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ANNEE 2018
Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre
                            31  Info 01  6  Info 02 3  Info 04 15  Info 07 13  Info 09
                                20  Info 03 18  Info 05 28  Info 08 28  Info 10
                                    33  Info 06        
                                               

 

ANNEE 2019
Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre
3  Info 11 13  Info 14 14  Info 16 11  Info 18 9  Info 20 6  Info 22 1  Info 24 8 Info 27 5  Info 29 3  Info 31 9  Info 34 12  Info 37
17  Info 12 27  Info 15 28  Info 17 25  Info 19 23  Info 21 19  Info 23 11  Info 25 22 Info 28 19  Info 30 17  Info 32 14  Info 35 26  Info 38
30  Info 13                     25  Info 26         31  Info 33 28  Info 36    
                                               

 

ANNEE 2020
Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre
9  Info 39 6  Info 41 5  Info 43 3  Info 45 15  Info 48 12  Info 50 08  Info 52 06  Info 54 04  Info 56 02  Info 58 12  Info 61 10  Info 63
23  Info 40 20  Info 42 19  Info 44 16  Info 46 29  Info 49 25  Info 51 23  Info 53 21 Info 55 18  Info 57 15  Info 59 26  Info 62 24  Info 64
            30  Info 47                     29  Info 60        
                                               

 

ANNEE 2021
Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre
06  Info 65                                            
                                               
                                               
                                               

 

CELINE EN PHRASES

 




LE REGARD EMBUÉ DEVANT UNE GRILLE... DE LECTURES... 
 

 

 

 Je l'avais approchée cette fameuse grille quand, un midi d'un dimanche de juillet 2018, mon ami Gérard Silmo avait eu la gentillesse de m'accompagner devant la " villa Maïtou " 

   Même que le jardinier il était venu l'ouvrir pour rentrer le conteneur.
 Je l'avais questionné : - " Oui, elle est là. Elle va bien. Elle dort beaucoup, mais elle a toute sa tête !... Comme il fait très chaud, nous allons la sortir. Elle mangera dehors. "

 

 Lucette, bien sûr, l'objet de toutes nos attentions, mais combien d'autres l'ont franchi cette grille depuis 1951 ?... Le cœur battant, l'émotion en bandoulière, persuadés qu'ils allaient communier avec un génie ou apeurés, avant de pénétrer dans l'antre d'un pestiféré ?...
 Et là, c'est une centaine d'images qui a émergée lentement de l'océan de lectures dans lequel je m'étais baigné depuis peut-être quarante ans...
 Je les revoyais tous.

 

 

SES AMIS

 

 

 

          Arletty

 


 

 Vous alliez souvent chez lui ?
Très souvent ; moi j'attendais qu'il me dise de venir..., je ne cours pas après comme dit l'autre... j'attendais qu'il m'appelle ; alors quand il avait un moment c'est lui qui me disait de venir ; et puis après il m'a demandé de faire le disque, j'ai tout de suite voulu faire, tout de suite, tout de suite, bien sûr.

Quel disque ?
Un disque que j'aime beaucoup, le certificat d'études de Mort à crédit.
 (Arletty, La défense, La Table ronde, 1971. (rééd. Ramsay coll. Poche cinéma, 2007)

 

 

    Marcel Aymé

 

Tous les dimanches Marcel Aymé vient voir Louis à Meudon. Il arrive vers onze heures. Ils échangent quelques mots. Suit un long silence. Louis écrit, pendant que Marcel assis sur le divan, muet, le regarde à sa table de travail... Encore quelques bribes de conversation... à nouveau le silence. A midi, Aymé s'en va. " Tu files hein ! les pieds sous la table ! et à l'heure ! pas d'histoire ! la bourgeoise t'attend ! " Plusieurs dimanches se passent et pas de Marcel. Louis s'inquiète. Il téléphone. " Alors ? Qu'est-ce que tu deviens ? - Tu m'engueules tout le temps, j'ai le sentiment de t'embêter. - Mais pas du tout mon vieux, allez viens vite ! On t'attend ! "
(Serge Perrault, Céline de mes souvenirs, du Lérot, 1992).

 

     Albert Paraz

 

 

 Il avançait à très petits pas, appuyé au bras d'une amie.

  Son visage rayonnait. Il était encore très beau malgré la maladie, et quel sourire de bonheur sur ce visage que la tuberculose n'avait pas réussi à abîmer.
  Céline aussi paraissait heureux.

 Ils sont restés ensemble tout l'après-midi, il y a des photos de cette rencontre...

 Je pense que Paraz connut ce jour-là un de ses plus grands bonheurs. 
(Pierre Monnier, Ferdinand furieux, 1979).
 

 

 

 

    Pierre Monnier

 

 Et quand, après avoir traversé le jardin, nous entrons dans la maison, Lucette fait un effort et descend du second étage pour accueillir Alphonse pendant trois ou quatre minutes. Nous circulons dans la maison ; le rez-de-chaussée, avec ce qui fut le bureau de Céline, le sous-sol et l'entrée où il se tenait souvent assis sous le tableau que lui avait offert son ami Eugène Dabit. Je montre à Alphonse l'endroit où Céline est mort ; là où ont été prises les empreintes de son visage et de sa main, moulages que nous avons vus la veille chez François Gibault.
Dans la voiture, en revenant, nous parlons des amis de Céline, et surtout de ce petit peuple de travailleurs, habitués des dispensaires de banlieue où le docteur Destouches se dévouait au chevet de malades qu'il ne manquait pas d'engueuler copieusement pour leur manque d'hygiène et leur ivrognerie.
 (Trois jours avec Alphonse Juilland)

 

Dr Clément Camus

 

 Quand, dans les dernières années de sa vie, ayant pris les apparences d'un vrai vieillard, il m'accueillait toujours de son " Bonjour, fils ! ", j'en était toujours très ému.

 (...) ma dernière visite à Meudon, peu de temps avant sa mort, il tint, comme toujours à me raccompagner au seuil de la porte de son jardin, parmi ses grands chiens impressionnants qui effrayaient les importuns, écartaient les voleurs, ne rassuraient guère les visiteurs même amis.

 Vêtu de sa vieille houppelande rapiécée, il était illuminé par la splendeur du beau regard tendre, un peu triste de ses yeux d'un bleu si tendre, il me dit cet : " Au revoir, fils ! " qui devait être le dernier. Je n'avais ni pressentiment, mais je fus bouleversé. Je le suis encore à l'évocation de ce souvenir. 
(Cahiers de l'Herne, 1963).
 

 

   Serge Perrault

 


 

  Serge Perrault a eu le privilège d'être reçu dans deux des tanières de

Céline (qui n'ouvrait pas facilement sa porte).   D'abord sous l'Occupation rue Girardon à Montmartre puis Route des Gardes à Meudon pendant les dernières années de l'écrivain.

  À petites touches, où toujours l’émotion affleure sous la simplicité du récit, l’auteur nous montre ce qu’il a vu à Montmartre (où il est né en 1920), chez Céline rue Girardon ou dans son entourage, puis à Meudon de 1951 à 1961.
 Céline n'aimait pas les hommes lourds et, comme il en voyait partout, il avait
fini par n'aimer plus personne ou presque.   Serge Perrault appartient à ce monde de la danse que Céline a tant aimé.
,C'est un oiseau, c'est un chat.
  Il n'est pas lourd du tout, jamais lourd.

(François Gibault dans la préface, Céline de mes souvenirs).



 

 

 

LES JOURNALISTES

 

 

 

Madeleine Chapsal

 

" Je n'ai vu Céline qu'une fois, dans sa maison de Meudon, dans le cadre que tout le monde connaît et a décrit, et il m'a donné cet entretien d'une traite, sans qu'il y ait eu un réel contact entre nous.

Tout ce que je puis dire, c'est que j'ai été éblouie par sa virtuosité, sa maîtrise verbale - il n'y a pratiquement pas eu un mot à changer quand j'ai transféré son discours de l'oral à l'écrit - un peu étonnée aussi de ce qui pouvait apparaître comme un " délire ", c'est-à-dire une répétition de certains thèmes, une insistance à voir arriver le cataclysme et à se mettre lui-même comme à l'écart des autres - tout le reste du monde étant des " autres ".
(Voyage au bout de la haine...avec Louis-Ferdinand Céline, L'Express,14 juin 1957).

 

   Pierre Dumayet

 

" Vous ne croyez pas à votre violence... Vous ne la concevez pas ? Vous ne l'imaginez pas ?

- L. F. Céline : " Je ne me vois pas du tout violent. (...) Je sentais une guerre venir et je dénonçais les motifs de la guerre et les suites.

 Je me suis occupé beaucoup des explorations polaires, particulièrement au Groenland, avec des meutes de chiens.
  Et ce qui compte, n'est-ce pas dans l'attelage, c'est le guide.

 Le guide est généralement une chienne particulièrement fine qui sait à 25 ou 30 mètres dire qu'il y a une crevasse.
(Lectures pour tous, 17 juillet 1957).

 

  Jacques Chancel

 

 " Vous me demandez de vous dire ce que je pense de la télévision. Eh bien ! Savez-vous que vous avez beaucoup de courage ? Vous êtes venu jusqu'à moi. Vous vous compromettez. Je suis une ordure pour le monde entier, je suis le réprouvé, le lépreux de l'endroit. On m'accuse d'avoir tout vendu à l'ennemi... même les plans de la ligne Maginot. (...) Revenons à la télévision. J'ai un poste, au premier étage, mais je ne monte jamais. C'est un prodigieux moyen de propagande. C'est aussi, hélas ! un élément d'abêtissement en ce sens que les gens se fient à ce qu'on leur montre. Ils n'imaginent plus. Ils voient. Ils perdent la notion de jugement
Le téléphone sonne.
- Allô !... C'est Toto, répond une voix criarde ".
(Télémagazine, n°117, 19-25 janvier 1958) 

 

 

 

    Louis Pauwels

 


La grille rouillée est plantée sur un mur lépreux, le portail à demi défoncé grince quand on l'entr'ouvre. Après avoir échappé aux ronces, aux chiens et aux traquenards d'un couloir hérissé d'objets insolites, nous pénétrons enfin dans le bureau de Céline. C'est aussi son cabinet de consultation et sa chambre. Tapi dans un fauteuil délabré, derrière une table de salle à manger Henri II couverte de larges feuilles de papier, il regarde assez ironiquement les préparatifs minutieux de l'équipe. Louis Pauwels et André Brissaud attaquent dès que le signal est donné.
[...] Pour les besoins de la mise en scène, le réalisateur a extirpé Céline de derrière sa table et l'a assis face à la caméra dans un fauteuil Voltaire. Malgré la superposition de ses gilets en loques (nous en comptons trois, qui n'en font peut-être pas un entier), malgré deux foulards douteux noués à la diable autour de son cou décharné, cet homme semble maintenant dépouillé, offert aux coups. Il montrera bientôt qu'il n'est pas pour autant vulnérable.
(En français dans le texte, Ed. France-Empire, 1962).
 

 

Louis-Albert Zbiden

 

 On annonça brusquement la prochaine publication de D'un château l'autre. Cela fit le bruit d'une bombe. Les journalistes furent alertés. On nous promettait un grand livre. Roger Nimier, qui courait de Paris à Meudon, s'en portait garant. Il n'avait pas tort. C'était un grand livre. Céline n'était pas mort. 
 Peu après, on nous informait que Céline consentait à rencontrer la presse.
Je soupçonne Nimier de l'avoir convaincu d'accepter cette corvée. Aucun journaliste ne l'escomptait.
On nous offrit Céline sur un plateau.

 Nous nous précipitâmes...
Assis face à face, je mis mon magnétoscope en marche et lui posai mes questions.
Il se livra. Allai-je avoir une confession ?

 Ce fut un numéro.
Céline était plus vrai dans le lyrisme que dans la sincérité.
Je le mis sur les Juifs, il se défendit ; sur la politique, il attaqua.
Il finit par sa mère, et c'est moi, la gorge nouée, qui ne pouvait plus dire un mot. "
(La Nouvelle Revue de Lausanne, septembre 1971).
 

 

     Guy Bechtel

 


Avec Robert Poulet, j'arrive vers quatre heures de l'après-midi chez Louis-Ferdinand Céline, dans son extraordinaire pavillon de banlieue, à Bas-Meudon. Il vient à notre rencontre, monstrueux, voûté au point qu'on le croirait bossu, en grimaçant. Il porte un vieux pyjama autrefois bleu, sale à vomir, et là-dessus deux pull-overs troués et une peau de mouton. Son pantalon, à braguettes déboutonnée, sort d'une friperie modeste. Il nous introduit dans son bureau, qui est un zoo.
Le perroquet siffle et dit : " Coco ! ", les chiens aboyent, les chats sautent, hurlent, griffent, tirent la laine des coussins, et des oiseaux pépient dans toutes les cages qui encombrent la pièce.
Il se met à me parler d'une traite.
- Faut que je vous parle de Rabelais ? Ça se fait beaucoup de demander leur avis aux gens. Tout le monde et sur n'importe quoi... On fout ça en disque... A Brigitte Bardot, qu'on demande son avis... Mais ce qu'elle dit, on s'en fout. Moi, j'aime pas, je suis un puriste.
(Guy Bechtel, Rabelais ou la crudité juste, Magazine-Littéraire n°4, 2002).


 

 

 

 

Claude Sarraute

 

 Dans ce corps, dans ce visage d'anachorète raviné, blanchi, le regard est resté fulgurant. Regard où se mêlent méfiance, agacement et fureur. Il faudra oser lui parler de son œuvre pour que ce regard s'apprivoise, se détende, qu'il y passe l'expression rassérénée de qui sent qu'il " peut y aller ". Louis-Ferdinand Céline avait naturellement - dans le verbe comme dans ses écrits - le ton torrentiel, flot douloureusement tumultueux charriant la rancœur, le dépit, la rage, le dégoût et une sorte de lucidité tranchante dans l'humour. Le tout destiné à divertir la galerie... Car Céline n'est pas dupe de lui-même. Il y avait des mots-clés : Stalingrad, la civilisation blanche, les juifs, Gallimard, Sartre, l'Académie, la pêche à la ligne, qui appelaient immédiatement le couplet. Et, le numéro terminé, la rêverie reprenait son cours momentanément assagi pour parler de lui-même et de ce sacré besoin d'écrire : " Ecrire comme je le fais, ça n'a l'air de rien... mais c'est d'une difficulté qu'on imagine pas... c'est horrible... c'est surhumain... c'est un truc qui vous tue le bonhomme. " (Le Monde, 5 juillet 1961). 

 

      Jean Ferré

 

 Evoquant sa première visite à Meudon :

  " Céline était aux prises avec un intrus, un admirateur qui souhaitait obtenir une dédicace.

 Visiblement, Céline hésitait.

 L'autre, bonne bouille éplorée présentait un vieil exemplaire de Voyage au bout de la nuit, en insistant

 - " il est bien sale "  opposait Céline.

 Le brave homme crut bon d'argumenter : " je l'ai acheté l'année même de sa publication, il date de 1932. J'en garde la nostalgie... "
 Alors Céline écrivit rageusement sur la page poussiéreuse :

 " Nostalgie, piège à cons... "  Et Jean Ferré concluait ironiquement :

 " Vous comprenez que je ne puisse plus entendre parler de nostalgie sans qu'une voix intérieure n'articule les trois mots suivants. " 

 

  André Parinaud

 

 Lorsque j’entre, Louis-Ferdinand Céline se lève, accentuant, par le balancement de ses longs bras et de son dos voûté, l’image un peu simiesque qu’il donne en se découpant dans la lumière blanche d’une fenêtre.
- Vous êtes venu voir la vedette, dit-il en ricanant. Tous ces cons qui me redécouvrent en apprenant que je viens de publier D’un château l’autre.

 Ils viennent visiter la ruine… pour voir si ça tient encore ! Si je ne sens pas trop mauvais. Mais, je leur en donne pour leur argent. Je connais le truc, je réponds toujours à la demande. Doux comme un mouton le Céline, bavant ou crachant.

 Qu’est-ce qu’il vous faut aujourd’hui ? Il y a L’Express qui est passé par Meudon. J’avais pavoisé la gare de toute ma dégueulasserie pour le recevoir.

 Il a dû être content ! Vont pouvoir édifier leurs lecteurs et avoir bonne conscience. Je me suis roulé dans ma fange de gros cochon… puis Match… Je suis devenu le fait divers à la mode. Ça les excite. Alors vous ?
  (II Arts, 19-25 juin 1957).
 

 

 

Ceux, venus pour Céline : BARJAVEL, Claude BONNEFOY, André BRISSAUD, Jean CALLANDREAU, Pierre DESCARGUES, Dominique FABRE, Roger GRENIER, Philippe GRUMBACH, André HALPHEN, Hervé Le BOTERF, Armin MOHLER, Roger NIMIER

 

Comme ceux pour Lucette : Christine ARNOTHY, Evelyne BLOCH-DANO, Laurence BOBILLIER, Jean CHALON, Dominique CHARNAY, Etienne de MONTETY, Francis PUYALTE, Emmanuel RATIER, Jean-Claude ZYLBERSTEIN

 

 


LES ARTISTES
 

 

 

 

    Michel Simon

 


Avec Michel Simon, le dialogue n’était pas triste, on s’en doute.

 Lucette les laissait souvent bavarder entre hommes.

 D’ailleurs, elle avait ses cours de danse dans la salle du haut.

 Que se racontaient ces deux compères ? Des histoires d’animaux, souvent.

  Chacun avait un perroquet et lui apprenait des mots rarement employés dans les salons. Ou des histoires salaces, peut-être…

 En tout cas, le rire, pour ne pas dire le ricanement de Michel, résonne encore dans ses oreilles.
 Leurs points communs étaient nombreux. Entre autres, ils ne se lassaient pas de railler Sartre, traité de « méchant pitre » et, plus généralement, de dénigrer les « raisonneurs », les « intellectuels » en appuyant bien sur les syllabes.

 Céline disait : « J’ai pas d’idées, moi ! aucune ! et je trouve rien de plus vulgaire, de plus commun, de plus dégoûtant que les idées ! Les bibliothèques en sont pleines ! et les terrasses de café ! tous les impuissants regorgent d’idées ! »

  L’acteur applaudissait gaiement l’artiste.

 C’était le folklore de la maison. L’ermite de Meudon, nid de contradictions, excellait dans tous les numéros. Eternel provocateur, grommelant souvent, se lançant soudain, après un long silence, dans un flot imprécatoire que rien ni personne ne pouvait arrêter, jetant ses anathèmes à défaut de ses oripeaux, mais toujours cocasse cependant même lorsqu’il prédisait l’apocalypse.

 Il pouvait faire le charmeur, jouer de la flûte, et séduire aussi bien les dames que les messieurs.
(Francis Puyalte.Le Figaro, 30 décembre 1992).
 

 

  Françoise Fabian

 


Françoise Fabian (comédienne, artiste, de son vrai nom Michèle Cortes de Leon Fabienera) : " Pendant les répétitions du " Pirate ", je me suis liée d'amitié avec ma partenaire Judith Magre, qui m'apprit qu'elle faisait du yoga chez Lili, l'épouse de Céline à Meudon. Piquée par la curiosité, je décidai de l'accompagner... J'avouai à Céline que je n'avais pas lu ses livres.
- Ça viendra, disait-il.
 Vous êtes un peu jeune. Les livres c'est comme les histoires d'amour.

 Il y a des âges pour certains amours et des âges pour d'autres. 

 J'ai souvent remarqué que les gens intelligents savent écouter les autres.

 Ce sont les imbéciles qui sont inattentifs.
Céline m'écoutait et m'interrogeait parfois.

Je lui racontais mes rencontres, mes amours et mes découvertes.

 Nous buvions du café au lait.

 Des fils tendus nous servaient à accrocher avec des pinces à linge les dernières pages qu'il avait écrites.
Je suis allée une dizaine de fois chez lui. Il m'a dédicacé Nord.
Un après-midi, nous avons pris un train qui allait de Meudon à Clamart, ou à Sèvres, puis un autobus jusqu'à Paris.
Le Dr Destouches allait rendre visite à un ami à Montmartre.

 J'ai fait tout le voyage avec lui.
Il avait la tête des photos, un visage buriné et pensif, une dégaine de SDF.
 Il était parti en pantoufles, vêtu d'un pull-over troué, avec une ficelle en guise de ceinture et un stéthoscope pendu à son cou. "
(Le Temps et rien d'autre, Ed. Fayard, 2006, Télérama Hors-série, 2011).
 

 

    Yves Boisset

 


 Il ne voulait voir personne en dehors de quelques amis intimes et se méfiait comme de la peste des gens qui prétendaient l’admirer. Surtout des jeunes qu’il tenait volontiers pour foutriquets hypocrites.
Comme elle aimait beaucoup Evelyne, elle promit pourtant d’intercéder en ma faveur auprès de son mari.
Le samedi suivant, je sonnai à nouveau à la grille pour venir chercher Evelyne. J’eus à peine le temps de saluer Mme Destouches que j’entendis, venue de nulle part, la voix graillonneuse de Céline.
- Il est là, l’ahuri ?
Encouragé par cette aimable invitation, Mme Destouches me désigna, derrière une haie, une petite tonnelle. Installé devant une masse de papiers, Céline était engoncé dans une pelisse élimée, un gros cache-col autour du cou malgré la chaleur de cette fin d’après-midi.
Il me jeta à peine un regard, visiblement plus intéressé par les charmes d’Evelyne, avant de coasser avec un ricanement :
- Vous avez bien de la chance, jeune homme. Elle est charmante votre petite danseuse. Alors, comme ça, vous êtes dans le cinéma ?
Je lui expliquai mes activités d’assistant. Il manifesta un brusque intérêt lorsque j’évoquai Michel Simon que je venais de rencontrer et qui m’avait convié à visiter le musée d’objets érotiques qu’il avait constitué dans sa maison de Noisy.
- Il paraît que c’est un salopiot, mais c’est un foutu bon acteur. Si ces abrutis s’étaient décidés à tourner le Voyage au bout de la nuit, je l’aurais bien vu en Bardamu. On m’a dit que chez lui, c’était bourré de cochonneries. Vous me raconterez ça la prochaine fois. J’étais fou de joie. Grâce à Michel Simon, c’était presque une invitation à revenir.
(La vie est un choix, Plon, 2011, Spécial Céline n°5). 

 

 

 

Jean-Pierre Marielle

 

 

 

 

  " Prenez un mec comme Michel Houellebecq, l'auteur des Particules élémentaires, ou quelqu'un comme Marie Darrieussecq, l'auteur de Truismes, dont le nouveau roman White, vient de paraître : ce sont des enfants de Céline.

 Tout ce qui se veut impertinent et novateur aujourd'hui doit tout à Céline ! Donc revenons à la source. Relisons Céline. "

(BC, déc. 2003).

* " Oui, il est à part. Séria, comme Blier, est un auteur, un poète. (Il déclame une réplique des Galettes..." Ah, tu sens la pisse toi, pas l'eau bénite. "

 C'est beau comme du Céline, non ? C'est du Mort à crédit !
D'ailleurs, savez-vous que ma première épouse prenait des leçons de danse à Meudon, chez Lucette Almanzor ?

 Je l'y accompagnais, elle y allait avec sa sœur.
 Lorsqu'elles sonnaient à la porte, Céline apparaissait et disait : " Aaaaah, mes jeunes fiiiiilles. "

C'était très joli. Elles étaient ravissantes, alors il était content.

 Je n'ai jamais osé lui parler ! Mais je l'ai vu, c'est déjà beaucoup. "
(Le Figaro Magazine, 20 novembre 2010).

 

    Judith Magre

 


. Et un jour Marcel Aymé m'a dit : " On va aller chez Céline... " J'étais extrêmement impressionnée... Donc j'ai le souvenir de cette maison ou de ce jardin avec plein d'animaux, avec les chats... Il y avait toujours Bébert, il y avait les chiens, et puis Céline !
Alors là, c'était impressionnant... D'abord, il avait un visage absolument magnifique, des yeux extraordinaires. Il était ... mais c'était au-delà de la saleté, il avait du noir dans toutes les rides du visage... Il avait une sorte de veste en peau lainée, qui tenait debout tellement elle était crasseuse, un pantalon... Un jour est arrivée une petite chienne tout à fait ravissante et Céline ne pouvait pas la garder, c'était une chienne trouvée, il y avait déjà d'autres chiens, et pour des histoires de chiennes déjà en chaleur, de mâles qui se... Et il m'a dit : " il faut que vous la preniez ! " Il aurait pu me l'imposer et j'aurais pu la donner à quelqu'un d'autre, mais en même temps c'était une sorte de cadeau qu'il me faisait, enfin... qu'il m'imposait. Et j'ai été très heureuse avec cette chienne... "
(Témoignage de Judith Magre, dans Céline à Meudon, documentaire Nicolas Crapanne, 2009, in D'un Céline l'autre, D. Alliot, Robert Laffont, 2011, p.952). 

 

   Jean Rochefort

 


 

 

  A l'occasion de la sortie de son livre, Ce genre de choses chez Stock, Nicolas Ungemuth a rencontré Jean Rochefort pour le Figaro Magazine.     Un retour sur la carrière de l'acteur, son enfance, ses rencontres et son intérêt pour la littérature, et pour Céline en particulier... Extrait.
Dans votre bibliothèque figure tout Céline en éditions originales (y compris les pamphlets, ndlr).

 On ne vous savez pas célinien...
Je le suis très violemment. Je l'ai découvert dans les années 50, à son retour du Danemark.

 De plus, j'étais amoureux d'une jeune femme qui prenait des leçons de danse avec sa femme, chez lui, à Meudon.

 Je l'y accompagnais en voiture toutes les semaines, et je le voyais qui me guettait, méfiant, dans son jardin.

 La découverte de ses livres a été un choc extraordinaire : lire Céline, c'est voir la vie autrement.
 (Le Figaro Magazine, propos recueillis par Nicolas Ungemuth, 18 oct. 2013, Le Petit Célinien, 19 oct. 2013).
 

 

 

Venus voir Céline : ARLETTY, Arno BREKER, Jean-Roger CAUSSIMON, Renée COSIMA, Fabrice LUCHINI, Sam SZAFRAN

 

 Voir Lucette : ARLETTY, Hugues AUFRAY, Charles AZNAVOUR, Carla BRUNI, Françoise CHRISTOPHE, Françoise HARDY, Fabrice LUCHINI, Christophe MALAVOY, Fred MELLA, MOULOUDJI, Georges MOUSTAKI, Filip NIKOLIC,

Gang PENG, Claude RICH, Maurice RONET, Pascal SEVRAN, Jacques TARDI, Stanislas de la TOUSCHE 

 

 

ET COMBIEN D' AUTRES...

 

 

 

  Christian Dedet

 

 

 A la rage du soleil, Louis-Ferdinand Céline rit, pleure, se gratte, proteste, ronchonne, éructe, invoque le ciel, se frappe le front. Nous y sommes.

 Céline joue Céline.

  Au centre de l'été naissant, malgré trois ou quatre tricots de laine qui le font suer à grosses gouttes, Céline claque des dents.

 Il marche sur les revers d'un pantalon de velours côtelé dont la braguette baille.

 Cet homme au bout du voyage, ce médecin qui n'en peut plus, est un pauvre parmi les pauvres. De grosses rides vont et viennent sur le front cabossé.

 Au-delà de tout sarcasme, de toute mimique désespérée, il me semble reconnaître ce masque de bonté navrée, cet air de pitié découragée qu'au cours des nuits de garde, l'hiver dernier, à Saint-Denis, il m'arrivait de pressentir avec cinquante ans d'anticipation, d'une main lasse, sur ma propre ossature. 
(Extrait du premier tome du Journal 1958-1963, BC n° 216, janvier 2001).

 

   Marc Laudelout

 

Alors même que j’avais en quelque sorte forcé sa porte, je fus touché par l’accueil de Lucette. C’est avec la plus grande gentillesse qu’elle reçut ce jour-là le parfait inconnu que j’étais. Nulle surprise à la réflexion , je connaissais par cœur le panégyrique célinien : « Ma femme, la meilleure âme du monde, Ophélie dans la vie, Jeanne d’Arc dans l’épreuve, tout en gentillesse, dons, bienveillance, amour. »
Avisant mon appareil photographique, Lucette me dit : « Dommage qu’il n’y ait pas grand-chose à voir. »

 Comprenait-elle que le seul fait de me retrouver dans cette maison, en sa compagnie, était déjà pour moi extraordinaire ?

 Après m’avoir montré l’endroit où Céline travaillait – « Je l’ai vu écrire en transe, dans un état second. » -, elle évoqua quelques souvenirs, dont ce journaliste (à qui on doit tout de même l’un des trois seuls entretiens filmés avec Céline) qui prenait pour argent comptant les énormités que Céline lui assénait.
(Madame Céline Routes des Gardes, avril 2012). 

 

    Henri Godard

 

 En montant à Meudon, route des Gardes, à mi-côte sur la gauche s'ouvrait un chemin en épingle à cheveux formant une impasse. Sur la grille une plaque annonçant le nom de la femme de Céline, Lucette Almanzor, les chiens qui déboulent en aboyant. Alerté, voici Céline lui-même qui sort de la villa et descend l'allée jusqu'à la grille. Il porte la tenue qu'on lui a vue si souvent dans des reportages photographiques : malgré la chaleur, la superposition de plusieurs couches de lainages, et un foulard. Il fait taire les chiens et nous demande ce que nous voulons, sans agressivité. Je le lui dis. Il est de bonne humeur ce jour-là. " C'est gentil de venir m'interroger, mais, vous savez, je n'ai rien de plus à dire sur ce sujet que ce que j'ai dit. Vos maîtres en savent bien plus que moi, oh ! là ! là ! Vous avez tout ce qu'il vous faut. Travaillez bien et bonne chance. "
Qu'il ne nous ait pas rabroués était déjà beaucoup. Lui était en train de remonter cette allée qu'un jour, dix ans après sa mort, je monterais à mon tour, en quête de manuscrits dont j'avais besoin en vue d'une édition critique de ses romans. 
Etrange et furtive rencontre
(David Alliot, Madame Céline, Tallandier, janvier 2018, p.198). 

 

 

 

   Philippe Djian

 

 Un pavillon tout brûlé et un jardin assez triste. Des chiens aboient, je pense, derrière la maison ; on ne les voit pas...
C'est ici qu'habite Lucette Destouches, " professeur de danse classique et de caractère ". La veuve de Céline. J'étais venu chercher quelques renseignements sur Rigodon, le dernier livre à paraître de Céline, celui que ses lecteurs attendent bientôt depuis sept ans...
Qu'est-ce que Rigodon ?
Lucette Destouches :
Rigodon, c'est la suite de Nord, puisque en somme cela s'est terminé avec la guerre. C'est vingt et un jours de sauvette à travers l'Allemagne en flammes. Nous nous sauvions comme des rats...
" Nous ", c'est-à-dire vous, Céline et Le Vigan ?
Non, dans Rigodon, Le Vigan apparaît très peu ; il nous a quittés au bout de dix jours en nous laissant Bébert (le chat). Nous l'avions retrouvé à Baden-Baden, à moitié nu... il ne savait pas où aller, nous l'avons pris avec nous. Nous sommes allés à Berlin afin d'obtenir une permission de sortie. Elle nous fut refusée. Puis on nous a envoyés à Zornhof dans un camp d'objecteurs de conscience.

 Il nous était interdit d'en bouger, mais lorsque tout fut bombardé, nous sommes partis retrouver le gouvernement français à Sigmaringen pour soigner blessés et malades (voir Nord et D'un château l'autre).

  Enfin, au bout d'un an, " tout a éclaté ", alors nous avons essayé de venir nous réfugier au Danemark. Il nous a fallu retraverser l'Allemagne jusqu'à la frontière... C'est ça Rigodon.
Comment se fait-il que Rigodon ait attendu sept ans avant de paraître aux éditions Gallimard ?
Céline n'avait pas eu le temps de recopier son manuscrit ; des mots plusieurs fois raturés et une écriture devenue souvent difficile du fait de son bras malade nous ont heurtés au délicat problème de la retranscription.

 Cette tâche s'est déroulée en deux temps ; j'ai tout d'abord remis le manuscrit à un avocat, Me Damien, qui s'est livré à un pénible travail de déchiffrement auquel il consacrait ses moindres loisirs ; mais un énorme et délicat travail restait à accomplir.
C'est avec Me Gibault que commença la seconde phase de cette besogne ; en effet, il y avait encore le problème de la ponctuation et de certains mots qui demeuraient incompréhensibles.

 Ce fut surtout une question de patience et de probité ; nous n'avons rien omis, ajouté ou changé. Mais Céline m'avait lu une grande partie de son livre ; ainsi, nous avons retrouvé certains mots, par le rythme... nous entendions si cela tombait juste...
(Magazine Littéraire, Nouveaux regards, Entretien avec Philippe Djian, octobre 2012).

 

Marc Hanrez

 

 

 

 Ma toute dernière visite, en 1961, l'année de sa mort, eut lieu dans la cuisine au sous-sol, car Louis devait surveiller la cuisson du dîner - un morceau de poisson qu'il arrosait régulièrement - pendant que Lucette, encore une fois, donnait à l'étage une leçon de danse.

 A côté du fourneau, sur un lit métallique, un berger allemand sommeillait. Céline écoutait d'une oreille Radio-Luxembourg pour connaître le sort de plusieurs généraux soviétiques dont l'avion venait de s'écraser en Sibérie au cours d'une mission : " Ils ont trouvé un nouveau moyen de les liquider... "

 Bref, toujours le mot pour rire, et volontiers prophétique, avec le besoin de choquer l'auditoire en passant. C'était d'ailleurs parfois tout à fait inutile ce dimanche matin où j'avais accompagné Nimier à Meudon, après avoir poussé sa 4 CV noire à chaque feu rouge (il serait sans doute encore vivant s'il n'avait pas repris son Aston-Martin)...
Les deux amis, les deux complices dans le monde littéraire, faute d'avoir pu l'être dans la vie, se relançaient la balle sans merci, en rigolant chaque fois de plus belle, aux dépens surtout de leur éditeur commun.

 Mais Céline avait toujours quelques points d'avance par ses allusions à la carrière amoureuse du célèbre hussard !
Si mes rencontres avec Céline, comme je le note au début, se sont passées en marge de mes travaux sur son œuvre, il est certain que leur souvenir se mêle malgré tout à chacune de mes lectures.
Derrière ses mots, ses phrases, je ne peux pas ne pas entendre sa voix.

 J'ai aussi à l'esprit la présence du sien que même une assez longue interruption dans le cours d'un monologue ne parvenait jamais à dérouter.

 C'est pourquoi ce qu'on nomme - et moi-même à l'occasion - le " délire célinien " doit être pris métaphoriquement : il lui donnait exactement la tournure et le sens voulus.
  On peut donc le considérer comme éminemment responsable de tous ses textes, y compris les pamphlets qui sont cependant loin d'avoir été convenablement jugés. Mais cela ne signifie pas, comme Abellio l'a montré pour l'individu dans le procès de l'histoire, que Céline, au fond, soit coupable : coupable d'avoir écrit ce que beaucoup lui reprochent.

 Il n'y a de véritable culpabilité que collective. Ou bien, pour ceux qui le croient, divine.
Lorsque je pense à lui tel que je l'ai connu, j'ai le sentiment que Céline était un homme qui n'aurait pas fait de mal à une mouche.
(BC n° 197, avril 1999).
 

 

Jacques Izoard

 

 Je me suis rendu à Meudon. Une grande plaque annonçait le " Docteur Destouches, médecine générale " et les cours de danse de Lucette. J'ai avisé, dans le parterre en face de la maison, un vieux monsieur qui arrachait des mauvaises herbes. Je lui ai demandé à parler à Louis-Ferdinand Céline, et il m'a répondu " C'est moi ! " de sa voix caverneuse. J'étais saisi car je ne m'attendais pas du tout à ce que ce soit ce personnage, pauvrement vêtu, avec une vieille écharpe ! Puis il m'a dit : " Attendez, je fais rentrer mes dogues ! ", et il a chassé les grands chiens qui l'accompagnaient.
Il m'a ouvert, je l'ai suivi jusqu'au perron, et là, avant d'entrer, il m'a tendu un feuillet : " Lisez ça d'abord ! " Il s'agissait d'un texte de Baudelaire qui se terminait par ces mots : " Je me suis arrêté devant l'épouvantable inutilité d'expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit. " La douche froide pour le jeunot que j'étais ! Nous sommes entrés, il a dit à Lucette de nous laisser seuls, et la discussion a commencé.
- Le texte qui subsiste de votre dialogue traduit vraiment l'allure du phrasé célinien, sa spontanéité. Comment as-tu travaillé ?
- Je n'avais pas d'enregistreur, pas même un appareil photo ! J'étais impressionné, un peu perdu, mais en même temps fasciné par le personnage. Alors, j'ai gratté, gratté chaque mot sur mon carnet, pour ne rien rater ! J'ai amorcé très traditionnellement par le questionnaire de Proust, dans la première interview. Dans la seconde, je l'ai plutôt interrogé sur la littérature, les écrivains contemporains...
Les réponses fusaient, éruptives, comme à ce moment, désopilant, où je lui ai demandé son avis sur Sagan. Il l'a expédiée en deux coups de cuiller à pot : " Elle n'a pas de cuisses. Regardez donc son anatomie ! Médicalement parlant, ça fait du cinq sur vingt ! "
- Il y a en effet des jugements très radicaux, voire " nihilistes " de Céline, sur l'homme et sur l'époque en général, dans les propos que tu as consignés. Comment l'as-tu trouvé, lui, humainement s'entend ?
- Très sympathique, en fait, et aimable. Mais on sentait qu'une amertume de fond le travaillait. Il n'était pas du tout inscrit dans un " rôle ", comme on a tendance à le croire. Il m'est apparu comme très naturel, tel qu'en lui-même, et je crois d'ailleurs qu'il n'avait aucun intérêt à prendre la pose face à un journaliste débutant tel que moi...
- A-t-il refusé à un moment de répondre à certaines questions ?
- Non, mais il y a quelques bribes que je n'ai pas reproduites. Par exemple, il insistait très fort sur l'importance du style. D'un geste, il désignait de gros volumes empilés contre le mur, pour dire d'un ton désabusé " Les idées ? Elles sont dans les dicos, les idées ! "
(Propos recueillis par F. Saenen, 13 juin 2008, L'homme qui a vu l'homme, BC n°300, sept. 2008). 

 

 

Ceux venus pour Céline : Jules ALMENSOR, Alberto ARBASINO, Michel AUDIARD, Dominique AURY, Claude AUTAN-LARA, Pierre BERGE, Antoine BLONDIN, Eliane et Charles BONABEL, Dr Robert BRAMI, Théophile BRIANT, William BURROUGHS, Roland CAILLEUX, Paul CHAMBRILLON, Renée COSIMA, Jacques d'ARRIBEHAUDE, Nicole DEBRIE, Christian DEDET, Jean-André DUCOURNEAU, Pierre DUVERGER, Oyvind FAHLSTRÖM, Edith FOLLET, Luc FOURNOL, Geneviève FRENEAU, Françoise, Gaston et Simone GALLIMARD, Allen GINSBERG, Henri GODARD, Jean GUENOT, Marc HANREZ, Lazare IGLESIS, Jacques IZOARD, George JEAN, Maria et Sergine LE BANNIER, Claude LECHEVALLIER, Robert MASSIN, Dr Henri MONDOR, Marie, Nadine et Roger NIMIER, Albert PARAZ, Jean POMMERY, Lucien REBATET, Max REVOL, Carolle RIDER, Suzanne ROSSIGNOL, Dominique de ROUX, Jean-Marie TURPIN, Jacques OVADIA, Louise de VILMORIN, Frédéric VITOUX, André WILLEMIN

 

 Venus pour Lucette : David ALLIOT, Liliane ALMANZOR, Pierre ASSOULINE, Michel AUDIARD, François-Marie BANIER, Claude BERRI, Patrick BESSON, Anne BOLLORE, Me André DAMIEN, François DAMIEN, Frank DELAY, Colette DESTOUCHES, Philippe DJIAN, Maroushka DOBELE, Jean DUBUFFET, Jean-Pierre ENARD, Edith FOLLET, Anny GALLIMARD, François GIBAULT, Henri GODARD, Marie-Anne HOURDIN, Adel KACHERMI, Marc LAUDELOUT, Sergine LE BANNIER, Eric MAZET, Patrick MODIANO, Marc-Edouard et Hélène NABE, Eric NEIRYNCK, Roger NIMIER, Arthur PAULY, Maurice PIALAT, Michel POLAC, Elvire POPESCO, Jean-Pierre RASSAM, Angelo RINALDI, Véronique ROBERT-CHOVIN, Dominique et Jacqueline de ROUX, Christine SAUTERMEISTER, Jean-François STEVENIN, Jean-Marie TURPIN, Andrée de VILMORIN, Frédéric et Nicole VITOUX, Bob WESTHOFF. 
 Sans oublier Ghani, Marie-Ange, Sandra, Philippe et Royna, les permanents qui s'occupent de Lucette.

 

 


C'est à 8h45, ce 4 juillet 1961, qu'il la franchira, cette grille, pour la dernière fois 
 

 

Et Céline, dans une encoignure, frappe le Dieu de Delphes de son aile de goéland, et le livre est écrit.

 

  Aussitôt, il meurt.

 La voie solaire s'est refermée.

Le 1er juillet 1961, Louis-Ferdinand Céline est mort dans le plus grand secret, terrassé, sur son couvre-lit écarlate, d'une rupture d'anévrisme. La veille, s'extirpant de ses catacombes, il était monté au balcon boire aux glycines. Un instant, au milieu des éclairs de chaleur, il était apparu comme un retraité sur la digue du port, regardant sortir et entrer les navires, ce monde, comme il disait, qui bagotte, s'en va, s'en revient.
(Dominique de Roux, La mort de L.F. Céline, la petite vermillon, octobre 2007, p.190). 

 

 Le Voyage est fini. Louis-Ferdinand Céline est arrivé devant la nuit. Tant de guerres, tant de misères, tant de haines traînées après soi, tant de génie, tant de douceur secrète, c'est un mort bien lourd, sur des jambes fragiles. Le siècle lui avait fait l'honneur d'une trépanation et d'une médaille militaire. Il le laissera partir comme il l'avait reçu. On ne l'enfermera pas dans un Panthéon ou dans quelque nécropole littéraire.
  Il est parti tout seul dans la grande banlieue des morts. Il va peut-être retrouver Robinson, bien changé lui aussi, comme on se retrouvait au hasard d'une bataille.

  Céline est mort comme Proust, acharné à finir son dernier livre, Rigodon. Il est mort de fatigue, après avoir trop donné de lui, partout, par la sympathie des animaux souffrants les uns pour les autres. Mourir, quand on n'a pas d'imagination, ce n'est rien. Quand on en a, c'est trop.
 (Roger Nimier, " Céline ", Bulletin de la Nouvelle Revue Française, Gallimard, juillet-août 1961).

 

 


PUBLICATION

 

 

 

      LA S.E.C. dynamitée...

 

   
     LITTERATURE

 

 Louis-Ferdinand Céline et les femmes : couille ouille ouille !


  Les éditions de la Nouvelle Librairie lancent une collection célinienne, « Du côté de Céline ». Dirigée par Émeric Cian-Grangé, elle a pour objet de contribuer à la connaissance du continent célinien. " Escaliers " d’Évelyne Pollet en est le premier volume, témoignage intimiste exceptionnel sur l’auteur du " Voyage au bout de la nuit ". Voyage dans le voyage.
  (François Bousquet , 4 janvier 2021).

 

 ÉLÉMENTS : Dans quel état sont aujourd’hui les études céliniennes ?

 Émeric  CIAN GRANGÉ. Elles déclinent inexorablement… Il est en effet devenu difficile pour les étudiants de trouver un directeur de thèse, une situation comparable à ce que l’Alma mater connaissait avant le magistère d’Henri Godard. Ce contexte dégradé a pour effet d’éloigner du giron universitaire le prix Renaudot 1932. Faut-il s’en étonner ?     La polémique née de la présence de Céline dans la liste des célébrations nationales de 2011, dont l’aboutissement fut son exclusion par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et la censure de la notice rédigée par Godard (mise au pilon avec des milliers d’exemplaires imprimés), me semble symptomatique de l’affection qui gangrène la communauté nationale, milieu universitaire compris : la morale bien-pensante.
  Godard, qu’on ne peut soupçonner d’être un polémiste en diable, s’est expliqué dans un article intitulé « À propos d’une censure » (Le Monde, 25 janvier 2011) : « La création artistique, quand elle est authentique, constitue par elle-même un ordre qui ne se confond pas avec les autres ordres de valeurs, notamment pas avec la morale. Elle peut même, dans des cas extrêmes, y contrevenir sans pour autant être annulée par elle. »     Des propos de bon sens devenus totalement inaudibles depuis que la moraline s’est transformée en chape de plomb, le point de crispation ayant atteint son paroxysme en 2018, lors de l’annonce d’une réédition des écrits pamphlétaires de Céline.

  L’exemple le plus édifiant du fourvoiement dans lequel s’enfoncent les études céliniennes est illustré par la Société d’études céliniennes (SEC), une association qui, en 1976, s’était donné « pour objet de réunir, en dehors de toutes passions politiques ou partisanes, tous ceux qui, lecteurs, collectionneurs ou chercheurs s’intéressent à l’œuvre de L.-F. Céline et de favoriser par tous moyens la connaissance de l’œuvre de Céline, notamment par la stimulation de travaux de recherche et de critique, par la création d’échanges internationaux, par l’organisation de colloques et par la diffusion de bulletins et de publications ».
  Ankylosée (la moyenne d’âge du Bureau est de soixante-dix ans), exsangue (la SEC compte une quarantaine d’adhérents à jour de cotisation, ce qui ne semble choquer personne), répulsive (les grands célininistes ont quitté la SEC ou n’y ont jamais adhéré), amorphe (à défaut d’être inexistante, son activité éditoriale est réduite au minimum), dépassée (site Internet archaïque et inconsistant, annuaire obsolète), mandarinale (une prétention élitiste se traduisant par un isolement stérile), déloyale et sectaire (lors des dernières élections, les candidatures jugées non orthodoxes ont fait l’objet de campagnes de diffamation, portant sur leur supposée appartenance à l’extrême droite), sclérosée (son équipe dirigeante, idéologiquement marquée et convaincue de délivrer un message de vérité, est totalement incapable de se remettre en question), frileuse (un des membres du Conseil d’administration m’a avoué avoir été soulagé que son nom n’apparaisse pas dans l’ouvrage à charge de Pierre-André Taguieff, Céline, la race, le Juif), paranoïaque (le même pétochard, à un ami : « Il semble que vous ayez transmis de nombreux pouvoirs à disposition de personnes venues de l’extrême droite afin que ce courant puisse s’infiltrer dans la SEC »), jalouse de ses prérogatives (elle n’hésite pas à saboter des projets qu’elle ne peut contrôler), exclusive et inamovible (le non renouvellement des communicants lors des colloques a fait l’objet, de la part d’un illustre céliniste, de ce commentaire sardonique : « On croirait voir tourner un manège de petits chevaux de bois ; ce sont les mêmes qui reviennent ») et boursouflée (quand l’ego sert de paravent à l’incompétence, Tartuffe n’est pas loin), la Société d’études céliniennes, déliquescente, ne brille plus que par sa vacuité. « Il est peut-être temps d’envisager des études céliniennes délestées de ceux qui se servent de l’œuvre de Céline sans jamais servir celle-ci », m’écrivait en 2016 une chercheuse lucide et bienveillante…

  (début de cette coruscante et non moins corrosive interview).