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CELINE EN PHRASES

 

 

LETTRES

REPONSES AUX JOURNAUX

 
 

Les formules ne cessent de fuser au bout de ses doigts, de celles qu'aucun autre écrivain n'aurait inventées. Pas une lettre, y compris celles dont le contenu paraît répétitif, qui ne contienne une ou plusieurs de ces étincelles. (Henri Godard). 

 

 

 

Au "Canard enchaîné"

 

                12 juillet 1939

 

    Monsieur le Gérant,

 

 Il existe des journalistes qui sont des lâches et des jeanfoutre et qui ne réagissent valablement qu'au coup de pied au cul. Je m'en voudrais de vous traiter de la sorte. Seulement, je serais tout de même content que vous sortiez des allusions et que vous me citiez nommément avec courage pour une fois - qu'il s'agit de signaler ma trahison, une connerie cela - à votre blasé public.
  Apprenez, évasif, que je n'ai jamais rencontré M. Abetz, que je ne le connais pas, que j'ai appris son existence par les journaux de ces derniers jours.
  Que je n'ai jamais, ni de près ni de loin, ni d'extrêmement loin, trempé dans un complot, ni par contrat ni par écrit, ni par paroles.
  Tout ce que j'avais à dire, je l'ai publié dans mes livres (aujourd'hui interdits) pas un mot de plus, pas une intention de plus.            Beaucoup trop vieux lapin pour ignorer que les complots, tous les complots, sont autant de nids à bourriques (d'un genre si courant !), ne me faites pas l'injure, alors insupportable, de me prendre pour un naïf.
   A la bonne vôtre, et, la prochaine fois, demandez-moi donc les renseignements, je vous les fournirai gratis et très volontiers.
  Quant à mes livres - tous mes livres - (sauf ceux que vous me faites très lâchement interdire), ils se portent fort bien, et, cela va sans dire, ils vous emmerdent.
                          Céline.

 

 (Lettres, Pléiade, 39-25, p. 585).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Au "Droit de vivre"

 

                 14 juillet 1939.

     Monsieur


  Dans votre numero du 8 juillet vous avez fait allusion en me nommant à un écho paru dans Le Canard auquel j'ai fait [déjà] suivre la réponse convenable (insérée). Je vous prie d'en faire autant [et d'insérer] (avant l'huissier) dans votre prochain numéro. [Je réfute en tout] - " Je réfute en tout pour toute l'allégation totalement mensongère du Canard me concernant, divagation calomnieuse délirante ne contenant point le moindre début d'atome d'excuse ou de justification. Je ne sais rien, ni de près ni de loin, des affaires Abetz (si affaires il y eut) Je n'ai jamais ni rencontré, ni vu, ni soupçonné l'existence de cet Abetz ni d'aucun autre personnage, officiel ou officieux du genre. En fait mon dernier voyage en Allemagne remonte à 1909 - sous Guillaume II - ma dernière rencontre avec des Allemands remonte à décembre 1914 - à Poelkapelle dans les Flandres - (pour la médaille militaire) Depuis plus rien - Je ne sais rien non plus du plan de subversion, révolution Gœbellienne - Mais je sais très bien que la 12e Chambre n'est pas fatiguée - et que Mr Cent-Mille-Pets (de bourrique) tient décidément à s'abonner à vie.
                         LF Céline    
 P.-S. Je n'ai jamais vu, je ne connais pas non plus Mr Bailby, Mr de Carbuccia, Mr Daudet, Mr Hitler, Mr Buneau Varilla, Mme Lebrun, Mr Bucard, Mr Brasillach, Mr Guitry, le Général Pétain [sic], Mr Tino Rossi, Mr Lafayette, Mr Figaro... Je ne connais vraiment personne - une bonne fois pour toutes.

  (Lettres, Pléiade, 39-27, p. 586).

 

A un journaliste de "La Vie nationale"

 

         le 27 août 1940

 
 Mon cher Confrère,

 

 Toutes ces bonnes choses, ne trouvez-vous pas ? eussent gagné à être dites, écrites surtout, trois ou quatre années plus tôt, sous Blum, par exemple ?
 Qui les écrivait alors ? Personne.
  Qui baisait les mules à Blum ? Tout le monde.
  Les Blumistes d'hier sont les Hitlériens d'aujourd'hui, à peu de choses près, et si le vent souffle, les communistes de demain...

  Les mêmes vus de dos.
" Qui faisait les chaussures fera toujours les chaussures.
  " Ce peuple clos, racorni, sans folie, grimacier, sans cœur, tourne en rond sans sa raison d'être : chier toujours de plus gros colombins.
 La France n'est plus qu'un énorme concours de vidanges. La France est à refaire.
   Là où il nous faudrait un lyrisme de feu on nous propose des jus de pandectes. Misère ! éternelle connerie de ce pays abruti de raison, prosaïque comme une panse - Nous périssons non seulement de raclée militaire, d'alcoolisme invétéré, de vinasserie inondante, d'égoïsme absolu, de juiverie forcenée, de boustiffaille éperdue, mais surtout, avant tout, de notre haine de tout lyrisme.
  La Tare n'est pas d'hier !
  Aucun lyrisme de Villon à Chénier !  
  C'est " Mr Mon sous le dieu mufle ".
  Qui hait le lyrique crève ignoblement. Les poubelles sont là.
 A vous bien cordialement.

                   L.F. Céline

 

 (Lettres, Pléiade, 40-11, p. 609).

 

 

 

 

 

 

 

 

        A "Combat"

 

        26 ou 27 juillet 1947.

 

  Hé diable ! Monsieur, je parie bien les Dardanelles que Jean-foutre des Investias n'a jamais lu un seul de mes livres. Que veut dire tout son cafouillage ? Qu'ai-je de commun avec Sade, Sartre, Millner ? Le Pape ? En sait-il lui le premier mot ce damné troufignon ? Sait-il même lire ? Je ne crois pas. Ecrire ? Certainement non. Il bafouille des choses sans queues ni têtes, n'importe quoi !... Il est payé ! Il rapproche tout, confusionne tout, merdoye, aboye, tout est dit. On s'écœure à penser que de grands empires employent de tels crétins. En si minuscules affaires tellement déconner ! Que ce doit-il être dans les grandes ! J'aimerais à parler de ces tristesses au Dr Braun, à Mr Sokoline que j'ai connus... Ils seraient bien gênés... Ces " investias " d'abrutis quelle tare ! Et vas-y pour l'existentialisme ! Pan ! pour l'homosexualité ! Vlan ! pour Voltaire ! Boum ! pour la lune ! Quelle salade ! Quelle honte !
  Je veux bien faire un petit effort encore, une suprême gentillesse pour les Soviets leur fixer une bonne fois pour toutes un petit point de l'Histoire littéraire française qu'ils n'y déconnent plus. La " nullité littéraire Céline " leur apprend (puisqu'ils ne savent rien, même de ce qui les concerne, ils bavent sous eux !) que le Voyage au bout de la nuit a été lancé par un article de Georges Altman dans le Monde communiste d'Henri Barbusse en 1934. Les articles de Daudet, Descaves, Ajalbert ne sont venus " qu'ensuite ". J'ai d'ailleurs toujours entretenu avec Altman des relations très cordiales. Je leur apprends " secondo " que le Voyage a été traduit d'OFFICE par les Soviets (sans absolument me demander mon avis !) et que les traducteurs ne sont pas moins qu' Elsa Triolet et son mari Aragon qui ne se sont point gênés pour tripatouiller mon texte dans le sens de leur propagande. Les Soviets me doivent d'ailleurs toujours de l'argent sur cette traduction. Avant d'engueuler les gens il est bon de leur rembourser ce qu'on leur doit. Voici une première petite mise au point. Les Investias ignorent également qu'en tant que " criminel fasciste " " tous mes romans " ont été " interdits " en Allemagne dès l'avènement d'Hitler et pendant tout le règne hitlérien ? Savent-ils que mon dernier éditeur " allemand " est " Julius Kittel " Juif réfugié à Marich Ostrau-Moravie (1936) ?
 De telles crétineries découragent la polémique, on comprend que la parole soit de plus en plus à la bombe, à la mine, au déluge !
  Je vous prie de croire, Monsieur, à mes sentiments très distingués. 

                     L.F. Céline


  (Lettres, Pléiade, 47-59, p. 930).

 

   A Jacques Robert
 ("Samedi - Soir")

 

       Le 28 novembre1947
                    Copenhague

 

   Monsieur

 Petites erreurs
- Je n'ai jamais soigné d'Allemands même pauvres, en Allemagne. Une bonne raison : cela m'était formellement interdit. Je n'ai soigné que des Français.
- Je n'ai jamais écrit d'articles, de ma vie, pas plus dans La Gerbe que dans tout autre journal.
- Je n'ai jamais été à Vichy, de ma vie. Je n'ai connu Vichy que par la saisie de mes livres en Zone Sud (comme chez Hitler) et par les impôts que je versais à Pétain sur la vente de ces mêmes livres en Zone Nord.
- Je n'ai pas attendu d'échouer à Copenhague pour " découvrir la Patrie " Je pense avoir fait les choses largement par deux engagements volontaires, le premier à 18 ans - médaille militaire - Octobre 1914 - 75 p 100 d'invalidité - Janvier 1915
- Mes relations avec Laval furent en effet fort mauvaises tant qu'il fut au pouvoir, mais à Sigmaringen je n'ai jamais eu à me plaindre de lui.
 Je l'ai au contraire toujours trouvé dans l'infortune, très digne, très patriote, et très pacifiste, toutes qualités qui sont faites pour me plaire.
  Je n'aime pas à salir les morts, ni les emprisonnés, ni les désarmés, je ne tire ni dans le dos, ni par terre, ni en l'air, je ne tire jamais qu'en face, et si on me le permet, sans chaînes, debout -
 - Puisque vous voulez tout savoir : Je suis allé jusqu'à fonder à Sigmaringen et très ouvertement, officiellement (interrogez des témoins) pas clandestinement du tout, une " Société des Amis du Père-Lachaise " Si vif est mon patriotisme
 - Mais si je veux bien mourir ! cette bonne blague ! comme tout le monde ! seulement si possible pas par assassinat...
 Je voudrais bien ne pas faire le 80 001e ! Le suis-je assez original ! Je n'aime pas la Villette
  Salut et liberté !
                         LF Céline

 
 (Lettres, Pléiade, 47-103, p. 980).

 

 

 

 

 

   A  "Paris-Match"

 

Danemark, le 26 août 1949

   Monsieur,

 

  Je sais bien que les lecteurs de Match ne tiennent pas absolument à connaître la vérité, ils veulent rigoler, cela leur suffit, et bougre je n'y vois aucun inconvénient. Seulement, je vous prierais de leur faire connaître quand même, car ce détail est très important, que je n'ai jamais rédigé la nuit dans un entresol de Montmartre des pamphlets d'un racisme véhément (romantisme grotesque). Ni la nuit ni le jour, tout simplement jamais.
  Votre bonne foi a été surprise, si j'ose dire ! Je ne demande jamais des nouvelles de Sartre, c'est une vermine que j'ai " naturalisée " une fois pour toutes, dans une lettre à l' " Agité du Bocal " que vous trouverez chez Paraz.
  Salut et vive la prochaine ! 
                       L.-F.Céline

 

 


       ********************
 

 

 

  Au Directeur de " L'Humanité "

        
Le 31 octobre 1949.


  Au Directeur de L'Humanité

 

  Moi ce qui me surprend Monsieur, c'est que Monsieur Maurice Thorez, déserteur à l'ennemi en temps de guerre ne se trouve pas encore au Panthéon.
   Ce qui me surprend aussi c'est que vous n'appreniez pas à vos lecteurs que Mr Aragon et Mme Triolet ont traduit dès 1934 le Voyage au bout de la nuit en russe sur l'ordre du gouvernement russe. Vous êtes mal décidé à la vérité.
  Vous pourriez encore leur apprendre que je suis engagé volontaire des deux guerres, médaillé militaire depuis Novembre 1914, mutilé de guerre 75 %. C'est drôle, n'est-ce pas ? Ah vos lecteurs sont décidément très mal informés !
 Je ne réponds pas au Bossu. Je ne réponds pas aux anonymes, je vous réponds à vous Monsieur le Directeur.
 Je ne vous traite de rien du tout sauf d'être un mauvais informateur.
                      L.F. Céline

 
  Rabatteur d'échafaud ? On vous l'a dit trop souvent ! de toutes parts ! des grossiers !

 

  (Lettres, Pléiade, 49-93, p. 1238). 
 

 

 

 

 

 

Brest Lannion Lorient Quimper Saint-Brieuc

 

    
     DOCUMENTS 
 
  Cahiers de prison ***
 

Publié le 10 juin 2019 
Berthold Bies

 

  

  Jamais publiés au complet, les « Cahiers de prison » de Céline, dans une édition présentée et annotée par Jean-Paul Louis, viennent ajouter une nouvelle pierre de connaissance à la vie, et encore plus à l’œuvre, de l’auteur du « Voyage au bout de la nuit ». Dans ce magma parfois difficile à lire, il apparaît plus funambulesque que jamais, aussi proche de la chute que de la renaissance littéraire.

   De février à octobre 1946, dans les cellules de la prison de Copenhague où il attend de savoir à quelle sauce les justices danoise et française vont le dévorer, l’écrivain Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), fatigué, malade, apeuré, emplit une série de dix cahiers. Tantôt très structurés, tantôt éparpillés en un bouillonnement qui donne le tournis, ces textes n’avaient jamais été publiés dans leur version intégrale. Ce sont des documents de première force et du plus haut intérêt, où l’on découvre un homme nu, exsangue et « à l’os » de sa vie, que l’on dirait posé au carrefour de la mort, dans l’attente angoissée du fatal épilogue.

 

           Fidélités bretonnes

 

L’auteur du « Voyage au bout de la nuit » est loin et c’est son fantôme qui hante les pages de ce livre. Icare s’est brûlé les ailes. La guerre est passée par là, et le romancier au style flamboyant et dévastateur traîne un fardeau poussiéreux et sanguinolent, où pèsent pêle-mêle les conséquences de ses brûlots antisémites, ses accointances douteuses avec Vichy, ses sympathies allemandes, son incorrection politique irrépressible, son verbe toujours trop haut, cette mauvaise réputation qu’il assume, sont talent insolent…

Plongé dans un tel maelström, qui l’a chassé de France, l’a fait traverser l’Allemagne au bord du gouffre, puis le Danemark, le corps du Docteur Destouches est en ruines. Et ces cahiers, documentation intime fort touchante, témoignent de la misère épisodique (il a cependant fait des réserves au Danemark), de la solitude, de ses efforts pour se retaper physiquement et moralement. Entre les lignes, le désespéré confesse tout ce qu’il doit à sa compagne Lucette, dont il est provisoirement éloigné. Il tente aussi de jeter des ponts vers ce qui lui reste d’amitiés en France, et singulièrement en Bretagne, évoquant parmi bien d’autres le docteur Tuset et ses proches ; des relations quimpéroises qui ne le « lâcheront » jamais, y compris dans les moments judiciaires les plus compliqués.

 le squelette souffre donc beaucoup, mais l’esprit est en perpétuelle ébullition. Ainsi c’est avec beaucoup de curiosité et d’intérêt que l’on découvre l’argumentation pugnace qu’il envisage d’opposer à ceux qui, en France, l’accusent de trahison. Convoquant les grands proscrits et exilés de l’histoire pour sa propre défense, de Victor Hugo à Jules Vallès, il réfute, accuse, recoupe, tranche, parfois avec la mauvaise foi et l’aveuglement féroce qui font l’homme.

 

       Une œuvre en mutation

  Et puis, encore plus passionnante, une autre dimension essentielle apparaît entre les folios de cette publication indispensable à la compréhension de Céline : le « serpent » fait ici une nouvelle mue, et semble donner naissance à une autre œuvre.

 

 

 

 
 
  Ou, a minima, à la transformation d’un style écrit-parlé, dont l’écrivain s’est fort justement vanté d’avoir inventé, en une autre manière, encore plus dépouillée, encore plus folle et chaotique que tout ce qu’il avait pu écrire avant.
  Comme le souligne la préface, qui y voit une révolution : « il accordera assez d’importance à ce manuscrit, témoin de sa chute, mais aussi des premiers pas de sa renaissance littéraire, pour le rapporter en France fin juin 1951 ».

   En prison, l’auteur de « Mort à crédit », lit et travaille autant qu’il lui est possible, et dans toutes les directions.
 Il tente de canaliser le désordre de sa vie et cette urgence se sent : à certaines phrases très travaillées, viennent s’agglomérer, en magma, des notes, des citations, des listes de noms, de pseudonymes, de fulgurantes vues de l’esprit, des extraits de chansons, des propos insensés et des bouts d’inspiration sans sens, des souvenirs et des projections.
  Il hoquète, radote parfois, éructe souvent, il vitupère et déborde de partout.

 

         Le « bastringue » fait son

 

  C’est inévitablement décousu, au bord de l’effondrement et du néant, et pourtant, pourtant, ce bastringue infernal des mots entrechoqués et violemment frottés les uns contre les autres, finit par faire son, puis petite musique et (peut-être) un début de composition, où réel et fiction fusionnent plus que jamais chez lui.
  Sans exagérer, on peut deviner dans certaines pages de ces carnets, le « monstre », au sens typographique et éditorial du terme, de ce qui deviendra les « Féeries », puis « D’un château l’autre » ou « Rigodon ».
  On y entend une voix qui, même si elle peut donner l’envie légitime de se boucher les oreilles, résonne, jusque dans les interlignes de ces carnets hallucinés et déments, à nulle autre pareille.

    Comme toujours sur ce sujet célinien que l’époque juge « délicat », Jean-Paul Louis, en spécialiste qu’il est de l’œuvre bis constituée par les lettres, carnets, envois, marges diverses et variées de l’écrivain, avance avec la prudence scientifique la plus rigoureuse, sans jamais occulter la franche passion et la fidélité lucide qu’il voue depuis des décennies au plus grand maudit des lettres françaises contemporaines.
  Son travail sur les carnets complète celui qu’Henri Godard, autre autorité dans ce domaine, avait déjà partiellement effectué par le passé.
  Outre cet opus remarquable, Jean-Paul Louis a publié récemment aux éditions du Lérot, « L’année Céline » ainsi que « Céline en Afrique » de Pierre Giresse.


  Louis-Ferdinand Céline, éditions Gallimard.

 

 

 

 

  
  Simla Ongan : Traductrice, une vie à crédit

 


                    Communauté

Par Charlotte Meyer |
Publié le 19/06/2019

  Lancée sur le chemin de la traduction par son ancien professeur de français, Simla Ongan a traduit de grands noms de la littérature française, comme Louis-Ferdinand Céline ou Michel Tournier. Mais la précarité de la profession l’a contrainte à mettre entre parenthèses sa vocation de passeuse de textes pour se tourner vers le métier d’interprète.
Sur la page de couverture, son nom est bien minuscule comparé à celui de l’auteur. Pourtant, le rôle du traducteur n’est pas des moindres : d’un chef d’œuvre national, il se doit d’en faire un chef d’œuvre universel. Et si l’image du traducteur solitaire se creusant la tête pour traduire un jeu de mot ou un rythme syntaxique ne tient pas de la caricature, Simla Ongan ne semble pas le regretter : « Ce que j’aime dans ce métier, c’est quand c’est bien écrit et surtout que c’est difficile à traduire. Le plaisir, c’est de finalement ressentir le même effet dans les deux langues. »
Après une scolarité au lycée français Charles de Gaulle d’Ankara, Simla se rend à Paris où elle obtient un DEUG (Diplôme d’Etudes Universitaires Générales) de communication. De retour en Turquie, elle suit des cours à l’Ecole supérieure de langues étrangères appliquées d’où elle ressort interprète et traductrice en même temps que professeur de FLE. Si elle en est déjà à la traduction de deux romans, sa véritable carrière de traductrice littéraire prend forme en 2005, lors de son arrivée à Istanbul. L’élément déclencheur de cette vocation ? « Alain Mascarou, mon professeur de français au collège » répond Simla. Elle sourit en replongeant dans ses souvenirs. « Cette rencontre a été très importante pour moi. J’avais onze ans, je venais de perdre ma mère. Il m’a alors offert un livre en français avec sa traduction en turc. Je crois que c’est de là qu’est parti mon intérêt pour la littérature française. » Un domaine dans lequel la collégienne n’entre pas par n’importe quelle porte : ce livre qui l’a tant marquée n’est rien de moins qu’Une mort très douce de Simone de Beauvoir. Par la suite, Alain Mascarou lui demande de traduire un texte de Bilgo Karusu pour un recueil. « C’était ma première traduction, se rappelle-t-elle. Depuis, j’ai simplement continué. »

    De la TRT à Louis-Ferdinand Céline

Celle qui avait fait ses débuts en traduisant des émissions pour la TRT (Etablissement de Radio et Télévision de Turquie) se retrouve bientôt face à des auteurs bien plus conséquents.

 Son expérience la plus mémorable reste certainement la traduction de Mort à crédit de Louis Ferdinand Céline, un auteur avec lequel elle entretient un lien particulier : « En tant qu’écrivain, il m’a toujours beaucoup touchée » confesse-t-elle.
Suite à ses premières traductions du roman, Simla rencontre Ygit Bener, le premier à avoir traduit Voyage au bout de la nuit en turc.
 

 

 

 

 

 

  Pour lui, Simla était la première personne dont il entendant la voix à travers la traduction. « Il m’a prévenue que je risquais de déprimer, se remémore-t-elle en riant. Lui-même avait traversé une période de profonde dépression après avoir traduit Céline. » Cette époque, Simla s’en rappelle très bien. Habituellement traductrice nocturne, elle avait dû changer son rythme de travail pour Mort à crédit. Lever tôt le matin, pauses nombreuses, fin à 15h, elle avoue même avoir parfois été malade pendant cet exercice. « Céline, c’est plus que de la traduction, c’est de la réécriture. Il faut saisir sa façon de parler à lui, son lexique, ses néologismes, sans parler de l’argot parisien de l’époque ou de ses expressions à double sens. » Elle ajoute après réflexion : « Ygit Bener m’avait dit que je ne serais plus la même personne en sortant de cette traduction. Je ne sais pas si c’est vrai, mais ce qui est sûr, c’est que je ne suis plus la même traductrice. » A tel point que traduire le Journal extime de Michel Tournier quelques mois plus tard lui a paru bien fade.

 La difficile situation des traducteurs en Turquie

Si Simla prend plaisir à traduire ces œuvres, cela ne suffit pas à lui faire oublier que cette profession est compliquée. D’un point de vue personnel tout d’abord. « C’est un métier décevant puisqu’on est jamais capable de traduire un texte parfaitement. » La traductrice va jusqu’à affirmer que traduction rime avec dépression : « C’est un métier de solitude, surtout dans le domaine de la littérature » rappelle-t-elle. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a choisi de continuer d’enseigner en parallèle, notamment à l’atelier Victor. « C’est ce qui me permet de garder un contact humain » explique-t-elle.
Mais plus encore, la situation des traducteurs en Turquie va decrescendo. L’interprète cite ainsi son confrère Isik Ergüden qui a publié une lettre ouverte le mois dernier afin de dénoncer la diminution des droits d’auteurs perçus par les traducteurs. Selon elle, le statut de sa profession est en train de s’effondrer. « Plus on avance, plus on est réduits en esclavage, dénonce-t-elle. Si on continue dans cette lancée, les traducteurs qui resteront seront ceux qui ont déjà de l’argent et qui traduisant uniquement par plaisir. »
Cette réalité a contraint Simla a laissé de côté la traduction de littérature depuis un an afin de se consacrer au métier d’interprète, moins précaire. Elle n’en garde pas moins des rêves de traductions futures.
« J’aurais adoré traduire le Petit Prince de Saint-Exupéry, mais c’est chose faite depuis longtemps ! A l’avenir, pourquoi pas Le Clézio ou Romain Gary ! »
 
 Charlotte Meyer

 

 

 

 

 

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