président du Tribunal militaire commença par affirmer, en toute bonne foi, qu'il s'agissait d'une fausse nouvelle.
 
  Finalement, il lui fallut bien se rendre à l'évidence et comprendre que le Dr Destouches ne faisait qu'une seule et même personne avec l'écrivain Céline.
 Que peut-on reprocher à Mr Tixier-Vignancour ? Rien, il n'avait dit que la vérité. Quelques semaines plus tard, Céline déambulait librement sur la Croisette. Et Mr Tixier-Vignancour s'était fait deux ennemis de plus au Tribunal militaire ! "
 (Les Cahiers de la NRF, Céline et l'actualité 1933-1961, Gallimard, janvier 2003, p.371).