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                                                                 CÉLİNE  AUTRES  ÉCRİTS 1

 

 

 

 

 * Denise AEBERSOLD (artiste peintre, auteure d'une thèse et d'études sur Céline) : " Bien que Céline professe un athéisme radical, son extrémisme l'apparente à un religieux refoulé. Les analogies entre les thèmes récurrents de Voyage au bout de la nuit et les grands leitmotive des mystiques de la chute : nuit, exil, prison, cosmos-bourbier, notamment, sont extrêmement troublantes. [...] Sur le plan littéraire, cela signifie le rejet des mots de prêt-à-porter, la pré-éminence accordée à l'émotion poétique et à la charge affective des métaphores et symboles sur le verbe abstrait. La " révolution " préconisée consiste à condenser dans l'image le maximum de projections animistes, et de ce fait, d'en multiplier l'impact émotif. On comprend mieux, dès lors, les bouleversements profonds que produit la lecture de Céline. [...] On peut comparer l'itinéraire de l'écrivain à celui que parcourait l'adepte : il est empirique et antimatérialiste à la fois. Céline se veut un opératif, et ce, par le biais des images : répudiant le verbiage gratuit du littérateur académique, il charge les mots d'émotion, de colère, il les manipule jusqu'à ce qu'il transgresse " des interdictions, une enceinte réservée. " [...]

  Bien des indices convergent pour laisser entrevoir, dès Voyage, l'aspect profondément onirique de romans que les critiques ont appréhendé trop longtemps, surtout à sa réception, sous un angle néo-naturaliste et exotérique. Nous montrerons que le Grand œuvre célinien, le monde que l'écrivain recrée par ses métaphores est un réel animiste et chtonien. Par une stratégie de violence, il arrache le lecteur au monde de la " surface ", " l'enfermant bouclant double-tour " dans l'abîme nocturne et jurant " par le Capricorne " de ne point l'en faire sortir. Cette incarcération totalitaire dans la Ténèbre fait le caractère original, unique même, de l'alchimie célinienne.
 (Goétie de Céline, Société d'études céliniennes, 2008)

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Richard ANACREON (libraire et collectionneur, ami d'artistes Quartier-Latin 1908-1992). " Cher ami, / Bien touché par votre lettre votre pensée. Oui certes, avec Daragnès s'en va notre dernier véritable défenseur - maintenant c'est la jean-foutrerie ! La haine peut s'en donner à cœur joie. Car la joie haineuse est la passion du monde - La dernière vacherie : le Procureur général refuse la levée de mon mandat d'arrêt - j'ai déjà fait 17 mois de réclusion ici - et je ne suis condamné qu'à un an !

    Le fisc court après tous mes livres pour saisir leurs droits d'auteur. On n'avait jamais pensé à ça de toute l'Histoire de France, pourtant énormément riche en persécutions d'écrivains ! / Votre bien sincère. / LF Céline / Tout mon affectueux souvenir à Mac Orlan. "
 
(A Richard Anacréon, le 11 août 1950, Lettres Pléiade, 2009)
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 * Louis BALADIER (inspecteur général de l'Education nationale, professeur des Universités) : " (...) Céline disait : " L'homme est nu, dépouillé de tout, même de sa foi en lui. C'est ça, mon livre. " Le sujet du Voyage, c'est la dénonciation, allègrement féroce, des faux-semblants et des filtres culturels que les hommes ont inventés pour s'éviter la confrontation avec l'horreur de leur condition mortelle, le " néant individuel " de leur " puérile et tragique nature ", débouchant sur une " effroyable catastrophe d'âme. Une dégoûtation ."

  C'est l'Ecclésiaste déclamé par un bateleur, l'exhibition de la nausée et de l'absurde chez les misérables. "
  (L'Ecole des lettres n° 13-14, juillet 1994, pp. 3-41 , copieuse étude à l'occasion de la publication de Voyage au bout de la nuit au programme de l'agrégation, BC n° 144, sept. 1994).

 

 

 

 

 

 

 

* Michel BEAUJOUR (professeur de littérature française à l'Université de New-York): " (...)  Le monde est enserré dans le filet de l'interprétation paranoïaque, totalitaire. La réalité objective est là, fragmentée, déformée, tordue, mais reconnaissable. Bagatelles est une entreprise de critique totale du monde contemporain : la vie quotidienne (standardisation, abrutissement), la littérature (imitation, pauvreté, manque d'émotion réelle), arts plastiques, musique (négrifiés, sans signification), de l'éducation (stupide, stérilisante), de la politique, etc... ramenée avec obstination sous le signe d'une gigantesque entreprise juive de conquête totale du monde, de domination des aryens, de destruction des valeurs traditionnelles qui ont fait la force de la race : du folklore, de la virilité.

   On ne peut manquer d'être frappé de la cohérence de ce délire qui ramène tout à lui, qui interprète tout sans hésitation comme manifestation de la conspiration juive, aussi bien le capitalisme que le communisme, aussi bien le Jazz que Picasso. On ne peut manquer également d'être effrayé par le fait qu'apparemment Céline ait " trouvé ça tout seul " et que la concordance de sa doctrine avec celle d'un Hitler soit une rencontre d'esprit, que d'ailleurs Céline pardonnera mal aux Nazis, hommes de mauvais goût, hommes d'action. "
   (La quête du délire, L'Herne n°3, 1963).

 

 

 

 

 

 

 

  * Pierre BERGE (entrepreneur en confection de luxe): " Je me rappelle la fascination qui s'était emparée de moi. Je le regardais, étonné de son allure négligée, presque sale, alors qu'il avait écrit sa thèse sur Semmelweis, l'homme de l'aseptisation. Je n'ai rien noté de cette conversation. Aujourd'hui je le regrette. Au détour d'une phrase, après qu'il eut dit tout le mal qu'il pensait de ses confrères, je lui ai demandé s'il avait lu Henry Miller." Miller ? Miller ? s'interrogea-t-il, encore un de mes petits plagiaires ! " Je lui ai dit que non, que c'était mieux que ça, que grâce au Voyage des écrivains comme Miller existaient, qu'il devait en être heureux, fier, que c'était lui qui avait ouvert les portes du langage, que les mots s'étaient envolés comme des oiseaux retenus prisonniers.

    Ca ne l'intéressait pas. Pourtant il détestait les allemands, les avait toujours haïs. Il disait " les boches ". Quant à Hitler, il n'avait pas assez de mépris pour en parler. Il nous raccompagna jusqu'à la route, le soir tombait, les chiens aboyèrent de nouveau. Il ferma soigneusement à clef la grille du jardin, nous salua de la main une dernière fois puis alla rejoindre ses fantômes. "
  (Les jours s'en vont, je demeure. Gallimard 2003).

 

 

 

 

 

 

 

* André BERNOT (mon premier bouquiniste, Quai des Grands Augustins, face à la Périgourdine): " ... A 17 ans je n'avais rien lu. Alors j'ai commencé à me cultiver. Sartre, Camus tout ce qu'on lisait après guerre. Céline passait pour un affreux jojo. Mais un jour il ne restait que Voyage au bout de la nuit dans la bibliothèque. Je n'avais jamais rien lu de semblable. Çà m'a cueilli à froid. J'ai prospecté systématiquement les librairies d'occasion pour connaître toute l'œuvre.    

  En fait, je suis devenu bibliophile célinien et au bout de quelques temps, à force de recherches, je me suis trouvé à la tête de cinq à six mille livres. Par la faute de Céline, je suis devenu bouquiniste. "
 
(
Magazine Littéraire, janvier 1994, de Valérie Marin La Meslée). 

 

 

 

 

 

 

 

* Gianluca BERTOGNA (producteur romain, Prix du public 2012 pour le film Immaturi): " J'aimerais également faire des co-productions avec la France où le marché est très large, notamment avec Marion Cotillard qui me paraît l'actrice la plus émouvante du moment. Mais le cinéma français qui est beaucoup plus psychologique que le nôtre, est très sélectif, il n'est pas facile de s'y faire une place.

  Gianluca BERTOGNA est aussi un admirateur de Céline : " J'ai du mal à admettre qu'un tel auteur ait été rejeté, isolé, au point de mourir dans la pauvreté. La lecture de ses livres apporte un enseignement précieux en cinématographie, c'est une mine d'or pour l'écriture de dialogues. "
  (Corse-Matin, 12 février 2012, dans le Petit Célinien, 15 février 2012).

 

 

 

 

 

 

 

* Philippe BILGER (avocat général près la cour d'appel de Paris) : " On veut faire mourir Céline une seconde fois. (...) Où est-il écrit que seul l'antisémitisme, même poussé au paroxysme par un Céline durant les années d'occupation, doive être le seul critère pour disqualifier à vie un écrivain, une personnalité ? D'autres, qui ont honteusement justifié le communisme et ses millions de morts - je ne dis pas que nazisme et communisme sont exactement comparables - et qui ont tressé des couronnes et écrit des vers en faveur par exemple de Staline n'ont jamais connu ce type de discrédit qui fait de l'ignominie d'un comportement intellectuel et politique l'alpha et l'oméga de tout, contre le talent et le génie littéraires. Pour ma part, je n'aurais jamais eu l'idée saugrenue de me plaindre d'une " célébration " d'Aragon ou de Sartre, quelles qu'aient été leurs graves fautes morales dans l'éloge du totalitarisme rouge.

   (...) On en est à oublier que s'il est mort en 1961, il n'en a pas moins connu avant des épreuves et des souffrances, une traversée du désert où il était honni, pour arriver au terme de sa vie, seulement soutenu par quelques amis et admirateurs fidèles. On veut recommencer à lui faire payer ses abjections écrites parce qu'on ne lui pardonnerait pas de les avoir juxtaposées à son génie sans que celui-ci en soit atteint ? Pour ma part je continuerai à lire avec passion Céline et même s'il avait été aussi un " parfait salaud ", ce ne serait pas à d'autres qu'à moi d'en décider et d'en tirer les conséquences. "
   (
Céline maudit pour toujours ? in Justice au singulier, www.philippebilger.com
, 20 janvier 2011). 

 

 

 

 

 

 

 

* Charles BONABEL (disquaire à Clichy, ami de Céline, 1897-1970): " Etonnante " Auto-Interview " rédigée à la demande de Lucette pour accompagner la sortie de Rigodon: " - A certains indices de l'œuvre, il ne semble pas que le retour à Meudon se soit réalisé dans l'euphorie ? " / " - Oh ! non. Evidemment tout valait mieux que la banquise et la plupart des hypothèques relevant de la justice étaient levées. Mais vieilli, malade, meurtri, isolé et ruiné, le retour de Céline au pays natal ne pouvait pas être une apothéose. Repartir à zéro, médicalement et littérairement à soixante ans, c'était plutôt paradoxal.

   Avec quelle pitié douloureuse ai-je accompagné quelquefois le Docteur Destouches " aux commissions ". Sa grande silhouette de cuirassier blessé, escorté plutôt qu'il ne le conduisait par une sorte de dogue hiératique, impressionnait beaucoup les fournisseurs, malgré son exquise courtoisie et leur paraissait visiblement insolite. Ce n'est guère pour lui qu'il s'imposait cette démarche sans grandeur, mais la petite meute de molosses qu'il avait réunie, les chats, les oiseaux avaient des exigences journalières qu'il ne voulait pas éluder. "
  (Décembre 1969, dans le BC n°86, oct.1989).

 

 

 

 

 

 

 

 

* Emile BRAMI (romancier et gérant de librairie): " Je crois être un peu méprisé, je suis l'impur, le libraire, le marchand, celui qui se fait de l'argent avec Céline, et en même temps, " le-juif-qui-aime-Céline ", donc pour certains un alibi commode, ce que je refuse de toutes mes forces. " (Entretien in Le Matricule des Anges n° 48, 2003).

 * Sa position est d'autant plus malaisée que le libraire qu'il est ne s'interdit pas de vendre des livres dont il réprouve avec force le contenu. Ainsi dans son dernier catalogue, il propose des éditions de Bagatelles, de l'Ecole des cadavres ou des Beaux draps. Céline n'est d'ailleurs pas le seul auteur dont il vend des textes sulfureux : dans son catalogue, on trouve aussi des éditions originales de l'Amérique juive de Cousteau, La France juive de Drumont ou Les Décombres de Rebatet. "
  (B.C. n°282, janvier 2007). 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Marcel BROCHARD (ami intime, Président des Studios de Boulogne-Billancourt): " Au fond, on peut aussi montrer le côté moins connu de Céline, le côté féminin. Il était coureur ? - / A cette époque, 1920-25, nous étions mariés tous les deux, mais enfin, je ne voudrais pas tout de même dire que nous étions de mauvais maris. Mais enfin, une femme ne nous faisait pas peur, à l'aventure... Et Céline, entre ses deux femmes, Edith et Lucette, il en a usé pas mal, dont surtout la belle Elizabeth dont j'ai parlé tout à l'heure.

 - / ... que vous avez bien connue aussi ? - / Oui, il fallait... Louis, écrivant à sa table ses feuillets, délaissait la belle Elizabeth. Alors, on l'emmenait prendre un verre. Elle aimait bien boire un verre - à ce moment-là, le whisky n'existait pas - un coup de cognac. On s'en occupait d'Elizabeth, il fallait bien que Louis travaille. "
  (Entretiens diffusés sur la seconde chaîne en mai 1969, par Michel Polac).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * François BRUZZO (chercheur, enseignant, universitaire): " Les trois points deviennent les " traverses " des rails sur lesquels le métro célinien " absolument archicomble " fonce " au but, d'un trait ", et ils sont ainsi les opérateurs de maintien de la grande vitesse du " récit émotif ", son signal indubitable et indispensable qui marque et trace au regard du lecteur le mouvement (mouvoir-émouvoir) et la torsion qu'impose la transposition au déroulement des pages et des " stances de l'Académie " :

   ..." Vous reprochez pas à Van Gogh que ses églises soient biscornues ? à Vlaminck ses chaumières foutues !... à Bosch ses trucs sans queue ni tête ?... à Debussy de se foutre des mesures ! à Honegger de même ! moi j'ai pas du tout les mêmes droits ? non ? j'ai que le droit d'observer les Règles ?... les stances de l'Académie ? c'est révoltant ! "

    Céline en appellera encore à la peinture même pour motiver le dispositif des trois points de suspension qui vont cribler ses pages à partir de pages à partir de Mort à crédit: ... " Question des trois points... à répondre: il est comme Sisley, c'est un pointilliste... voyez un Sisley ce que ça vaut !... "
  (
Francofonia n°22, Florence,1992, dans BC n°262 mars 2005).

 

 

 

 

 

 

 

 

* Docteur Clément CAMUS (ancien médecin-colonel de la Légion étrangère, vieil ami de Céline, 1883-1969): " Il aimait, du moins dans le tête-à-tête, lui, ce péremptoire, cet énergumène, il aimait la discussion serrée dans la conversation calme. Il était très cultivé. Il avait énormément lu, avait beaucoup retenu et savait beaucoup de choses, presque sur tout. S'il disait vaine la médecine, il était demeuré biologiste. (...) Il connaissait particulièrement l'histoire de France. Il l'avait profondément étudiée. Sa mémoire implacable la restituait. On pouvait l'interroger. Il était imbattable même sur les temps du sombre Moyen Âge qu'il disait exécrer.

  Quand, dans les dernières années de sa vie, ayant pris les apparences d'un vrai vieillard, il m'accueillait toujours de son " Bonjour, fils ! ", j'en était toujours très ému. (...) ma dernière visite à Meudon, peu de temps avant sa mort, il tint, comme toujours à me raccompagner au seuil de la porte de son jardin, parmi ses grands chiens impressionnants qui effrayaient les importuns, écartaient les voleurs, ne rassuraient guère les  visiteurs même amis. Vêtu de sa vieille houppelande rapiécée, il était illuminé par la splendeur du beau regard tendre, un peu triste de ses yeux d'un bleu si tendre, il me dit cet: " Au revoir, fils ! " qui devait être le dernier. Je n'avais ni pressentiment, mais je fus bouleversé. Je le suis encore à l'évocation de ce souvenir. "
  (Cahiers de l'Herne, 1963). 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Marie CANAVAGGIA (traductrice, secrétaire de Céline): " Chère Marie, / Je viens de recevoir vos admirables chemises, carapaces à chefs -d'œuvre ! Dieu soit loué et vous-même ! On ne me décourage pas facilement de révolutionner la Littérature française ! Je veux avant de crever rendre encore 100 000 crapauds des Lettres épileptiques, tétaniques - Vous avez vu au reste que l'on veut à présent me traîner en prison " pour contrefaçon " du Voyage. J'ai écrit à ce sujet ma façon de penser aux Denoël Amélie - au " 16e gang miteux véreux des faux héritiers Denoël " !

  Je l'écris aussi au juge d'Instruction ! à mes juges d'Instruction ! Je m'amuse comme je peux ! L'Humanité me promet la Mort à mon retour en France ! Si j'ose ! à qui ne promet-on pas la mort ? mais je ne veux pas être éventré par ces canailles ! ma coquetterie ! Je vais l'écrire à Aragon ! Qu'il prenne des bourriques un peu moins imbéciles ! mon traducteur ! / vu hier Vinding - votre collaborateur. Je l'ai mis dans l'état de respect et d'admiration qu'il faut, pour vos talents et de votre personne - / Bien affectueusement / LF
  (Lettre du 6 octobre 1949, Lettres 2009).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Charles-Antoine CARDOT (Diplômé d'Etudes supérieures de droit romain et d'histoire du droit, de droit privé, de sciences politiques et docteur en Droit, Maître de conférences à la Faculté de Droit de Clermont-Ferrand) : " Le 22 juin 1957, Paris-Match consacre quatre pages à Louis-Ferdinand Céline, " l'écrivain maudit " qui, écrit Guillaume Hanoteau, " sort du silence pour raconter Sigmaringen. " Le Dr Cardot, qui exerce toujours à Montfort, lit cet article. Il se procure D'un château l'autre et, dès le 25 juin, il écrit à Meudon : " Mon cher ami... Vous vous souvenez certainement du remplacement à Montfort en ce début d'été 1924. Ma fiancée disparue 3 jours avant le mariage... C'est déjà loin tout cela, Edith, Feu-Follet, dont vous vidiez périodiquement la clinique de ses clients en les persuadant qu'ils n'avaient pas besoin d'être là sauf pour l'aspiration tentaculaire des piquaillons... la mère Cochard, 75 ans, qui gardait la maison et que vous aviez surnommée " La Dactylo ".

  Quelques semaines plus tard, le Dr Destouches lui répond. Sa lettre, sur une feuille d'ordonnance, est datée du 19 juillet, mais elle n'a été postée qu'un peu plus tard, de Paris, et elle n'est arrivée que le 27 à Montfort.
 " - Oh que si mon cher ami je me souviens bien de ce remplacement à Montfort et de Follet la Sagesse ! "  " Et de là ", poursuit Céline - " de ces folies " - [il a écrit d'abord " de toutes ces folies "] - " qui m'ont mises " [sic] - en charpie, un peu partout. Je n'ai plus jamais revu ni Edith, ni ma fille, ni Follet, je n'ai plus vu que le Diable partout !!!
  Certes je voudrais bien aller vous voir mais je suis je crois le plus enchaîné des Français à la maison, aux nettoyage, vaisselle, animaux... Je ne m'absente jamais même une heure... et je le regrette amèrement... ! pélerinage aux folies ! Votre bien amical, Destouches " 
 
Cette correspondance ne s'est pas poursuivie. Le Dr Destouches n'est jamais revenu à Montfort, et le Dr Cardot, mort en 1977, n'a pas été à Meudon. "
  (Céline et Montfort-sur-Meu 1918-1957, BC n° 222, juillet-août 2001).  

 

 

 

 

 

 

 

 

* Paolo CARILE (professeur émérite de littérature française): " La fortune littéraire de Céline en Italie est désormais chose acquise, elle est fondée sur un intérêt à peu près constant de la critique, des éditeurs, de la presse et d'une partie considérable des lecteurs de mon pays depuis au moins un quart de siècle. J'en ai retracé l'historique à trois reprises, en 1969, en 1974 et en 1976, il est donc inutile de répéter ce que j'ai déjà exposé. Dix ans après le dernier bilan on ne peut que confirmer que l'auteur de Voyage demeure l'écrivain français contemporain le plus cité dans la presse, le plus traduit, celui dont on parle le plus souvent dans des émissions de radio et de télévision et dont on a tiré le plus grand nombre d'adaptations théâtrales. Céline, " personnage maudit ", " cas littéraire ", symbole ambigu de révolte, pour différentes raisons continue à attirer l'attention à faire parler de lui et de son œuvre.

   Un écrivain comme Céline peut constituer un cas emblématique, par la singularité de son existence et le caractère exceptionnel de son œuvre qui se situe au centre même des questions que notre époque se pose, par les vives réactions que suscitent encore certains de ses écrits qui renvoient à la période dont, somme toute, l'Europe actuelle a hérité bien des contradictions et des ambiguïtés, mais dont elle a perdu (est-ce un bien ou un mal je ne saurais le dire), la plupart des illusions, des certitudes présumées. "
  (La critique italienne, Vingt-cinq ans d'études céliniennes 5, Pascal Fouché, Lettres Modernes Minard, 1988).  

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Robert CHAMFLEURY (éditeur de musique, parolier): " Je viens de découvrir, un peu tardivement, dans le Petit Crapouillot de février, votre réplique à un papier de Roger Vaillant, paru dans la Tribune des Nations. Si j'avais eu connaissance à l'époque de cet article, je n'aurais pas manqué de lui donner une réponse. Peut-être n'est-il pas trop tard. Je suis pleinement d'accord avec vous quand vous affirmez que vous étiez parfaitement au courant de nos activités clandestines durant l'occupation allemande... Je me souviens qu'un soir vous m'avez dit : " CHAMFLEURY, je sais à peu près tout ce que vous faites, vous et votre femme, ne craignez rien, et même, si je puis vous aider... !

  Mieux, un jour, je suis venu frapper à votre porte, accompagné d'un Résistant qui avait été torturé par la Gestapo. Vous avez fait le pansement qu'il convenait, en ayant parfaitement deviné l'origine de la blessure. Peut-être retrouverez-vous une lettre que je vous avais fait parvenir par Gen Paul, dès la Libération. Je vous informais de ma volonté de témoigner et d'intervenir contre les accusations mensongères et stupides dont vous accablait une certaine clique de petits roquets du journalisme et de la littérature acharnés à broyer un confrère. (...) Les succès littéraires d'un Vaillant, en cette époque de médiocrité, d'intrigues et de bluff doivent nous laisser indifférents. Vous restez un des derniers " grands " écrivains et l'un des derniers individualistes, en même temps qu'un homme propre et courageux auquel je suis heureux de rendre hommage. "
  (Lettre du 4 avril 1958, publiée en partie dans le Petit Crapouillot).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Bruno CHAOUAT (professeur associé de littérature française moderne et contemporaine à l'Université du Minnesota, directeur du Centre d'études de l'Holocauste et du génocide) : " (...) Quelle différence, pourtant, entre les rires de Céline (je ne nie pas qu'il m'ait fait rire) et de Zarathoustra ! Entre le grand rire affirmatif d'un Nietzsche et le rire de celui qui se peint en éternelle victime, en suicidé de la société... Rapprocher ces rires me paraît une incongruité herméneutique, un contresens. Pour le reste, c'est-à-dire pour ce qui est de votre analyse dialectique ou rédemptrice de la destruction comme déconstruction , je vous aurai prévenu : je prends Céline au pied de la lettre, au premier degré, si vous voulez. Je lis les Entretiens comme un art poétique. Et j'en infère ceci : que le style de Céline signe l'arrêt de mort non seulement de la littérature contemporaine, mais aussi, et rétrospectivement, de toute la tradition littéraire : " Y a plus eu de nageurs " à la brasse " une fois le crawl découvert !...

  Le " style émotif " fossilise, momifie, rend caduc, frappe d'inanité tout ce qui précède. Quant à l'écrivain contemporain qui n'aurait pas pris acte de la révolution célinienne, le voilà déjà momifié, fossilisé, embaumé. La littérature non célinienne, non " émotive " est pourriture. A letter, a litter (Lacan). Et il s'agit bien, dans l'hybris narcissique de Céline, de muer tout ce qui n'est pas lui en déchet. " Toute écriture est de la cochonnerie ", avait déclaré Artaud. Pour Céline, tout ce qui n'est pas mon écriture est de la cochonnerie. Ses héritiers ne sont que de vulgaires copistes. Ils font dans le kitsch, ou, comme il dit, dans le " chromo ", le simulacre, la contrefaçon. Tout se passe donc comme si Céline avait saturé le style Céline, la manière célinienne, de façon à interdire toute prise de relève, tout passage de relais. De façon que personne, jamais, ne puisse se réclamer de lui, de façon, pardonnez-moi d'y insister, à verrouiller l'histoire de la littérature. "
  (Céline, fossoyeur des lettres ?, site internet du mouvement Transitions, Le Petit Célinien, 21 août 2012).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Pierre de BONNEVILLE (créatif publicitaire, responsable trading et ventes, marché de capitaux et d'ingénierie financière) : " Pour beaucoup, Céline c'est l'antisémitisme, parfois même le populisme vulgaire et argotique, en tous cas, collabo ou clodo, c'est l'homme par qui le scandale arrive. C'est le parfait cliché que le plus grand nombre, toujours simplificateur, retient du personnage " Céline ". Une image qu'il aura lui-même façonnée avec une constance jamais démentie. Dernièrement, à l'occasion du cinquantenaire de sa mort, c'est bien entendu encore ce Céline-là qui a réveillé les effervescences polémiqueuses.
 
Pour d'autres, un plus petit nombre, l'écrivain d'exception balaye en grande partie toute autre considération et ils ne le jugent qu'en tant que génie de la littérature du XXe siècle. Et le passage en vente de son manuscrit number one, Voyage au bout de la nuit, pour 1,82 millions d'euros en 2001 a recentré le sujet " Céline " sur la " littérature " si l'on peut dire. Avant que ne soit relancé le débat de l'antisémitisme avec l'édition des " pamphlets " permise au Québec alors qu'elle est encore interdite pendant trente ans en France. Voilà Céline : auberge espagnole. Pro ou anti ? Céline a toujours créé la polémique, et il a toujours cherché à la créer. C'est bien Céline qui créa Céline.

 [...] Céline se rend inacceptable et le revendique : " Plus on est haï, je trouve, plus on est tranquille... Ça simplifie beaucoup les choses, c'est plus la peine d'être poli, je ne tiens pas du tout à être aimé... Je n'ai pas besoin de " tendresse "... C'est toujours les pires saloperies de l'existence que j'ai entendu soupirer après les " tendraîsses "... C'est ainsi qu'ils se rassurent. C'est comme l'honnêteté, la probité, la vertu... Quels sont les murs au monde qui entendent le plus parler de ces choses-là ?... Ce sont les murs d'un cabinet de Juge d'instruction... " (Bagatelles pour un massacre).
 (Pierre de Bonneville, Et Céline créa Céline, Ed. Improbable, 01/01/2013).

 

 

 

 


 

 

 

 

 * Nicole DEBRIE (psychanalyste, ethnologue) : " L'opposition apparaît dans leur correspondance. Au messianisme marxiste d'Elie Faure, Céline répond : " Le malheur en tout ceci c'est qu'il n'y a pas de " peuple " au sens touchant où vous l'entendez, il n'y a que des exploiteurs et des exploités et chaque exploité ne demande qu'à devenir exploiteur ".

   Ce qui transparaît dans Bagatelles pour un massacre et dont la source est une fois de plus négligée par Madame A.Y. Kaplan : " L'hypocrisie puante de tout cet immense racolage sentimentalo-maçonnique, de cet infernal babillage à la fraternité des classes constitue bien la farce la plus dégueulasse de ce dernier siècle. "
  (Quand la mort est en colère. L'enjeu esthétique des pamphlets céliniens, juin 1997).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Pierre-Gilles de GENNES (prix Nobel de Physique): " Je ne suis pas preneur de littérature théorique ( le nouveau roman et tout ça). J'ai exactement la même attitude vis-à-vis des sciences. Il ne faut pas partir de principes ! Il faut partir de quelque chose qu'on a dans les tripes ! Prenez Céline: pour moi il représente la réunion des deux facteurs : un style nouveau ( ce qu'il appelait lui-même des " trucs " ) et le sentiment profond du désespoir. "
 (B.C. juin 1992).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Eric DELCROIX (avocat, essayiste): " On ne parlera pas davantage du Manifeste libertin d'Eric DELCROIX. Présenté comme un " essai révolutionnaire contre l'ordre moral antiraciste ", il dérange tout autant. Le mot libertin doit se comprendre dans le sens qu'on lui donnait au XVIIIe siècle : un esprit fort qui se refuse à entretenir et à justifier la dévotion régnante.

   L'auteur considère Céline comme un authentique rebelle qui ne plie pas le genou devant les idoles et les diktats de l'époque. Le mot race a été diabolisé de telle manière que Céline est aujourd'hui un écrivain maudit. Pour DELCROIX, qui le considère comme un prophète libertin, il est temps de mettre un terme à ce qu'il nomme la " raciopudibonderie suicidaire ". On aura compris qu'il n'est pas sur la même longueur d'ondes que ceux qui voient en Céline un très grand écrivain, méritant assurément d'être pléiadisé, mais dont toutes les vues extra-littéraires sont à mettre au rebut. "
  (Manifeste libertin, Ed. l'Aencre, Paris, 2005, dans BC n°264,mai 2005).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Robert DENOEL: " Pauvre DENOEL son Renaudot ! nous deux si misérables alors déjà... et puis ce Goncourt truqué escamoté... et puis l'essor et puis cette espèce de gloire si menacée si périlleuse si méchante si précaire déjà toute pétrie de venins de haines et puis l'issue... ce bas crime... tout de même bien douteux... "
 (Lettre à Marie Canavaggia, 12 décembre 1945).

 

 

 

 

 

 

 

 

* Colette DESTOUCHES (fille unique de Céline) : " - On lui avait promis le Goncourt. C'est Guy Mazeline, un auteur Gallimard, qui a reçu le prix pour Les loups. Les biographes ont donné plusieurs versions de l'attitude de Céline ce jour-là. - " Ce qui est amusant, c'est qu'en dehors de François Gibault aucun de ces biographes, que je suppose pourtant soucieux de précision, n'est venu me voir... Le dernier en date me fait passer des vacances avec mon père à Dinard, alors que nous étions avec Elizabeth à Saint-Jean-de-Luz ! Le jour où mon père a " manqué " le Goncourt pour le Voyage, j'étais avec lui et ma grand-mère à faire le pied de grue devant chez Drouant, dans l'encoignure d'une porte.

   Je tenais dans la main un grelot en nacre avec une boule en argent, provenant d'un berceau, quelque chose pour amuser les bébés, et que mon père, dès l'enfance, avait pris comme fétiche. Dans les occasions importantes, il le fourrait toujours dans sa poche. Quand on a donné le nom de Mazeline, mon père a jeté le grelot dans le caniveau. C'est moi qui l'ai récupéré. J'en ai fait cadeau à l'un de mes fils. "
  (
interview à Paris-Match, le 31 mars 1994).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Jean-André DUCOURNEAU (maître d'œuvre éditeur chez Gallimard) : " Nimier annonce à Céline que la fabrication est en route et que le maître d'œuvre sera un certain Jean-André DUCOURNEAU, nouvellement engagé par la maison (Gallimard), " balzacien et sérieux ". Céline aura, en effet, à apprécier la rigueur et la précision de ce  jeune quadragénaire que Lucette surnommera " le minutieux ". Durant l'été 1960, DUCOURNEAU rencontra Céline à plusieurs reprises pour l'établissement définitif du texte. Mais aussi pour la rédaction d'une version moins provocante des passages les plus scabreux de Mort à crédit, de manière à permettre de donner un texte continu. Rappelons que dans toutes les éditions de ce roman vendues en librairie, ces passages étaient demeurés censurés depuis 1936. Céline accepta donc de les récrire. On est alors en septembre 1960.

 Dans l'édition Balland (1966), J.A. DUCOURNEAU a livré un témoignage unique sur ce travail : " Mort à crédit nous posait un problème délicat : celui des phrases supprimées dans l'édition Denoël pour les scènes des débats amoureux de Mme Gorloge et, un peu plus loin, pour celles du dortoir au " Meanwell College ". Nous l'avions déjà dit : à la lecture de ce qui subsistait de ces descriptions, on pouvait se demander ce qui avait bien pu être supprimé. Et le sachant, nous avons demandé à Céline de combler ces vides hypocrites. Nous estimions, en effet, que le texte publié dans la Pléiade devait être un texte intégral. Ce n'est pas sans émotion que nous évoquons le souvenir de ces séances de travail émaillées de bavardage littéraire. Céline avait une très grande admiration pour l'auteur de La Comédie humaine, il fut souvent question de Balzac au cours de nos conversations. Désireux d'éloigner de lui toute source d'ennuis nouveaux, Céline, sagement, récrivit donc les passages censurés, en employant d'autres mots que ceux mis dans son manuscrit originel. Pour lui, c'était " rendre aimable un méchant livre ". Ainsi, le texte publié dans la Pléiade contenait une version nouvelle pour ces passages.

  De son côté, Céline a immortalisé DUCOURNEAU dans les dernières pages de Rigodon : " Lui, c'est du sérieux... il vient pas pour rien... tout de suite nous tombons d'accord... ah, encore quelques petits doutes... ça y est !... à peine un accent... une virgule... (...) DUCOURNEAU est " balzacien ", mais pas qu'un peu en " dilettante " !... non !... très sérieux !... " Dans ce passage, Céline évoque cette édition " à paraître vers la fin de l'année ". Il n'en sera pas ainsi et Céline ne sera pas " pléiadeux vivant. "
  (Céline dans la Pléiade, Marc Laudelout, BC n°136, janv. 1994).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Raphaël ENTHOVEN (enseignant de philosophie, animateur de radio et de télévision) : Proust ou Céline ? " Les deux ! Résolument, dirait Proust. Enormément, dit Céline. Peu m'importe que Céline se soit lui-même représenté son travail comme l'antithèse de Proust ( " 300 pages pour nous faire comprendre que Tutur encule Tatav, c'est trop ", écrit-il dans une lettre à Milton Hindus du 11 juin 1947). Ecoutez ce qu'il en dit dans le Voyage... :
  " Proust, mi-revenant lui-même, s'est perdu avec une extraordinaire ténacité dans l'infinie, la diluante futilité des rites et démarches qui s'entortillent autour des gens du monde, gens du vide, fantômes de désirs, partouzards indécis attendant leur Watteau toujours, chercheurs sans entrain d'improbables Cythères. "
  C'est la phrase d'un authentique lecteur, et admiratif ! En réalité, Proust est omniprésent dans le Voyage. Céline écrit aussi :
 " La grande défaite, en tout, c'est d'oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu'à quel point les hommes sont vaches. Quand on sera au bord du trou, faudra pas faire les malins, nous autres, mais faudra pas oublier non plus, faudra raconter tout sans changer un mot de ce qu'on a vu de plus vicieux chez les hommes et puis poser sa chique et puis descendre. Ça suffit comme boulot pour une vie tout entière. " Quel programme est plus proustien que celui-là ?

 Et, quand on entre dans les détails, c'est encore mieux. La séquence où Bardamu court les rues avec Lola à la recherche d'une pharmacie dont les thermomètres auraient la gentillesse de ne pas indiquer qu'elle a pris deux kilos est presque un pastiche du passage où Proust décrit l'insolente " salamandre d'argent " (le thermomètre) qui, immanquablement, quoi qu'on lui demande, indique que la fièvre de sa grand-mère ne diminue pas.
 Le sosie d'Albertine endormie (vivante et chaude à jamais) est à trouver à la fin du Voyage au bout de la nuit, dans le spectacle de la jeune Sophie dont Bardamu détaille les courbes à son insu quand elle dort, et dont il dit qu'elle " s'explique avec le sommeil " et que " c'est bien agréable de toucher ce moment où la matière devient la vie ". De même : " J'étais devenu du feu et du bruit moi-même ", dit Bardamu sur le champ de bataille. " J'étais moi-même devenu le sujet de mon propre livre ", écrit Marcel, depuis son lit.
  Ne soyons pas dupes des lieux. L'ambition est la même. Incorporer le monde entier, au risque de s'y perdre. Bref, dans la vie comme en littérature, on a grand tort d'opposer le Voyage et la Recherche. "
 (Le Point, 25 mars 2018, lepoint.fr/livres).

 

 

 

 

 

 

 

 * Rémi FERLAND (enseignant en grammaire et en littérature en Université, directeur des Editions Huit au Québec) : " A l'été 2017, je découvris Louis-Ferdinand Céline et en particulier ses fameux pamphlets, alors quasi introuvables et marqués du sceau de l'infamie qui les rendait plus intrigants encore. Dès janvier 2008, voyant que tout son œuvre deviendrait libre de droit ici quatre ans plus tard, je conçus le projet de rééditer ces textes, afin de combler ce qui me semblait une grave lacune dans la connaissance de l'auteur.
  Le corpus une fois saisi et mis en page, j'entrepris la recherche nécessaire aux notes explicatives. Contrairement au XIXe siècle québécois, la période historique et littéraire à laquelle font référence les pamphlets ne m'était pas familière et j'avançais laborieusement. Durant un séjour à Paris à l'automne 2010, j'eus la chance inouïe de faire connaissance d'un célinien émérite, Jean Castiglia, bouquiniste sur les quais, qui avait collaboré à l'édition de Céline dans la Bibliothèque de la Pléiade. Cette rencontre fut plus qu'une bonne fortune, plutôt une grâce, dans la mesure où l'amitié qui s'ensuivit se révéla pour moi providentielle.

  Jean Castiglia me mit en relation avec un spécialiste de Céline et professeur de littérature du XXe siècle à l'Université de Nantes, Régis Tettamanzi, qui avait publié une étude sur les pamphlets, Esthétique de l'outrance, sa thèse de doctorat, laquelle constituait, à proprement parler, l'appareil critique complet d'une édition critique encore à venir. Nous nous entendîmes tout de suite en perfection et cette collaboration marqua là aussi le début d'une amitié précieuse.
  Les Ecrits polémiques de Louis-Ferdinand Céline parurent à l'automne de 2012 et connurent un succès considérable auquel au vrai, je ne m'attendais pas. J'avais publié cet ouvrage à 400 exemplaires, estimant qu'il s'agissait d'un titre comme un autre dans la collection Anciens, mais dus bientôt procéder à des retirages successifs.
  L'aventure célinienne, à laquelle le parcours de ma maison d'édition ne me destinait pas, se poursuivit toujours imprévisiblement et depuis, quatre autres titres en lien avec cet auteur se sont ajoutés. "
 (Lettre it be, L'actualité des Livres, 19 février 2018).

 

 

 

 

 

 

 

* Henri FILIPACCHI (éditeur, créateur du Livre de poche, 1900-1961): " Cher Monsieur, / Mes ennemis et jaloux étant parfaitement parvenus à faire chasser mes livres de toutes les librairies, plus qu'aucun autre écrivain, je crois, j'ai à me féliciter d'être / enfin / lu dans vos " livres de poche ". / Enfin ! / Avec mes sentiments très distingués. / LF Céline." (Lettre du 7 mars 58 envoyée lors de la parution de Mort à crédit dans le Livre de poche).

 Il est piquant de la rapprocher d'avec la correspondance envoyée à Pierre Monnier en date du 20 août 49 relative à la vente ambulante de livres: " Le dernier de ces novateurs est PHILIPAQUI (sic) smyrnote canaille et actuellement directeur de la vente chez Hachette. Il parcourait la France avec le bibliobus autobus à livres de village en village. Hachette en fut très emmerdé, si bien qu'il lui offrit un poste chez lui, de royaux appointements ! Ce PHILIPAQUI joue les caïds. Il possédait et possède sans doute encore la maison Denoël qu'il tenait par les messageries, traites, avances, etc. comme il tient d'ailleurs la NRF (en perpétuel déficit) plume au chapeau du trust Hachette goncourts automatiques, etc) "
 (BC n°8, août 1983).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Sigmund FREUD (médecin juif viennois fondateur de la psychanalyse, 1856-1939): " J'ai entrepris de lire le livre de Céline et en suis à la moitié. Je n'ai pas de goût pour cette peinture de la misère, pour la description de l'absurdité et du vide de notre vie actuelle, qui ne s'appuierait pas sur un arrière-plan artistique ou philosophique. Je demande autre chose à l'art que du réalisme. "

[Extrait d'une lettre du psychanalyste où il est question du Voyage au bout de la nuit, parue dans un texte de Philippe Muray sur " Céline et FREUD "] -
  (L'Infini n°17, hiver 1987, dans le BC n°58, juin 1987).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Antoine GALLIMARD (éditeur, patron d'entreprise, président des éditions Gallimard, petit-fils de Gaston Gallimard) : " Vous avez, par un communiqué AFP du 11 janvier 2018 suspendu sine die ce projet. Les médias ont parlé de renoncement.
 - Oui, j'ai suspendu ce projet, mais je n'y ai pas renoncé. La raison de cette suspension est simple : on ne construit rien de valable dans un incendie, on ne peut pas se faire entendre dans un amphithéâtre en ébullition. Chaque parole nouvelle ajoute au malentendu. Et la qualité du débat s'effondre, de pseudo-arguments en pseudo-arguments lesquels font bientôt place aux menaces et aux propos diffamatoires.

 C'est ainsi qu'on maltraite vraiment l'Histoire. J'ai donc décidé d'ajourner, c'est-à-dire de nous laisser du temps pour réfléchir, débattre, trouver une voie. Une de mes pistes de réflexion, est d'associer ma maison à un institut de recherche - pour marquer mieux encore le sens de notre démarche historienne et pédagogique.
 (Lejdd.fr, Culture, livres, 3 mars 2018).

 

 

 

 

 

 

 

 

  * Gaston GALLIMARD (éditeur, fondateur des Editions du même nom) : " Gaston voulait que j'essaye de rompre le silence qui m'a fait tant de tort, sortir de mon effacement pour faire reconnaître mon génie... Il ne me connaît pas bien, Gaston ! Il est mécène, Gaston , c'est entendu, mais il est commerçant aussi, Gaston, et il voulait que ma nouvelle salade se vende bien.

   Il voulait que je passe à la radio toutes affaires cessantes que j'aille y bafouiller, n'importe quoi, y faire bien épeler mon nom, que sitôt sorti du micro je me fasse filmer, en détail, filmer mon enfance, ma puberté, mon âge mûr, mes moindres petits avatars... pourquoi pas télévisionner aussi le Ferdinand ? (Interview avec A.Brissaud, cahiers Céline 1).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Isabelle GALLIMARD (petite-fille de Gaston Gallimard, responsable du service audio-visuel aux éditions du même nom) : " Elle révèle qu'elle a vendu aux Anglais les droits d'adaptation cinématographique de " Nord " et " D'un château l'autre ".

 Espérons que ce projet ne connaîtra pas le même sort que celui de Remo Forlani qui avait également conçu le projet d'adapter " D'un château l'autre " pour le grand écran. "
  (interview accordée au Figaro, 28 avril 1986, dans BC n°46, juin 1986).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Joseph GARCIN (gérant d'établissement, proche du milieu, 1894-1962) : " Mon cher Garcin, / Mais vous êtes bien mieux à Londres, ici c'est l'hystérie collective, voilà le fascisme en route, on attend l'homme à poigne avec ou sans moustaches. Les Français sont masochistes. Progrès ? où quand ? je ne vois qu'une vieille nation ratatinée. (...) La France est est une vieille femelle qui se vide comme en Afrique ces femmes dont les règles durent trois semaines. C'est la répugnante hémorragie.

  Et ces projets ? Vous êtes dans la rigolade, bravo, il faut bien jouir. Ici, outre les heures dispensaire, j'avance péniblement le livre, je ne sais pas où je vais. Ecrivez-moi, divertissez-moi. Bien affectueusement / Destouches. "
  (Lettres 2009, le 15 février 1934).

 

 

 

 

 

 

 

 

   * François GIBAULT : " Bien sûr, aujourd'hui, avec cinquante ans de recul, connaissant ce qui s'est passé, et surtout comment les choses se sont terminées, la tête farcie de livres écrits surtout par les vainqueurs, on peut s'interroger tranquillement:

 " Mais qu'avait donc ce type à jouer les redresseurs de torts, ce petit médecin de banlieue à vouloir toujours refaire le monde, avec le verbe comme seul outil, à s'attaquer avec sa plume aux colonnes du Temple, de tous les Temples ? Qu'avait donc ce pot de terre à jouer les Matamore ? "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Henri GODARD : " Dans cette partie - (Féerie pour une autre fois, version primitive) - on découvre la suite, c'est-à-dire la matinée qui suit le bombardement évoqué dans Normance. Céline sait désormais qu'il doit fuir. Portant sous le bras un paquet de manuscrits qu'il veut mettre en sûreté, il parcourt une dernière fois Montmartre à la recherche de son ami-ennemi le peintre " Jules " et, chemin faisant, il rencontre l'un après l'autre tous ses amis de la Butte : Marcel Aymé, le chanteur Max Revol, le dessinateur Ralph Soupault, le maire de la Commune libre, un aquarelliste, un passionné d'images de la Belle Epoque, etc... "
  (Maudits soupirs pour une autre fois, octobre 1985).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Jean GROENEN (avocat, puis sculpteur belge): " A Anvers, dans la grande salle de la cour d'assises, Me Jean GROENEN a fait l'éloge de Louis-Ferdinand Céline. Choix téméraire, fit remarquer le bâtonnier Albert Dierijck. Il en fallait, en effet, de la témérité, pour réhabiliter devant un parterre de magistrats, de consuls, d'officiers supérieurs et de bâtonniers, le grand pourfendeur des " bourgeois trouillards ", des " cocorico d'état-major ", des " élites du foie gras " que fut Céline.

  Me Jean GROENEN avait fort bien mis au point son petit jeu de massacre. Grand admirateur de Céline, il était évidemment à bonne école ! S'il n'hésita pas à se montrer partisan, l'orateur ne manqua cependant ni d'esprit, ni de bon sens. - On reproche à Céline d'avoir célébré l'amitié franco-allemande, en 1937, dit Me GROENEN ; or, si Céline avait écrit ses fameux pamphlets vingt ans plus tard, de Gaulle, partant pour Bonn, en aurait peut-être fait son Malraux de service... La formule était jolie et elle fit mouche. Même le consul de France rit de bon cœur. Dans la salle, quelques dames tressaillirent lorsque Me GROENEN donna lecture de certains passages de Céline: " L'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches ", etc... Langage inhabituel en pareille circonstance, mais qui fut, néanmoins, très longuement applaudi. "
  (Hebdomadaire Pourquoi Pas? , 23 nov. 1962, dans BC n°291, nov.2007)

 

 

 

 

 

 

 

 * Gerhard HELLER (éditeur, traducteur allemand 1909-1982) : " J'ai rencontré une dernière fois Céline lors de mon passage à Sigmaringen, en février 1945. Il logeait avec sa femme Lili et son chat Bébert dans une petite chambre de l'auberge Zum Löwen. Il rouspétait contre tout le monde : Pétain, Laval, le personnel de Vichy ou les collaborateurs parisiens qui se trouvaient là, les Anglais, les juifs, les Allemands. Tous en prennent pour leur grade, dans ce livre où il raconte son séjour à Sigmaringen : D'un château l'autre.
 Avec moi, il fut très gentil et il me dit, à propos de cette paralysie qui me prenait aux bras et aux jambes : " Tu auras des ennuis avec ça toute ta vie. Je suis dans l'impossibilité de te donner un médicament, ici, dans mon cabinet de soins, je n'ai que de la teinture d'iode. " Il n'avait plus aucune illusion sur l'avenir de l'Allemagne, il n'espérait qu'une chose : quitter ce pays et gagner le Danemark.

  C'est avec Le Vigan, Bébert et Lili qu'il fit ce voyage, ne regagnant la France qu'en 1951, après qu'il eut été amnistié par sa condamnation à l'indignité nationale en 1950. Il avait mis son génie au service des idées racistes et totalitaires ; par cette perversion de ses dons littéraires, il est responsable de ce que son nom reste associé aux pires atrocités du XXe siècle. Cependant, sa création hallucinante d'un monde dominé par les forces destructrices de la mort et de la folie, son style révolutionnaire, en complète rupture avec des siècles de beau langage, sa prodigieuse invention verbale font de lui, avec Rabelais et Victor Hugo, un des géants de la littérature française. "
 (Gerhard Heller, Un Allemand à Paris, 1940-1944, Le Seuil, 1981, p.153).
 

 

 

 

 

 

 

 

 

* René HERON de VILLEFOSSE (historien, conservateur de musée, 1903-1985, avait rencontré Céline en 36 chez H. Mahé, était allé le voir au Danemark) : " Jamais Céline n'a été hitlérien. Il était si l'on veut seul contre tous, ayant horreur des partis, un anarchiste au cœur d'or et à l'expression féroce.

 (...) C'est un Celte rêveur et farouche avec un fond de poésie. "
  (Ph. Alméras, Dictionnaire Céline, 13 février 1969, Spécial Céline n°8, E. Mazet)
.

 

 

 

 

 

 


 

 

* Milton HINDUS (professeur de littérature juif américain, 1916-1998): " Cher Hindus, / (...) Tous ces admirables auteurs jouent pas assez près du nerf à mon sens... en un mot je hais la prose... Je suis poète et musicien raté - C'est le message direct au système nerveux, qui m'intéresse... le babillage m'assomme. Vive Aristide Bruant, Villon, Shakespeare, Joachim du Bellay, Barbusse (du Feu) HORREUR de ce qui explique... Proust explique beaucoup pour mon goût, 300 pages pour nous faire comprendre que Tutur encule Tatave c'est trop.

 (...) Je ne renie pas Sartre certes, ni Camus, ni Millner - pour tout le bien qu'ils me veulent je dois confesser cependant que je trouvais Paul Morand de l'autre après-guerre, dans le genre, d'Ouvert la nuit, plus savoureux, plus costaud, bien mieux armé. Toute la différence du mousseux au champagne - de la masturbation laborieuse à la giclée franche. Il ne faut pas oublier que Paul Morand est le premier de nos écrivains qui ait jazzé la langue française. / LF Céline. "
  (
Lettres 2009, à Milton Hindus, le 14 juin 1947).
 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Jacques ISORNI (avocat, écrivain, défenseur du Maréchal Pétain, 1911-1995): " Cher Maître, / Votre admirable livre sur le procès Brasillach nous confirme une bonne vérité que nous connaissons déjà depuis les Grecs: qu'il n'y a pas de justice ni de vérité politique. (...) Du moment où les " Libérateurs " ne fusillaient pas dans l'instant tous les parlementaires de l'Assemblée nationale qui ont institué Pétain à Bordeaux, ils n'intentaient plus que des procès de sorcières à des comparses, à des lampistes, y compris Pétain.

  On ne joue plus qu'une obscène comédie de justice. On décide seulement de payer à Populo des piscines de sang. Alors qu'on l'avoue ! Qu'on le hurle. Les Aztèques de Guatimozin avaient moins d'hypocrisie ! Cortez l'atroce a mis fin à tout cela. Quel sera notre Cortez ? Je vous le donne en mille, cher Maître ! / Votre bien sincère et très déférent. / L.F. Céline. "
  (
Lettres 2009, à Jacques Isorni, Copenhague le 10 août 1947).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Docteur André JACQUOT (ancien médecin de la coloniale, exerça à Sigmaringen avec Céline) : " Tout à fait par hasard, j'ai exercé la médecine avec lui. C'était un esprit curieux de tout, lisant énormément, s'intéressant aux problèmes les plus complexes comme aux choses les plus banales. Il aimait s'entretenir avec les gens les plus simples et il les écoutait avec patience et attention. Servi par une prodigieuse mémoire, il possédait une érudition extraordinaire qui lui permettait de traiter avec compétence n'importe quel sujet... Malgré la vigueur de ses écrits, il s'est toujours défendu d'être un doctrinaire, encore moins un chef de file...

 La seule création originale qu'il revendiquait avec véhémence parfois, c'était son style si particulier... Par ailleurs, sa règle de vie était : ne rien devoir à personne. Son esprit d'indépendance était poussé à tel point qu'il n'accepta aucune aide matérielle dans ses moments de grande détresse... Il avait horreur de l'embrigadement et détestait l'esprit de système... Avec cela, il était un confrère excellent, sans prétention, ignorant la jalousie. "
  (BC n°230, avril 2002).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Alain JAKUBOWICZ (avocat, ancien directeur de la LICRA) : " La LICRA avait porté plainte contre Alain Soral, quand il a republié " Le Salut par les Juifs ", de Léon Bloy, ou " la France juive ", d'Edouard Drumont. On a obtenu gain de cause, et des passages entiers ont été censurés.

 Pour les pamphlets de Céline, c'est différent. La réédition n'est pas faite à but de propagande... Je ne suis donc pas pour une censure. Mais j'espère que Gallimard a bien conscience qu'ils ont de la dynamite dans les mains... "
 (BibliObs, 8 janvier 2018).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Bente JOHANSEN-KARILD (est une jeune fille danoise de 18 ans, en 1945, lorsqu'elle rencontre Céline et sa femme Lucette exilés à Copenhague. C'est la fille d'Ella Johansen , amie de Karen Marie Jensen, danseuse, à qui Céline confie son or avant-guerre) : " La propension qu'avait Céline de blesser et de dire du mal des gens, ma mère et moi, nous en avions déjà eu un avant-goût en 1945. J'ai retrouvé dans mes papiers une lettre que j'ai adressée à Céline cette année-là. Je l'avais écrite en anglais pour n'avoir pas à maltraiter la langue française. Elle montre à quel point Céline a blessé une sensible jeune fille de 18 ans en la dénigrant auprès de sa mère. J'étais " une petite bécasse qui ne ferait jamais rien de bon , ni dans le domaine de la danse, ni dans un autre métier ". Et dire que c'était Céline lui-même qui m'avait encouragée à devenir danseuse professionnelle ! Mes parents, eux, ne le souhaitaient pas. Ils pensaient que, grâce à mes études de langues, je pourrais par la suite travailler à une ambassade.

  Dans ma lettre, je disais aussi : " Je n'ai jamais rencontré un homme aussi intelligent que vous. Je me sens très " petite ". Je vous demande de me conseiller. Dois-je abandonner la danse ? ", pour conclure ainsi : " Je reconnais combien je suis jeune et sans expérience. Apparemment, les gens ne pensent pas ce qu'ils vous disent ". Je me souviens nettement que Céline me rendit ma lettre sans un mot, mais avec un petit sourire. Ma mère ne s'en émut pas outre mesure. C'était simplement, pour elle, les " nerfs " de Céline, et tout reprit comme avant, ce que prouve ma lettre du 28 mars 1947. "
  (Une petite bécasse, par Bente Johansen-Karild, le Petit Célinien, 6 février 2012).

 

 

 

 

 

 

 

 

* Beate KLARSFELD:  Pour ou contre la réédition des pamphlets ?... " Contre. Céline a écrit, avec talent, de grands livres, les uns ne sont pas antisémites. Quelques uns le sont. Je suis pour l'interdiction de ces derniers ".
  (
BC, novembre 198
4).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Serge KLARSFELD (avocat) : " A part Pétain, il y a d'autres cas douloureux et ambigus de personnages suscitant à la fois l'admiration et l'opprobre, comme Céline. On gère ça en publiant les œuvres majeures et non les pamphlets. La condamnation morale du régime de Vichy s'accentue. Le temps est donc notre allié. "
  (Le Figaro, 9 novembre 1993).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Marc LAUDELOUT (éditeur du Bulletin célinien) : " Le moralisme appliqué à tel ou tel écrivain, ne reflète que les opinions de X ou Y, et n'a finalement pas d'importance. Au-delà des polémiques sur Céline, il importe de répéter que c'est l'un des plus grands écrivains du siècle. Son œuvre est considérable et ce n'est assurément pas à tort qu'elle figure dans la Pléiade ni qu'elle est traduite dans le monde entier. Dans cent ans, elle passionnera encore de nouvelles générations qui auront bien oublié les attaques dont Céline fait aujourd'hui l'objet. "
 (Le Flambeau littéraire, Paris, octobre 1997).

 * ... Car on ne comprend rien à Céline si on n'a pas à l'esprit que son antisémitisme est multiple et polyforme. Epousant les enjeux du temps, son fondement originel est aujourd'hui mal perçu. Tout repose pourtant au départ sur une révolte esthétique et une volonté résolue d'exalter l'âme du peuple dont il est issu ( " L'art n'est que Race et Patrie ! Voici le roc où construire ! Roc et nuages en vérité, paysage d'âme " ) Dans son livre, Zagdanski enchaîne des évidences dont le seul énoncé est à présent explosif. Ainsi, le simple fait d'écrire que Bagatelles pour un massacre est d'une irrépressible drôlerie suffit à faire tiquer les cagots de Globe. Affirmer que ce pamphlet, loin d'être un livre de haine, constitue au contraire un cri d'amour, un combat passionné, une défense de l'authentique face au fabriqué, du vrai face au faux, est tout simplement intolérable. Le titre même du livre est, on le sait, généralement pris à contresens.

  Rien de bien neuf pourtant. Deux ans après la mort de Céline, dans une monographie aujourd'hui épuisée, un de nos compatriotes l'avait déjà relevé : " Il est dommage qu'on ait frappé d'interdit Bagatelles. Ce n'est qu'accessoirement un pamphlet antisémite (...) C'est d'abord un manifeste littéraire. " Le constat fait maintenant figure de provocation gratuite. Mystique littéraire et racisme d'âme provoquent un mélange détonant. "
 (Stéphane Zagdanski, Céline seul, Gallimard, dans le BC n°128, mai 1993).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 * James LAUGHLIN (éditeur de livres littéraires, poète 1914-1997): " Cher Monsieur Céline - / C'était pour moi un grand plaisir de recevoir votre lettre et de savoir que vous êtes sorti de prison. J'espère que bientôt on vous laissera partir de l' Europe, ou bien vivre tranquillement sans inquiétudes là-bas. On a fait ici des efforts pour influencer les Danois à être raisonnables. Mon avocat, Julien Cornell, a préparé une pétition et on l'a circulé parmi des hommes de lettres connus. Mais il faut comprendre que beaucoup de vos admirateurs ont peur de l'avouer, à cause de l'haine des Juifs. Je ne crois pas que vous serez en aucun danger si vous venez ici - la vie est bien réglée - mais il faut penser à cet antagonisme, qui existe, justement on non.

   Quant à vos livres je veux beaucoup les faire reparaître ici, en commençant avec Death on the Installment Plan toute de suite. J'ai reçu la permission de Marks de m'en servir de sa traduction, et j'ai fait aussi les arrangements nécessaires avec Little Brown. Je suis en relation avec Milton Hindus et lui, il va écrire l'introduction pour le volume. / Je vous souhaite, cher Monsieur Céline, tous les bons vœux possible, et je vous prie de m'écrire de nouveau bientôt. Je suis un grand admirateur de votre œuvre, et je veux faire tout ce que je puis pour vous relancer aux Etats-Unis. / Sincèrement. "
   (Lettre du 30 avril 1947, L'Année Céline 1997, Du Lérot).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Marianne LAUTROP (traductrice danoise de Céline) : " De la musique avant toute chose ! Quand j'ai été présenté à Marianne LAUTROP par le professeur François Marchetti, je venais de lire sa traduction en danois de Mort à crédit. Ce roman avait été publié peu de temps auparavant par les Editions Vandkunsten à Copenhague. Dès la lecture des premières pages, j'ai été impressionné par la façon claire et vivante dont Marianne avait recréé la prose célinienne en danois. Traducteur moi-même, je mesurais le gigantesque effort que la traductrice avait dû fournir pour rendre fluide et aisé un texte aussi exigeant. Une si belle traduction ne pouvait être que le résultat d'innombrables journées d'intense labeur. Et cela vaut aussi pour la traduction de " la trilogie allemande ". Avoir traduit ces quatre gros ouvrages de Céline est un exploit digne de la plus vive admiration. Par la suite, j'ai eu, à plusieurs reprises, l'occasion de parler avec Marianne de Céline... de littérature... de traductions... et de la France.

  (...) C'est avant tout la passion qui animait Marianne. La passion des livres de Céline, de Céline lui-même et de sa petite musique. En plus d'avoir rendu accessible au public danois cette œuvre capitale, Marianne, on ne le soulignera jamais assez, possédait ce don unique de faire naître la petite musique qui est particulière à la langue danoise.
  Nous ne nous sommes que très peu vus - trop peu, hélas - mais de connaître Marianne a été pour moi un privilège.
  (Kim, Witthoff, traduction François Marchetti, BC n° 345, octobre 2012).

 

 

 

 

 

 

 

 

* Emmanuel Le ROY LADURIE (historien moderniste): " Signant un hommage à Henri Amouroux, Emmanuel LE ROY LADURIE relève " qu'il y a des nostalgiques sinon de Vichy, du moins de certains écrivains " collabos " qui n'étaient pas dénués de talent, et dont " on " s'acharne sans beaucoup de succès à perpétuer la mémoire ". Et d'ajouter : " En ce qui concerne Céline, qu'on le regrette on non, cette perpétuité paraît parfaitement garantie. Amouroux considérait du reste, il me l'a dit à plusieurs reprises, que la célinolâtrie contemporaine comportait et comporte encore bien des points d'interrogation qu'il n'est pas possible d'expliciter ici."

   C'est regrettable. On aurait justement apprécié que LE ROY LADURIE nous en dise davantage. Comme disait Céline soi-même : " Il faut tout dire ou bien se taire. "
  (In memoriam Henri Amouroux, Commentaire n°120, hiver 2007-2008, dans BC n°294).

 

 

 

 

 

 

 

 

* Emmanuel LEVINAS (philosophe, 1906-1995) : " Le Voyage au bout de la nuit de Céline d'où Sartre n'hésitait pas à tirer l'épigraphe de La Nausée, a peut-être été le signal de cette anti-littérature qui est l'une des formes de ce qu'on appelle aujourd'hui l'anti- humanisme et l'une de ses raisons. (...) Dans le langage quotidien nous approchons le prochain au lieu de l'oublier dans l'enthousiasme de l'éloquence. C'est dans la proximité du prochain, tout autre dans cette proximité, que, par delà les écarts de la rhétorique, naît la signifiance d'une transcendance, allant d'un homme à l'autre, à laquelle se réfèrent les métaphores capables de signifier l'infini. "
  (Hors sujet, 1997, dans Spécial Céline n°8, E. Mazet).

* " Toute l'acuité de la honte, tout ce qu'elle comporte de cuisant, consiste précisément dans l'impossibilité où nous sommes de ne pas nous identifier avec cet être qui déjà nous est étranger et dont nous ne pouvons plus comprendre les motifs d'action. [...] La honte apparaît chaque fois que nous ne pouvons pas faire oublier notre nudité. Elle a rapport à tout ce que l'on voudrait cacher et que l'on en peut pas enfouir (...) cette préoccupation de vêtir pour cacher concerne toutes les manifestations de notre vie, nos actes et nos pensées. Nous accédons au monde à travers les mots et nous les voulons nobles. C'est le grand intérêt du Voyage au bout de la nuit de Céline que d'avoir, grâce à un art merveilleux du langage, d'avoir dévêtu l'univers, dans un cynisme triste et désespéré. "
 (De l'évasion dans Recherches philosophiques, V, 1935-1936, in Rétrospectives 2014, www.lepetitcelinien.com).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Pasteur François LOCHEN : " Un dimanche de l'automne 1947, un auditeur du culte, que j'avais présidé à l'Eglise Réformée française de Copenhague, dont j'étais le conducteur spirituel, est venu à l'issue de la cérémonie, afin de se présenter : " Docteur Destouches, puis-je venir vous voir, Monsieur le Pasteur... ? Et j'ai reçu, non pas une, mais des visites de Céline...

    Dirai-je enfin que Céline reste, pour moi, un type d'homme d'un patriotisme exceptionnel, d'une sensibilité profonde, d'une curiosité inquiète et discrète de l'Au-delà, qui lui semblait douloureux et incompréhensible... "
  (L'Herne, p.85, Ed. Belfond, 1968).

 * " Vous l'avez connu il sortait de prison, comment était-il ? - Un homme qui souffrait. Il était malheureux. Il était rejeté de tous. Il se sentait obligé de haine. Et puis nous avons parlé parce que j'avais quand même la conviction de mon ministère et de mon témoignage évangélique. Nous avons parlé des raisons pour lesquelles il était au Danemark, pourquoi il avait été mis en prison, il m'a dit : " ne regrette rien de ce que j'ai dit, écrit ou fait, mais il me l'a dit avec des sanglots dans la voix.

  C'était une émotion profonde, je ne regrette qu'une chose, c'est que certains, croyant être dans la ligne de ma pensée, ont pu avoir des comportements qui leur ont fait supporter la souffrance, voire même perdre la vie à cause de cette attitude. "
 (Interview de Claude-Jean Philippe, Une légende, une vie, 1976).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Yoann LOISEL (Psychanalyste, médecin, responsable d'une unité de soins pour adolescents) : " On oublie combien, dès la parution de Voyage au Bout de la Nuit, Céline a montré sa capacité à fragmenter les repères les plus habituels, combien son œuvre pose inauguralement autant que constitutivement un problème d'intégration. Ainsi, s'il appartient à la puissance de cette écriture de diviser parce que son créateur serait divisé, c'est non pas à la manière du lieu commun habituellement ressassé, dressé sur la représentation d'une coupure entre les deux premiers romans et la suite, mais selon des lignes de faille plus multiples et précoces.
   Celles-ci me semblent liées à d'incontournables contraintes, énigmatiques, qui auront incarcéré tôt la pensée de l'écrivain en en stimulant le bouillonnement autant qu'un risque d'écrasement. De ses efforts de dégagement, surtout de sa nécessité à saisir et se ressaisir, Céline parvient à nous entretenir du souci qui incombe à tous : l'exigence d'esprit sur l'instinct, sinon sur la possibilité d'être ravalé vers notre fond le plus bête.

 De manière évidente, peut-être trop, ce souci d'intégration renvoie aux premières coutures entre corps et pensée, à la mère d'autant plus qu'en cette direction, chez Céline, quelques singularités interpellent immédiatement : le choix du pseudonyme, la récurrence des femmes enceintes dans les romans, bien sûr la thèse consacrée à Semmelweis.
 Il semble se résigner par là, dans le moteur de l'écriture, un axe tournant autour du maternel, un maternel souvent grave, en voie pour une délivrance irrésistiblement ambiguë.
 (Yoann Loisel, Céline et ses pièges, Année Céline 2017, p.213)

 

 

 

 

 

 

 

 

* Jean-Paul LOUIS (éditeur): " La seule raison d'être du commentaire critique est d'expliquer les écrits et les faits qu'ils recouvrent en les éclairant les uns par les autres. Ce rappel d'un principe fondamental serait banal si les soupçons, les interprétations et les inventions pures et simples (quelles que soient leurs sources) n'avaient cessé de salir Céline comme jamais ne l'a été un écrivain, dans l'histoire pourtant sordide des rapports de la société et de ses artistes.

 (...) Si l'objectivité parfaite est un leurre, j'espère que le lecteur verra que je ne me dérobe pas à la discussion quand elle est difficile. Il verra également que je ne cherche pas à cacher mon attachement pour Céline, pour son art, du meilleur au pire : curieuse sympathie qui se développe entre un écrivain et son éditeur par-delà le temps qui les sépare, sans laquelle nul ne saurait lire, comprendre et faire connaître quelque œuvre que ce soit. "
  (Lettres à Marie-Canavaggia, Gallimard, 2007).

 

 

 

 

 

 

 

 

 * Jeanne LOVITON (Jean VOILIER, 1903-1996, éditrice, romancière et avocate) : " Il faudra tout de même que vous le sachiez plus amplement un jour, car, lorsque je parcours la correspondance échangée avec lui au long des années, je me demande si vous lui rendiez ce qu'il vous donnait et si vous pouviez anticiper et prévoir la fermeté des sentiments dont il devait donner, par la suite, en votre faveur un si haut témoignage.

  Aux pires moments, caché chez moi, ayant perdu cette maison d'édition qu'il avait créée, il lui arrivait de reprendre vos livres, de m'en lire à haute voix des passages dans une sorte de fièvre et dans la joie, qu'entre autres choses, nous nous accordions sur votre génie. Louis-Ferdinand, ce n'est pas lorsqu'on a vécu tout cela, qui n'a pas été aussi dur que votre destin de ces dernières années peut-être, mais qui s'est terminé de telle façon - vous le reconnaîtrez - votre sort est un million de fois plus enviable.

    Demandez à votre admirable compagne. Ce n'est pas lorsqu'on a eu l'esprit martelé par votre nom de jour et de nuit, lorsqu'on se sent héritière de toutes les faiblesses et de tous les enthousiasmes d'un homme, qu'on veut vous " ignorer ". Pourquoi ? En vertu de quel malthusianisme me refuserais-je à imprimer le " Voyage ", par exemple, si ce n'était dans votre intérêt bien compris ? "
   (
Lettre du 14 janvier 1948,   www.thyssens.com).

 

 

 

 

 

 

 

 

* André LWOFF (prix Nobel de médecine):- vient de mourir, octobre 1994 - " C'est au cours de l'été 1920 qu'il rencontra Louis Destouches à la station biologique de Roscoff où le futur écrivain avait entrepris des recherches sur la physiologie des vernicules appelées " convoluta ". André LWOFF avait conservé le souvenir de sa conversation " semée de formules saisissantes, de rapprochements et de jugements inattendus ".

  C'est en 1932, année de parution du Voyage, que LWOFF obtient son doctorat ès Sciences. Six ans plus tard, il prend à l'Institut Pasteur (l' "Institut Bioduret Joseph" de Voyage) la direction du service de physiologie microbienne. Prix Nobel de médecine en 1965 partagé avec ses collaborateurs Jacques Monod et François Jacob. Admirateur de l'œuvre de Céline, il accepte la présidence de la Société des Etudes céliniennes fondée en 1976. Ce médaillé de la Résistance n'était pas un sectaire. "
  (
B.C. n°146, novembre 1994)
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