Pour cueillir à
travers l'œuvre un bouquet d'extraits significatifs, personnels et
d'un ton définitif, il fallait que le chercheur fût lui-même imprégné
de tout ce qui a fait de Ferdinand l'inventeur à la fois le plus
traditionnel et le plus original. Michel MOULS était là, tout désigné,
au cœur de sa bibliothèque, équipée, rassemblée comme un monument
célinien quasi-exhaustif.
Sa méthode et le sérieux de son travail ont fait le
reste : le choix de textes que voici.
On
pouvait imaginer dans un premier temps que la richesse et la
diversité du tissu célinien faciliteraient les recherches autant
que la sélection... que nenni !... Michel MOULS a été confronté dès le
début de son entreprise aux problèmes posés par une abondance où la
joie de la lecture semblait s'opposer avec malice à la nécessité du
découpage. Il lui parut indispensable de fixer fortement toute une
série de thèmes élaborés en chapitres. Ainsi les citations se
trouvaient-elles regroupées sous des titres divers, ainsi apparaissent,
comme des idées-forces, les thèmes et les ressorts qui ont, pendant
toute une vie, meublé l'œuvre de l'écrivain... la guerre, le peuple, la
banlieue, le communisme, l'Amérique...
Les familiers de Louis-Ferdinand Céline le
comprendront vite. Une œuvre aussi énorme où chaque syllabe a été
l'objet d'une recherche et d'une véritable ciselure se refuse à la
facilité du tri et de la dispersion. A la limite on eût trouvé naturel
que Michel fut astreint à recopier des pans entiers de l'œuvre ; une
absurdité qui fait pourtant ressortir un caractère essentiel de
l'écriture célinienne. Elle est tout entière le portrait d'un travail
artisanal assez tyrannique et exigeant pour que l'on n'y puisse
infléchir ou soustraire un mot comme dans ces chefs -d'œuvre absolus de
la peinture où l'on ne peut, sans risquer l'effondrement, modifier une
nuance ou échanger la hauteur d'une valeur.
Il n'était d'autre solution que celle adoptée par
Michel... Séparation arbitraire des thèmes essentiels. Ferdinand
lui-même, avait pressenti la nécessité de cette construction. Elle
apparaît dès sa première entreprise, dans les années vingt, avec "
l'Eglise " pièce en cinq actes consacrés tour à tour au développement
d'un thème différent lié aux préoccupations viscérales du futur
écrivain... Ainsi les caractères propres à cette œuvre gigantesque
sont-ils, depuis le début et pour toujours, nettement dessinés.
Voilà le travail et la
pensée de Ferdinand. Un regard incisif autant que décisif, porté sur
les êtres et le combat quotidien de la survie, le tout précis, murmuré,
fredonné sur une musique amie... petite et fascinante.
*
" On est puceau de l'Horreur comme on l'est de la
volupté. Comment aurais-je pu me douter moi de cette
horreur en quittant la place Clichy ? Qui aurait pu
prévoir avant d'entrer vraiment dans la guerre, tout ce
que contenait la sale âme héroïque et fainéante des
hommes ?
A présent, j'étais pris dans cette fuite en masse, vers
le meurtre en commun, vers le feu... Ca venait des
profondeurs et c'était arrivé. Le colonel ne bronchait
toujours pas, je le regardais recevoir, sur le talus,
des petites lettres du général qu'il déchirait ensuite
menu, les ayant lues sans hâte, entre les balles. Dans
aucune d'elles, il n'y avait donc l'ordre d'arrêter net
cette abomination ? On ne lui disait donc pas d'en haut
qu'il y avait méprise ? Abominable erreur ? Maldonne ?
Qu'on s'était trompé ? Que c'était des manœuvres pour
rire qu'on avait voulu faire, et pas des assassinats ! "
VO).
* " Nous avons connu en
14-18 les derniers bourgeois braves, qui défendaient leur coffre-fort
avec leur peau personnelle - Les officiers bourgeois n'emportaient pas
leur armoire à glace en retraite - En 39 la bourgeoisie était devenue
si juive, les cadres de l'armée si jouisseurs, si mous, que la guerre
lui parut tout de suite insupportable. Défaillance totale. On ne trouva
plus la bourgeoisie devant ses coffres-forts mais derrière ceux-ci.
Toute la différence entre 14 et 39 se trouve là. Le rapprochement par
les bourgeois était encore possible en 14 - ne l'est plus en 43 - parce
que la bourgeoisie, finie, aveulie, couarde, n'a plus de rôle national
à jouer (ni international), elle s'est discréditée une fois pour toutes
dans la guerre - Elle a fait la preuve de sa mort. Elle contaminera
tous ceux qui voudront l'épouser.
L'alliance
franco-allemande actuelle est une alliance avec la charogne - Elle
donne la mort à tous ceux qui la pelotent. Et l'on ne fait que cela
depuis 3 ans. La fosse de Katyn est plus vaste qu'on l'imagine - Je
suis porté à croire qu'elle va jusqu'aux Tuileries. Tu peux publier si
tu l'oses ! Et à toi. / L. Ferdinand. " (Lettre à
Henri Poulain, pour Je suis partout, 11 juin 1943,
Lettres Pléiade,
2009).
* " Au cours de ces années monstrueuses où le
sang flue, où la vie gicle et se dissout dans mille poitrines à la
fois, où les reins sont moissonnés et broyés sous la guerre, il faut un
mâle. " (SE).
* " - Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous
êtes répugnant comme un rat... - Oui, tout à fait lâche, Lola, je
refuse la guerre et tout ce qu'il y a dedans... Je ne pleurniche pas
dessus moi... Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu'elle
contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle.
Seraient-ils neuf cent quatre vingt-quinze millions et moi tout seul,
c'est eux qui ont tort, Lola, et c'est moi qui ai raison : je ne veux
plus mourir. " (VO).
* " Nous périrons sous les vainqueurs si c'est les
fascistes qui gagnent, allemands, italiens, espagnols, mocos. Nous périrons sous nos alliés si c'est leur victoire,
la victoire démocratique, la victoire des Juifs. " (EC).
* "... Les frontières ravagées, fondées dans un immense
royaume de Frénésie, les hommes voulant du progrès et le progrès
voulant des hommes, voilà ce que furent ces noces énormes. L'humanité
s'ennuyait, elle brûla quelques Dieux, changea
de costume et paya l'Histoire de quelques gloires nouvelles. " (SE).
* " Faudrait peut-être d'abord s'entendre... Qui c'est qui
doit défendre la France ? les civils ou les militaires ? Les tanks 20
tonnes ou les vieillards ? Les tordus, les gnières en bas âge, les
lardons morveux, les prudents affectés spéciaux, ou les régiments
mitrailleurs ? Ah ! C'est pas bien net dans
les propos... On arrive pas bien à se comprendre. Y a de la confusion,
de l'équivoque, on dit pas toute la vérité... " (BD).
* " Je vous coupe mon récit. Les gens m'ont traité pas très
bien. C'était la curée bordel sang ! Ca a commencé en 14 ! Tous les
prétextes ! Au canon d'abord puis aux ragots, à la Police ! J'ai voulu
leur sauver la glotte, compatriotes ! leurs gueules infectes, leurs
cœurs de merde, leur faire esquiver l'Abattoir...mes livres pour ça. -
Orgueilleux ! qu'ils renaudent. Crèvent
premier ! " (F1)
* " J'avais attendu devant la grille
longtemps. Une grille qui faisait réfléchir, une de ces fontes vraiment
géantes, une treille terrible de lances dressées comme ça en plein
noir. L'ordre de route je l'avais dans la main... L'heure était dessus,
écrite. Le factionnaire de guérite il avait poussé lui-même le
portillon avec sa crosse. Il avait prévenu l'intérieur : - Brigadier !
C'est l'engagé ! - Qu'il entre ce con-là ! " (CP).
* " Gagner du temps... je pensais qu'à ça
!... Arriver à la fin de la guerre sans être arrêté, ni pendu... gagner
des jours... un de plus !... un de moins ! je me les comptais ! réchapper
à cette charognerie !... Le reste ça irait bien tout seul... Plus de
sentiments !... plus d'imprudence !... peinard, raisonnable !... Les
complications j'en voulais plus !... J'avais plus vraiment la force... "
(GB2).
* " J'ai vu foncer sur nos malheurs toutes les
tornades d'une Rose des vents, raffluer sur nos catastrophes, à la
curée de nos résidus les Chinois, les Moldors, les Smyrnes, les
Botriaques, les Marsupians, les Suisses glacieux, les Mascagâts, les
Gros Berbères, les Vanutèdes, les Noirs-de-Monde, les Juifs de Lourdes,
heureux, tout ça, bien régalés, reluis comme des folles ! A nous faire
des misères abjectes et rien du tout pour nous défendre. " (GB1).
* " L' Angleterre alliée ? mes burnes ! Encore
une fameuse balancelle ! Ils iront mollo je vous assure ce coup-ci... encore bien plus mou qu'à l'autre... Ils
risquent bien davantage... Un an pour mobiliser... encore un an pour
instruire... Nous serons déjà tous asticots quand débarqueront dans les
Flandres les premiers invertis d'Oxford... " (BM).
* " Il déconnait à plein tube... " Cascade !
qu'il me fait, prends ma Pauline !... " Comme ça il me supplie !... Il me
saisit tel quel !... " Tu me rendras service!... et puis Josette et ma
Clémence ! " Ah ! du coup l'abus, j'étrangle ! " Co ? Co ? Comment ? que
j'y fais... " Il me laisse pas finir... " J'embarque cette nuit ! Je
rejoins le 22° à St Lô... " Il me poisse ... il m'étrangle !... A
l'estomac !... Je peux pas lui refuser !... " (GB1).
* " Déjà notre paix hargneuse faisait dans la
guerre même ses semences. On pouvait deviner ce qu'elle serait, cette
hystérique, rien qu'à la voir s'agiter déjà dans la taverne de
l'Olympia. En bas dans la longue cave-dancing louchante aux cent
glaces, elle trépignait dans la poussière et le grand désespoir en
musique négro-judéo-saxonne. " (VO).
LA MORT.
*
" J'ai cessé d'être écrivain, n'est-ce pas, pour devenir
un chroniqueur. Alors j'ai mis ma peau sur la table,
parce que, n'oubliez pas une chose, c'est que la grande
inspiratrice, c'est la mort. Si vous ne mettez pas votre
peau sur la table, vous n'avez rien. Il faut payer ! " (Interview
avec Louis Pauwels et André Brissaud, Radio -Télévision
Française, 1959).
*
" Un certain âge... 63 ans... vous avez plus qu'à dire :
non ! ... non... et vous en aller ! ... courtoisie ! ...
vous êtes en rab ! ... combien de fois on vous a désiré
mort depuis soixante et trois ans ?... c'est pas à
compter ! ... vous pouvez peut-être qu'on vous
tolère encore quelques mois... un printemps ?... deux
?... ah ! mais d'abord avant tout ! bourré ! riche ! ...
riche !... essentiel ! ... et que vous vous montriez
plein de cœur pour vos héritiers ! ... le véritable Père
Noël ! ... que vous leur donniez par testament, certitude
olographe, notariée, cachetée, enregistrée que tout est
tout pour eux ! ... tout pour Lucien ! ... rien pour
Camille ! ... et que vous vous sentez vraiment mal ! que
vous allez pas en faire un autre ! bout de souffle que
vous êtes ! ... bout de pipe ! ... bout de tout ! ... que
vous pouvez pas traîner ! alors... alors... alors
peut-être ?... on vous trouvera pas si tyran abject,
effroyable rapace... pourtant l'unanime avis ! ... si ils
vous forcent à vous lever ?... butez ! ... croulez ! ...
faites venir le prêtre... l'extrême-onction fait un de
ces bien aux personnes qui n'espèrent qu'en vous ! ...
qu'en votre dernier souffle ! ... c'est effrayant ce
qu'un agonique peut briser les nerfs des familles ! ...
cette cruauté d'en pas finir !... le sadisme des "
derniers moments " ! ... extrême-onction, partie remise
! ... ah, combien vous rendez de gens fous, agoniques
gnangnans ! " (CA, folio, p. 147).
* " La grande défaite, en tout, c'est
d'oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre
jamais jusqu'à quel point les hommes sont vaches. Quand on sera au bord
du trou faudra pas faire les malins nous autres, mais faudra pas
oublier non plus, faudra raconter tout sans changer un mot, de ce qu'on
a vu de plus vicieux chez les hommes et puis poser sa chique et puis
descendre. Ca suffit comme boulot pour une vie entière. " (VO).
* " ... elle ne pouvait plus rien dire. Elle
étouffait, elle me retenait par la main... Le facteur est entré. Il l'a
vu mourir. Un petit hoquet. C'est tout. Bien des gens sont venus chez
elle autrefois pour me demander. Ils sont repartis loin, très loin dans
l'oubli, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi. Je pourrais
moi dire toute ma haine. Je sais. Je le ferai plus tard. S'ils ne
reviennent pas. J'aime mieux raconter des histoires. J'en raconterai de
telles qu'ils reviendront, exprès, pour me tuer, des quatre coins du
monde. Alors ce sera fini et je serai bien content. " (MC).
* " ... On me l'avait dit, je le croyais
pas... mais c'était vrai, elle était dans le sens du souvenir, d'où elle
était venue, du Nord, du Danemark, le museau au nord, tourné nord... la
chienne bien fidèle d'une façon, fidèle aux bois où elle fuguait, Korsör, là-haut... fidèle aussi à la vie atroce... les bois de Meudon lui
disaient rien... elle est morte sur deux... trois petits râles... oh, très
discrets... " (CA).
* " Décidément, je me découvrais beaucoup plus
de goût à empêcher Bébert de mourir qu'un adulte. On n'est jamais très
mécontent qu'un adulte s'en aille, ça fait toujours une vache de moins
sur la terre, qu'on se dit, tandis que pour un enfant, c'est tout de
même moins sûr. Il y a l'avenir. " (VO).
* " La Vérité c'est la mort !... J'ai lutté
gentiment contre elle, tant que j'ai pu... cotillonnée, l'ai festoyée, rigodonnée, ravigotée et tant et plus !... enrubannée, émoustillée à la
farandole tire-lire... Hélas ! je sais bien que tout casse, cède,
flanche un moment... Je sais bien qu'un jour la main tombe, retombe,
long du corps... J'ai vu ce geste mille et mille fois... l'ombre... le
poids du mort !... " (GB2).
* " Bon !... Quand je me finirai je vais vous dire : c'est en
pensant aux animaux, pas aux hommes ! à " Tête de Chou ", à " Nana ", à
" Sarah " ma chatte qu'est partie un soir qu'on n'a jamais revue, aux
chevaux de la ferme, aux animaux compagnons qu'ont souffert mille fois
comme des hommes ! lapins, hiboux, merles ! passé tant d'hivers avec
nous ! au bout du monde !... la mort me sera douce... j'aurai donné mon cœur à tous... je serai débarrassé de vos personnes, de vos affections,
de vos mensonges !... Je veux pas que la mort me vienne des hommes, ils
mentent trop ! Ils me donneraient pas l'infini ! " (F1).
* " ... juste sur le tas... Juste devant... Il
était tout racorni le vieux... ratatiné dans son froc... Et puis alors
c'était bien lui !... Mais la tête était qu'un massacre !... Il se
l'était tout éclatée... Il avait presque plus de crâne... A bout portant
quoi !... Il agrippait encore le flingue... Il l'étreignait dans ses
bras... Le double canon lui rentrait à travers la bouche, lui traversait
tout le cassis... " (MC).
* " Quand on a pas d'imagination, mourir c'est
peu de choses, quand on en a, mourir c'est trop. " (VO).
* " C'est peut-être ça qu'on cherche à travers
la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir
soi-même avant de mourir. " (VO).
* " Elle m'a regardé bien fixement, mais
encore aimablement Grand-mère... On m'avait dit de l'embrasser... Je
m'appuyais déjà sur le lit... Elle m'a fait un geste que non... Elle a
souri encore un peu... Elle a voulu me dire quelque chose... Ça lui
râpait le fond de la gorge, ça finissait pas... Tout de même elle y est
arrivée... le plus doucement qu'elle a pu... " Travaille bien mon petit
Ferdinand ! " qu'elle a chuchoté... J'avais pas peur d'elle... On se
comprenait au fond des choses... Après tout c'est vrai en somme, j'ai
bien travaillé... ça regarde personne... " (MC).
LA BANLIEUE .
* "
Pauvre banlieue parisienne, paillassons
devant la ville où chacun s'essuie les pieds, crache un bon coup,
passe, qui songe à elle ? Personne. Abrutie d'usines, gavée d'
épandages, dépecée, en loques, ce n'est plus qu'une terre sans âme, un
camp de travail, maudit, où le sourire est inutile, la peine perdue,
terne la souffrance, Paris " le cœur de la France ", quelle chanson !
quelle publicité ! La banlieue tout autour qui crève. " (BE).
* " La seule banlieue possible
d'une ville de quatre millions d'habitants c'est la mer. La mer seule
assez puissante, assez généreuse pour assainir quotidiennement ce
terrible infernal ramassis, cet effrayant conglomérat de pourritures
organiques, inhalantes, expirantes, chiatiques, fermenteuses,
fébricilantes, virulogènes. " (BM).
* " La ville la plus malsaine du monde, la
plus emboîtée, la plus encastrée, infestée, confinée, irrémédiable
c'est Paris ! dans son carcan de collines. Un cul-de-sac pris dans un
égout, tout mijotant de charognes, de millions de latrines, de torrents
de mazout et pétrole bien brûlants, une gageure de pourriture, une
catastrophe physiologique, préconçue, entretenue, enthousiaste. "
(BM).
* La lumière du
ciel, à Rancy, c'est la même qu'à Détroit, du jus de
fumée qui trempe la plaine depuis Levallois. Un rebut de
bâtisses tenues par des gadoues noires au sol. Les
cheminées, des petites et des hautes, ça fait pareil de
loin qu'au bord de la mer les gros piquets dans la vase.
Là-dedans c'est nous. Faut avoir le courage des crabes
aussi... " (VO).
LE RACISME .
* " Je
regimbe un petit peu ?... pas du tout !... mes
idées racistes sont pour rien ! Tartuffes !... belle
qu'elle existe plus la race blanche !... regardez Ben
Youssef !... Mauriac ! Monnerville ! Jacob !... demain
Coty !... pas de quoi fouetter un chat !... c'est le
Voyage qui m'a fait tout le tort... mes pires
haineux acharnés sont venus du Voyage... Personne
m'a pardonné le Voyage... depuis le Voyage
mon compte est bon !... encore je me serais appelé
Vlazine... Vlazine Progrogrof... je serais né à Tarnopol-sur-Don...
mais Courbevoie Seine !... Tarnopol-sur-Don j'aurais le
Nobel depuis belle !... mais moi d'ici, même pas
séphardim !... on ne sait où me foutre !... m'effacer
mieux !... honte de honte !... quelle oubliette ? quels
rats supplier ? La Vrounze aux Vrounzais !... " (CA,
Gallimard, folio, p.76).
* " Si nous n'avions affaire
qu'aux juifs, cher Lestandi, si nuls, si grossiers, plagiaires myopes,
si creux, si burlesques, tout serait simple, mais nous avons affaire
aux aryens, surtout aux aryens, si vils, si veules, si dégénérés, si
antiracistes, si maçons, si dégueulasses, si enjuivés. Ne l'oubliez jamais. Arracher un chien à son maître est
œuvre douloureuse
sous toutes les latitudes, je ne vois pas comment vous arracheriez le
Français 1941 à son Juif. Le Français, et surtout la Française
n'imaginent même pas leur existence sans Juifs. Il ne s'agit plus de
sauver le Français, l'actuel Français est définitivement perdu, pourri,
cadavérique, il s'agit de recréer du Français. Sous quelle mystique ?
De quel enthousiasme ? Sous quel Dieu ? A votre santé, cher Lestandi !
Et bon courage ! et bien cordialement. Céline. " (A
jean Lestandi " Au Pilori ", 30 oct.1941, Lettres Pléiade 2009).
* " Mon cher Confrère, / Je n'ai jamais été mêlé de
près ou de loin à cette affaire des Enfants
Terribles. Affaire que je n'aimais pas beaucoup dès le début
parce que les cabales moralisatrices me dégoûtent en principe.(...)
Mais d'autre part vous connaissez ma position - raciale si j'ose dire.
Et s'il s'agit de racisme alors, je suis contre le Juif ou n'importe
qui aveuglément. Raison de Race surpasse chez moi Raison d'Art ou
Raison d'Amitié. Etes-vous mon cher Cocteau antisémite ? tout est là.
Si vous l'êtes nom de dieu hurlez-le et cela se saura. Pas qu'un petit
peu. Mais raciste aryen tout comme les
Juifs sont avant tout à travers les
balivernes d'art AVANT TOUT racistes militants
juifs écraseurs et détrousseurs et tyrans d'aryens. Je suis vous
le savez un élémentaire. Je refuse de
m'engager dans les arabesques et les distinguos (juifs) les pièges
dialectiques juifs. Je parle en condamné à mort.
Etes-vous avec ou contre ceux qui vont
me pendre ? Etes-vous d'avis que les Juifs sont responsables de la
guerre et de l'état dans lequel nous nous trouvons ? Ceci est plus
grave qu'une manifestation d'art, ceci nous intéresse aussi éternellement. Je hais les tièdes. " Je
ne fais pas de politique. " La belle histoire ! Le puant alibi ! Tout
est politique ! Etes-vous ami de Lecache ? Alors vous ne pouvez être le
mien cher Cocteau. " (A Jean Cocteau, Nov.-Déc.
1941, Lettres Pléiade 2009).
* Mon cher Confrère, / Vous oubliez toujours les juifs dans vos très brillants
articles ! C'est une maladie chez vous, l'oubli des juifs. Ne cherchez
pas plus longtemps ! Pourquoi toute cette casuistique ? Les Juifs sont
plus puissants, Worms Rotschild plus évidents en zone libre qu'ici !
Voilà tout ! Leur tyrannie mieux affirmée - leur rage raciste mieux
obéie par les légionnaires - la Légion vous le savez bien est à présent
complètement juive - / A vous. / LF Céline. " (A
Jean Luchaire, 1941, Lettres Pléiade, 2009).
* Quelle résistance un peu sérieuse ? Aucune, pardi !
Quelques grimaces... Tout tombe dans la main du Juif, par discorde et
dénigrement. Il n'a qu'à saisir. On le prie. On le supplie. Pourtant,
la tâche serait facile, enfantine, avec un peu de volonté... Volatiliser
sa juiverie serait l'affaire d'une semaine pour une nation bien
décidée. D'où détiennent-ils, ces fameux Juifs, tout leur pouvoir
exorbitant ? Leur emprise totale ? Leur tyrannie indiscutée ? De
quelque merveilleuse magie ?... de prodigieuse intelligence ? d'effarent
bouleversant génie ?
Que non ! Vous le savez
bien ! Rien de plus balourd que le Juif, plus emprunté, gaffeur, plus
sot, myope, chassieux, panard, imbécile à tous les arts, tous les
degrés, tous les états, s'il n'est soutenu par sa clique, choyé,
camouflé, conforté, à chaque seconde de sa vie ! Plus disgracieux,
cafouilleux, rustre, risible, chaplinien, seul en piste ! Cela crève
les yeux ! Oui, mais voilà ! et c'est le hic ! Le Juif n'est jamais
seul en piste ! Un Juif, c'est toute la juiverie. Un Juif seul n'existe
pas. Un termite : toute la termitière. Une punaise, toute la maison. " (A Jacques Doriot, mars 1942, Lettres Pléiade, 2009).
* " On ne devrait déjà plus parler de la question juive
! C'est la question aryenne qui se pose ! Antisémite veut dire méchant
et dégoûté. C'est aryen d'honneur que je voudrais être... " (A Pierre Constantini, 9 avril 1942, Lettres Pléiade
2009).
* " Pour l'amusement de la chose - imaginez les
évènements à l'envers, que les Judéo Tartares soient ici - qu'au lieu
de me débattre pour les aryens (c'est-à-dire pour des prunes) je me
sois au 1/10e évertué pour les Juifs ! Ah ! quelle chanson ! quel
hosannah ! quel triomphe et sans nuage ! sans la moindre moue, sans le
plus subtil chichi ! Ah ! ceux-là m'auraient rendu hommage en bloc - en
totalité - Je me trouverais en " néon " jusque dans l'écho des Halles,
sur la tour Eiffel ! Ah ! ils ne se demanderaient pas ceux-là,
tortillants insidieux casuistes si le fond vaut mieux que la forme !
Voyez ce que les Juifs ont
fait de Proust - l'Homère des invertis - et le Gide des petits garçons
- du moment qu'ils chantaient bien juif - Pitié cher Ami ! pitié et
dégoût - de tous ces chrétiens délavés qui foirent d'angoisse et de
scrupules à la pensée de recommander l'un des leurs ! Ah ! vive Lecache
cher Ami, vive les Juifs ! Je vous le disais encore ! A bas les larves
chrétiennes tatillonnes, molles baveuses d'envie - Vive le Talmud qui
dit bien de nous, race de chiens couchants, tout ce qu'il faut penser.
" (A Alphonse de Chateaubriant, février 1943,
Lettres Pléiade, 2009).
L'
ÉMOTION .
*
" Dans les Ecritures, il est écrit : " Au commencement
était le Verbe. " Non ! Au commencement était l'émotion.
Le Verbe est venu ensuite pour remplacer l'émotion,
comme le trot remplace le galop, alors que la loi
naturelle du cheval est le galop ; on lui fait avoir le
trot. On a sorti l'homme de la poésie émotive pour le
faire entrer dans la dialectique, c'est-à-dire le
bafouillage, n'est-ce pas ? " (L.F. Céline vous
parle, 1957).
* " Mon cher
Brasillach, / A vous je vais vous dire-
et vous me comprendrez tout de suite. Il me semblait avant le Voyage, observant (par comparaison) le trafic
de la rue, si incohérent - ces voitures, ces gens qui se butent,
culbutent, se battent pour avancer, tout ce zigzag, cette incohérence
des démarches absurdes et si gaspilleuses, si imbéciles, qu'il devrait
y avoir tel le métro un chemin plus net,
plus intime pour se rendre en un point
sans tout ce gaspillage, sans toute cette fastidieuse incohérence -
dans la façon aussi de raconter des
histoires.
Je vous énonce ainsi la difficulté simplement :
passer dans l'intimité même du langage, à
l'intérieur de l'émotion et du langage, à l'aveugle pour ainsi dire comme le métro sans se préoccuper des
fastidieux incidents de l'extérieur. Une fois lancé de la sorte, arriver au bout d'émotion en émotion - au plus
près toujours, au plus court, au plus juste, par le rythme et une sorte
de musique intime une fois choisi, à l'économie,
en évitant tout ce qui retombe dans l'objectif
- le descriptif - et toujours dans la
transposition. Le rythme me donne mes rails - et je n'en sors
jamais. Je ne sors jamais de l'émotion non plus... " (A Robert Brasillach, le 28 sept.1943, Lettres Pléiade,
2009).
* " Parfois, ça me
remonte à la gorge. Je ne suis pas si carne qu'on croit. J'ai honte de
ne pas être plus riche en cœur et en tout. Un mufle impuissant que je
suis. Ca fait une boule la tendresse, pas facile à passer. Je juge
peut-être les hommes plus vaches, plus bas, qu'ils ne sont vraiment
mais ils sont si méchants. On ne peut pas leur faire confiance, ils
vous bouffent tout cru. J'ai été con toute ma vie. J'ai cru ceci, j'ai
cru cela. Ah ! oui. Tous tordus qu'ils sont et ils vous crachent à la
gueule quand vous vous approchez trop. Viciards avec ça
!... Maintenant, je m'en fous... ils ne m'ont pas écouté, ils m'ont vomi,
volé, spolié, fait le plus de mal possible... La mort qui est au bout,
seule compte... Pour moi, quand elle viendra, je lui dirai que je suis
bien content... Salut la compagnie ! Vous crèverez tous, comme moi, dans
la barque à Caron... J'ai eu, moi aussi, des raisons de vivre. Vous
comprenez... je suis lyrique... la petite musique... l'émotion... les
fariboles du cœur et puis, ah ! oui... la médecine. La médecine... un
objet sur l'humain qu'on peut fignoler toute une vie... Pas la
littérature... la vie ! Vous comprenez ? La vie... Ah ! j'ai été bien
servi, merci ; ça oui, vraiment, du bon et puis beaucoup de
mauvais... Ça aussi me remonte à la gorge... La condition humaine, c'est
la souffrance, n'est-ce pas, je n'aime pas la souffrance ni pour moi,
ni pour les autres... Vous comprenez ?... "(BRI)
* " Ah ! que je fais
: toi ! on s'embrasse... je t'embrasse. J'aurais voulu que vous l'entendiez ! ça venait du cœur... tout de suite
au but ! comme pressée de ce qu'elle voulait me dire... elle était au
courant un peu... enfin le principal. - Ah, tu serais resté avec nous
!... Elle évoquait Londres fin 17... - Tu vois Louis... tu vois !... Les
reproches... et les larmes... mon nom intime : Louis.
- Janine serait pas morte !
( F1).
* " Le moment du départ arriva. Nous allâmes
un soir vers la gare un peu avant l'heure où elle rentrait à la
maison... Le train est entré en gare. Je n'étais plus très sûr de mon
aventure quand j'ai vu la machine. Je l'ai embrassée Molly avec tout ce
que j'avais encore de courage dans la carcasse. J'avais de la peine, de
la vraie, pour une fois, pour tout le monde, pour moi, pour elle, pour
tous les hommes. " (VO).
* " ... Je l'ai vue rire, moi, sur des
dentelles, sur les " Malines ", les " Bruges ", des finesses araignées, des
petits nœuds, des raccords, ma mère, surfils, qu'elle se crevait les
yeux... ça devenait des dessus de lit immenses, de ces Paradis à
coquettes, de ces gracieusetés de dessin... de ces filigranes de
joliesse... que personne maintenant comprend plus ! c'est en allé avec
l'Epoque... c'était trop léger... la Belle !... " (F1).
* " C'est une autre onde beaucoup plus subtile
que " braquemard, amur et ton cœur "... mystère féminin... c'est une sorte
de musique de fond... oh ! pas captable comme ci !... comme ça !... Mme
Bonnard, la seule malade que j'aie perdue avait cette
finesse, dentelle d'ondes... comme elle disait bien du Bellay... Charles
d'Orléans... Louise Labé... j'ai failli avec elle comprendre certaines
ondes... mes romans seraient tout autres... elle est partie... " (CA).
* " C'était pas d'hier nos adieux... Je les
avait quittées Leicester Square... abandonnées sa sœur et elle... Je
vois encore l'arbre, le banc, les fleurs... les piafs, les myosotis, les
géraniums... C'est en plein Londres vous connaissez ?... en détresse là,
orphelines d'hommes... Je suis pas artiste mais j'ai la mémoire des
fleurs... Je les vois... la pelouse... et le pourtour aussi, le
trafic... les monstres autobus écarlates... tout tourne !... et la musique
!... c'est des filigranes la vie, ce qu'est écrit net c'est pas grand'
chose, c'est la transparence qui compte... la dentelle du Temps comme on
dit. " (F1).
* " ... J'ai l'oreille, voilà !... Tous les
vagissements me passionnent... pensez, des années à Tarnier
!... Brindeau, Lantuéjoul... les premiers cris... le premier cri !... Tout
gras et glaires... mon affaire !... les toutes petites tronches,
écarlates, bleues, strangulées déjà !... si j'ai aidé des êtres à naître
!... Comme ils arrivent !... Vous me remettez dans les souvenirs
!... " Poussez, ma petite dame ! Poussez !... " J'ai entendu bien des
cris... Je suis un homme d'oreille... mais le duo d'accouchement maman le
petit gniasse, voilà un accord à se souvenir... la maman juste fini de
crier le môme reprend... " (F1).
* " Evidemment Alcide évoluait dans le sublime
à son aise et pour ainsi dire familièrement, il tutoyait les anges, ce
garçon, et il n'avait l'air de rien. Il offrait à cette petite fille
lointaine assez de tendresse pour refaire un monde entier et cela ne se
voyait pas. Il s'endormit d'un coup, à la lueur de la bougie. Il avait
l'air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s'il y avait
quelque chose pour distinguer les bons des méchants. " (VO).
* " Et puis Bébert, autre innocent, mon
chat... Vous direz un chat c'est une peau ! Pas du tout ! Un chat, c'est
l'ensorcellement même, le tact en ondes... c'est tout en " brrrt ",
" brrrt " de paroles... " (F1).
* " Tout s'éclaire ! Il comprend ! Ciel ! Une
sirène à bord !... Damnation !... Il implore Pryntyl si hardie ! qu'elle
ne bouge pas ! ne parle ! ne chante surtout ! Il implore le silence
!... Qu'elle se blotisse mieux encore... jusqu'au soir !... elle plongera
le soir venu !... rejoindra ses sœurs !... sans scandale !... C'est
promis !... Ils s'embrassent... Oh ! si jamais le Kapitaine Krog
s'apercevait... découvrait une sirène à bord !... Tout serait perdu !... "
(SC).
* "... les Champs-Elysées... mais alors, quatre
fois plus larges, inondés d'eau pâle... la Néva... Elle s'étend
encore... toujours là-bas... vers le large livide... le ciel... la
mer... encore plus loin... l'estuaire tout au bout... à l'infini... la mer
qui monte vers nous... vers la ville... Elle tient toute la ville dans sa
main la mer !... diaphane, fantastique, tendue... à bout de bras... tout
le long des rives... toute la ville, un bras de force... des
palais... encore d'autres palais... Rectangles durs... à coupoles... " (BM).
LA VÉRITÉ .
*
" Comme ça ses mots du soupirail...
- Sans cœur ! qu'il me traite...
Il essaye tout !
- Retourne en France !
Il me lancine au mal du pays !... et pensez si j'en suis atteint !... si
j'en ai un chagrin d'être loin !... de plus avoir la
jacasserie, la vacherie, là, autour, des miens,
banlieue, sacripants, chnoks, pelures, macs,
donneuses... ah, chère Estrême !
Le chagrin pire que le mal aux os, que le cul qui colle, les dents qui
barrent, la viande qui fond, les yeux qui suintent, les
trains en panne sous les tunnels qui sifflent et
sifflent : le mal natal ! le pire que tout ! " (F1)
*
" C'est dégoûtant d'écrire sur soi-même, moi, moi, moi ;
et se faire sympathique ce serait plus dégoûtant encore,
il vaut mieux se présenter au public sous un jour
ignoble. Il faut que le caractère soit plus vrai que
lui-même. " (Interview avec Olga Obry, Le
Phare-Dimanche, 1957).
*
" Les jouisseurs n'ont pas besoin d'écrire. Poser une
semblable question à un écrivain ! On écrit parce qu'on
est malheureux. Votre monde dévore tout le reste. Vous
êtes seul. Et soutenu par le style. Les poètes n'ont pas
de vie intérieure. Les écrivains sont en général des
bafouilleurs. " (Réponse à l'enquête de Tel Quel :
Pensez-vous avoir un don d'écrivain ?, 1960).
*
" Pourquoi j'écris ? Je vais vous le dire : pour rendre
les autres illisibles... " (Interview avec Pierre
Audinet, Les nouvelles littéraires, 1960).
*
" La vérité, là, tout simplement, la librairie souffre
d'une très grave crise de mévente. Allez pas croire un
seul zéro de tous ces prétendus tirages à 100 000 ! 40
000 !... et même 400 exemplaires !... attrape-gogos ! Alas !... Alas !... seule la " presse du cœur "... et
encore !... se défend pas trop mal... et un peu la "
série noire "... et la " blème "... En vérité, on ne
vend plus rien...
C'est grave ! le Cinéma, la télévision, les articles de
ménage, le scooter, l'auto à 2,4,6 chevaux, font un tort
énorme au livre... tout " vente à tempérament ", vous
pensez ! et " les week-ends " !... et ces bonnes
vacances bi ! trimestrielles !... et les Croisières
Lololulu !... salut, petits budgets !... voyez dettes
!... plus un fifrelin disponible !... alors n'est-ce
pas, acheter un livre !... " (EY).
*
" Brottin lui c'est l'insensible !... que j'aie pas été
fusillé et que je vienne me plaindre ! ah ! le culot
!... les bras lui tombent... si je pouvais lui dire ce
que je pense !... que ce qui m'intéresse c'est
qu'ils se battent, s'écorchent, au finish !... qu'ils se
dépiautent les carotides !... si je me retiens pas d'y
dire tout... c'est pour les chiens, les oiseaux... que
je le ménage ! pour nous aussi !... on parle toujours
trop... la nouille !... nouille, d'abord ! et le carbi
et le gaz !... je l'aurais traité comme je pensais je
l'aurais plus revu ! " (CA, folio, Gallimard, p.52).
* " Ça peut se lire
en métro - c'est notre but au fond à
tous aux temps d'aujourd'hui, d'être lisible dans le métro. Comme les
digest. Si on vise la Banlieue, les trains, on peut taper déjà dans la
grande littérature exiger de l'attention. Mais c'est bien prétentieux
de notre part écrivains français. Les Banlieusards veulent de
l'américain ne bandent qu'à l'américain. C'est-à-dire de l'Eugène
Sue-Sioux ! dénaturé, dénaturalisé, maupassantisé, zolatisé... Mais du
moment que ça leur vient du Carthage Atomique ! Ils avalent toutes les
merdes pourvu qu'on les présente en chewing-gums ! Et quand je pense
que n'importe quelles " 3 pages " de Tallemant sont infiniment plus
valables et marrantes ! Mais les dénaturés ! ils savent plus comment
faire marcher leur tête... comme les pieds-bots les chaussures normales
ils pensent qu'on se fout d'eux - Ton vieux. / LFC. " (A Albert Paraz,
30 nov.1949, Lettres Pléiade, 2009).
* " Breton, je suis
mystique, messianique, fanatique tout naturellement - sans effort,
absurde. J'ai été élevé tout naturellement en catholique = baptême ,
première communion, mariage à l'église etc. (comme 38 millions de
Français !) La foi ? hum ! c'est autre chose. Comme Renan hélas, comme
Chateaubriand, en désespoir... Pire, je
suis médecin - Et puis païen par mon adoration absolue pour la beauté physique, pour la santé. Je hais la
maladie, la pénitence, le morbide - Grec à cet égard totalement -
J'adule l'enfance saine. Je m'en pâme -
Je tomberais facilement éperdument amoureux,
je dis amoureux - d'une petite fille de
4 ans en pleine grâce et beauté blonde et santé. Je hais la boisson, la
fumée, les toxiques. Je comprends je crois l'enthousiasme des Grecs. " (A Milton Hindus, 23 août 1947, Lettres Pléiade, 2009).
* " Tout est là. Dès
la parution du Voyage je devins l'objet
de toutes les sollicitations et amabilités des divers partis
politiques, qui m'offraient évidemment dans leurs rangs les places les
plus flatteuses et les plus éminentes. Le parti communiste à cet égard
se montra particulièrement pressant.
Mon style dynamique, ma truculence, ma force pour tout dire, me
désignaient au remplacement d'Henri Barbusse déjà très malade à
l'époque. Le Voyage au bout de la nuit
dès sa parution fut traduit aux soviets à plusieurs cent mille
exemplaires (alors qu'il était interdit par Hitler).
Ces faits ne sont
pas oubliés par le Parti communiste en France. Le P. communiste possède
une mémoire remarquable ; il n'est pas tendre pour les écrivains qui
ont décliné d'avance et féroce pour ceux qui ont publiquement dénigré
son système. C'est mon cas avec Mea culpa.
Or le P. communiste forme l'aile marchante, active du Gouvernement
français actuel. On ne lui refuse rien. Je n'ai pas besoin d'en dire
davantage. " (A Thorvald Mikkelsen, 5 mars 1946,
Lettres Pléiade, 2009).
* " Les articles sont
excellents ils donnent envie d'y aller voir. C'est tout ce qu'il faut
demander aux critiques - Ils ne
disent jamais que des sottises. Ils esquivent l'effort par le cancan et
le menu chantage - Journalistes avant tout - ce sont des papoteurs -
Vous vous habituez vite à ne jamais rien lire que sous cet angle. Mais
ce qu'ils écrivent là est encore beaucoup trop favorable. Je voudrais
bien que qu'autre (sic) se décide à me couvrir de crachats - cette
modération relative est banale. C'est un ton qui s'oublie trop vite, la
foule est sadique et lâche et envieuse et destructrice. Il faut lui
donner des sensations de sac et de pillage et d'écrabouillage -
autrement elle ne marche pas. " (Lettre à Marie
Canavaggia, Londres 20 mai 1936, Lettres Pléiade 2009).
* " Corniauds vous avez tout gaffé ! vous avez
pas traqué le vrai monstre ! le Céline, bouzeux il s'en fout ! Même que
vous seriez plus hanteurs tracassiers, assoiffés, mille fois, que toute
l'espèce d'Afrique, d'Asie, chacals, Amérique réunis, condors et
dragons, il s'en gode ! C'est le Docteur Destouches qu'est sensible !
Vous y auriez effleuré le Diplôme, c'était du finish et la mort ! "
(F1).
* " C'est l'âge aussi qui vient peut-être, le
traître, et nous menace du pire. On n'a plus beaucoup de musique en soi
pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir
déjà au bout du monde dans le silence de vérité. Et où aller dehors, je
vous le demande, dès qu'on n'a plus en soi la somme suffisante de
délire ? La vérité c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce
monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais
pu me tuer moi. " (VO).
* " Dieu si la France, je note, la plus
lumineuse, la plus humaine, la plus généreuse des patries, gode pour
les Droits de l'homme, si elle reçoit tant qu'elle peut tous les
persécutés du monde, couleurs, sectes, races, dans ses jardins, dans
ses basses-cours, ses facultés et son lit !..." Vous avez bien un
petit Valaque qui a été giflé et qui souffre ? Envoyez, envoyez !... Un
sorcier paoin qui a pas digéré le missionnaire, mal cuit, trop
barbu... Envoyez, envoyez... " (VM).
* " Et puis la tourmente apaisée, les grandes
espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces
furies partie " sujette " pour la Bastille en revint " citoyenne " et
retourna vers ses petitesses, épiant son voisin, abreuvant son cheval,
cuvant ses vices et ses vertus dans le sac de peau pâle que le Bon Dieu
nous a donné. En 93, on fit les frais d'un Roi. " (SE).
* " Comment le plus infime crétin, le canard
le plus rebutant, la plus désespérante donzelle, peuvent-ils se muer en
dieux ?... déesse ?... recueillir plus d'âmes en un jour que Jésus-Christ
en deux mille ans ?... Publicité ! " (BM).
* " C'est alors qu'on se déboutonne éperdument
et que la saloperie triomphe et nous recouvre entiers. C'est l'aveu
biologique. Dès que le travail et le froid ne nous astreignent plus,
relâchant un moment leur étau, on peut apercevoir des blancs, ce qu'on
découvre du gai rivage, une fois que la mer s'en retire : la vérité,
mares lourdement puantes, les crabes, la charogne et l'étron. " (VO).
* " Je suis de ces auteurs qu'ont du souffle,
du répondant, du biscoto. J'emmerde le genre humain à cause de mon
répondant terrible, de ma paire de burnes fantastiques (et bordel de
dieu je le prouve !). Je jute, je conclus, je triomphe, je trempe la
page de plein génie... De vous à moi, entre copains, c'est ce qu'on me
pardonne pas du tout, à la ronde, ce qu'on me pardonnera jamais,
jamais, la façon que je termine, que j'achève les entreprises, que je
vais au pied comme une reine, à tous les coups. " (EC).
* " Je m'arrange Karen. Je triche un peu -
mais quand je sens le vrai danger, je brise net - durement,
brutalement. Poésie d'abord Karen et poésie c'est continuité d'une
histoire qui va si possible de l'enfance à la mort. Pour ma part je
n'ai jamais coupé le fil, jamais. Je ne suis pas moderne, je ne suis
pas raté. J'ai gardé dieu merci, le sens des valeurs profondes. " (CC5).
* " Rien n'est gratuit en ce bas
monde. Tout s'expie, le bien, comme le mal, se paie tôt ou tard. Le
bien c'est plus cher, forcément. " (SE).
* " La supériorité pratique des grandes
religions chrétiennes c'est qu'elles doraient pas la pilule. Elles
essayaient pas d'étourdir, elles cherchaient pas l'électeur, elles
saisissaient l'homme au berceau et lui cassaient le morceau d'autor.
Elles le rencardaient sans ambages : " Toi petit putricule informe, tu
seras jamais qu'une ordure... De naissance tu n'es que
merde... Cependant, peut-être... que t'as encore une petite chance de te
faire pardonner d'être tellement immonde, excrémentiel,
incroyable... C'est de faire bonne mine à toutes les peines, épreuves,
misères et tortures de ta brève ou longue existence. " (MEA).
* " Le moindre obstrué trou du cul se voit
Jupiter dans la glace. Voilà le grand miracle moderne. " (MEA).
* " Je viens d'avoir 67 ans, ma peau de
chagrin bien racornie, je devrais être claboté depuis belle, j'ai tout
fait pour... applaudissez !... je me dirais : j'emmerde bien du monde, ça
serait une bonne raison de rester, mais même pas !... de temps en temps
un coup de téléphone, quelques curieux... C'est pas vous des fois,
autrefois, qu'avez écrit ceci... cela... sous le nom de Céline ? Je
réponds rien, je raccroche... " (RI).
* " Arthur, l'amour c'est l'infini mis à la
portée des caniches et j'ai ma dignité moi ! " (VO).
* " Nous sommes environnés de pays entiers
d'abrutis anaphylactiques le moindre choc les précipite dans les
convulsions meurtrières à n'en plus finir. Nous voici parvenus au bout
de vingt siècles de haute civilisation et, cependant, aucun régime ne
résisterait à deux mois de vérité. Je veux dire la société marxiste
aussi bien que nos sociétés bourgeoises et fascistes. " (HAZ).
* " Depuis 7 ans que le Poteau
m'attend... Poteau-sur-Seine - pour moi la Ville... la France... Et je
suis né à Courbevoie tu le sais ! 1894... au mois de mai ma
jolie... et grelotter à 47 ans ! en Baltique. Même que Lucette plus
vicieuse que moi y prend encore 2 bains par jour - à travers la glace,
trésor ! Le tempérament des femmes m'a toujours étonné - Quel brasier
là-dedans ! J'ai tout tu sais, le Cirque - la Danseuse - la chienne -
12 chats... la Ménagerie ! même un hérisson ! - et 30 ou 40 mésanges. "
(LMB).
* " L'art n'est que Race et Patrie ! Voici le
roc où construire ! Roc et nuages en vérité, paysage d'âme. " (BD)
* " Ces perpétuelles grimaces qu'il faut faire
pour se justifier de crimes dont on est absolument innocent. Se sentir
méprisé par des gens dont on a voulu précisément sauver l'existence !
Alors que l'on a tout perdu par eux pour leur bien. Il faut encore
faire l'imbécile la comédie pour être toléré, vaguement autorisé à
pourrir en prison. Tout cela est vraiment trop inique, trop imbécile,
trop grotesque. Il est vrai je lis dans Plutarque qu'il en a c'est
exact toujours été ainsi - infailliblement. S'occuper des hommes !
Quelle monstrueuse sottise ! " (LDP).
LES JUIFS .
*
Céline remarquait peu de temps avant sa mort : " Ils me
donnent l'impression des petits chats - qui secouent,
lancent en l'air des bouts de viande morte pour les
rendre vivants, ainsi font-ils des soi - disants
antisémites ! pauvre clique de héros mille fois
trépassés, il leur faut des antisémites ! ils en tirent
profits, places, journaux. " (Nicole Debrie, BC n°90,
fév. 1990).
* " Jacques
D'ARRIBEHAUDE -
- Et l'antisémitisme
s'est greffé chez vous sur cette prise de conscience ?
- LFC : Ah, ben, là, j'ai vu un autre exploitant. A la
Société des Nations, là, j'ai bien vu que c'est par là que ça se
goupillait. Et plus tard, à Clichy, dans la politique, j'ai vu... tiens
il y a une espèce de morpion, là... j'ai vu tout ce qu'il fallait... Oui,
oui, oui... " (interview)
* " J'ai rien de spécial contre les Juifs en
tant que juifs, je veux dire simplement truands comme tout le monde,
bipèdes à la quête de leur soupe... Ils me gênent pas du tout. Un Juif
ça vaut peut-être un Breton, sur le tas, à égalité, un Auvergnat, un
franc-canaque, un " enfant de Marie "... C'est possible... Mais c'est
contre le racisme juif que je me révolte, que je suis méchant, que je
bouille, ça jusqu'au tréfonds de mon benouze !... Je vocifère ! Je
tonitrue ! Ils hurlent bien eux aux racistes ! Ils arrêtent jamais ! "
(BM).
* " Pas de fainéants dans la famille. A 71
ans, j'emmerderai encore les Juifs, et les maçons, et les éditeurs, et
Hitler par dessus le marché, s'il me provoque. Qu'on se le dise. " ( EC).
* " J'en voulais aux Juifs de nous lancer dans
une guerre perdue d'avance. Je n'ai jamais désiré la mort du Juif ou
des Juifs. Je voulais simplement qu'ils freinent leur hystérie et ne
nous poussent pas à l'abattoir. L'hystérie est le vice du Juif, mais au
moins il est une idée une passion messianique, leur excuse. L'aryen est
une tirelire et une panse - et une légion d'Honneur. " ( CC6).
* " On joue avec grande canaillerie sur le
sens de mes pamphlets. On s'acharne à me vouloir considérer comme un
massacreur de juifs. Je suis un préservateur patriote acharné de
français et d'aryens - et en même temps d'ailleurs de juifs ! Je n'ai
pas voulu Auchwitz, Buchenwald. Foutre ! Baste ! Je savais bien que
déclarant la guerre on irait automatiquement à ces effroyables
" Petioteries " ! ... " (NRF).
* " Popol : " ... les Juifs, c'est mariole, mon
pote, tu seras détruit calamiteux ver de vase Ferdinand ! ... avant que
t'ayes dit ouf ! ... Ils te feront repasser... pas eux-mêmes ! ... mais par
tes propres frères de race... Je te le prédis ! ... " (BM).
* " C'est pas du tout une question de race.
C'est une question de classe. Tout le monde sait ça... Le Juif est l'ami
de l'ouvrier, démocrate, ami du progrès, partisan de l'instruction
publique, du suffrage des femmes. C'est ça qui compte ! C'est autre
chose que du cagoulard. Un ami de la liberté ! C'est un persécuté le
Juif, un homme qui souffre pour sa religion ! Une victime des
dictatures ! " (BD).
* " Vous allez recevoir un de ces prochains
jours, la copie du procès officiel de mon interrogatoire. Le document vaut la peine. Quelle farce ! A
croire que le Parquet est aux mains d'ivrognes délirants - Il faut dire
que mon Procureur s'appelle Zouman ! Tout un programme, un pogrom ! "
(LMC).
* " Je n'ai qu'en foutre - la seule bonne
nouvelle serait que je sorte. Mais je suis encore là je le sens pour
des années. Les Juifs font sauter les Anglais en Palestine ils ont bien
raison. Vive les Juifs ! Personne ne peut les remplacer. Plus je vais
plus je les respecte et les aime. Il y a 500 millions d'aryens en
Europe s'en est-il levé un seul pour demander qu'on me libère ! Vive
les Juifs la prochaine fois que je voudrai me sacrifier je le ferai
pour les Juifs. Je ne donnerai plus de perles aux cochons. " (LDP).
* " J'entends comme ça à la radio le mal
qu'ils se donnent à Tel-Aviv pour accueillir leurs braves frères juifs
qui leur arrivent de partout, de Patagonie en Alaska, de Montreuil à Capetown, tous si persécutés, pantelants, héros du travail, du
défrichage, du marteau, de la banque et faucille... le mal qu'ils se
donnent à Tel-Aviv pour recevoir leurs frères dispersés ! Comités
affectueux d'accueil, larmes à gogo, gerbes d'azalées, dons en nature,
espèces, orphéons, baisers (...) Je dis que ce pays d'Israël est bien
une vraie patrie d'accueil et que la mienne est toute
charognerie... parole d'engagé volontaire, mutilé 75 % médaille
militaire et tout... " (RI).
LE
RIRE .
*
" Achetez-le, vous ! et hurlez !... mais regardez un peu
les autours si c'est pas trop haineux, jaloux... à tous
risques : " Il va crever ! " vous ajoutez... " Il est
agonique mais marrant ! C'est le marrant du Siècle !...
pas du demi !... faible le " demi-siècle "!... c'est
comme " demi-dieu "... c'est rien !... parlez pas de
génie !... c'est plein les rues les génies !... ça me
ferait du tort !... " Achetez-le ! " c'est tout... bref
! net ! ma gratitude vous est acquise... le trèpe se rue
sur les " Librairies "... emporte les grossistes
d'assaut ! Je reboume !... ma fesse cicatrise et mon
coude !... Féerie !... Féerie !... mon névrome
?... j'admets... le hic !... mais Tailhefer m'opère...
je reprends un " état général "... je revois clair on me
sort de ma fosse, on m'adule... je m'achète un vélo, un
cottage, une bonne pour ouvrir la porte... je pars plus
en Sibérie du tout !... je me rétablis praticien sur la
Côte d'Emeraude ! et vous me pouvez tout d'un seul mot :
" Il désopile " ! tant pis pour Montandon, sa balle, son
cancer, Clamart-les-Asies, foultra ! Toundras ! Fulda !
flûte ! Zazov ! qu'il y reste ! (F1)
* " Achille Brottin
me l'a dit l'autre soir : " Faites rire ! vous saviez,
vous savez plus ?... " il était surpris ! tout le monde
a ses petits ennuis ! vous n'êtes pas le seul ! ... j'ai
les miens, allez ! ... si vous aviez perdu comme moi cent
treize millions sur la de Beers ! si vous aviez " avancé
" deux cents millions à vos auteurs ! vous auriez un peu
d'autres soucis ! tout le monde a les siens ! cent
treize millions sur la de Beers ! ... quarante-sept
millions sur le Suez ! et écoutez ! ... en deux séances !
et quatorze millions sur les " Croix " ! ... qu'il a
fallu que je porte moi-même ! à mon âge ! à Genève ! les
" croix " à l'acheteur ! ... heureusement que mon fils
m'aidait ! ... quatorze millions en " 20 francs suisses
! ... " vous vous rendez compte ? " (CA, folio, p.21).
* " Ah si j'avais
joué communiste - au lieu d'aller me faire martyriser àdéfendre très
gratuitement ces charognes d'archi canailles bourgeoises - si l'on
viendrait m'en offrir, et à l'œil, des châteaux sur l'Oder ! (Le
Saint-Esprit et les Cosaques !) Bloy - Bolorée Hertz Boyer viendraient
me chercher en train spécial ! Le Préfet me porterait mes bagages ! Ils
me prieraient d'honorer leurs filles ! " (A
Augustin Tuset, fin août 1951, Lettres Pléiade 2009).
* Vive les Juifs !
vive les nègres ! vive les Papous ! et vive la Lune ! moi je suis sur les gradins - Que les autres se
déchirent étripent dilacèrent, entrebouffent ! Je regarde j'applaudirai
les plus vaillants ! Je compterai les tonnes de viandes à saler ! Sans
compter qu'au fond tu vois que tout est simple. La Bourgeoisie a fait
un Pacte avec le diable américain pour avoir les Dollars. Le Populo a
fait un pacte avec le diable russe pour avoir les Soviets - à présent
les deux diables présentent leurs notes - et les bombes ! " (A Jean-Gabriel Daragnès, 23 sept.1949, Lettres
Pléiade, 2009).
* " Tosi m'écrit à
l'instant une lettre cafouilleuse, amphigourique - C'est d'avoine dont
j'ai besoin point de littérature. J'en vends ! Votre bien amical et
reconnaissant. LF Céline. " (A Albert Naud, 21
déc.1947, Lettres Pléiade,2009).
* " Mon monde à moi est défunt - parmi les
défunts - Je ne vois dans le réel qu'une effroyable, cosmique,
fastidieuse méchanceté - une pullulation de dingues rabâcheurs de
haine, de menaces, de slogans énormément ennuyeux. C'est ça une
décadence ? Qu'ils ont dû s'embêter à Byzance ! on comprend
qu'ils s'y soient tant enculés les pauvres Bougres ! " (A Albert Paraz, 23-1-48, Lettres Pléiade, 2009).
* J'ai connu aussi
Laval à Sigmaringen. Je ne l'aimais pas. Il ne m'aimait pas, de longue
date. Et puis à son contact (je l'ai soigné), je me suis pris de
sympathie pour lui. Il avait deux vertus, admirables à mes yeux. Il
était ennemi absolu de toute violence - ghandiste à cet égard - et très
patriote, fanatique sur ce point, comme moi - En rigolant ensemble je
lui demandais toujours (s'il revenait au pouvoir (??!!!) de me faire
nommer gouverneur de St Pierre et Miquelon - ma seule ambition
terrestre. Il me promettait toujours d'étudier la chose... " (A Albert Naud, 9 sept.1947, Lettres Pléiade, 2009).
* " Les érections " pures " sont-elles seules
prolifiques ? Alors, il faudrait vivement faire saillir les curés et
les ministres si peu portés sur la famille et si prédicants en tous
lieux. La France bande peu en vérité, elle est chiche et prudente de
sperme comme du reste, mais elle boit sec effroyablement. Péguchet
va-t-il s'attaquer aux débits, nos rois innombrables ? Point si brave,
le cafard ! Sus à l'écrivain ! Que risque-t-il ? Rien ! Que les
ovations des multitudes toujours destructrices, parfaitement hypocrites
et mufles. Et la Grand-Croix ! " (Lettre au "
Merle ", 14 juillet 1939, Lettres Pléiade 2009).
* " Je donnerais
volontiers aux flammes toutes les cathédrales du monde si cela pouvait
apaiser la Bête et faire signer la paix demain. Deux mille années de
prières inutiles, je trouve que c'est beaucoup. Un peu d'action !
Demain l'on fera sans doute une architecture en trous ! pas de flèches
! Les leçons de la guerre auront porté. Par terreur des bombes, nos
descendants vivront sans doute dans le Tous à l'égout. Ainsi soit-il !
" (Au journal " La Gerbe ", 22 juin 1944,
Lettres Pléiade, 2009).
* " Des aveugles ! Et le petit, tu le vois bien aussi ? Le
chétif ! L'infirme !... Cet avorton de radis ?... C'est pourtant bien
simple un radis ?... Non, c'est pas simple ?... Tiens, tu me désarmes
!... Et un radis très gros, Ferdinand ?... Suppose un énorme radis
!... Tiens, gros comme ta tête !... Suppose que je le gonfle ainsi, à
coups de bouffées telluriques, moi ! ce tout petit ridicule !... Alors
?... Hein ?... Comme un vrai ballon !... Ah ? et que j'en fasse comme ça
cent mille !... des radis ! " (MC).
* " Il rengueulait Kerdoncuf, ça servait pas à grand chose.
Il se connaissait plus de colère. Il a eu beau enlever son casque pour
que la flotte lui trempe la tête, il bouillait de rage... il en rejetait
des vapeurs avec des tonnerres de jurons. Le mot venait pas quand même,
y avait rien à faire. " (CP).
* " Claben avec les clients je l'ai dit il parlait pas
beaucoup... mais il gafait longuement l'article, il l'examinait en
détail... il louchait sur le fin " contrôle "... il se rapprochait d'encore
plus près avec sa grosse loupe... ça y appuyait sur les bajoues, la
panne lui remontait aux oreilles, tellement qu'il pressait sur sa
loupe... si passionnément... Il en oubliait son asthme... Il reprenait
encore une autre loupe... une encore plus grosse... une énorme... " (GB1).
* " C'est toujours la croix, la bannière, pour avoir
quelqu'un chez Gaston... ils partent en cure où ils en reviennent... si
ils en reviennent ils ont tellement des lettres en retard qu'ils sont
des mois à répondre... dicter, redicter... une fois mis les lettres sous
enveloppes, collé les timbres, ils sont à bout, sur le flanc... ils
repartent en cure... " (EY).
* " A chaque plongée l'âme s'échappe... on la reprend à la
montée dans un reflux de glaires et d'odeurs... Un passager implore
pardon... Il hurle au ciel qu'il est vide... il voudrait vomir ses deux
yeux... Il essaye qu'ils lui sortent des trous... maman elle, va
s'écrouler sur la rampe... Elle se revomit complètement... Il lui est
remonté une carotte... un morceau de gras... et la queue entière d'un
rouget... " (MC).
* " Textuel. Holà ! Voici donc ce qu'écrivait ce petit
bousier pendant que j'étais en prison en plein péril qu'on me pende. Satané petite saloperie gavée de merde, tu me sors
de l'entre-fesse pour me salir au dehors ! Anus Caïn pfoui ! Que
cherches-tu ? Qu'on m'assassine ! C'est l'évidence ! Ici ! Que je
t'écrabouille ! Oui !... Je le vois en photo... ces gros yeux... ce
crochet... cette petite ventouse baveuse... c'est un cestode ! " (AAB).
* " Mon cher Roger on peut peut-être STOP vous demander STOP
si des fois Hachette STOP vous a rien fait savoir pour mon
épicier-libraire STOP et sa demande de dépôt de quotidiens. STOP à la
bonne vôtre STOP et je vous la serre... STOP. Louis. " (NRF).
* " Madame : Dites donc Lulu les capotes ont encore augmenté.
Je vois ça là. - Lulu : Oui, le pharmacien a dit que c'était à cause du
change. Forcément c'est anglais. - Madame : Ah ! Zut on touche plus à
rien qu'est pas anglais ou américain, le charbon, le gaz, la soie, les
capotes, les musiques, y a plus que mon... oui... qu'est français ! -
Lulu : Ah ! c'est encore à voir, il doit bien parler l'anglais aussi
depuis qu'il en reçoit ! " (PRO).
L'
AMÉRIQUE .
* " Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument
droite. New-York c'est une ville debout. On en avait déjà vu des villes
bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais
chez nous, n'est-ce-pas, elles sont couchées les villes, au bord de la
mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles
attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se
pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout,
raide à faire peur. " (VO).
* " Je ne connais rien de plus déchirant de plus sinistre que
l'Amérique ce pays absolument dépourvu de vie profonde dès qu'on cesse
de s'y exciter et qu'on commence à y réfléchir. Une impuissance
spirituelle inouïe. Un lyrisme de Galeries Lafayette - des
enthousiasmes d'ascenseur. Une nation de garagistes ivres, hurleurs et
bientôt complètement juifs. " (CC5).
* " J'avais déjà vu bien des gens de la rue y disparaître et
puis en ressortir. C'était dans ce souterrain qu'ils allaient faire
leurs besoins. Une espèce de piscine, mais alors vidée de toute son
eau, une piscine infecte, remplie seulement d'un jour filtré, mourant,
qui venait finir là sur les hommes déboutonnés au milieu de leurs
odeurs et bien cramoisis à pousser leurs sales affaires devant tout le
monde, avec des bruits barbares. " (VO)
* " ... C'était écrit sur une ardoise qu'on demandait du
monde. J'étais pas le seul à attendre. Dans cette foule presque
personne ne parlait l'anglais. Ils s'épiaient entre eux comme des bêtes
sans confiance, souvent battues. De leur masse montait l'odeur
d'entre-jambes urineux comme à l'hôpital. Quand ils vous parlaient
on évitait leur bouche à
cause que le dedans des pauvres sent déjà la mort. " (VO).
* " Il pleuvait sur notre petite foule. Les files se tenaient
comprimées sous les gouttières. C'est très compressible les gens qui
cherchent du boulot. Ce qu'il trouvait de bien chez Ford, que m'a
expliqué le vieux Russe aux confidences, c'est qu'on y embauchait
n'importe qui et n'importe quoi. " (VO).
LE STYLE .
*
" Je suis un styliste, si je peux dire, un maniaque du
style, c'est-à-dire que je m'amuse à faire des petites
choses. On demande énormément à un homme, or il ne peut
pas beaucoup. La grosse illusion du monde moderne, c'est
de demander à l'homme d'être à chaque fois un Lavoisier
ou un Pasteur, de tout faire basculer d'un coup. Il ne
peut pas ! L'histoire, mon Dieu, elle est très
accessoire. C'est le style qui est intéressant. Les
peintres se sont débarrassés du sujet, une cruche, ou un
pot, ou une pomme, ou n'importe quoi, c'est la façon de
le rendre qui compte.
La vie a voulu que je me place dans des circonstances,
dans des situations délicates. Alors j'ai tenté de les
rendre de la façon la plus amusante possible, j'ai dû me
faire mémorialiste, pour ne pas embêter si possible le
lecteur. Et ceci dans un ton que j'ai cru différent des
autres, puisque je ne peux pas faire tout à fait comme
les autres. Dans le Voyage, je fais encore
certains sacrifices à la littérature, la " bonne
littérature ". On trouve encore de la phrase bien
filée... A mon sens, au point de vue technique, c'est un
peu attardé. " (Interview avec Madeleine Chapsal,
L'Express, 1957).
*
" Le truc, c'est que moi je fais le boulot pour les
lecteurs, vous comprenez... En somme, le bonhomme, quand
il lit un livre, il est forcé de faire un effort de
représentation. Moi, je le fais pour lui, l'effort. Je
lui raconte. Je fais passer le langage écrit à travers
le langage parlé. Il se produit alors un peu ce qui
s'est produit pour les impressionnistes. Avant on ne
voyait jamais, par exemple, la fleur, l'écrevisse ou la
jolie femme sur l'herbe. On montrait un magnifique
bouquet de fleurs, des scènes de chasse, de naufrage,
mais tout ça en jour d'atelier.
Alors
il fallait faire un effort, pas un effort gros, mais
tout de même un petit effort pour sentir la bataille ou
sentir le naufrage. Tandis qu'avec les impressionnistes,
là, avec Manet, Monet et la suite, là on les a vues sur
l'herbe les écrevisses et les jolies femmes avec Le
Déjeuner sur l'herbe et le Bonheur à Bougival. " (Propos
recueillis par Léon Darcyl, Paris-Match, 1960).
* " Ils
nous font chier avec l'argot on prend la langue qu'on peut on la
tortille comme on peut elle jouit ou ne jouit pas - Voltaire me fait
jouir Bruant aussi - C'est le pageot qui compte c'est pas le
dictionnaire ! Tous ces rafignoleurs d'argots suent l'impuissance. Les
mots ne sont rien s'ils ne sont pas notes d'une musique du tronc... On
peut écrire à la Sévigné une lettre à la petite cousine qui fasse pâmer
les débardeurs. On peut rendre des viols en " Chautard ", chiadés
Villon, Rictus, la Maub, que tout un régiment débande - La magie n'est
pas dans les mots elle est dans leur juste touche, ainsi du piano - des
airs, du Chopin - des notes - Tu sais tout cela - Bien affectueusement.
LFC. " (A Albert Paraz, 29-2-48, Lettres
Pléiade, 2009).
*
" Le fait que vous me trouviez styliste me fait plaisir. Je suis
cela avant tout - point penseur nom de Dieu ! ni grand écrivain mais
styliste je crois l'être. Mon grand-père était professeur de Rhétorique
au Havre. je tiens de lui sans doute cette adresse dans le " rendu "
émotif, un mitron de mots comme disent mes ennemis. Je suis bien
l'émotion avec les mots je ne lui laisse pas le temps de s'habiller en
phrases... Je la saisie toute crue, ou plutôt toute poétique - car le
fond de l'Homme malgré tout est poésie. Le raisonnement est appris -
comme il apprend à parler, le bébé chante, le cheval galope - le trot
est d'école. " (A Milton Hindus, Copenhague, le
16 avril 1947, Lettres Pléiade, 2009).
* " Ce sont les pires pelures du livre qui nous font
chier... interminable, avec les ressources de leur style. Ils en ont
foutrement jamais eu de style ! ils en auront jamais aucun ! Le
problème les dépasse de partout. Un style c'est une émotion, d'abord,
avant tout, par dessus tout... Ils ont jamais eu d'émotion... donc aucune
musique. Se rattrapent-ils sur l'intelligence ?... Ç' a se verrait. (BM).
*
" Je représente quelque chose, moi, le génie français,
gloire littéraire, patrimoine spirituel de la France et
le reste... invention, j'ai inventé un style, ça vaut
bien cent mille par mois... et je pourrais me passer de
Gallimard, prendre ma retraite... j'ai tout de même
soixante-trois ans. Je la mérite bien la rente, la rente
et le prix Nobel... L'invention du style émotif parlé,
comme le chas de l'aiguille, je l'ai dit, ça vaut le
Nobel, je veux... Surtout quand on voit ceux qui l'ont
eu, qui le méritaient pas, qui avaient rien inventé :
Gidouille la crotte... Mauriac qui pète de fric...
Hemingway et son vieux naturalisme éculé chromo... " (Interview
avec Jean Callendreau, Artaban, 1957).
* " Les banlieusards veulent de l'américain ne bandent qu'à
l'américain. C'est-à-dire de l'Eugène Sue-Sioux ! dénaturé,
dénaturalisé, maupassantisé, zolatisé... Mais du moment que ça leur
vient du Carthage Atomique ! Ils avalent toutes les merdes pourvu qu'on
leur présente en chewing-gums ! " (CC6).
* " Le secret de l'Impressionnisme ! Je vous ai parlé de
l'Impressionnisme ? - Oh oui ! oh oui ! oui ! - Pas simplement à son
oreille !... non !... dans l'intimité de ses nerfs ! en plein dans son
système nerveux ! dans sa propre tête ! - Eh, bien !... C'est quelque
chose !... " (EY).
* " La Surface est plus fréquentable !... la
vérité... voilà... alors ?... j'hésite pas moi !... c'est mon génie ! le
coup de mon génie ! pas trente-six façons !... j'embarque tout mon monde
dans le métro, pardon !... et je fonce avec : j'emmène tout le monde
!... de gré ou de force !... " (EY).
* " Avec moi !... le métro émotif, le mien ! sans tous les
inconvénients les encombrements ! dans un rêve !... jamais le moindre
arrêt nulle part ! non ! au but ! direct ! dans l'émotion !... par
l'émotion ! rien que le but : en pleine émotion... bout en bout ! " (EY).
* " Oh ! il fait bien de vous prévenir ! nous n'achèterons
jamais cette suite ! Quel voleur ! Quel livre raté ! Quel raseur ! Quel
guignol ! Quel grossier ! Quel traître ! Quel Juif ! Tout. Je sais, je
sais, j'ai l'habitude, c'est ma musique ! Je fais chier tout le monde.
Et s'ils l'apprennent au bachot, dans deux cents ans et les chinois ?
Qu'est-ce que vous direz ? " (GB1).
* " Moi, je suis un raffiné !... Un raffiné de droit, de
coutume officiel, d'habitude doit écrire au moins comme Mr Gide, M. Vanderen, M. Benda, M. Duhamel, Mme Colette, Mme Fémina, Mme Valery,
les " Théâtres Français "... pâmer sur la nuance... Mallarmé, Bergson,
Alain... troufignoliser l'adjectif... goncourtiser... merde ! enculagailler la moumouche, frénétiser l'Insignifiance, babiller ténu
dans la pompe, plastroniser, cocoriquer dans les micros... Révéler mes
" disques favoris "... mes projets de conférences... " (BM).
* " Ah ! mais y a les " merde " ! Grossièretés ! C'est ça
qu'attire votre clientèle ! - Oh ! Je vous vois venir !
C'est bien vite dit ! Faut les placer ! Essayez donc ! Chie pas juste
qui veut ! Ç'a serait trop commode ! " (GB1).
* " Je pourrais, je pourrais bien devenir aussi moi, un
styliste véritable, un académique " pertinent ". C'est une affaire de
travail, une application de mois... peut-être d'années... On arrive à
tout... comme dit le proverbe espagnol : " Beaucoup de vaseline, encore
plus de patience, Eléphant encugule fourmi. " (BM).
* " Je suis un styliste, si je peux dire, un maniaque du
style, c'est-à-dire que je m'amuse à faire des petites choses. On
demande énormément à un homme, or il ne peut pas beaucoup. La grosse
illusion du monde moderne, c'est de demander à l'homme d'être à chaque
fois un Lavoisier ou un Pasteur, de tout faire basculer d'un coup. Il
ne peut pas ! Un type qui trouve un petit quelque chose de nouveau,
c'est déjà beaucoup, il est fatigué ! Il en a pour la vie ! " (INT1).
* " Une certaine musique, une certaine petite musique
introduite dans le style, et puis c'est tout. C'est tout. L'histoire,
mon Dieu, elle est très accessoire. C'est le style qui est intéressant.
Les peintres se sont débarrassés du sujet, une cruche, ou un pot, ou
une pomme, ou n'importe quoi, c'est la façon de le rendre qui compte. "
(INT1).
LA DANSE .
* " C'est vrai que je regardais la danse, j'ai toujours
aimé les danseuses... et alors ?... leurs formes hors de chair, leurs
mirages, pas des êtres là de juste viande ! ... pas qui restent qui
partent ! ... et alors ! ... tort à personne ! tout bien tout honneur
! ... Je suis pas povoïte ? ouizoucrotte, pas artiste, entendu, comme
Jules ! modeleur, tcétéra ! ... mettons que je pelote pas... povoïte, mais
alors comme médecin un peu ! ... ça pelote un médecin ! ça pelote ! j'en
profitais pas ! " (F1)
* " Danser ?... Mais nous allons t'apprendre ! Nous
! ... Veux-tu que nous te montrions ?... Veux-tu apprendre les grands secrets de la Danse ? " Le petit roi des esprits
appelle, invoque, commande les esprits de la
Danse... D'abord la " Feuille au Vent " ... le " Tourbillon des
Feuilles " ... " l'Automne " ... le " Feu follet " ... " Zéphyr " lui-même... les
" Buées ondoyantes " ... la " Brise matinale " ... la " Lumière des
sous-bois " ... etc... Evelyne danse de mieux en
mieux ! ... Ah ! elle peut retourner vers la vie ! ... Elle n'a plus à
craindre de rivale... " (BM).
* " J'ai été à l'Américan School of Ballet chez Balanchine.
Là il y a de la jolie femme ! Ah ! Ah ! Quelles merveilles ! Quelle
souplesse ! Quel miracle ! Juste à la limite extrême de l'esprit ! Le
raffinement du corps presque à l'absolu ! Oui spécialement miraculeuses
Daphne Vane et Kathryn Mallowry - danseuses assez insensibles je pense
mais êtres de féerie. " (CC5).
* " La sorcière veut l'empêcher... Rien à faire ! ... Virginie
vide tout le flacon... Le délire la saisit alors... monte en elle... elle
arrache ses vêtements et elle danse avec plus de flamme encore, plus de
fougue, plus de provocations, de lubricité, que tout à l'heure Mirella... C'est une furie... une furie dansante... Jamais encore Paul ne
l'avait vue ainsi... Et cela lui plaît... le subjugue... Il quitte Mirella
et se rapproche de Virginie... Il va danser avec elle... " (BM).
* " Au ciel éparses à bouquets... fleurettes partout
luisantes, pimpantes scintillent ! Volée d'étoiles ! ... tout
alentour tintent clochettes ! ... c'est le ballet ! ... et tout
s'enlace et tout dépasse, pirouette, farandole à ravir ! ... ritournelles
argentines... musique de fées ! ... " (BD).
* " Je vous vois bien ténia, certes, mais pas cobra, pas
cobra du tout... nul à la flûte ! Macbeth n'est que du Grand Guignol, et
des mauvais jours, sans musique, sans rêve... Vous êtes méchant, sale,
ingrat haineux, bourrique, ce n'est pas tout J.B.S. ! Cela ne suffit
pas... Il faut danser encore ! ... Je veux bien me tromper bien
sûr... J'irai vous applaudir lorsque vous serez enfin devenu un vrai
monstre, que vous aurez payé, aux sorcières, ce qu'il faut, leur prix,
pour qu'elles vous transmutent, éclosent, en vrai phénomène. En ténia
qui joue de la flûte. " (AAB).
* " Dans une jambe de danseuse le monde, ses ondes,
tous ses rythmes, ses folies, ses vœux, sont inscrits ! ... Jamais
écrits ! ... Le plus nuancé poème du monde ! ... émouvant ! (...) Le poème
inouï, chaud et fragile comme une jambe de danseuse en mouvant
équilibre est en ligne, (...) aux écoutes du plus grand secret, c'est
Dieu ! C'est Dieu lui-même ! Tout simplement ! (...) La vie les saisit,
pures... les emporte... au moindre élan, je veux aller me perdre avec
elles... toute la vie... frémissante, onduleuse... " (BM).
LE PEUPLE
*
" Ce peuple clos, racorni, sans folie, grimacier, sans cœur, tourne en
rond sans sa raison d'être : chier toujours de plus gros colombins. La
France n'est plus qu'un énorme concours de vidanges. La France est à
refaire. Là où il nous faudrait un lyrisme de feu on nous propose des
jus de pandectes. Misère ! éternelle connerie de ce pays abrutide raison, prosaïque comme une panse - Nous périssons
non seulement de raclée militaire, d'alcoolisme invétéré, de vinasserie
inondante, d'égoïsme absolu, de juiverie forcenée, de boustifaille
éperdue, mais surtout, avant tout, de notre haine de tout lyrisme. " (A un journaliste de " La Vie nationale ", le 27 août
1940, Lettres Pléiade, 2009).
* " Cent
ivrognes mâles et femelles peuplent ces briques et farcissent l'écho de
leurs querelles vantardes, de leurs jurons incertains et débordants,
après les déjeuners du samedi surtout. C'est le moment intense dans la
vie des familles. Avec la gueule on se défie et des verres plein le
nez. Papa manie la chaise, faut voir, comme une cognée, et maman le
tison comme un sabre, aux faibles alors. C'est le petit qui prend... Dès
le troisième verre de vin, le noir, le plus mauvais, c'est le chien qui
commence à souffrir, on lui écrase la patte d'un grand coup de talon. Ça lui apprend à avoir faim en même temps que
les hommes. On rigole bien à le voir disparaître en piaulant sous le
lit comme un éventré. C'est le signal. Rien ne stimule les femmes
éméchées comme la douleur des bêtes, on n'a pas toujours des taureaux
sous la main. " (VO).
* " Le
malheur en tout ceci c'est qu'il n'y a pas de "
peuple " au sens touchant où vous l'entendez, il n'y a que
des exploiteurs et des exploités, et chaque exploité
ne demande qu'à devenir
exploiteur. Il ne comprend pas autre chose. Le prolétariat
héroïque égalitaire n'existe pas. C'est un
songe creux, une
FARIBOLE, d'où l'inutilité la niaiserie absolue, écœurante de toutes
ces imageries imbéciles, le prolétariat en cotte bleue, le héros de
demain, et le méchant capitaliste repu à chaîne d'or. Ils sont aussi
fumiers l'un que l'autre. Le prolétaire est un bourgeois qui n'a pas
réussi. Rien de plus. Rien de moins. Rien de touchant à cela, une
larmoyerie gâteuse et fourbe. C'est tout. Un prétexte à congrès, à
prébendes, à paranoïsmes... Demandez-vous à Brughel à Villon s'ils
avaient des opinions politiques ?... (A Elie
Faure, Badgastein, 22 ou 23 juillet 1935, Lettres Pléiade, 2009).
* " C'est pas vrai ! La race, ce que t'appelles comme ça,
c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux,
puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste,
les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils
ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C'est ça la France
et puis c'est ça les français. " (VO).
* " Jamais je l'ai vu se faire engueuler le Claben pour ses
performances, ses exactions de commerce, pourtant il se montrait
dégueulasse, le pire chacal, abject, râleux question d'usure et
mauvaise foi ! Question " prêt et bail " un immonde ! jamais grâce d'un
jour... d'un penny... le pire tyran sur les délais... il les écorchait à
zéro !... " (GB1).
* " L'Opinion a toujours raison, surtout si elle est bien
conne... " (CA).
* " ... notons, vous notez, vous ne les verrez jamais
d'accord, sur les mérites, vertus ou crimes, de personne! de n'importe
qui... même archi-saouls, dégueulant, roulant... que ce soit sur Landru,
Petiot, Clémenceau, Poincaré, Pétain, Guillaume II, Mistinguett, De
Gaulle, Dreyfus, Déroulède, Bougrat... controverses dialectiques, baveries, à plus finir !... " (NO).
* " Masochistes ? Oh tu les flattes ! idiots lâches veules
digestifs biberons, c'est tout... larbins torves mouchards
fastidieux... cheptel dégénéré total... la foule ! tu n'as qu'à la
regarder passer... leurs viandes en auto, leur cerveau a disparu, leurs
jambes ont disparu aussi... comme le Taenia, au bocal, tous ! " (CC6).
* " Le peuple il a pas d'idéal, il a que des besoins. " (BD).
* " Ah Monsieur Jules ! Ah, Monsieur Jules ! Plus il envoyait
des vannes sales plus elles frétillaient, gloussaient ! Moi-même il me
bluffait ce qu'il trouvait comme saloperies crues ! - Elles reviendront
pas ! Mais si elles revenaient ! enchantées !... des pucelles plein son
divan, parfaitement aimables et à poil... et pas des petites gredines
morveuses pouilleuses ! Ah pas du tout !... Instruites ! Bonnes manières
! " (F1).
* " D'où lui vient ce goût-catastrophe ? avant tout, surtout
de l'école, de l'éducation première, du sabotage de l'enthousiasme, des
joies primitives créatrices, par l'empesé déclamatoire, la cartonnerie
moralistique. O pions fabriquants de Déserts ! " (BD).
* " Quant au peuple, je vais
t'expliquer... Bonnard, dupe, lui, toujours cocu, farci de meneurs,
pourvu qu'on le divise par pancartes, qu'on lui refile un coup de
fanfare, il ira vinasseux à tordre, où l'on voudra ! toupillonner ! se
faire résoudre dans les rafales... C'est son destin... C'est sa bonne
chance !... A la bonne fortune des riflettes ! pour la marrante magie
des mots ! " (BM).
* " Il attend pas que les autres se fendent... Ah ! pardon !
pas lui ! Au sacrifice toujours premier !... C'est pour les héros de la
mer jaune... pour les bridés du Kamtchatka... les bouleversés de la
Louisiane... les encampés de la Calédonie... les mutins mormons de
Smyrne... les empalés coptes de Boston... les Polichinels caves d'Ostende
... n'importe où pourvu que ça souffre ! " (BD).
* " Sans or les idées ne sont rien. Il faut verser l'or à
foison, à boisseaux, à tonnes, pour soulever le peuple. Qui n'en a pas
n'insurge personne... On n'insurge qu'avec des espèces et pas du
semblant ! des pichenettes ! Non ! Non ! Des trombes ! Cyclones de pèze
! Guillotine est fille de Guichet. " (BD).
LE COMMUNISME .
*
" Mais depuis le drôle de bolchévisme que vous pouvez
plus dire un mot !... Picasso ci !... Boussac par là !
Tartre re-coco !... milliards partout ! damnés par là
!... vous n'existez plus ! le plus de bide, popotin...
bajoues, le plus damné de la Terre ! vous marrez ? ils
vous coupent la tête... (CA, Gallimard, folio, p.78).
* " Altman se rendait malade à bout de transes,
l'enthousiasme, l'état où le mettait le " Voyage " !... aux temps où Mme Triolette et son gastrique Larengon traduisaient cette belle
œuvre en
russe... ce qui m'a permis d'y aller voir en cette Russie ! A mes frais
! pas du tout aux frais de la princesse !... vous voyez si j'étais placé
! je remplaçais Barbusse ! d'autor ! les Palais, Crimée, Sécurit !
l'URSS m'ouvrait les bras ! J'ai de quoi me la mordre !... ce qui est
fait est fait, bien sûr !... l'Histoire repasse pas les plats !... " (CA).
* " J'ai été à Leningrad pendant un mois. Tout cela est
abject, effroyable, inconcevablement infect. Il faut voir pour croire.
Une horreur. Sale, pauvre, hideux. Une prison de larves. Toute police,
bureaucratie et infect chaos. Tout bluff et tyrannie. Enfin je vous
raconterai. Je suis passé en bateau par Copenhague où je suis resté 3
heures ! Quel paradis après la Russie ! " (CC5).
* " Le Capital et ses lois, elle les avait compris,
Mireille... Qu'elle avait pas encore ses règles. Au camp des Pupilles à
Marty-sur-Oise on y trouvait de la branlette, du bon air et des beaux
discours. Elle s'était bien développée. Le jour annuel des Fédérés,
elle faisait honneur au Patronage, c'est elle qui brandissait Lénine,
tout en haut d'une gaule, de la Courtine au Père-Lachaise. Les
bourriques en revenaient pas tellement qu'elle était crâneuse. Mais
alors des molletons splendides, elle levait le boulevard derrière elle
à chanter l'Internationale ! " (MC).
* " Non ! Non ! Non ! J'ai jamais micronisé, macronisé dans
les meetings !... Je vous adore mon Staline ! mon Litvinoff adoré ! mon
Comitern !... Je vous dévore éperdument ! Moi j'ai jamais voté de ma vie
!... Ma carte elle doit y être encore à la Mairie du " deuxième "... J'ai
toujours su et compris que les cons sont la majorité, que c'est donc
bien forcé qu'ils gagnent !... " (BM).
* " Capital ! Capital ! Faut plus rugir, c'est toi tout
entier, Prolo ! De la Rolantique au croupion... Popu, t'es seul ! T'as
plus personne pour t'accabler ! Pourquoi ça recommence les vacheries
?... Parce qu'elles remontent spontanées de ta nature infernale, faut
pas te faire d'illusions, ni de bile, sponte sua. Ç'a recommence. "
(MEA).
* " Etouffer la dure vérité : que ça ne colle pas les " hommes
nouveaux " ! Qu'ils sont tous fumiers comme devant ! On y avait juré à
Prolo que c'était justement les " autres " qui représentaient toute la
caille, le fiel profond de tous ses malheurs ! Ah ! l'entôlage ! la putrissure ! Il trouve plus les " autres "... " (MEA).
* " Je me vois plutôt très Vallès, aussi avec un côté
légendaire très celte, légende d'abord, pour ainsi dire Barde. Barde à
la con ! Et con de barde ! La preuve ! Ah, mille fois plus communiste
qu'Aragon et Thorez, communiste naturellement, d'âme si j'ose dire, va
de soi. Ma devise, j'en parle même pas, tout donner, merde ! Le
" Voyage " est le seul roman communiste d'âme paru, Trotsky l'avait
parfaitement compris, d'où je crois le très fond de haine de ce
côté-là, dont j'écope. " (LPM).
* " J'ai vu pourtant bien des naufrages... des êtres... des
choses... innombrables... qui tombaient dans le grand limon... qui ne se
débattaient même plus... que la misère et la crasse emportaient au noir
sans férir... Mais je n'ai jamais senti d'étouffoir plus dégradant, plus
écrasant, que cette abominable misère russe... cet épileptisme policier,
cette hantise du bouton de porte, cette détresse, cette rage, ce
gémissement de chaussure qui prend l'eau, qui prendra l'eau
éternellement, amplifié cosmique... " (BM).
* " Faut dire... je serais d'une Cellule, d'une Synagogue,
d'une Loge, d'un Parti, d'un Bénitier, d'une Police... n'importe
laquelle !... je sortirais des plis de n'importe quel " Rideau de
fer "... tout s'arrangerait ! sûr ! dur ! pur ! ... d'un Cirque quelconque
!... comme ça que tiennent Maurois, Mauriac, Thorez, Tartre, Claudel
!... et la suite !... l'abbé Pierre... Schweitzer... Barnum !... aucune
honte !... et pas d'âge ! Nobel et Grand Croix garantis ! " (CA).
LA MÉDECINE .
*
" Parlons médecine... il me vient encore quelques
malades... certes !... jamais vous pouvez vous vanter
d'être absolument sans malades !... non !... un de temps
à autre... bon !... je les examine... pas plus mal que
les autres médecins... pas mieux... aimable, je suis !
oh ! très aimable ! et très scrupuleux !... jamais un
diagnostic de chic !... jamais un traitement fantaisiste
!... depuis trente et cinq années, jamais une
prescription drôlette !... pas que je me tienne pas au
courant !... que si ! que si !... je lis à fond tous les
prospectus... deux, trois kilos par semaine !... au feu
! au feu le tout ! Rien à me reprocher ! seulement un
petit truc... que je demande jamais d'argent ; je peux
pas tendre la main !... même pour les A.S... même les
A.M.C... je démordrai pas !... idiot d'orgueil ! " (CA,
Gallimard, folio, p.13).
*
" En attendant j'ai plus de " Pachon "... je me suis
fait prêter un Pachon pour liquider les ennuyeux, pas
mieux !... vous les faites assoir, vous leur prenez leur
" tension "... comme ils bouffent trop, boivent trop,
fument trop, c'est rare qu'ils se tapent pas leur 22...
23... maxima... la vie pour eux c'est un pneu...
que de leur maxima qu'ils ont peur...
l'éclatement ! la mort !... 25 !... là, ils s'arrêtent
d'être loustics ! sceptiques ! vous leur annoncez leur
25 !... vous les revoyez plus ! ce regard qu'ils vous
jettent en partant ! la haine !... le sadique assassin
que vous êtes ! " au revoir ! au revoir !... " (CA,
folio, p. 7).
* " Jacques D'ARRIBEHAUDE : -
Qu'est-ce que ça représentait, un médecin, dans votre enfance ?
LFC : - Un bonhomme qui venait au passage Choiseul,
voir ma mère malade, mon père... Je voyais un type miraculeux, moi, qui
guérissait, qui faisait des choses étonnantes avec un corps qui n'a pas
envie de marcher. Je trouvais ça formidable. Il avait l'air très
savant. Je trouvais ça, absolument, un magicien. " (Interview).
* " Trop d'humiliation, trop de gêne portent à l'inertie
définitive. Le monde est trop lourd pour vous. Tant pis. Pendant
qu'elle invoquait, provoquait le Ciel et l'Enfer, tonitruait de
malheur, je baissais le nez et baissant déconfit je voyais se former
sous le lit de la fille une petite flaque de sang, une mince rigole en
suintait lentement le long du mur vers la porte. Une goutte, du sommier
chutait régulièrement. Tac ! Tac ! " (VO).
* " Aux malheureux, retiens mon avis, c'est l'occupation qui
manque, c'est pas la santé... ce qu'ils veulent c'est que tu les distrayes les émoustilles, les intrigues avec leurs renvois... leurs
gaz... leurs craquements... que tu leur découvres des rapports... des
fièvres... des gargouillages... des inédits !... Que tu t'étendes... que tu
te passionnes... C'est pour ça que t'as des diplômes... Ah ! s'amuser
avec sa mort tout pendant qu'il la fabrique, ça c'est tout l'Homme,
Ferdinand ! " (MC).
* " C'est comme ça que j'ai débuté, un petit peu ainsi
clandestin au " London Freeborn Hospital " avec le
docteur Clodovitz dans la carrière professionnelle. J'ai appris à dire
tout comme lui, tout de suite, partout, Soon be over ! C'a va passer !
C'est devenu comme une habitude, un tic, quelque sorte... " (GB1).
* " Oh je m'amuse ! Vanitatas ! Invidivia ! Javalousie !
comme Jules ? Oh maldonne totale ! mon ambition n'est pas aux Arts ! ma
vocation c'est la médecine !... mais je réussissais pas beaucoup... et la
médecine sans clients !... Le roman est venu... J'ai continué, alas !
alas ! tout petits bénéfices d'abord et puis menottes ! cachots !
haines ! n'écrivez jamais ! " (F1).
* " A cet instant il est si près de la vérité qu'il est en
train de la circonscrire. Il en est encore plus près quand il imagine
de faire pratiquer le lavage des mains à tous les étudiants avant
qu'ils n'abordent les femmes enceintes. On se demande le " pourquoi " de
cette mesure, elle ne répondait à rien dans l'esprit scientifique de
l'époque. C'était une pure création. Toujours est-il qu'il fit disposer
des lavabos aux portes de la clinique et donna l'ordre aux étudiants de
se nettoyer soigneusement les mains préalablement à toute investigation
ou manœuvre sur une parturiente." (SE).
* " Devenez franchement vicieuse sexuellement. Cela aide
beaucoup et libère du romantisme, la pire des faiblesses féminines - et
surtout des faiblesses allemandes. Apprenez à faire l'amour " par
derrière ". Cela aide énormément à contenter les hommes sans risques
aucun. Devant c'est une plaie. Attention ! Mille fois attention ! " (CC5).
* " Quelle importance ces misères ? je
déraille !... J'ai quelques confrères admirables, je ne les cite pas
tous, je ne veux pas leur faire du tort. " (BM).
* " Je demandai tout de même à voix timide si le placenta
était expulsé déjà tout entier. Les mains de la fille, pâles et
bleuâtres au bout pendaient de chaque côté du lit, rabattues. A ma
question, c'est la mère encore qui a répondu par un flot de jérémiades
dégoûtantes. Mais réagir, c'était après tout beaucoup trop pour moi. "
(VO).
* " Ceux qui parlent, aussi malins soient-ils, tôt ou tard,
ils sont foutus. Ce qu'il faut, c'est hocher de la tête, je le dis
toujours aux jeunes confrères. L'imagination des gens fait le reste, et
elle le fait bien. Tout le monde peut dire des choses, mon vieux,
parler n'est qu'humain. Ce qui est important, inusable, ce qui donne
confiance, c'est ce qu'on ne dit pas. " (LE).
LA JUSTICE .
*
" (...) la haine des Allemands, soit dit en passant,
s'est surtout vraiment exercée que contre les "
collaborateurs "... pas tellement contre les Juifs,
qu'étaient si forts à Londres, New York... ni contre les
fifis, qu'étaient dits " la Vrounze nouvelle ", de
demain !... dure, pure... mais à fond contre les "
collabos ", ordures du monde ! et qu'étaient là, faibles
on ne peut plus, à merci, vaincus total !... et sur
leurs mômes plus faibles encore... je vous dis :
Nuremberg est à refaire !... ils ont parlé de tout, mais
au pour ! pas du tout pertinents, sérieux... à côté !...
Tartuffes !... " (CA, folio, p.163).
*
" (...) que ça me serait arrivé bel bien si j'étais
resté ! plein pif ! vrang ! brang ! comme Renault
Louis... Renault lui, c'était l'usine, et 50
milliards... moi, pour le plaisir, simplement !... quand
l'armée fout le camp, chiasse aux chausses, vous pouvez
vous attendre à tout... sept millions de déserteurs,
plein de pive, vous pouvez vous dire : ça va !
l'Apocalypse !... monde à l'envers !... mensonges
partout !... de ces coups de grâce plein les nuques et
dans les motos ! de ces représailles contre les objets
et les culs- de-jatte ! de ces papouilles aux agoniques
!... que j'ai bien fait de quitter la Butte !...
tambours ni trompettes !... sûr, y aura d'autres
Epurations !... bavelles !... canifs et petits lards ! "
(CA, Gallimard, folio, p.49).
* " Listes après listes, incessantes listes de noms illustres
au secours du petit Valaque giflé... Du théâtre, des beaux-arts, la
science, les académies toutes ensemble pour le soulagement du brave paoin, son missionnaire sur l'estomac... Mais depuis 44, treize années,
jamais vu passer une seule liste pour l'amnistie générale... Comme si
c'était Dieu impossible que les Français pensent à autre chose que
d'être encore un peu plus vaches indéfectiblement féroces pour leurs
nationaux dans le malheur !... " (VM).
* " Je suis le bouc, je pue - A mort ! mille morts... C'est
aussi simple. Mais quand j'aurais été sapé j'écrirai un petit pamphlet
: " Terreurs, Enterreurs, déterreurs. " On rigolera. Il m'a toujours
frappé qu'on avait déterré Cromwell pour le juger et le
pendre, en cadavre. Ainsi va la haine, le désir du monde et de
Caliban. " (CC6).
* " Tenez de bric et de broc je vous fais remarquer la
muflerie monstre !... depuis le " Voyage " c'est à qui me pique, plagie,
s'en baffre, me vole tout, bien simple... la horde au complet !... je me
fais l'impression de les régaler tous depuis 33, ils sont à table, à ma
table, et ils en redemandent, tant et plus, baffrent et jamais, jamais
ils avouent... " (RI).
* " Le petit succès de mon existence c'est d'avoir tout de
même réussi ce tour de force qu'ils se trouvent tous d'accord, un
instant, droite, gauche, centre, sacristies, loges, cellules,
charniers, le Comte de Paris, Joséphine, ma tante Odile,
Kroukroubezeff, l'abbé Tirelire, que je suis le plus grand ordure
vivant ! De Dunkerque à Tamanrasset, d'URSS en USA... " (NO).
* " Les miracles vous le savez ne sont point tenus pour
véritables miracles avant scrupuleuses enquêtes, conciles etc... Car
enfin miracle il semble ! Et vous êtes l'astrologue, sorcier grigri !
Cela demande confirmation par cette chère Ambassade et monsieur Thomas
! quel nom ! Vice consul des Incrédules ! attendons ! mais n'attendons
point pour vous témoigner, assurer, jurer mille affectueuses et
éblouies reconnaissances ! " (LAT).
* " On m'a tout volé : mon appartement, 4 rue Girardon, mes
meubles, sept manuscrits, mon honneur. Je suis perpétuellement menacé.
" On vous tuera ", me dit-on. Tous ceux qui m'ont volé sont, au moins,
commandeurs de la Légion d'honneur. Autrefois, on pendait les voleurs
aux croix. Aujourd'hui, on pend des croix aux voleurs. " (INT5).
* " Il n'est pas question vous le pensez bien que je rentre
pour me justifier ! J'ai payé déjà bien trop cher mon espèce d'asile
ici ! A peine à Paris ce serait la levée de toutes les " mères de
Buchenwald " ! les hachés d'Auschwitz ! etc... pour réclamer ma mise à
mort - vingt témoins pour déclarer que j'étais la maîtresse d'Hitler
etc... le fait d'avoir été à Sigmaringen suffit pour 20 ans de prison !
NON ! Pas question ! " (LAN).
* " Même croulants, fondants, urineux, " honoraires ",
" Emblèmes des Partis " ! Juanovicistes ! ça va !... tout va... n'importe
quoi vous est permis sitôt que vous êtes bien reconnu clown ! que vous
êtes certainement d'un cirque !... vous êtes pas ? malheur ! pas de
chapiteau ? billot ! la hache !... " (CA).
* " ... Zerhof, Berlin ou Montmartre, nos comptes sont
bons... damnées viandes !... toutes les guerres totales, Révolutions,
Inquisitions, chambarderies, pirouettes de Régimes, sont des occasions
magnifiques, providences pour bien des personnes... la preuve mézig rue
Girardon, comme mon local me fut soufflé, et tout ce qu'il
contenait... vous croyez peut-être qu'ils m'auraient mis une petite
plaque " Ici demeurait, et fut pillé, etc... " Je peux attendre !... Zéro
!... " (NO).
L ' AVENIR .
* " On est parti dans la vie avec les conseils des parents.
Ils n'ont pas tenu devant l'existence. On est tombé dans les salades
qu'étaient plus affreuses l'une que l'autre. On est sorti comme on a pu
de ces conflagrations funestes, plutôt de traviole, tout crabe baveux,
à reculons, pattes en moins. On s'est bien marré quelques fois faut
être juste, même avec la merde, mais toujours en proie d'inquiétudes
que les vacheries recommenceraient... Et toujours elles ont
recommencé... " (GB1).
* " Je vous l'écris de partout par le fait ! de Montmartre
chez moi ! du fond de ma prison baltave ! et en
même temps du bord de la mer de notre cahute ! Confusion des lieux, des
temps ! Merde ! C'est la féerie vous comprenez... Féerie c'est ça... l'avenir ! Passé ! Faux ! Vrai ! Fatigue ! " (F1).
* " La grande prétention au bonheur, voilà l'énorme imposture
! C'est elle qui complique toute la vie ! Qui rend les gens si
venimeux, crapules, imbuvables. Y a pas de bonheur dans l'existence, y
a que des malheurs plus ou moins grands, plus ou moins tardifs,
éclatants secrets, différés, sournois... " C'est avec des gens heureux
qu'on fait les meilleurs damnés ". (MEA).
* " Qu'ils viennent ici seulement un an ils baisent tout le
monde ! le tour est joué ! plus un blanc ! Cette race n'a jamais
existé... un " fond de teint " c'est tout ! l'homme vrai de vrai est noir
et jaune ! L'homme blanc religion métisseuse ! des religions ! juives
catholiques protestantes, le blanc est mort ! il n'existe plus ! qui
croire ? " (RI).
* " Je serai parvenu tout de même à passer à travers la plus
grande chasse à courre qu'on ait organisée en Histoire... C'est déjà pas
mal !... je ne renie rien du tout... je ne change pas d'opinion du
tout... je mets simplement un petit doute, mais il faudrait qu'on me
prouve que je me suis trompé, et pas moi que j'ai raison. " (INT4).
* " C'est un prodigieux moyen de propagande. C'est aussi,
hélas ! un élément d'abêtissement en ce sens que les gens se fient à ce
qu'on leur montre. Ils n'imaginent plus. Ils voient. Ils perdent la
notion de jugement et ils se prêtent gentiment à la fainéantise. La TV
est dangereuse pour les hommes. L'alcoolisme, le bavardage et la
politique en font déjà des abrutis. Etait-il nécessaire d'ajouter
encore quelque chose ? " (INT5).
* " Pourquoi ? Voici !... je suis informé ! les Chinois, les
vrais, les Chinois de choc, ceux qui viendront nous occuper,
bivouaquent déjà en Silésie... Breslau et les environs... mines et hauts
fourneaux... il en viendra d'autres ! bien d'autres d'à travers les
steppes... de ces hordes !... Kirghizes, moldo-finnois, balto-ruthènes,
teutons... vous les verrez à Pantin, à la porte que vous connaissez,
accueillis je ne vous dis que ça par de ces foules ! hurlantes au
pinard, au bonheur, à la liberté ! " (RI).
* " Le sang des blancs ne résiste pas au métissage !... il
tourne noir, jaune !... et c'est fini ! le blanc est né dans le
métissage, il fut crée pour disparaître ! sang dominé ! Azincourt,
Verdun, Stalingrad, la ligne Maginot, l'Algérie, simples hachis
!... viandes blanches ! " (RI).
* " De loin, le remorqueur a sifflé ; son appel a passé le
pont, encore une arche, une autre, l'écluse, un autre pont, loin, plus
loin... Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la
ville entière, et le ciel et la campagne et nous, tout qu'il emmenait,
la Seine aussi, tout, qu'on n'en parle plus. " (VO).
L' AMOUR .
*
" Est-ce que dans vos romans l'amour tient une grande
place ? - Aucune. Il ne doit pas en tenir. Il faut avoir de la pudeur quand on
est romancier : article 2 ! (Interview avec André
Parinaud, Arts, 1960).
*
(...) terrible le dada des beautés ! plus les villes
brûlent, plus on massacre, pend, écartèle plus elles
sont folles d'intimités... l'article n°1 du monde :
foutre !... moi qui n'oublie pas grand-chose (nulle
flatterie), je me souviens très bien qu'en octobre 14,
le régiment pied à terre, sur la rive droite de la Lys,
attendant l'aube sous le feu continu des batteries d'en
face, plein de demoiselles et de dames, bourgeoises,
ouvrières, profitaient du noir pour venir nous tâter,
relevaient leurs jupes, pas une parole dite, pas un mot
de perdu, pas un visage vu, d'un cavalier pied à terre
l'autre...
...
les bonnes mœurs mettent dix mois, dix ans, à faire
traîner les fiançailles, d'un sport d'hiver l'autre,
vernissage l'autre, surprises-parties, ruptures d'autos,
petits grands gueuletons, alcools formids, rots, bans,
Mairie, mais s'il le faut, les circonstances font
copuler des régiments méli-mélo de folles amoureuses,
sous des voûtes d'obus, mille dames à la fois !... à la
minute !... pas d'histoires !... trous dans la nature
?... morts partout ?... djigui ! djigui ! amours
comme des mouches ! " (NO, folio, p.284).
*
" Je l'avais bien senti, bien des fois, l'amour en réserve. Y'en a
énormément. On peut pas dire le contraire. Seulement c'est malheureux
qu'ils demeurent si vaches avec tant d'amour en réserve, les gens.Ça ne sort pas, voilà tout. C'est pris en dedans, ça
reste en dedans, ça leur sert à rien. Ils en crèvent en dedans,
d'amour. " (VO).
* " Je t'aième !... c'est un abominable mot, que pour ma part
je n'ai jamais employé, car on ne l'exprime pas, ça se sent et puis
c'est tout. Un peu de pudeur n'est pas mauvais. Ces choses existent,
mais se disent peut-être une fois par siècle, par an... pas à longueur
de journée, comme dans les chansons... " (MH).
* " T'as du cœur, dis, Léon, t'en as un peu tout de même du
cœur ? Pourquoi alors que tu le méprises mon amour ? On avait fait un
beau rêve tous les deux ensemble... Comme tu es cruel avec moi quand
même ! ... Tu l'as méprisé mon rêve, Léon ! Tu l'as sali ! ... Tu peux dire
que tu l'as détruit, mon idéal ! ... Tu veux donc que j'y croie plus à
l'amour, dis ? "
A ce propos, Léon ne répond pas grand' chose. On peut
même dire qu'il ne répond rien. Il a bien tort. On ne se méfie jamais
assez de personnes nourries jusqu'aux sourcils de goualantes réalistes.
Madelon le lui fera savoir par l'intermédiaire de trois balles dans la
peau. " (KH).
* " Santé, vivacité, surprise, danse, et toutes les
combinaisons possibles. En bref je suis cochon ! Et je consomme peu hélas, concentré comme je suis sur mon terrible
boulot si sérieux - malgré moi, scrupuleux, féroce à ma tâche. J'ai
toujours aimé que les femmes soient belles et lesbiennes. Bien
agréables à regarder et ne me fatiguant point de leurs appels sexuels !
Qu'elles se régalent, se broutent se dévorent, moi voyeur. Cela me
chaut ! et parfaitement ! et depuis toujours ! Voyeur certes et
enthousiaste consommateur un petit peu mais bien discret !...
J'ai toujours eu le mépris parfait des
maquereaux pour les clients avec leurs queues toujours à la main et le
madrigal aux lèvres, l'idiote espèce ! porcs sentimentaux - En parler
est une bonne raison de rigoler et de bander. " Parler d'amour c'est
faire l'amour prétendait Balzac ". D'où peut-être toute cette
littérature prêchi-prêcha du cul anglo-saxonne - (...) Rigolons cher Hindus ! " (HIN)
ABREVATIONS:
VO : Voyage au bout de la
nuit. SE
: Semmelweis. KH: Kléber Haedens,
Nouveau Candide,1962
MC
: Mort à
crédit.
BD : Les Beaux draps MH: Marc Hanrez, La Biblio
Idéale, 1961.
LE
:
L'Eglise.
NO :
Nord.
HIN: Lettres à Milton Hindus.
EC : L' Ecole des
cadavres.
RI : Rigodon.
BM : Bagatelles pour un
massacre. BE :
Bezons à travers les âges.
CA : D'un château
l'autre.
VM : Vive l'Amnistie, Monsieur !
CP
: Casse
pipe. SC
: Scandale aux Abysses.
EY : Entretiens avec le professeur
Y. AAB: A l'agité du bocal.
F1 : Féerie pour une autre fois
1. CC5: Cahiers
Céline 5.
GB1:
Guignol's band
1. CC6:
Cahiers Céline 6.
GB2: Le pont de
Londres.
NRF: Lettres à la NRF.
MEA:
Mea
culpa.
LMB: Lettres à Marie Bell.
LAT:
Lettres à
Tixier.
LDP: Lettres de prison à L. Destouches et Mikkelsen.
LMC: Lettres à Marie
Canavaggia. LAN:
Lettres à son avocat (Albert Naud).
PRO:
Progrès.
HAZ: Hommage à Zola.
INT1: Interview à
l'Express.
INT4: Interview à Radio-Lausanne.