|
SES
IDÉES...
Florilège
:
visions
très
divergentes
de
celles
de ses
ennemis
habituels... |
|
|
|
|
|
|
Tarmo Kunnas
Céline veut, à tout prix, se montrer différent des
intellectuels de son époque, car il les méprise, Céline a recours à la langue populaire et à l'argot parce qu'il croit que la langue littéraire est devenue trop abstraite, trop intellectualiste, trop académique.
Les ressources du langage académique lui paraissent taries : c'est pour cela qu'il puise dans le langage concret, imagé, populaire, loin des règles, des
conventions, des grammairiens et des professeurs. C'est là qu'il croit retrouver l'émotion directe et
subjective et éviter la contamination d'un intellectualisme coupé du réel.
(Tarmo Kunnas, Drieu La Rochelle, Céline Brasillach et la tentation fasciste, Les Sept Couleurs, 1972).
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Pierre Duverger
Les pamphlets, moi, c'est ce qui me passionne le plus. Je suis resté longtemps sans les relire et je trouve que c'était une vision d'avenir qui est devenue une vision du présent. Tout simplement. Par exemple, quand vous lisez Bagatelles et sa visite dans un hôpital de Russie, c'est une page extraordinaire ! En plus, c'est très marrant.
Avec ce docteur russe qui n'était pas du tout dupe de cette mistouflerie soviétique et qui n'arrête pas de dire : " Tout va bien ! "
Céline l'avait appelé évidemment
Toutvabienovitch ! (rires).
(Propos recueillis par Pascale Charpentier, émission " Rigodon pour une autre fois ", diffusée le 26 mars 1992 sur France-Culture, BC janv. 2004).
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
Jean Molino
Pourquoi être toujours obligé de déclarer - sous la pression des moralistes de gauche, qui ne le cèdent en rien aux moralistes de droite - qu'on se désolidarise de ses idées ? Pour le dire franchement, on s'en fout de ses idées et ce n'est ni à cause ni pour ses idées qu'on le lit, mais parce que c'est - on le voit déjà mais on le comprendra de plus en plus et ce sera un des étonnements de nos successeurs de constater qu'on n'a pas voulu s'en apercevoir plus tôt - un des plus grands, le plus grand sans doute depuis Proust, et peut-être le seul qui ait une stature plus qu'hexagonale.
(Commentaires n°44, hiver 1988-1989, Lettre à mon cousin sur le roman français depuis la guerre, BC n°84, août 1989).
|
|
|
|
|
|
|
|
"
Nous
voici
parvenus
au but
de vingt
siècles
de haute
civilisation
et
cependant
Aucun
régime
ne
résisterait
à deux
mois de
vérité.
Je veux
dire la
société
marxiste
aussi
bien que
nos
sociétés bourgeoises
et
fascistes.
"
(Discours
à la
commémoration
d'Emile
Zola). " |
|
|
|
|
|
|
Lucette Destouches
Ce que je voudrais dire à ce sujet, c'est qu'en 1937, et en général dans les années qui ont précédé la guerre, il y avait beaucoup d'Israélites parmi les producteurs d'armes.
C'était d'ailleurs un médecin juif collègue de Louis à la Société des Nations qui le lui avait confirmé.
Pour Céline, s'attaquer aux juifs, c'était s'attaquer aux fauteurs d'une guerre dont il pressentait qu'elle serait horrible.
Et puis il faut dire aussi que Louis venait d'une famille de petits - bourgeois où l'antisémitisme était de rigueur, on y était antidreyfusard et maurassien.
Il n'était pas le seul d'ailleurs.
D'autre part on oublie aussi que Céline eut toujours des amis juifs comme Abel Gance, Stravinsky et
Jacques Deval.
Encore une fois, je voudrais insister sur ce fait que pour Céline les juifs c'étaient les " Gros " et,
à cet égard j'ai pour lui un jugement de Maurice Clavel qui écrivait voici dix ans à Jeune Europe : " Ils ont titré (L'Express) : " Voyage au bout de la haine ".
Ce n'est pas vrai.
C'est toujours au bout de la nuit, la nuit sans fin d'un cœur, organe rouge, chaud et musclé, dans la misère du monde, la sienne...
Il ne s'est occupé que de la maladie des pauvres.
Riches de droite et riches de gauche riez...
Vous avez éternellement gagné les guerres.
C'est bien ça non ?
(Jean-Claude Zylberstein, Rencontre avec Lucette
Destouches, Combat, 21 février 1969, dans Spécial Céline n°5, mai-juin-juillet 2012). |
|
|
|
|
|
|
|
|
Marc Laudelout
À force de mettre cela en avant (son racisme), on passe, à mon sens, à côté de l'essentiel : tout
l'aspect métaphorique et poétique d'une œuvre qui est avant tout placée sous le signe de l'émotion pure, bien davantage que sous celui des idées.
[...] S'il fallait absolument définir Céline, je le verrais assez en homme ayant à la fois des préoccupations sociales liées à son esthétique et le goût d'un
certain ordre naturel, fondé sur une tradition très française bien antérieure à la Révolution.
Céline lui-même étant à la fois profondément mystique et athée, misanthrope et altruiste, pacifiste et violent dans l'expression de sa pensée. Ce Gémeau avait de multiples facettes, et il n'est pas aisé de l'enfermer dans un quelconque
carcan, car l'on trouve aussitôt des éléments qui le contredisent.
[...] Le vrai " scandale Céline ", c'est peut-être que Bagatelles pour un massacre constitue malgré tout un de ses meilleurs livres. Je veux dire par là qu'il est superbement écrit, d'une drôlerie extraordinaire, comme le reconnaissent d'ailleurs aujourd'hui certains esprits libres comme Philippe Sollers.
[...] Pour conclure, je rappellerai que publier ne veut pas dire approuver.
Et que donner à certains textes sulfureux l'attrait de l'interdit n'est pas forcément judicieux.
Une réédition dans une collection comme les Cahiers Céline en donnerait, en outre, un aspect
documentaire qu'on ne pourrait confondre avec quelque provocation malsaine. J'ajoute que, de même qu'on peut lire Sade sans devenir sadique, on peut lire Céline sans pour autant épouser ses idées.
Le lecteur doit être considéré comme un adulte et n'a pas besoin, il me semble, de censure préalable. (Propos recueillis par Charles Champetier,
louisferdinandceline.free.fr/bulletin)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Nicole Debrie
Céline attaque tout ce qui est idéologique. Pour lui, la vérité, c'est l'émotion. Tandis que l'idéologie, c'est
vraiment le traquenard, c'est ce qui limite et donne des œillères. On voit ça en ce moment, on est servi avec les socialistes. Ils vont nous faire prendre le rouge pour du vert, hein ? Il n'y a rien à faire... Le traquenard, c'est ça.
Quand Céline rentre d'URSS, il évoque, à la fin de
Mea culpa, " le nettoyage par l'idée ". L'idéologie, c'est ce qui permet de guillotiner les gens, de les fusiller...
Bagatelles pour un massacre est un manifeste esthétique contre les idéologies, la laideur, écrit sous forme émotive et poétique...
Les pamphlets sont-ils de grands livres ?
Il y a dans L'Ecole des cadavres un florilège d'insultes
extraordinaires. Si on veut renouveler son vocabulaire, il n'y a qu'à lire L'Ecole des cadavres, Bagatelles pour un massacre et Les Beaux draps sont
également des grands livres.
Pourquoi ?
Ils sont poétiques. Dans L'Ecole, on parle du " petit chat mutin, lutin "...
On voit aussi les files de gens en Russie qui
attendent pour manger... Le vent sur la Neva, à la fin... Il y a des belles choses dans les trois... D'ailleurs, comme pamphlets, je ne sais pas si vous avez vu, j'ai situé Semmelweis, mais également Entretiens avec le Professeur Y qui est une charge contre la littérature contemporaine. " Qu'est-ce qu'il a fait ? Oh, il a baisé sa grand-mère... " Enfin, je veux dire, c'est une sacrée charge, et très comique en même temps.
(Propos recueillis par Emeric Cian-Grangé,(BC n° 368, novembre 2014, p. 17).
|
|
|
|
|
|
|
|
" J'ai
pas
d'idées
moi !
aucune !
et je
trouve
rien de
plus
vulgaire,
de plus
commun,
de plus
dégoûtant
que les
idées !
les
bibliothèques
en sont
pleines
! et les
terrasses
des
cafés
!...
tous les
impuissants
regorgent
d'idées
!... et
les
philosophes
!...
c'est
leur
industrie
les
idées
!... ils
esbroufent
la
jeunesse
avec !
ils la
maquereautent
!...
la jeunesse
est
prête
vous le
savez à
avaler
n'importe
quoi...
à
trouver
tout :
formidââââble
! s'ils
l'ont
commode
donc les
maquereaux
! "
(Entretiens
avec le
Professeur
Y,
folio,
p.18). |
|
|
|
|
|
|
Pierre de Boisdeffre
On peut aussi plonger, comme Kafka, jusqu'au fond du gouffre, et soulever le couvercle de la marmite que des siècles de civilisation tiennent refermé sur la
commune humanité.
Céline, lui, a prêté sa voix à ceux qui n'avaient pas le droit de se plaindre parce qu'ils n'avaient pas de
langage.
On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire. Ça y sera. Ne croit-on pas entendre ici un des personnages-troncs de Samuel Beckett, la voix inexorable qui coule dans la tranquillité de la décomposition et qui n'imagine pas d'autre fin que celle de la merde qui attend la chasse d'eau ?
(Sur la postérité de Céline, Cahiers de l'Herne poche-club, 1968). |
|
|
|
|
|
|
|
|
Marina Alberghini
Rediscuter le terme " pamphlets " pour lequel je propose celui de " poèmes " comme Céline lui-même le désirait.
(...) Chefs-d'œuvre littéraires de grande beauté.
Quant à leurs morceaux violents, j'ai cherché d'en
comprendre les raisons en les remettant dans leur contexte historique et en les voyant surtout, à la lumière du " délire célinien " et de la violence qui naît en lui pour la défense des faibles...
Dans Bagatelles, il se déchaîne encore pour sauver le faible qui est dans ce cas le " bleu ", la chair à canons.
Si ensuite, nous définissons comme " pamphlets " ces livres, alors pour moi, La Divine Comédie et l'Evangile selon Mathieu le sont également.
(Céline, l'enterré vivant, BC n° 188, juin 1998).
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Paul Del Perugia
C'est ce Céline qu'il faut voir en retrait de l'écrivain invariablement dénoncé comme débridé pour l'accuser ensuite d'une vulgarité étrangère à sa nature. En cheminant, il fit deux confidences. " L'amour en réserve, dit-il d'abord, il y en a énormément. On peut pas dire le contraire. Seulement, c'est malheureux qu'ils demeurent si vaches avec tant d'amour en réserve les gens. Ca ne sort pas, voilà. C'est pris en dedans. Ca leur sert à rien. Ils en crèvent, en dedans, d'amour. "
A cette confidence peut s'en ajouter une autre : " Le fond de l'histoire ? Personne ne l'a jamais compris. Ni mon éditeur, ni les critiques, ni personne. (...) La voilà !
C'est l'amour dont nous osons encore parler dans notre enfer. "
(Cahier célinien I, Bromberger). (Céline et l'âme,BC n °158).
|
|
|
|
|
|
|
|
"Je
suis
anarchiste
depuis
toujours,
je n'ai
jamais
voté, je
ne
voterai jamais
pour
rien ni
pour
personne.
Je ne
crois
pas aux
hommes.
Pourquoi
voulez-vous
que je
me mette
à jouer
du
bigophone
soudain parce
que
douze
douzaines
de ratés
m'en
jouent ?
moi qui
joue
pas trop
mal du
grand
piano ?
Pourquoi
? Pour
me
mettre à
leur
toise
de rétrécis,
de
constipés,
d'envieux,
de
haineux,
de
bâtards
?
C'est plaisanterie
en
vérité.
Je n'ai
rien de
commun
avec
tous ces
châtrés."
(à
son ami
Elie
FAURE
datée du
14 avril
1934). |
|
|
|
|
|
|
Marc-Edouard Nabe
Céline était pris au sérieux comme écrivain, mais pas comme pousse-au-crime, il ne faut rien savoir de
l'époque pour soutenir le contraire...
[...] Il n'a jamais fait une seule action antisémite de sa vie.
Tant que les esprits ignorants ou partisans n'auront pas compris ça, je ne leur trouverai pas le droit de s'exprimer sur la " saloperie " d'un homme pareil.
Bagatelles pour un massacre, dont personne ne comprend d'où vient le titre (y compris les céliniens), n'a pas poussé des gens à faire concrètement du mal aux juifs.
Et je dirais même à en penser.
(Le Point, 27 juin 2011).
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Serge Kanony
Céline a déclaré un jour écrire « pour rendre les autres [écrivains] illisibles ».
De ce côté là il n’a pas mal réussi ; il y a désormais un avant et un après Céline.
Je retournerais volontiers la question : « pour qui Céline écrivait-il » en « contre qui Céline écrivait-il ».
Il écrit contre la guerre, les petits colons, les gadoues banlieusardes, contre la Mort, le cancer du rectum, contre lui-même (liste non exhaustive). Chez Céline, écrire est un cri, celui d’Edvard Munch.
(Propos recueillis par Emeric Cian-Grangé Le Petit Célinien, 21 octobre 2012).
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
Pierre Gripari
Il y a dans Bagatelles pour un massacre, une vision quasi prophétique de tout ce que nous voyons se réaliser aujourd'hui : règne des " idoles " (le mot y est !), de la camelote ; de l'avachissement généralisé ; dévalorisation de la chose peinte ; de la chose chantée, de la chose écrite.
Le titre signifie que la Seconde guerre mondiale, qui se préparait alors, serait avant tout une guerre
coloniale juive, ce qu'elle fut en effet.
Voilà ce qui rend ce livre dangereux, il est vrai. " (Pierre Gripari dans Frère Gaucher ou le voyage
en Chine, L'Age d'homme, 1975, in BC n° 101, p. 5).
|
|
|
|
|
|
|
|
"
Breton,
je suis
mystique,
messianique,
fanatique
tout
naturellement
- sans
effort -
absurde
- j'ai
été
élevé
tout
naturellement
en
catholique =
baptême,
première
communion,
mariage
à
l'église,
etc.
(comme
38 millions
de
Français)
La foi ?
hum !
c'est
autre
chose -
comme
Renan, hélas,
comme
Chateaubriand,
en
désespoir...
Pire, je
suis
médecin
- Et
puis
païen
par mon
adoration
absolue
pour la
beauté
physique, pour
la santé
- Je
hais la
maladie,
la
pénitence,
le
morbide
- grec
à cet
égard
totalement.
"
(Lettre
à Milton
Hindus
du
23/08/1947). |
|
|
|
|
|
|
Nicholas Hewitt
Les juifs forment une race. Or, cette race a imposé sa mentalité aux Européens par le truchement du
christianisme. Céline estime que les Européens sont enjuivés, devenus " juifs synthétiques ", c'est-à-dire " sans culture, aliénés, colonisés " ; et Philippe Bourdrel termine sa courte analyse de Céline avec
une citation également tirée de L'Ecole des cadavres : " Si vous voulez vraiment vous débarrasser des Juifs... alors, pas trente-six mille grimaces, pas trente-six mille moyens : le racisme. Les Juifs n'ont peur que du racisme. "
(Nicholas Hewitt, BC n° 215, décembre 2000).
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Philippe Muray
En somme, qu'avait-il découvert de si horrifiant, qu'il lui fallut à tout prix une politique, un projet, pour y échapper ? Et enfin, qu'a-t-on mis exactement en prison, qu'a-t-on mis au trou, dans le trou de la mémoire sociale, pendant ces années d'après-guerre où on le fit disparaître dans les glaces, là-bas, là-haut, vers la Baltique ?
Qu'avait-on besoin furieusement d'oublier à travers l'oubli de Céline ?
Quelle amnésie volontaire recouvre, pour tous, le signifiant Céline ?
(Philippe Muray, Céline, Bibliothèque Médiations, Denoël, 1984, p.40).
|
|
|
|
|
|
|
|
|
André Brissaud
Parce qu'il a tout fait voler en éclats, aussi bien les formes classiques de la littérature que le langage conventionnel et la syntaxe sclérosée, on a hurlé au sacrilège et on l'a condamné.
Mais qu'on relise les livres de Céline !
On verra que cette poésie frénétique - souvent sarcastique - cet irrespect total, cette fresque digne de l'Apocalypse, cette violence verbale parfois irritante, ne sont que les produits d'une générosité incomprise, bafouée ; d'une sensibilité immense et d'une pitié impatiente.
(André Brissaud, L'Herne, 1963). |
|
|
|
|
|
|
|
"
Je ne
renie
rien du
tout...
je ne
change
pas
d'opinion
du
tout...
je mets
simplement
un petit
doute
mais il
faudrait
qu'on me
prouve
que je
me suis
trompé,
et pas
moi que
j'ai
raison.
"
(Louis-Albert
Zbinden,
Miroir
du
temps,
Radio-Télé
Suisse
Romande, 25
juillet
1957). |
|
|
|
|
|