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                                                                               CÉLINE  ET  LES  JOURNALISTES  A - I

 

 

                                    

 

 

 

* Jacques ABOUCAYA (journaliste, écrivain, spécialiste d'Albert Paraz): " Il n'est que temps de tordre le cou à la légende tenace qui le réduit à n'être, au mieux, qu'un disciple du Docteur Destouches, au pire, un  "sous-Céline" que l'on ne saurait évaluer qu'à l'aune de son illustre ami. Sans doute a-t-il lui-même contribué à cette vision singulièrement réductrice en se plaçant délibérément dans l'orbe - et dans l'ombre - de celui qu'il considérait, non sans raison, comme un géant de la littérature universelle.

   En réalité, la carrière littéraire d'Albert Paraz ne débute pas avec leur rencontre et d'autres influences sont perceptibles qui ne doivent rien à l'auteur du Voyage. C'est vrai pour les idées, c'est vrai surtout pour le style. Il suffit d'ouvrir n'importe quelle page de n'importe quel livre, de Bitru au Menuet du haricot pour se rendre compte que ni le lexique, ni la syntaxe, ni le rythme ne rappellent, sinon par accident, la prose célinienne. " (Paraz le rebelle, l'Age d'Homme, 2002).

 * [...] deux géants, Rabelais et Céline. L'un et l'autre incomparables créateurs langagiers. L'un et l'autre, conscients, grâce à leur expérience médicale, de la fragilité de l'être humain. De ses limites, tant physiques que psychologiques. Même constat, attitude commune : non à la désespérance à la Sartre, mais le rire. Tonitruant chez le premier. Bouffon. Outrancier, voire paillard comme les farces de carabin. Plus crispé chez Ferdinand, le " médecin des pauvres ". Avec un arrière-fond d'amertume et une bonne dose de sarcasme.

  L'homme est une charogne, soit. Rien de bon à en attendre. Cela n'exclut pas la compassion. Ni même la tendresse. Elle court en filigrane, dans le Voyage, dans Mort à crédit. Il suffit de savoir lire. Monstrueux, Céline ? Lucide, plutôt. Capable de porter le bistouri dans la plaie. "
 (Ecrivains médecins, C'est grave, docteur ?, Service littéraire n° 71, février 2014).

 

 

 

 

 

 

 * Giano ACCAME (journaliste et écrivain italien 1928-2009): " Dans le grand dialogue entre les idées de notre temps Céline se trouve souvent classé comme un appendice anarchique, libertaire et pacifiste, du fascisme, aile plébéienne extrême d'une révolte contre l'acceptation fataliste du sens de l'histoire. Lui, au contraire, a toujours protesté de sa solitude et de son indépendance. Il faut donc lui donner acte de ceci: qu'il n'y a pas eu au monde de plus mauvais propagandiste. Il est difficile de trouver une oeuvre qui, comme la sienne, montre une indifférence aussi totale aux exigences contingentes et pratiques d'un parti quelconque. Son pessimisme et sa tendance à l'exagération font de lui un écrivain qu'aucun mouvement politique ne pourra jamais raisonnablement utiliser.

   Céline a écrit pour soi et pour les hommes, sans rechercher d'intermédiaires: son cri d'alarme ne peut servir à personne comme règle d'action organisée, parce qu'il ne peut être pris à la lettre et parce qu'il n'y a aucun parti qui soit disposé à donner sa carte à Cassandre. Cependant on peut dire qu'il a survécu vraiment dans la mesure où il n'a pas été utilisable et c'est pourquoi il ne fut pas brûlé lors du tragique bilan de 1945. Le jour où nous serons vraiment contraints de constater qu'il n'y a plus rien à faire, nous pourrons bien accompagner l'agonie de l'Europe avec le grotesque viatique qu'il nous a laissé : " Que notre gaîté s'éteigne et les dieux-mêmes seront contrits...Las ! Les cieux seront lors plus lourds...Nous voulons vivre sans connaître...Nous voulons bien mourir de rire...le plus frivolement...si possible..."
 (Céline prophète de la décadence occidentale, L'Herne n°3, 1963).

 

 

 

 

 

 

* Georges ALTMAN (journaliste et résistant communiste 1901-1960): " Copenhague, ce 27 octobre 1947, / Tu quoique Altman ? Non ! Tu es trop, malgré tout, grand seigneur, pour en arriver là...Tu es de ma famille. Laisse aux merdeux morgans et autres crapules triolettes ou cassoutes les tâches abjectes. Tu sais parfaitement ce qu'il en est. Qu'il n'y a jamais eu d'écrit qu'un seul roman communiste d'âme, le mien, en Russie en France et ailleurs et vous traînez au cul cette bande de mafrins pouilleux branlés ?

   Pas un seul capable de rédiger une affiche ! Ah Trotsky ne s'y était pas trompé, ni Barbusse, ni toi ! Hystérie ? Alors renie Flaubert ! Et cent autres ! Allons, entre nous, qu'on ne te surprenne ! Je te serre les mains ! / L.-F. Céline. "
 
(Lettres 2009, p.972).

 

 

 

 

 

 

 * Paul AMAR (journaliste): " Duel sur la Cinq. Dans l'émission " Revu et corrigé " de Paul AMAR. Excédant son rôle d'animateur celui-ci prend à partie Eric Zemmour, auteur de Petit frère (Ed. Denoël), dans lequel il entend dénoncer " l'angélisme antiraciste ", en s'inspirant d'un fait divers : le meurtre d'un disc-jockey d'origine juive par un ami d'enfance d'origine arabe. Présent sur le plateau l'avocat de la famille de la victime reproche vivement à Zemmour d'avoir sali la mémoire de celle-ci. L'auteur a beau jeu de répondre que, s'il a pris ce drame comme point de départ, ses personnages sont de pure fiction. Il relève aussi que nombreux sont les écrivains qui se sont basés sur un fait divers : Flaubert (Madame Bovary), Balzac (Une ténébreuse affaire), Stendhal (Le rouge et le noir), etc. Paul AMAR s'en prend alors à l'écriture de Zemmour. Lequel a voulu reproduire le langage de ce milieu... AMAR compare la " violence " du style célinien à celle de l'écriture de Zemmour qui réplique :

-... Mais Céline est un des plus grands écrivains du XXe siècle, vous êtes flatteur !
- Un antisémite !... Ah ? Quand je cite Céline, je vous flatte ? Bravo !, s'exclame AMAR.
 A Zemmour indiquant qu'il ne faut pas confondre qualité littéraire et idéologie, Paul AMAR répond que " l'écriture révèle l'homme " et que, tant qu'à citer des écrivains, Zemmour pourrait aussi mentionner Sartre dont on se demande ce qu'il vient faire ici. Il est clair que Paul AMAR ne considère pas Céline comme un écrivain véritable, l'étiquette " antisémite " prévalant sur tout autre considération.
  (Marc Laudelout, BC n°294, février 2008).

 

 

 

 

 

 

 

* Henri AMOUROUX (journaliste, historien, romancier 1920-2007): " François Mitterrand est assez bon historien pour savoir que, sauf dans l'imaginaire, ces fractures - 1789, 1848, 1871, 1936 - n'avaient pas durablement amélioré " la vie des gens sans moyens qui n'est qu'un long refus dans un long délire. "
 (Voyage au bout de la nuit). (Nuancé ! Les Français jugent l'ère Mitterrand, Figaro Magazine, 25 février 1995, dans L'Année Céline 1995).

 

 

 


 

 

 

* Roger ASCOT (né Roger ASKOLOVITCH, journaliste, écrivain): " Dans le quatrième tome du Dictionnaire de la politique française, Henry Coston cite cette prise de position, pour le moins radicale, de Roger ASCOT, rédacteur en chef de L'Arche, la revue du Fond social juif que préside le baron Guy de Rotschild : " Peu importe son talent. Céline participe de Vichy, d'Hitler et d'Auschwitz. Comme tel, le mieux qui puisse arriver à sa mémoire, c'est qu'on l'oublie. Et qu'on se garde bien de cette tentation esthético -fasciste, que dénonce Saül Friedlander dans Reflets du nazisme qui consisterait à sauver le bon, le moins mauvais Céline de la perdition. "

    Voilà une vision assez particulière de la liberté d'expression dont se réclame, par ailleurs, cette publication. "
  (BC n°6, février 1983). 
 

 

 

 

 

 

 

* Pierre AUDIAT (journaliste, rédacteur en chef de Paris-Midi 1892-1961): " C'est dans cette force continue d'invective que réside, à mon sens, la puissance, rare, de Louis-Ferdinand Céline. Il est à la portée de tout le monde de lancer un : " Crève donc société ! " qui fasse son petit effet, mais le dire en six cent vingt-six pages, le dire avec un renouvellement incessant d'images et de violences, voilà qui n'est pas commun. Au temps où les cochers de fiacre étaient des virtuoses en injures, un dessinateur célèbre représenta  un académicien écoutant, émerveillé, un automédon en colère forger tout un lexique de néologismes expressifs. C'est un peu la même impression que nous avons en lisant Louis-Ferdinand Céline. Il injurie l'univers avec une verve qui force l'admiration ; il ne faut pas s'arrêter aux gros mots, il faut contempler ce torrent qui, pendant des heures, charrie de la boue et des cadavres.

   Par contre le livre risque de plaire aux simples et aux raffinés. Aux simples qui se trouvent de plain-pied avec l'auteur et qui parlent sa langue : la concierge de M. Louis-Ferdinand Céline fit compliment de son ouvrage à l'auteur en lui disant : " C'est un livre, M'sieur Céline, qu'est intéressant partout qu'on le commence. " Aux raffinés parce qu'ils se sentent en présence d'une force sauvage à laquelle ils aspirent  ou qu'ils regrettent comme quelque chose d'inaccessible. Ils éprouvent devant ce livre la même nostalgie que celle qui s'empare d'un galant homme, lorsqu'il voit une belle brute arriver à ses fins auprès d'une femme convoitée. M. Louis-Ferdinand Céline a violenté la littérature ; bien d'autres écrivains voudraient faire comme lui, mais ils n'osent - ou ils ne peuvent. "
 
(L'amour, qui s'est mué en désespoir, Les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).

 


 

 

 

 

 

 * Jean AUDOUIN (journaliste, fondateur de Innovapresse): " Au risque d'introduire une fausse note, de conduire à une interprétation politique de notre attitude, osons citer l'écrivain maudit, Louis-Ferdinand Céline, qui écrivait : " de la vie il faut tout dire, crier, hurler avant d'avoir le droit de se taire. " (Atonie chérie, Brut de com', hiver 1995, dans L'Année Céline 1995).

 

 

 

 

 

 

 * Jean AUGUY (journaliste, éditeur et militant nationaliste) : " Contrairement à ce que l'on croit généralement, Céline n'a jamais été un auteur très prisé par la droite traditionnelle, son style étant trop novateur pour ce courant de pensée qui lui a toujours préféré des écrivains au style plus classique, de Barrès à Montherlant en passant par Brasillach, Chardonne, Béraud et d'autres.

 Jean AUGUY, directeur de Diffusion de la pensée française, a lui, le mérite et la franchise de le reconnaître dans un de ses derniers catalogues : Je n'ai jamais aimé Céline. Mon père possédait ses œuvres dans sa bibliothèque et il m'a toujours été impossible d'en lire plus de trois ou quatre pages. Mais en tant que libraire je dois reconnaître que ses œuvres sont régulièrement demandées, surtout par nos correspondants qui s'intéressent à la littérature. "
 (BC n°120, sept. 1992).

 

 

 

 

 

 

* Aimée BARANCY (journaliste, poète, nouvelliste, musicienne 1891-1984): " Chère Baba, / je suis bien heureux d'avoir de vos nouvelles mais vous vous débattez je le vois au milieu d'abominables ennuis ! Quel courage et quel esprit fringant vous avez ! Jeanne d'Arc n'avait pas le quart de votre résistance. Vous voilà lancée chez Fayard. Je ne sais rien pour mon film. Je suis trop pris par mon travail actuel que je dois finir en septembre - (si les révolutions le permettent !) Je ne sais rien des divers équipages. Tout est possible. Ils sont peut-être déjà revenus d'Océanie. Nous saurons tout cela bientôt - au Pont de la Concorde. / Bien affectueusement à vous. / mes amitiés à Eliane et Denizoff. / Louis F Destouches. "
 (
A Aimée Barancy, Badgastein, le 21 juillet 1935, Lettres Pléiade, 2009).

 

 

 

 

 

 

 * Jacqueline BAUDRIER (née Jacqueline, Hélène VIBERT, journaliste ancien PDG de Radio-France, 1922-2009) : " Inter-Actualités de 19h15 / Actualités littéraires, maintenant. / Il nous faut vous rappeler une nouvelle que nous avons longuement annoncée et commentée dans " Actualités de midi 30 ". Cette nouvelle, c'est la mort de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline. /  Pierre Le Roizic, l'enterrement de Louis-Ferdinand Céline a eu lieu au cimetière de Meudon et on a appris seulement aujourd'hui, au moment même où avait lieu cet enterrement de la manière la plus discrète, que Louis-Ferdinand Céline était mort depuis samedi. Ses amis qui le veillaient avaient caché la nouvelle jusqu'au dernier moment.

  Pierre Le Roizic : Si sa vie fut, en effet, très mouvementée, sa mort et son enterrement se passèrent, pour ainsi dire, à la sauvette et rarement un écrivain de talent aussi reconnu fut aussi détesté par son époque et il faut bien dire qu'il avait donné tellement de gages de son génie démoniaque que l'on demeure confondu par certains témoignages dont nous ne mettons pas en doute la sincérité et qui représentent Louis-Ferdinand Céline sous les traits d'un bon apôtre vivant chichement dans sa petite maison de Meudon où il soignait les pauvres avec un dévouement et un désintéressement dont il est peu d'exemples, paraît-il.
  C'est ce personnage plein de contradictions et d'exubérance allant parfois jusqu'à la vulgarité qui disparaît ou plutôt qui fait une sortie discrète par la petite porte, presque honteux. Voilà d'ailleurs comment il définissait son métier d'écrivain : " Ecrire comme je le fais ça a l'air de rien mais c'est d'une difficulté qu'on n'imagine pas. C'est horrible, c'est terrible, c'est surhumain. C'est un truc qui vous tue le bonhomme. "

 Jacqueline BAUDRIER : Je vous rappelle qu'à midi 30, nous avons consacré toute notre page littéraire à évoquer l'œuvre de Louis-Ferdinand Céline - une œuvre qu'on ne peut pas passer sous silence parce qu'elle a vraiment apporté quelque chose de neuf dans le roman contemporain, que nous nous sommes beaucoup plu naturellement à tâcher, à évoquer cette œuvre que la personnalité de l'homme qui était, vous le savez, tellement critiquée pour certaines prises de position politiques. "
  (Transcription : Marc Laudelout et Jean-Pierre Latterner, BC n° 344).

 

 

 

 

 

 

 * Bruno BAYON (journaliste, écrivain): " Je me demande même parfois si la seule littérature digne de ce nom n'est pas celle qui est capable de vous atteindre physiquement. Les livres qui sont susceptibles de vous faire pleurer, vous étourdir, vous couper le souffle.

    Qui vous produisent l'effet intolérable, comparable à la sensation ressentie lorsqu'on a un morceau de papier d'aluminium coincé entre les dents. Ça irrite. Je pense à la description de la traversée de la Manche dans Mort à crédit de Céline, où tout le monde se dégueule dessus, qui m'a rendu malade. "
 (Télérama, 19 août 1992).

 

 

 

 

 

 

* Serge de BEKETCH (journaliste, créateur du Libre Journal) : " J'avais 15 ans quand j'ai tenté de lire Céline, D'un château l'autre, résultat: néant. On m'expliqua plus tard que ce livre comme Guignol's band ne faisait pas réellement partie de l'œuvre de Céline. C'étaient des livres de la fin. Dix ans plus tard, j'essayai de lire Voyage au bout de la nuit. Même résultat. On m'expliqua plus tard que comme Mort à crédit ce livre était un livre du commencement, le cri d'un débutant maladroit qui hurle de voir le monde se déliter autour de lui.

 Je tentai donc de me jeter dans Les beaux draps puis dans Bagatelles puis dans l'Ecole des cadavres. Cela me parut légèrement excessif. On m'expliqua que c'était le délire d'un écorché vif. Je rangeai donc Céline dans un coin de la bibliothèque. Récemment j'ai ouvert Les beaux draps. Ouiche ! Quelle affaire ! Puis Bagatelles, mazette !... Au fond, pour lire Céline, il faut avoir le gosier fait, comme on dit pour le bon vin, c'est une affaire d'âge.   (Minute, 3 oct. 1990, Mûrir Céline).

 

 

 

 

 

 

 

 * François BERGER (journaliste à " Présent ", quotidien de la presse nationale et chrétienne): " Le plus misérable angle d'attaque des anti-céliniens, c'est lorsqu'ils cherchent à mettre en cause sa " petite musique ", prétextant que, pour Céline, cette " petite musique " de l'écriture n'aurait été - à les lire - qu'un moyen pour faire passer ses messages de haine, etc. Air connu ! Monnier nuance tout cela, corrige, démontre, explique. Ce qui est terrible, cependant, c'est d'être encore obligé de batailler sur ces terrains-là. Alors qu'à l'aube du XXIe siècle, le débat devrait d'abord et avant tout porter sur l'écriture si particulière de Céline. Peut-on imaginer une mise en cause de la poésie de François Villon, en raison de ses actes, de ses moeurs, de sa vie, du contexte historique, que sais-je encore ?

   Il est symptomatique qu'au-delà d'une place que l'on croyait définitivement acquise dans la littérature, Céline soit encore attaqué en tant qu'écrivain, non pour son écriture, mais pour tout un ensemble d'éléments extérieurs à cette écriture, jugés politiquement incorrects, suffisants, à en croire ces pions de la littérature conformiste, pour disqualifier Ferdinand, l'expulser des manuels de littérature. D'où la colère de Pierre Monnier. Sa rage devant la bêtise à front de taureau. "
 (Pierre Monnier et Céline face aux " Têtes molles ", Présent, 31 oct. 1998, dans BC n° 194).

 

 

 

 

 

 

 

* Francis BERGERON (journaliste, essayiste): " Francis BERGERON choisit cette phrase prononcée par Céline en 1958 dans un entretien avec Jacques Chancel : " Tous ceux qui m'ont volé sont, au moins, commandeurs de la Légion d'honneur. Autrefois, on pendait les voleurs aux croix. Aujourd'hui, on pend des croix aux voleurs. "

  Francis BERGERON attribue hâtivement la paternité de ce mot à Céline. Comme nous l'apprend un abonné helvète, cette phrase est extraite d'un quatrain d'un certain Maurevert publié en 1938 dans le Crapouillot consacré à la Légion d'honneur: " Les temps étaient doux autrefois / On mettait les voleurs en croix / Aujourd'hui les temps sont meilleurs / Et l'on met les croix aux voleurs. "
  (Guide des Citations de l'Homme de Droite, éditions du Trident, 1990 - paru dans le BC n° 90).

 

 

 

 

 

 

 * Emmanuel BERL (1892-1976, journaliste, historien et essayiste): " - Vous avez connu Céline ?
- Je l'ai vu à Marianne. Je l'ai vu à la NRF. Je l'aimais bien. Il m'avait écrit une lettre, quand j'ai publié Pavé de Paris. Je ne sais plus ce que j'avais écrit au sujet de l'ordre biologique. J'étais très sensible à l'histoire de l'anémie de la France à la suite de la saignée de 1914, et il m'avait écrit : " Tu ne seras pas pendu. Tu seras Führer à Jérusalem. Je t'en donne ma parole. " Signé Céline. Je regrette d'avoir perdu ce certificat, mais il m'a été pris par les Allemands. Céline est venu ici, chez moi. Là, je me rappelle vraiment d'un Céline me disant : " Tu comprends mon pote - l'écriture continuait dans la parole, elle était artificielle dans les deux cas -, mon père ne vendait plus rien passage Choiseul, parce que personne ne vendait plus rien passage Choiseul, vu que personne n'y passait. Alors, il disait que c'était la faute aux jésuites et aux juifs. Crois-tu qu'il était con ! " Je l'entends encore me dire ça. Deux ans après, il publiait Bagatelles pour un massacre.

 
- Et vos rapports ont cessé après Bagatelles pour un massacre ?
- Ah oui ! Remarquez, contrairement à beaucoup, je trouve ça assez innocent. Il dit que tout espèce d'individu, qui a été au lycée, est par là même juif ! Que pour lui, les prototypes du juif, c'est Mallarmé et Racine. Alors, comme on ne sait plus très bien ce que cela veut dire... Il est très violent, mais on ne sait plus très bien contre quoi, parce que, finalement, était juif quiconque ne parlait pas l'argot. Tout académicien, etc. "
 (Emmanuel Berl, Interrogatoire par Patrick Modiano, Paris, Gallimard, 1976, p. 126).

 

 

 

 

 

 

 

* Patrick BESSON: " ...On a oublié que les œuvres sont plus fortes que les vivants, les morts et le temps. L'art pénètre partout, comme l'eau pendant une inondation. Il ne faut pas reprocher à certains éditeurs de publier Brasillach, Rebatet ou Alphonse de Châteaubriant. Ils sont simplement victimes d'un dégât des eaux et il reste à espérer pour eux qu'ils ont une bonne assurance.

     Cela dit, il est cocasse d'entendre certains critiques se plaindre de la promotion qu'on fait à ces gens politiquement douteux, alors que c'est Camus et pas Drieu la Rochelle qu'on étudie à l'école, que Sartre est en Pléiade tandis que Chardonne n'est même plus dans le Livre de Poche, que le nom de Céline est imprononçable dans tous les dîners où il n'y a pas Sollers, qu'on ne peut pas dire que Brasillach a écrit un magnifique " Corneille " sans passer pour un nazi, que Léon Daudet a dû attendre un demi-siècle avant qu'on puisse relire la totalité de ses pamphlets et que c'est seulement trente-cinq ans après la mort de Guitry qu'on trouve ses œuvres en prose dans les librairies. "
 (Paris-Match, 4 mars 1993).

 

 

 

 

 

 

 

* Maurice BOURDET (journaliste radiophonique, résistant 1902-1944): " L'idée maîtresse de M. Céline est, je persiste à le croire, très éloignée de toutes les intentions qu'on lui a, sans doute, un peu trop généreusement prêtées. Ce voyage " imaginaire ", tel qu'il l'annonce dans sa préface, apparaît, au contraire, comme une somme d'impressions intensément ressenties aux diverses étapes de la vie de l'auteur. Qu'on ne s'y trompe pas ! le docteur Destouches risque bien souvent son nez dans les histoires de son pseudonyme Céline. Il y a même, tout au long du livre, un certain sentiment de la farce dans le tragique et le sang, qui découvre vite le carabin.

   D'autre part, quand M. Céline prend un ton plus sérieux, celui qu'il doit avoir dans ses consultations, il note des choses de ce genre auxquelles on ne peut que souscrire : " Le véritable savant met vingt bonnes années en moyenne, à effectuer la grande découverte, celle qui consiste à se convaincre que le délire des uns ne fait pas le bonheur des autres et que chacun, ici-bas, se trouve indisposé par la marotte du voisin " ou " le délire scientifique, plus raisonné et plus froid que les autres, est, en même temps, le moins tolérable de tous ". Ainsi, le Voyage au bout de la nuit oscille-t-il sans cesse entre un constant désir de délivrer le subconscient, et une forme très stricte de la raison, qui ne peut qu'enchanter un chercheur, fût-il comme M. Céline, égaré dans le plus noir pessimisme. "
 (
Le Miroir du monde, 21 janvier 1933, 70 critiques de Voyage...Imec Ed. 1993)

 


 

 

 

 

 

 * François BOUSQUET (journaliste, éditeur, écrivain, directeur du Choc du mois) : " Il n'aura guère eu de prédécesseurs - en dehors de Rabelais, on peut ajouter Villon, Vallès, Darien ou Barbusse - et encore moins d'héritiers. Il procède d'une tradition qui n'a pas été conservée dans les bibliothèques. C'est l'héritage immense, littérairement en jachère, de la culture faubourienne, plébéienne, boutiquière : les petits -bourgeois. " C'est la petite bourgeoisie en France qu'est la classe sérieuse, pas mystique, mais consciencieuse ", écrivait-il dans L'Ecole des cadavres.

  Il aura, mieux que nul autre, incarné le génie libertaire et populaire de la capitale, des Halles aux abattoirs de la Villette, des passages parisiens aux faubourgs des grandes rues, la verve inimitable des écorcheurs et des commères. Gavroche, mais sans le sentimentalisme des Misérables. Un paria, comme les hors -caste en Inde, devenu intouchable, en dépit des polémiques récurrentes que sa personne suscite, tant son génie d'écrivain n'a pas d'équivalent depuis que l'homme est homme et qu'il écrit. "
 (Le Spectacle du monde, juin 2011, dans BC février 2012).

 

 

 

 


 

 

* André BRISSAUD (écrivain, journaliste, historien) : " Il y a l'œuvre et il y a l'homme. L'œuvre on l'a. Elle survivra toute seule aux critiques pelliculeux et cornichons qui se torturent le foie pour secréter le maximum de bile. L'homme, ce sera plus ardu. L'homme avec son secret. Même ses rares amis se heurtaient à cette âme farouche. Le regard seul trahissait parfois l'immense générosité. Il y avait aussi son sourire.

 On a accusé Céline de mépriser l'homme... Ses ennemis qui l'ont vilipendé, craché, interdit, traqué, spolié, enfermé, ont mal lu ses livres, aveuglés par leur fureur haineuse. Ils n'ont pas connu l'homme. On a fait de Céline un loup enragé, un infâme collabo, un pornographe, un scatologue, un anticlérical, un antisémite, un antimilitariste, un antibourgeois, un anticonformiste, un anticommuniste, un anti n'importe quoi. Parce qu'il a tout fait voler en éclats, aussi bien les formes classiques de la littérature que le langage conventionnel et la syntaxe sclérosée, on a hurlé au sacrilège et on l'a condamné.

  Mais qu'on relise les livres de Céline ! On verra que cette poésie frénétique - souvent sarcastique - cet irrespect total, cette fresque digne de l'Apocalypse, cette violence verbale parfois irritante, ne sont que les produits d'une générosité incomprise, bafouée, d'une sensibilité immense et d'une pitié impatiente. Je ne m'étendrai pas sur l'œuvre. Elle est là, solide, puissante, indestructible. Rappelez-vous Normance : " Ils achèteront plus tard mes livres, beaucoup plus tard, quand je serai mort pour étudier ce que furent les premiers séismes de la fin, et de la vacherie du tronc des hommes, et les explosions des fonds d'âme... Ils savaient pas, ils sauront ! "
 (L'Herne, 1963)
.

 

 

 

 

 

 

 

 * Eric BRUNET (journaliste, animateur de radio, essayiste) : " Les anars de droite. " Sur ma tombe, une seule épitaphe : Non ! " écrivait Céline. A vrai dire, ils ne sont ni anars, ni de droite, ni de nulle part... Simplement des misanthropes, récusant tout, y compris l'étiquette dont on les affuble.
L'anar de droite n'est pas non plus un rousseauiste passionné : Céline : " L'ignoble imposture de Jean-Jacques : L'homme est bon. " Pour autant, l'anar de droite cultive un certain raffinement. Une forme d'élégance chevaleresque, antibourgeoise : " Ils me prennent pour un primitif, pour un gauche, pour un fruste. Or, je suis un raffiné, un aristocrate... " écrit Céline.
  Un aristocrate qui n'a rien de mondain : " Je n'aime pas ce qui est commun. Je n'aime pas ce qui est vulgaire. Je veux dire qu'une prison est une chose distinguée, parce que l'homme y souffre. Tandis que la fête à Neuilly est une chose très vulgaire, parce que l'homme s'y réjouit. "

 Oui, je sais. Desproges n'aurait sûrement pas accepté d'être classé, inventorié. Tant de gens de gauche l'apprécient. Mais les gens de gauche aiment Céline, les cyclistes aiment Blondin, les cinéphiles aiment Audiard et André Pousse...
 (Valeurs actuelles, 26 avril 2018).

  

 

 

 

 

 

 

 * François BUSNEL (Journaliste, critique, producteur, animateur d'émissions culturelles) : " Céline a mis les mots sur des échasses. Il a allumé les feux de la provocation et fait parler la poudre du scandale.

  Et son œuvre, intimement liée à sa vie, est une prodigieuse métamorphose du réel. "
  (Lire hors-série 7, 2007, E. Mazet, Spécial Céline n°7).

 

 

 

 

 

 

 

* LE CANARD ENCHAÎNE (journal satirique du mercredi): " Alméras signale dans (Je suis le bouc. Céline et l'antisémitisme, Ed. Denoël), que la critique la plus positive de l'Eglise et de son fameux acte III a précisément paru dans l'hebdomadaire satirique. Il reproduit l'éloge paru en septembre 1933 : " Laconique, amer et toujours anarchisant, le Dr Bardamu développe d'acte en acte des théories passablement subversives. Et la scène de la S.D.N. réalisée dans le genre bouffe est un véritable régal. La pièce dit-on ne sera pas jouée. C'est regrettable. "

  Qu'un hebdomadaire de gauche ait pu si vivement apprécier une pièce dont l'acte III constitue indéniablement une satire antisémite peut surprendre aujourd'hui, en effet...(...) Cela n'empêche pas Céline d'être présent à sa façon dans chaque numéro. Ainsi dans celui du 15 nov. 2000: deux titres attirent l'attention : " : " D'une Busherie l'autre " (en page 7) et " Massacre pour une bagatelle " (en page 6)... N'attendez tout de même pas que l'hebdomadaire du mercredi fasse acte de repentance. Les donneurs de leçons n'apprécient guère qu'on leur en prodigue... "
  (B.C. décembre 2000)

 

 

 

 

 

 

 

* Hebdomadaire CARREFOUR (a paru du 26 août à mai 1986, proche des gaullistes au moment de sa parution): " Mon Cher Vieux, / Le plus dégueulasse (s'il peut y avoir !) de ces bourriques de CARREFOUR est qu'ils sont venus de la part du Pasteur de Copenhague non en journaliste oh ! non ! non ! en amis du Pasteur et dans le but strict d'envoyer des photos à la mère de Lucette à Nice ! et pas du tout pour un article ! Mouchards, espions, provocateurs, saloperies - Ils nous l'ont fait aux affligés par nos conditions... Ils ont d'ailleurs campé chez Mikkelsen. On leur a servi le café (notre ration du mois) parfaitement abjects.

   Oh tu sais y avait les mêmes couples à Sigmaringen...Camelots - mouchards, photographes, indicateurs - voleurs - trop lâches pour être maquereaux - trop moches pour être putains. Le tout en auto plus ou moins volée, papiers plus ou moins faux, plus ou moins repris de justice, représentants, collaborateurs, maquisards - communistes... C'est une véritable " espèce " - " Homo équivoquius ". Ils vont par deux. Ceux-là avaient même une petite sœur, en plus. Donc vieux : démenti absolu. formel - toujours. / NON NON NON Sur ma tombe ma seule épitaphe / NON / Ton vieux / LFC. "
 (Lettre à Albert Paraz du 22 sept.1949, Lettres Pléiade 2010).

 

 

 

 

 

 

 * Jacques CELLARD (journaliste, grammairien): " Mes lectures sont surtout des relectures, il est si rare de trouver un livre récent qui mérite d'être relu - la plupart ne méritent même pas d'être lus ! Je relis toujours les trois mêmes écrivains : Saint-Simon, Proust et Céline.

  Pourquoi ces trois-là ? Parce qu'ils appartiennent à la même étoile, celle des tueurs. (...) D'ailleurs un écrivain n'est jamais tout à fait grand que quand il est méchant ! (...) Céline, c'est inutile de commenter : Céline est le même, tranquillement et cruellement assassin."
 (Minute, 4 septembre 1996, dans L'Année Céline 1996, Du Lérot).

 

 

 

 

 

 

 

 * François  CERESA (journaliste et écrivain): " Dans la potée célinienne, ils ont tous mis leur grain de sel. Les journalistes, les hommes politiques, le ministre de la culture, et même ce pauvre Delanoë. Céline ? Le cinquantième anniversaire de sa mort ? Ah, pas bien, pas question de commémorations, c'était un salaud... Tout le monde donne son avis. C'est une maladie, ça, l'avis de tout le monde. Sans compter les commémorations. On commémore à tort, à travers. N'importe qui, n'importe quoi. Pourvu qu'on commémore. Là où il est , il s'en bat les joyeuses, sa majesté Destouches. Cela ne l'empêche pas d'être un grand écrivain. Le grand écrivain.

  L'année Céline, c'est tous les ans. Et ça, les autres, ils l'ont en travers. Ils auraient préféré un gentil ramollo du bulbe, bien pensant, propre sur lui, faussement rebelle, avec des idées plein la tête, des mots aimables pour les uns, pour les autres, une sauce bobo comme il faut, avec de l'indignation bien calibrée, digne d'un bon petit repentant de commerce. Indignez-vous, que diable ! Allez, pour mieux éluder Céline, ce choléra, ce tétanos, ce pourri d'antisémite, lisez-donc Brami. Emile Brami. Son " Céline à rebours " vient d'être réédité (Archipoche, 474 p, 8,50 euros). Entre " l'impatience et la colère ", comme disait Jean-Louis Bory, pas de place pour la commémoration. Brami joue les Huysmans. On retrouve un Céline génial et pitoyable. Sa marque de fabrique. "
  (Sa majesté Destouches, Edito, Service Littéraire n° 39, mars 2011).

 

 

 

 

 

 

 

 * François CHALAIS (journaliste): " Le 14 avril 1944, François CHALAIS (il signait alors François-Charles BAUER son véritable nom) déplorait, dans les colonnes de l'hebdomadaire Je suis partout, que Céline n'eût pas encore fait l'objet d'études.

  Cinquante ans plus tard, dans le mensuel ferroviaire Grandes lignes (septembre 1994), il déplore que Céline (et d'autres écrivains réprouvés) soient à ce point sous les feux de l'actualité éditoriale : " C'est à qui, en effet, accordera le plus grand crédit et le talent le plus considérable à des écrivains qui mériteraient davantage l'oubli que l'on accorde aux péchés difficiles à pardonner ". Et d'ajouter: " Au sommet de la réhabilitation en fanfare nul ne parade plus désormais que Louis-Ferdinand Céline ". Dont acte. On renoncera à mettre d'accord l'auteur de ces lignes parues en 1994 avec le collaborateur de Je suis partout en 1944. "
 (B.C. novembre 1994).

 

 

 

 

 

 

 

 * Jacques CHANCEL: " Le deuxième tome des Cahiers Céline que Gallimard vient de publier et que je parcours ce soir. J'y retrouve des extraits du long entretien que j'eus avec lui, un peu de cette "confidence" donnée il y a seize ans à Télémagazine et à Paris-Presse. Oui, un peu... car j'ai gardé l'essentiel, des pages et des pages cachées quelque part et que je réunirai - qui sait ? - un jour.

 Elles livrent, ces pages, une autre image du personnage, mais c'est encore trop tôt, il dit tant de choses et il y a tant de noms déshonorés là, qui sont comblés d'honneurs ailleurs... "
 (Le temps d'un regard, p.26,1957).

 

 

 

 

 

 

 

 * Madeleine CHAPSAL ( Ecrivain, journaliste, participa à la création de L'Express avec son mari J.J. Servan Schreiber ) : " Je n'ai vu Céline qu'une fois, dans sa maison de Meudon, dans le cadre que tout le monde connaît et a décrit, et il m'a donné cet entretien d'une traite, sans qu'il y ait eu un réel contact entre nous.

    Tout ce que je puis dire, c'est que j'ai été éblouie par sa virtuosité, sa maîtrise verbale - il n'y a pratiquement pas eu un mot à changer quand j'ai transféré son discours de l'oral à l'écrit - un peu étonnée aussi de ce qui pouvait apparaître comme un " délire ", c'est-à-dire une répétition de certains thèmes, une insistance à voir arriver le cataclysme et à se mettre lui-même comme à l'écart des autres - tout le reste du monde étant des " autres ".
  (
Voyage au bout de la haine...avec Louis-Ferdinand Céline, L'Express,14 juin 1957).

 * En décorant Madeleine CHAPSAL de l'Ordre national du mérite, mercredi soir, le président de la République a rappelé que la romancière avait réalisé un grand entretien avec Louis-Ferdinand Céline pour L'Express. En ajoutant d'un air de défi à l'adresse des amis des promus du jour, et des ministres qui se pressaient dans la salle des fêtes de l'Elysée : " S'il est encore permis de nos jours de parler de Céline sans créer de polémique ! " (Le Figaro, 1 oct. 2011).

 

 

 

 

 

 

* CHARLIE HEBDO (hebdomadaire satirique): " Une maison d'édition de Tel-Aviv, Am Oved, a décidé de publier le Voyage au bout de la nuit de Céline pour la simple et bonne raison que c'est une œuvre exceptionnelle. Et même si Céline était par ailleurs une véritable ordure, on ne peut pas lui retirer ça : il a écrit de bons bouquins, tant qu'il n'y parlait pas des Juifs. Mais les réacs locaux ne retiennent que la moitié de l'histoire : " Céline ne doit pas être imprimé en Israël puisqu'il fut l'un des plus féroces antisémites pendant la période nazie. Un point c'est tout ", déclare l'historien israélien Zeev Stemhell (spécialiste de la droite et de l'antisémitisme en Europe).

   Ce disant, Stemhell ne se rend pas compte qu'il fait passer ses compatriotes pour des arriérés toujours bloqués sur l'Holocauste, qui n'écoutent pas Wagner, ne lisent pas Nietzche (non pas qu'il fût antisémite, mais sa sœur, elle l'était) et encore moins Céline. Alors que les Israéliens ont autre chose à foutre en ce moment, avec leurs copains palestiniens. Alors que, de toute façon, l'antisémitisme de Céline (totalement absent du Voyage au bout de la nuit, notez bien) ne risque pas de faire des émules chez les Israéliens, ou alors ils sont vraiment très crétins. "
 (Charlie Hebdo, 2 février 1994, dans le BC n°139, avril 1994).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Pierre CHÂTELAIN-TAILHADE (1904-1977, journaliste français libertaire, esprit éminemment libre, alias " Valentine de Coin-Coin ", " Clément Ledoux ", Jérôme Gauthier " dans le Canard enchaîné, collabore aussi au journal pacifiste La patrie humaine) : " J'admire Céline. j'ai déjà dit pourquoi. Pourtant cette crise inouïe d'antisémitisme, auprès de quoi les hargnes de Drumont feront dorénavant figure de bluettes, m'a coupé le souffle. Il n'y a pas de respiration possible dans le sillage d'une colère pareillement massacrante. Je ne comprends plus. C'est à se demander si Ferdinand n'est pas le plus frénétique mystificateur de son siècle, s'il n'a pas décidé de monter au monde un éblouissant " canular ".
 [...] On s'étonne d'un acte d'accusation si bien monté. On veut voir de plus près les choses : On tombe sur le Protocole des Sages de Sion, ce faux pour antisémitisme de foire aux puces... Passons... [...] Pour l'antisémitisme célinien, je ne marche pas. Quant au reste, ô merveille ! Il y a dans Bagatelles pour un massacre, des pages à se rouler par terre de ravissement. La littérature : ravagée ! La critique sic : écrabouillée ! [...] Il faut avoir du mastic sur les yeux et du béton dans les oreilles pour ne pas déceler tout de suite que les pages folles, hallucinantes, tempétueuses, outrées, que Céline assène sur la littérature contemporaine et sur ces sous-produits, auront, un jour, dans l'histoire de l'art, une importance peut-être égale à celle de la Préface de Cromwell. Je ne sais plus quel rimeur Léon Bloy traitait de " planète désorbitée de la poésie ". Céline en est une autre !

  Il y a dans Bagatelles, trois chefs d'œuvre, trois thèmes de ballets, splendides de charme, d'humour de couleur, d'invention. Du luxe ! Rien que ces trois ballets vaudraient une gloire exceptionnelle à l'être assez artiste, assez sensible pour les avoir rêvés. Trois purs saphirs au front sanglant de [...] Au fond ce doit être ce qui les chiffonne, les Billy de mon cœur. Tous plagiaires, les petits coquins. Tas de " pompiers " obstinés à refaire en mie de pain ce qui fut taillé droit dans le marbre ; marchands de Moïses en gaufre saint-sulpicienne sous prétexte que Michel-Ange eut un ciseau magique, ils reniflent aux talons de Céline, quelqu'un qui les dépasse.
  C'est réglé, c'est couru, les doigts dans le nez, la bave aux lèvres : ils ne lui pardonneront jamais son génie. Ce que d'autres ne lui pardonneront pas, c'est son honnêteté pacifiste.
  [...] Quand on refuserait à Céline tout talent, tout équilibre ; quand on s'épouvanterait des dimensions de son impudeur et du fracas de son délire ; quand on le haïrait comme il est assuré d'être haï passionnément, religieusement, il est une chose que nul ne lui déniera : la bravoure. "
 (Eric Mazet, dans La patrie humaine sous le titre " Le dernier Céline ou la fureur de Baal ", 14 janvier 1938, Spécial Céline n° 30, 2018)

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Journal COMBAT (quotidien clandestin lié à la résistance crée fin 1941): " A " COMBAT ", / Hé diable ! Monsieur, je parie bien les Dardanelles que ce Jean-foutre des Investias n'a jamais lu un seul de mes livres ! (...) La " nullité littéraire Céline " leur apprend puisqu'ils ne savent rien, même de ce qui les concerne, ils bavent sous eux !) que le Voyage au bout de la nuit a été lancé par un article de Georges Altman dans le Monde communiste, d'Henri Barbusse, en 1934.

 Les articles de Daudet, Descaves, Ajalbert, ne sont venus " qu'ensuite ". (...) De telles crétineries découragent la polémique, on comprend que la parole soit de plus en plus à la bombe, à la mine, au déluge ! / Je vous prie de croire, Monsieur, à mes sentiments très distingués. / LF Céline. " (Lettres 2009, à Combat, 26 ou 27 juillet 1947).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Lucien COMBELLE (journaliste, écrivain) : " Mon cher Combelle, imaginez-vous que si Lecache revenait au pouvoir il vous réserverait de charmants échos dans le Droit de Vivre ? C'est pourtant ce que vous faites - position inversée - pour Giraudoux dans votre journal... Giraudoux le mieux payé des pousse-au-crime de l'immonde propagande Continental - Mandel, le plus fétide-enjuivé-grimacier-confiseur-farceur-imposteur-nul-prébendier-lèche-cul des chiots littéraires 39 - Vous n'êtes pas difficile...

  Ni les uns ni les autres ne semblez avoir décidément le sens, l'instinct primitif, le réflexe de défense immédiat, absolu, contre l'ennemi - qui lui ne vous oublie pas, ne vous prendra jamais pour un autre... Mangouste ! Admirable mangouste ! Admirable petit fauve ! jamais dégénéré, qui n'a jamais, ne prendra jamais la vipère pour un verre de lampe ! la vessie pour la lanterne ! Mots pourris ! Mangouste ! Combelle ! Mangouste ! Assez de mots ! / L F Céline. "
 (Lettres 2009, à Lucien Combelle, juin 1942).

 

 

 

 

 

 

 

 * Henry COSTON (journaliste, éditeur, essayiste et militant d'extrême droite) : " D'une connaissance l'autre. Enfin j'ai eu rendez-vous avec Henry COSTON, éditeur de son Dictionnaire de la politique française en quatre volumes. Lui, il avait fini par expliquer ces années agitées comme un kaléidoscope d'affiliation politique ; le jugement politique a été déformé par la crainte du bolchévisme ou le désir de la paix. A mon avis il aurait fallu ajouter l'élément du racisme qui persiste dans toute société et qui, comme la peste, réapparaît à certaines époques comme celles de Dreyfus ou d'Hitler. De toute façon, a t-il continué, beaucoup d'intellectuels ont opté pour l'idéal communiste ou l'idéal fasciste. L'histoire allait approuver les uns, punir les autres. Il n'empêche que les deux étaient en quête d'une société meilleure. COSTON a mentionné comme exemple Pierre-Antoine Cousteau, frère de l'océanographe Jacques, qui s'était d'abord lié avec la gauche pour devenir après une volte-face remarquable membre de l'équipe de Je suis Partout.

 Et puis le cas Céline. Il s'était exprimé clairement dans ses pamphlets mais sans jamais se lier à un parti, à un mouvement. Il conservait férocement son indépendance et assumait la responsabilité de ses passions. COSTON lui a rendu visite en 1937, lors de la publication de Bagatelles. Son appartement était, comme il a dit, " un lieu sordide, rempli de meubles délabrés et très désordonné ". COSTON croyait à ce moment, comme Céline, que les Juifs poussaient la France à la guerre ; pour un pacifiste, l'ennemi c'était les Juifs. Mais il croyait aussi que Pierre Laval - qu'il interviewa pendant l'Occupation - était motivé par sa crainte du communisme. Dans ce cas néanmoins, il a condamné Laval pour son manque d'honnêteté et de scrupules. " Laval aimait la France a-t-il dit, comme le fermier aime sa vache. Il la trayait pour son propre bénéfice. "
 (Stanford Luce, Miami University, BC n° 72, août 1988).

 

 

 

 

 

 

 

 * Michel COURNOT (journaliste, écrivain, critique cinématographique et réalisateur 1922-2007):  " Guérisseur français, Céline a inventé Hitler, la prose à décollage vertical, la querelle sino-soviétique et le dialogue à cyclotrons. N'ayant pu empêcher son disciple Henry Miller de piquer la bombe atomique aux Allemands qui n'osaient pas s'en servir, Céline se retrouva dans le mauvais gang et fut déporté à Vitebsk par le patriote Ludwig Aragon.

   Il n'en profita pas pour s'embourgeoiser, comme Giono et Montherlant. Ecrivain plutôt libéral, Céline a surtout écrit l'œuvre complète de Jean-Paul Sartre, excepté Les Mots qui sont un posthume de Flaubert enfant. Ayant découvert que la littérature est, au vingtième siècle, une survivance, Céline fit le mort, disparut. Il est aujourd'hui, par pure méchanceté, pilote dans l'aviation nord-vietnamienne, à bord d'un sabre supersonique offert par son rédempteur, M. Jean Paulhan. " (Enquête " Que faire avec Céline ? ", Le Nouvel Observateur, 25 fév.1965).

 * L'Eglise, " ratée ", ça non ! Sûrement pas ! Sur tous les faits qu'il met en jeu, la guerre, les colonies, la vie new-yorkaise, la danse, les organismes internationaux (sa description de la SDN anticipe l'ONU), le prolétariat des faubourgs de Paris, la médecine, la maladie, Céline a un regard qui n'appartient qu'à lui. Une telle attention aussi à toutes les souffrances d'autrui qu'il n'est pas possible, écoutant L'Eglise, de se dire que douze ans plus tard, Céline allait basculer dans le racisme.

  Il n'est pas surprenant que l'antiraciste auteur de Réflexions sur la question juive, Jean-Paul Sartre, ait inscrit, en exergue de son plus beau roman, La Nausée, une phrase de L'Eglise : " C'est un garçon sans importance collective, c'est tout juste un individu. " La phrase est prononcée, dans la pièce, à propos de Bardamu-Céline, par le docteur Rajchman. "
  (Le Monde, 5 octobre 1992).

  

 

 

 

 

 

 

 * Jean DANIEL (né Jean Daniel BENSAÏD, journaliste, écrivain fondateur du Nouvel Observateur en 1964) : " ... sans doute, j'éprouvais un malaise lorsque, à propos des écrivains qui avaient collaboré avec le nazisme, on mettait sur le même plan Céline et Rebatet dont l'immense talent ne fait pas de doute, et Drieu La Rochelle et Brasillach, qui sont des écrivains mineurs. "
 (Le Figaro, 4 mai 1992).

 * "... Si je me félicite de ce que chaque soir, depuis des semaines, Fabrice Luchini joue à guichets fermés en récitant Céline, c'est que, sans qu'il l'ai voulu, sa dévotion exclusive pour le Voyage fait tomber dans la trappe ce qui suit. Le docteur Destouches meurt avec Bardamu. Plus de bagatelles et plus de massacres. Plus rien n'existe que le Voyage. La célébration de son auteur par Luchini devient ainsi un meurtre transfigurateur. Céline sauvé par Luchini ? Oui, par amputation. "
  (Le Nouvel Observateur, 2-8 août 2001).

 

 

 

 

 


 

* Georges de CAUNES (journaliste, acteur, réalisateur  et producteur, 1919-2004) : Jeune journaliste à la Radiodiffusion française rentrant de l'expédition polaire française en compagnie de Paul-Emile Victor sur la banquise du Groenland ; il décide, sur le chemin du retour, en juillet 1948, de rencontrer Céline au Danemark...
   " Le lendemain de ma visite au ministre des Affaires étrangères, par l'entremise de Marie Laurencin et du peintre Gen Paul, je rends visite à maître Micheksen (sic), avocat de Céline pour qui je dépose une lettre, le priant de me recevoir le lendemain (...) La réponse se fait attendre, et ce n'est que la veille de mon départ que, prenant le train pour Korsor où il réside, à deux heures de Copenhague, je rencontre l'écrivain exilé.

 
... En fait d'interview, j'en suis réduit à écouter un long et véhément monologue où l'écrivain, à ma première allusion au Voyage, se répand en invectives sur le compte de Gallimard : " Le Voyage au bout de la nuit est tombé dans le bidet de mon éditeur ! Aragon et Elsa ont traduit le Voyage en 36 sur demande des Soviets, et cela leur a bien profité. On me faisait alors de grosses avances, on voulait que je remplace Barbusse ! Maintenant on trafique le Voyage en douce. Pendant la guerre, quand je gagnais un million avec mes livres, je versais six cent mille francs d'impôts à M. Pétain, mais depuis cinq ans je n'ai plus gagné un sou ! Mon éditeur est une putain qui trait mes livres comme des vaches ! "

 Puis Céline se désigne lui-même et se lamente : " Mes ennuis m'ennuient ! J'ai cinquante-cinq ans et 75 % d'invalidité de guerre, celle de 14. J'ai même eu la Croix ! Seulement j'ai un article 75 au cul et on en profite pour me dépouiller ! " Il me montre un carnet d'autobus, dérisoire : " Pour moi, d'ici à Paris, il y a trois heures d'avion et quinze ans à Fresnes ! Et pourtant il n'y a rien dans l'acte d'accusation ! J'ai juste demandé que les youpins ne nous égratignent pas ! "
  Je l'interroge sur ses espoirs en une amnistie : " Je ne crois pas à l'amnistie. La France, nation légère et dure, n'est pas le pays de l'amnistie, disait Voltaire. Et puis de quoi ça aurait l'air, un grand-père en prison ? Est-ce un exemple pour les petits-enfants ? Je suis hors la loi et pourtant je révère foutre Dieu énormément la IVe République que je ne connais pas ! Moi, je suis pour la légalité ! Vive les gendarmes ! l'ordre ! la méthode ! Vive celui qui me rendra mes droits d'auteur et une place au Père-Lachaise où est ma pauvre mère ! " 

  Céline attendait la visite imminente d'un professeur américain de littérature comparée, universitaire d'origine juive. " Il me compare à Dreyfus ! me lançait Céline, brandissant l'une de ses lettres. Voici ce qu'il m'écrit : " Je ne vois pas pourquoi, moi, je ne défendrais pas un Aryen ! "
  Deux jours après ma visite, le professeur Milton Hindus, de l'université de Brandeis (sic), venait passer trois semaines auprès de l'écrivain (...) "
 La suite du texte permet de dater la rencontre entre de CAUNES et Céline au 15 juillet 1948. Les premières notes publiées de Hindus de ses entretiens avec Céline sont du 20 juillet.
 
 (L'Année Céline 1998, p.105, et Imarra, Aventures groenlandaises, Ed. Hoëbeke, 1999).

 


 

 


 

 

 * DELFEIL de TON (de son vrai nom Henri Roussel, journaliste, un des premiers rédacteurs de Hara-Kiri): " Toute la haine raciale n'est qu'un truc à élections ". C'est de qui ? De Céline. Dans une lettre à Thibaudet de 1933. Relu le " Voyage ". Au bout de la nuit, bien sûr. Sans doute pour la dernière fois. Trop jeune, le " Voyage ", t'y comprends pas grand-chose. Trop vieux, c'est pas supportable. La mort à toutes les pages. La citation sur les incitateurs à haine raciale se trouve dans les " appendices " de l'édition de la Pléiade, page 1009. Edition avec remarquable apparat critique, comme ils disent à la Sorbonne.

   Des fois, ils se plantent. " J'ai attiré la fille Henrouille dans un coin et je lui ai posé franchement le marché en main parce que je voyais bien que le seul homme là-dedans capable de les sortir c'était encore cézigue, finalement. " Appel de note à " cézigue ". On y court. " L'usage argotique, écrit l'apparat critique, voudrait ici mézigue et non pas cézigue." Où qu'ils ont été chercher ça ? On sent que la Sorbonne, s'ils faisaient la grammaire d'argot qui les démange, elle serait pleine de conneries comme l'autre. "
  (Chronique hebdomadaire du Nouvel Observateur, 27 avril 1984, dans BC n°24, août 1984).

 * " Fervent lecteur de Céline, DELFEIL de TON considère que la grandeur de celui-ci n'a nul besoin d'être célébrée : " Nous célébrons Céline à chaque fois que nous le lisons. Pour certains, c'est tous les jours et il n'a nul besoin d'autres célébrations. " Et de conclure, suite à toute cette polémique : " Vous savez quoi, Céline ? Il se marre. "
  (Le Nouvel Observateur, 27 janvier-2 février 2011, dans BC n°328). 

 

 

 

 

 

 

* Stéphane DENIS (journaliste et écrivain): " Tous ses contemporains ont été frappés par la nouveauté de ce style, mais le style de Céline pouvait, par sa nouveauté même, se démoder, ou plutôt ne plus produire le même effet. Or il a survécu puisque D'un château l'autre, publié après la guerre et l'insuccès des Féeries, trouva un large public. Le problème avec Céline, ce sont les céliniens.

    Agenouillés dans la chapelle, ils se placent sous le lumignon du proscrit, espérant pour les uns qu'un peu de lumière rejaillisse sur leurs œuvres, leur donnant, comme au presbytère et au jardin, du mystère et de l'éclat ; et pour les autres rester en prière sans être dérangés par les ploucs. Sur ce point Céline leur a montré la marche à suivre, qui n'aimait lire personne, sauf Paul Morand et Barbusse , et aussi Vallès. (...) C'est Louise de Vilmorin, qui dit en 1969 à François Truffaut : " Céline c'est grand, c'est courageux, c'est audacieux, c'est compromettant. " Il est aussi compromettant de le dire : si on aime Céline, on aime tout Céline. "
 (Le Figaro Magazine, 23 octobre 2004).

 

 

 

 

 

 

 

* Gaston DERYCKE : " (...) Si j'avais aujourd'hui un garçon de vingt ans, je lui ferais lire ces livres et notamment Mea culpa et Bagatelles, qui lui diraient ce que sont les juifs, ce qu'est le bolchévisme, avec une éloquence beaucoup plus persuasive que tous les prêches de la propagande. Et je n'aurais pas peur, pour lui, du langage de Céline.

   D'abord, quelle que soit sa violence, je la crois plus profondément SAINE que le style chantourné de M. Giraudoux, plus tonique que le sirop de sucre de MM. les littérateurs de salon ou d'Académie. Et puis, ce n'est tout de même pas parce qu'on aime Racine ou Hugo qu'on se met à parler en alexandrins... "
  (L'Assaut, 18 juin 1944, dans BC n°17, janvier 1984).

 

 

 

 

 

 

 

* Charles DESHAYES (journaliste lyonnais): " / ... Se mêler d'antisémitisme, même en chuchotant, c'est sûrement se précipiter dans les pires supplices... et pour quels résultats ? J'en suis le piteux témoignage ! Et puis notre civilisation est juive du tout au tout. Il crèvera avec nous, nous crèverons avec lui. Il n'y a entre nous que de sales querelles de famille. Les Racistes hitlériens étaient de damnés farceurs. Vivent les juifs ! Jamais assez : vivent les juifs ! Telle est mon atroce expérience. Fumiers pour fumiers, les aryens ne les valent pas. Si j'avais à revivre.

  Et puis vraiment tout ceci est dépassé !... La question jaune et noire se pose et commande TOUT, écrase tout - et la question mécanique - le progrès matériel - l'énorme fornication d'Asie + l'hygiène + l'avion - emportent tout. Il ne reste plus que des babillages, des byzantinismes quasi gâteux(...) / LF Céline. "
  (Lettres 2009, à Charles Deshayes, 12 août 1947).

 

 

 

 

 

 

 

* Christophe DONNER né Quiniou (journaliste, écrivain, chroniqueur hippique à France-Soir): " Depuis hier soir, ma femme s'est prise de passion pour Louis-Ferdinand Céline. Je lui avais pourtant recommandé Mort à crédit, il y a quelques années, mais ça n'a pas pris. Et là, sans crier gare, hier soir, la voilà ti pas qu'elle s'installe au lit avec mon Pléiade. Voyage au bout de la nuit l'enchante. Et page 55, comme de juste, elle s'écrie : " Oh, il parle des courses ". Je fais le malin, l'air de dire, bien sûr que Céline parle des courses, tous les écrivains un peu déniaisés parlent des courses. Comme si je connaissais le passage par cœur.

  Mais à la relecture, je me rends compte de l'importance des courses dans l'œuvre et dans la vie de Céline (...) C'est bien à Longchamp, pendant la guerre, et grâce aux courses que Céline a séduit Lola, la jeune infirmière américaine... " Cet endroit devait être bien joli avant la guerre, remarquait Lola. Elégant ?... Racontez-moi, Ferdinand ! Les courses ici ?... Etait-ce comme chez nous à New-York ?... " - " A vrai dire, je n'y étais jamais allé, moi, aux courses, avant la guerre, mais j'inventais... Les robes... les élégantes... Les coupés étincelants... le départ... Les trompes allègres et volontaires... le saut de la rivière, le Président de la République... La fièvre ondulante des enjeux, etc. "
 (cheval.blog.lemonde.fr, 12 oct. 2009).

 

 

 

 

 

 

 

 * Jean DRAULT (né Alfred Gendrot, journaliste et écrivain, directeur de La France au Travail 1866-1951): " Mon cher Jean DRAULT, / Je me suis jeté sur votre ouvrage, vous le pensez bien, et l'ai lu tout d'un trait ; la synthèse en est magnifique ; la plume, de maître ; le fond, admirable. Votre ouvrage devrait être au programme des écoles, obligatoire.

  Les Droits et les Devoirs de l'Aryen, tout y est. Peut-être vous trouverais-je encore bien indulgent pour la chrétienté que je mets sur le même plan que la juiverie, tel est mon extrémisme. Mais ce n'est pas mon opinion. Votre livre est une Somme. / Et bien affectueusement. / L.-F. Céline. "
 (Lettre du 26 mars 1942, Lettres, Pléiade 2010).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Claude DUBOIS (journaliste, écrivain): " Ce véritable titi parisien, né  rue Rambuteau, il y a 63 ans, a passé toute son enfance rue du Plâtre, dans le 4ième arrondissement. Comme souvent dans ses livres sur Paris la figure de Céline n'en est pas absente. On sait que Claude DUBOIS est l'auteur de la première anthologie célinienne et qu'il a maintes fois évoqué le Paris de Céline et de ses amis (Gen Paul, Henri Mahé etc...) dans ses chroniques du Figaro. Le livre de Claude DUBOIS fourmille d'intéressantes observations.

  " Chez Céline, la vulgarité engendre souvent le comique, cet autre trait français. (...) Nyctalope, le regard de Céline sonde jusqu'aux tréfonds des ténèbres. En définitive, l'instinct comique, c'est l'instinct de vérité. De ce point de vue, Céline est un vrai titi de Paname, un gavroche : ses histoires ne sont pas gaies, mais sa faconde fait rire. "
 (
Je me souviens de Paris, Visages, façons, histoires et historiettes du Paris populaire, Ed. Parigramme, 2007, dans le BC n°293).

 

 

 

 

 

 

 

*Jean-Emmanuel DUCOIN (journaliste, essayiste, rédacteur au journal communiste l'Humanité): " Maudit. Concevoir la dualité. Sachant qu'il publia Bagatelles dès 1937 et l'Ecole des cadavres en 1938, donc très tôt, l'antisémitisme de Céline discrédite-t-il l'homme ou l'écrivain ? Les deux ? Et que faire face au talent, à l'ingéniosité, à l'inventivité, quand ils éclatent ainsi dans tous les écrits, absolument tous - et c'est bien l'un des problèmes intellectuels insurmontables. (...) Exemple scabreux : a-t-on le droit de suggérer que les pages consacrées à la Russie dans Bagatelles figureraient probablement dans toutes les anthologies de la littérature si elles n'appartenaient pas à un livre " maudit " ?

   (...) Nous pouvons porter une absolue et radicale admiration à certaines œuvres de l'écrivain - mais exclure l'homme des panthéons républicains relève d'un principe moral et éthique. Sauf à considérer que la littérature est plus importante que la Shoah : qui osera soutenir semblable thèse ? La culture, la littérature, la poésie, l'art devraient être polémiques par essence, presque par fonction. Le Voyage, Mort à crédit, D'un château l'autre ou Rigodon prodiguent le feu d'un incendie esthétique et suscitent des désastres et des perditions. Brûlés nous sommes. Céline disait : " Je ne vois dans le réel qu'une effroyable, cosmique, fastidieuse méchanceté - une pullulation de dingues rabâcheurs de haine, de menaces, de slogans énormément ennuyeux. C'est ça une décadence ? " De quelle époque et de qui parlait-il ? "
 ( larouetournehuma.blogspot.com, 29 janvier 2011).

 

 

 

 

 

 

 

* PIERRE DUMAYET (journaliste): - " Vous ne croyez pas à votre violence... Vous ne la concevez pas ? Vous ne l'imaginez pas ?

  - L. F. Céline : " Je ne me vois pas du tout violent. (...) Je sentais une guerre venir et je dénonçais les motifs de la guerre et les suites. Je me suis occupé beaucoup des explorations polaires, particulièrement au Groenland, avec des meutes de chiens. Et ce qui compte, n'est-ce pas dans l'attelage, c'est le guide. Le guide est généralement une chienne particulièrement fine qui sait à 25 ou 30 mètres dire qu'il y a une crevasse.

   Or, on ne la voit pas sous la neige, n'est-ce pas la crevasse. Alors nous dirons qu'elle est violente parce qu'elle avertit tout le traîneau qui va descendre 60, 70 mètres dans un trou... Eh bien ça évidemment j'ai peut-être la finesse d'une chienne de traîneau. Pas plus. "
 (Lectures pour tous, 17 juillet 1957).
 

 

 

 

 

 

 

* Valérie DUPONCHELLE (grand reporter au Figaro, spécialiste des Arts): " L'intérêt de Céline pour le cinéma était plus financier qu'artistique ", souligne Henri Godard, l'universitaire de la Sorbonne (littérature du XXIe siècle) qui a édité les quatre tomes de la Pléiade entre 1974 et 1994. - " Chacun des cinq manuscrits qui composent les Ballets sans musique, sans personne, sans rien, édités en 1948 avec les illustrations d'Eliane Bonabel, a eu un destin complexe comme l'œuvre de Céline ", souligne Jean-Paul Louis, éditeur-imprimeur des Editions du Lérot
 
 (Lettres à Marie Canavaggia, 3 volumes, 1995).

*  - " Les originaux des trois ballets, Naissance d'une fée, Voyou Paul, Brave Virginie et Van Bagaden, écrits contemporains de Secrets dans l'île, mais publiés en 1937 dans Bagatelles pour un massacre, semblent perdus. J'ai vu une fois le manuscrit de Foudres et flèches (1949) que Céline a écrit en deux parties à Copenhague. Après de longues hésitations, il l'a donné à sa secrétaire Marie Canavaggia. Du texte qui le précède, Scandale aux abysses, on ne connaît que des tapuscrits corrigés et les épreuves typographiques de Denoël, projet abandonné en juin 1944, publié finalement en 1948. "
  (Le Figaro, 24 nov. 2000).

 

 

 

 

 

 

 

* Jérôme DUPUIS (journaliste à " L'Express "): " Audiard multiplie les déclarations. Il annonce Belmondo dans le rôle de Bardamu. Révèle qu'il va confier la réalisation à Fellini. Puis sort un nouveau nom de sa casquette : " Le mois dernier je dînais avec Serge Leone. Au dessert il me dit - je voudrais tourner le Voyage... " Audiard-Leone : quel tandem ! Bardamu " westernisé " par l'auteur d'Il était une fois dans l'Ouest ? La boue des tranchées, la moiteur africaine, les bas-fonds new-yorkais, les gros plans sur la joue mal rasée de Robinson... " J'ai souvent pensé en faire un film. Mais je ne savais pas s'il était raisonnable de toucher à un tel chef -d'œuvre. J'étouffe d'un sentiment de pudeur ", tempérera Leone, avant de déclarer forfait. Il aurait pourtant fait une heureuse : Lucette, qui rêvait de voir Clint Eastwood incarner Bardamu-Céline !

   Mais plus Audiard parle, moins il avance. Le Voyage est un rêve et on ne tourne pas un rêve. D'autres grands noms des sixties se mettent alors sur les rangs : Claude Berri, Pialat, Malle, Godard - qui fera lire un long passage de Guignol's band à Belmondo dans Pierrot le fou -, Milos Forman, le producteur Jean-Pierre Rassam - qui déjeune avec Lucette... Plus récemment François Dupeyron achète les droits et s'enferme neuf mois pour écrire un scénario. En 2007, Yann Moix travaille à une adaptation de la partie américaine, transposée aux temps du 11 Septembre. Las ! après avoir retourné le roman dans tous les sens, réalisateurs, producteurs et adaptateurs jettent tous l'éponge. Alors, le Voyage, projet maudit ? Ou... impossible ? "
  (Je laisse rien au cinéma, Lire Hors-série n° 13, 2011).

 

 

 

 

 

 

 

* Marcel ESPIAU (journaliste, critique littéraire): " Mon cher Espiau, / Bien grand merci pour votre petit article du Temps. Je vous connais et demeure votre très grand obligé pour le courage admirable avec lequel vous avez défendu mon premier livre, au temps où la ligue des Parfaits-Pensants me passait déjà le lasso.

 (...) Je sais vous le savez plus de choses qu'il semble à première vue. Mr Worms est après tout le maître actuel absolu de la France, et de tous ses partis - et de tous les néo-députés. Comment faire plaisir à Mr Worms ? Tel est le devoir strictement conformiste de tout Français actuel qui veut être sûr de son rutabaga du lendemain, qu'il soit des Trusts ou non. De Rotchild à Worms avons-nous gagné ? Voilà une question passionnante - Enfin à peine. Parle-t-on de ceci au Rassemblement Populaire ? Qu'en pense votre patron ? / A vous bien amicalement et toujours dévoué. / LF Céline. "
 (Lettres 2009, à Marcel Espiau, mars 1941
).

 

 

 

 

 

 

 

* Frédéric FERNEY (journaliste, essayiste et écrivain, critique au Point): " De ces lettres, je retiens aussi celle-ci, écrite aux Editions de la NRF peu avant le 14 avril 1932: " Monsieur, / Je vous remets mon manuscrit du " Voyage au bout de la nuit " (5 ans de boulot). Je vous serais particulièrement obligé de me faire savoir le plus tôt possible si vous êtes désireux de l'éditer... Il s'agit d'une manière de symphonie littéraire, émotive, plutôt que d'un roman. L'écueil du genre, c'est l'ennui. Je ne crois pas que mon machin soit ennuyeux. Au point de vue émotif, ce récit est assez voisin de ce qu'on obtient ou devrait obtenir avec de la musique...

  C'est de la grande fresque, du populisme lyrique, du communisme avec une âme, coquin donc, vivant... 700 pages de voyages à travers le monde, les hommes et la nuit, et l'amour, l'amour surtout que je traque, abîme et qui ressort de là, pénible, dégonflé, vaincu... Du crime, du délire, du dostoïevskysme, il y a de tout dans mon machin, pour s'instruire et pour s'amuser ". Et il conclut : " C'est du pain pour un siècle entier de littérature. C'est le prix Goncourt 1932 dans un fauteuil pour l'Heureux éditeur qui saura retenir cette œuvre sans pareille, ce moment capital de la nature humaine... " (Les points de suspension sont de Céline). Orgueil et dérision. "
 (Céline, un cloaque pétri d'azur, blog nov. 2009).

 

 

 

 

 

 

 

  * Jean FERRE (journaliste 1929-2006): Evoquant sa première visite à Meudon : " Céline était aux prises avec un intrus, un admirateur qui souhaitait obtenir une dédicace. Visiblement, Céline hésitait. L'autre, bonne bouille éplorée présentait un vieil exemplaire de Voyage au bout de la nuit, en insistant - " il est bien sale " - opposait Céline. Le brave homme crut bon d'argumenter : " je l'ai acheté l'année même de sa publication, il date de 1932. J'en garde la nostalgie... "

        Alors Céline écrivit rageusement sur la page poussiéreuse : " Nostalgie, piège à cons... " Et Jean FERRE concluait ironiquement : " Vous comprenez que je ne puisse plus entendre parler de nostalgie sans qu'une voix intérieure n'articule les trois mots suivants. " 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Pierre FOGLIA (journaliste d'opinion québécoise): " Que Louis-Ferdinand soit hélas antisémite ne fait aucun doute. Ce n'est contesté par personne ; 12 millions d'articles ont été écrits sur le sujet. Alors qu'un ministre de la Culture s'en avise soudainement, comme on s'avise d'avoir oublié le lait sur le feu, est complètement ridicule. Ce ministre a évidemment cédé aux pressions - celles de Sarkosy, celles de l'avocat juif Serge Klarsfeld, grand chasseur de nazis, président de l'Association  des enfants des déportés juifs français... et père d'Arno Klarsfeld, proche de Sarkosy. Chaque polémique autour de l'antisémitisme de Céline repose la même question : peut-on être un grand écrivain et un parfait salaud ? Personnellement, je ne trouve pas du tout que ce soit une énigme. On peut être n'importe quoi et un parfait salaud en même temps. Voulez-vous dire que vous ne lirez plus jamais un auteur qui a déjà pogné le cul d'un petit garçon, qui a déjà fait le salut hitlérien, qui a approuvé les goulags de Staline, qui a battu sa femme ? Alors vous ne lirez plus Aragon, Sartre, Cioran, Gide, Tolstoï ? Qui allez-vous lire ? Sollers le maoïste ?

   Lisez Céline. Pour le texte et pour la musique. Ne lisez pas que Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit. Lisez le sublime début D'un château l'autre. Lisez Guignol's band ; lisez le dernier Féerie pour une autre fois. Ne lisez pas Bagatelles pour un massacre, c'est là-dedans qu'il est honteusement antisémite, mais moi je vais quand même vous lire un passage de Bagatelles, parce que c'est dans Bagatelles, écrit avant 1940, qu'il annonce les téléréalités des années 2000 dans ces quelques lignes prophétiques... - " Comment le plus infime crétin, le canard le plus rebutant, la plus désespérante donzelle peuvent-ils se muer en dieux et déesses ? Recueillir plus d'âmes en un jour que Jésus-Christ en 2000 ans ? C'est que la foule à genoux a le goût du faux, de l'or et de la merde, plus insignifiante est l'idole plus elle a de chances de conquérir le cœur de la foule... " Foule , tu peux bien haïr Louis-Ferdinand. Sache qu'il te hait aussi, depuis longtemps. "
  (Cyberpresse.ca, La littérature et la haine, 27 janvier 2011, site du Petit Célinien).

 

 

 

 

 

 

 

 * David FONTAINE (journaliste au Canard enchaîné, [doctorant sur le sujet] " Théorie et pratique de la langue chez Céline ", Université Paris IV) : " Réfute Henri Godard qui affirme que Céline s'est " soigneusement tenu à l'écart de toute collaboration officielle ". Et de mentionner le voyage de médecine à Berlin en 1942 et sa présence à Sigmaringen en... 1944. FONTAINE signale aussi que " les chercheurs spécialistes de l'écrivain ne réclamaient aucun hommage officiel ".

  A l'appui de cette affirmation, il cite André Derval, responsable du Fonds Céline à l'IMEC et secrétaire de la SEC : " Après ce qu'il a écrit ou fait avant et pendant la guerre, Céline n'a pas sa place dans les commémorations officielles... "
 (BC n°328, zizanie chez les céliniens, M.L.)

 


 

 

 

 

 

 * Jean FONTENOY (journaliste, écrivain nationaliste 1899-1945): " Collabora à L'Emancipation nationale, à L'Insurgé, à Je suis partout de 1937 à 1940. Il fut l'organisateur, avec Fernand de Brinon, de la rencontre Laval-Abetz en juillet 1940, pour devenir une des figures majeures de la presse collaborationniste. Il fonda La Vie nationale, puis l'hebdomadaire Révolution nationale.

  Le 27 août 1940, Céline lui adressa une lettre en réaction à un article stigmatisant " le gouvernement de la défaite ", qui rappelle les thèmes développés dans Les Beaux draps : " Ce peuple clos, racorni, sans folie, grimacier, sans cœur, tourne en rond sans sa raison d'être : chier toujours de plus gros colombins. La France n'est plus qu'un énorme concours de vidanges (...) ". Ce texte fut repris dans La Vie nationale en deuxième page le 31 août 1940. Un brouillon de lettre datable du 29 septembre 1941 atteste de relations plus suivies sous l'Occupation. FONTENOY donna un compte-rendu élogieux de Guignol's band dans Révolution nationale le 13 mai 1944, dont Céline remercia Lucien Combelle. "
  (Gaël Richard, Dictionnaire des personnages, Du Lérot 2008).

 

 

 

 

 

 

 

 

* Remo FORLANI (journaliste, critique de cinéma): " Le théâtre se porte plutôt bien mais il n'intéresse plus qu'une élite et surtout, il est depuis plusieurs années quasiment interdit de séjour à la télé. Que fait-elle pour le théâtre ? Elle filme une fois par an des gens talentueux remettant des statuettes à d'autres gens talentueux parce qu'ils ont écrit, mis en scène ou interprété des pièces qui ne passeront jamais à la télé.

   A quand et sur quelle chaîne l'Eglise de Céline, Mortadella, La servante maîtresse de Goldoni, Temps contre temps... ? Suffirait d'une soirée théâtrale par mois pour que les molières de l'année y passent tous. Bonne idée, non ? "
 (Bonne soirée, 21 avril 1993, dans B.C. n° 132, sept. 1993).

 

 

 

 

 

 

 

* Max-Pol FOUCHET (journaliste, écrivain, homme de télévision 1913-1980): " (...) Giono et Céline ouvrent une école de bonté. De bonté désespérée. Solitude de la pitié. Les cœurs de ces deux hommes connaissent la sympathie et l'amour. Dans une lettre qu'il m'écrivait Giono nommait la sympathie " le sel du monde ". Mais la bonté est douloureuse et Giono et Céline souffrent. Ayant la souffrance, ils ont la profondeur et leurs œuvres sont lourdes de signification. Ce sont des manuels d'amour.

    Il faut lire Solitude de la pitié. Et puis cet admirable passage du Voyage: le sergent Alcide se dessèche sous le soleil tropical pour pouvoir nourrir une petite nièce de France. Et Céline se lève dans la nuit, écrasé par cet héroïsme inconscient, pour voir si le sergent est fait comme les autres hommes et si aucun signe distinctif ne le marque. Mais le visage est là, quelconque, commun, sans plus et Céline dit : " Ce ne serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants ".
 (Mensuel Non ! avril 1933, BC n°319, mai 2010).

 

 

 

 

 

 

 

 * Bruno FRAPPAT (journaliste, directeur et éditorialiste au journal La Croix): " La guerre dont, en 1930, il explique à un correspondant: " Je ne m'en remettrai pas " et qui lui a mis dans la mémoire " mille pages de cauchemars en réserve ". Comme si la guerre lui avait appris la vie en même temps que la mort, l'ouvrant à l'horreur définitive de l'humaine condition. Comme il l'écrira en 1934 à Elie Faure, c'est de cette terrible expérience que vient sa seule conviction (elle est négative): " Je suis anarchiste depuis toujours (...) je ne crois pas aux hommes. " Et de là qu'il tirera aussi un " pacifisme " si virulent qu'il l'aveuglera face au nazisme.

   Et tout le reste s'ensuivrait. L'antisémitisme forcené, maladif, pathologique, ignoble qui le hantera, même un peu atténué après la Seconde Guerre mondiale. Un antisémitisme à plusieurs entrées, si l'on ose dire, y compris autobiographiques. Nommé dans un dispensaire médical à Clichy, il finira par démissionner au bout de dix ans, après la nomination d'un médecin chef juif, le docteur Ichok, un Lituanien. Guerre mondiale, conflit privé: " Ils sont aux commandes partout. " Aucune culpabilité pour les horreurs répandues dans ses pamphlets réédités en 1941 et 1943. Pas un mot de compassion, jusqu'à sa mort. Pas une ligne de regret, de remords, de reconnaissance d'une erreur sauf d'avoir cru au " pacifisme " des hitlériens. " (Voyage au bout de Céline, La Croix, 26 nov.2009).

 

 

 

 

 

 

 

 

* Camille-Marie GALIC (nom de plume de Marie-Luce WACQUEZ, journaliste nationaliste, directrice de Rivarol) : " Je sens que ce que je vais écrire va me valoir un cartel des amis Moudenc et Angelelli, mais tant pis, il faut que je dise une bonne fois pour toutes ce que j'ai sur le cœur : Céline me débecte. Il est pour moi la quintessence du faiseur de gauche. Oui, de gauche les jérémiades continuelles, la main sur le cœur, bien crispée sur le portefeuille, le côté " On ne m'a pas compris, je n'ai jamais voulu cela " (du Jean Daniel craché), et cette détermination d'apparaître partout et toujours comme l'agneau du sacrifice, la victime expiatoire. " Le salaud, Monsieur le Juge, c'est pas moi, c'est les autres. "

    (...) Mais que penser de l'anathème qu'il avait lancé cette fois contre des martyrs authentiques ? - " Je ne suis ni Laval ni Brasillach. Je suis le patriote à L'ETAT PUR. " Un patriote qui avait tout de même participé à maintes reprises, chez le Dr Epting, directeur de l'Institut allemand, aux agapes si aigrement reprochées aux autres commensaux, et qu'il avait flétri en 1939, dans L'Ecole des cadavres. " La victoire démocratique, la victoire des juifs : une autre victoire comme 18, et c'est la fin, la ruée de mille ghettos du monde sur ce qui reste de l'empire franc. " Ce qui n'était, sans doute, pas mal vu, mais valait largement certains articles ou libelles que mille autres payèrent de leur vie car ils ne s'étaient pas attirés l'indulgence de l'intelligentsia en foutant en l'air la langue française. "
  (BC n° 42, février 1986).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Jean GALTIER-BOISSIERE (journaliste, polémiste, écrivain 1891-1966): ... L'extraordinaire lancement, le dédouanement subit de Céline, écrivain maudit, a stupéfié Paris. C'est l'Express (pourtant à direction israélite), qui attacha le grelot: Jours de France et Match emboîtèrent le pas, consacrant de nombreuses pages à l'ancien antisémite prophète de malheur, au fameux réprouvé brusquement pardonné ! S'agissait-il d'une orchestration - au tarif de la publicité - signée Gallimard lequel, un tantinet masochiste, veut bien se faire insulter à longueur de colonne pourvu que çà rapporte gros, ou bien les diverses feuilles, flairant un immense succès de librairie, ont-elles simplement misé sur l'intérêt journalistique d'une sensationnelle actualité littéraire ? Je l'ignore...

  Mais le retournement de tendance a été si impétueux que même les impératives consignes de silence du Figaro littéraire se trouvèrent emportées et qu'André Rousseaux, abandonnant pour une fois Simone Weil et le Père Teilhard de Chardin, eut licence de déverser des flots de bile sur le vieux "cheval de retour", au nom des résistants en peau de lapin (j'appelle ainsi les plaisantins qui croient fermement avoir sauvé la France en ciselant pendant quatre ans des quatrains vengeurs contre Goering et Goebbels, qu'ils publiaient en serrant les fesses, sous de faux noms dans des libelles ultra -confidentiels). Et le Rousseaux d'écrire, littéralement écœuré: " L'Histoire ne repasse pas les plats, dit Céline, mais il y a des banquets littéraires où l'on repasse les vomissures. Nous sommes servis. "

 

 * C'est un grand bonhomme qui disparaît, le plus puissant et le plus original de notre époque, n'en déplaise à certains cuistres distributeurs de certificats de bonne conduite. La plupart des courriéristes qui font habituellement suivre leurs articles nécrologiques de la mention : " le défunt était Grand officier de la Légion d'Honneur ", ont omis de rappeler que ce poilu de 1914 avait été décoré de la médaille militaire pour fait d'arme ; et aussi qu'il avait tiré un an de prison à Copenhague dans des conditions abominables.

  Marqué par une jeunesse difficile, Céline fut vraiment un enfant de malheur. Et la guigne le suivit lorsqu'il se lança à trente-six ans dans la carrière littéraire : alors que le prix Goncourt lui paraissait assuré pour son Voyage au bout de la nuit, une trahison de dernière heure le priva de sa couronne de papier, attribuée à un médiocre dont tout le monde a oublié le nom.

  La vie de Céline, traqué par des ennemis implacables, fut terriblement agitée. Je possède de lui des lettres déchirantes qu'il m'envoyait de son exil au Danemark. C'était un persécuté délirant mais aussi un grand cœur et un écrivain apocalyptique. "
  (Le Petit Crapouillot, août 1961, dans BC n°102, mars 1991).

 

 

 

 

 

 

 

 * Franz-Olivier GIESBERT : " On a aujourd'hui un certain sentiment de vide, pas seulement en France, car la crise actuelle n'est pas seulement française, c'est une crise morale, une crise d'identité que traversent tous les pays occidentaux... finalement la social-démocratie n'est plus un modèle, le communisme s'est effondré, l'ultra - libéralisme on n'y croit plus beaucoup, il ya donc une espèce de crise d'idéologie qui se double à mon avis d'une crise culturelle. Où sont aujourd'hui les grands écrivains, les grands artistes, les grands metteurs en scène ? Où sont passés Hemingway, Céline, Proust, Thomas Mann ? "
  (L'Optimiste, n°7 1er trimestre 1994).

 * Edouard Balladur est un grand lecteur, qui peut vous parler de Julien Green pendant des heures. Récemment, il m'a appelé chez moi, à 7h45 du matin, il m'a dit incidemment qu'il avait profité d'une insomnie pour relire D'un château l'autre de Céline. C'est tout lui : cet homme est un littéraire. " (Le Figaro, dans B.C. n° 142, 1994).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Jean-Edern HALLIER (écrivain, polémiste, pamphlétaire, journaliste, 1936-1997) : " Dans l'Idiot international (novembre), Jean-Edern HALLIER publie sur deux grandes pages son Dictionnaire de la littérature française. Céline y a sa place. Extrait : " La désinfection, c'est le thème de toute son œuvre, à commencer par sa thèse de médecine sur l'asepsie chez Semmelweis, méthode préventive contre la putréfaction - comme le montre ensuite ses pamphlets, L'Ecole des cadavres ou Les beaux draps. Avec Bagatelles pour un massacre, après avoir fait un stage dans l'immondice des hôpitaux russes, c'est un carabin pathétique, enfermé dans une salle de dissection.

  Il aurait pu être serbe, pour la purification ethnique. Il aurait pu être turc, pour le génocide arménien, américain pour l'indien, anglais pour l'Irlandais, espagnol pour l'Inca, bavarois pour la Shoa. Heureusement, il n'était que breton, c'est-à-dire doux rêveur ménager qui voyait des araignées au plafond et aussi des termites dans toutes les paperasses de l'état civil universel (v. sa pièce de théâtre, L'Eglise) "
  (BC n°137, fév. 1994).

 * Dans l'hebdomadaire " L'Idiot international " (18 octobre 1989), que dirige Jean-Edern HALLIER, un extrait des Beaux draps a été reproduit sous la mention " interdit ". La réaction de Lucette Destouches fut publiée le 25 : " Je tiens, Monsieur, à vous faire part de ma profonde irritation à la suite de la parution dans le dernier numéro de votre hebdomadaire, d'un extrait des Beaux draps. Vous n'ignorez sûrement pas que mon mari, Louis-Ferdinand Céline, s'est toujours opposé à de nouvelles éditions des pamphlets après les abominations de la dernière guerre mondiale et ses désastreuses conséquences. Il avait à une certaine époque ses raisons pour les écrire et en d'autres ses raisons pour en interdire la réédition. Comme je crois discerner en vous une certaine admiration pour l'œuvre de mon mari, je vous serais reconnaissante, à l'avenir, de respecter sa volonté comme je la respecte moi-même. Croyez, Monsieur, malgré ma vive protestation, à mes meilleurs sentiments. "

  * " Voltaire ou Beaumarchais, Hugo ou Zola n'aurait jamais bénéficié de l'invraisemblable réseau de complicités journalistiques de BHL pour lancer son opération. Comme disait Céline dans ses Entretiens avec le Professeur Y : " Comme le chien va à la merde, la presse va au faux avec un flair infaillible ".
 
(Le Quotidien de Paris, 1er juin 1994). 

 

 

 

 

 

 

 

* Nira HAREL (journaliste, éditrice israélienne, directrice de Am Oved) : " Nous avons décidé d'agir selon un critère qui a déjà été fixé par la rédaction, lors de débats semblables dans le passé : nous sommes une maison d'édition et pas un tribunal. Nous ne disqualifions pas les hommes, seulement de mauvais livres. Nous étions conscients de l'antisémitisme de l'auteur, mais en raison de notre vive estime pour le livre et malgré notre répulsion pour l'auteur, nous avons décidé de publier son livre.

   Cela ne signifie pas que nous voulons mettre un trait sur le passé, au contraire, nous publions nombre de livres d'auteurs qui évoquent le souvenir de la Shoa, simplement, nous ne faisons pas le lien entre le roman et les prises de position de l'auteur. Notre discours est littéraire, un point c'est tout. " (Haaretz, Jérusalem, supplément hebdomadaire, 28 janvier 1994, dans le BC n°139, avril 1994).

 

 

 

 

 

 

 

 * Karin HATKER (journaliste à La Toison d'Or, hebdomadaire politique, artistique et littéraire patronné par Léon Degrelle chef du mouvement rexiste) : " A Sigmaringen... J'avais retrouvé une journaliste parisienne de mes amies. Je m'enquis auprès d'elle pour savoir s'il était exact que l'écrivain Louis-Ferdinand Céline officiait en tant que médecin de la colonie française. Elle me répondit avec malice : " Personne ne connaît Céline, mais demandez donc à voir le Monsieur-au-chat. Tentez l'expérience ! " (...) Il est là, vêtu comme tout le monde d'une canadienne et, il n'y a que lui. Il porte un sac de toile fermé par une tirette autour du cou d'un gros chat. L'animal fixe les alentours d'un œil jaune et inquiet. Il mange toute la ration de viande de Céline... Céline parle : " Je ne peux pas travailler. Il me faut au moins une table et une chaise. J'ai un lit et un lavabo. J'ai besoin de me sentir à l'aise, et je ne peux pas me sentir à l'aise dans un pays où je ne suis pas venu de plein gré. Je suis venu ici parce que les terroristes m'ont foutu la mitraillette au c... "

    Madame Céline s'installe aux côtés de l'écrivain. Elle a cet étrange profil courbe immortalisé par Pisanello dans son portrait de Cécile de Gonzague, les cheveux sont roulés autour du front trop vaste. Elle ouvre son sac à provisions, et en sort du beurre pour, parcimonieusement, améliorer les " stammessen ". Céline parle : " Je suis un poète, moi, j'travaille pas pour le bout de gras... J'écris quand j'ai quelque chose à dire. Je n'ai pas besoin de me répéter, il y en a assez qui me répètent... " Louis-Ferdinand Céline se lève d'un geste lent, ménageant son bras mutilé au cours de cette guerre qui devait être " la der des der... " Il enfile ses gants pendus par une ficelle autour du cou. Je le vois s'éloigner dans la neige, épaules courbes et lasses, portant le chat soigneusement emballé dans son sac de toile. La neige fraîche garde la trace des pas qui se perdent vers la grand-rue... "
  (
texte retrouvé par un collectionneur et publié à 100 ex. par les Ed. Au Bon Larron, 24 avril 1992, dans une plaquette intitulée : Céline, Degrelle et quelques autres à Sigmaringen, Année Céline 1992). 

 

 

 

 

 

 

 

 * Jean HEROLD-PAQUIS (journaliste radiophoniste connu pour ses chroniques pro-allemandes sur Radio-Paris sous Vichy, 1912-1945): " Bien Chère Amie, / Mardi. Je reçois à l'instant la fin des PAQUIS... Evidemment le bougre m'a toujours détesté et était jaloux comme tous. C'était un petit cabot délirant d'être monté si haut. Il a été vite puni.(...) Je ne dois rien à personne - J'ai fait à Sigmaringen de la médecine dans des conditions que je crois très héroïques - il y a mille témoins - (ceux de PAQUIS) sauf les chiens enragés comme lui.

    D'ailleurs il n'était pas là, il était au Lac de Constance à se saoûler  et jouer aux cartes. Ragots de petit fou de micro, furieux après vingt tentatives pour sauver sa peau d'avoir fini par perdre. Idiot en tout - Tous ces gens ont pris des traites sur ma personne d'autorité et sur mes intentions. (...) Je n'ai pas de compte à rendre à PAQUIS ni à personne. Aurais-je dû comme Darquier de Pellepoix - faire rendre le Juif ? monter un journal comme Lesca ? etc, etc... et Chateaubriant, autre farceur ? - De toute cette effroyable histoire je me sors la tête absolument haute - et vivant, de nature à rétablir bien des vérités, et botter encore bien des fesses - même celles du fantôme PAQUIS - / Bien affectueusement. "
 (
Lettre à Marie Canavaggia, lundi, 29 et 30 octobre 1945, Lettres Pléiade,2009). 

 

 

 

 

 

 

 

 * Gérard HOLTZ (journaliste sportif, comédien) : " En 2001, invité du Journal télévisé de 13 h sur France 2 présenté par Gérard HOLTZ, Fabrice Luchini vient parler de son spectacle sur Céline.
  Il est invité le jour où le manuscrit du Voyage au bout de la nuit est mis en vente aux enchères. Luchini peut rêver de l'acheter mais pas s'il dépasse 4 millions (de francs). Au final les enchères ont atteint la somme de 11 millions de francs, soit 1 676 000 euros.
  Dans le fil de l'interview Gérard HOLTZ est troublé au point d'en oublier ses propres questions.
 (youtube, 1 nov. 2011).